Le succès d'un livre lance le débat sur la place des Noirs en France
LE MONDE | 26.04.04 | 13h45
Les thèses provocatrices de "Je suis noir et je n'aime pas le manioc", de Gaston Kelman, suscitent des discussions passionnées sur Internet. L'auteur, qui refuse d'être traité de "black", fait partie de ces nouvelles voix qui font émerger la question de l'intégration de ces populations
Comment être noir et français ? La question restait jusqu'à présent en retrait dans les débats sur l'intégration, largement dominés par la figure du Maghrébin. Elle est posée avec éclat dans un pamphlet malicieux et provocateur dont le succès inattendu révèle les enjeux de la construction d'une identité noire dans la société française, débarrassée aussi bien des clichés coloniaux que des ravages de la victimisation.
Trois mois après sa publication, Je suis noir et je n'aime pas le manioc se maintient parmi les meilleures ventes d'essais. Avec 48 000 exemplaires vendus selon son éditeur (Max Milo), ce court ouvrage est sans doute le premier traitant de la place des Français d'origine antillaise et africaine à connaître pareil succès. Son auteur, Gaston Kelman, défend l'idée que la couleur de la peau ne détermine en rien les choix sociaux ou culturels. Ancien cadre administratif, aujourd'hui consultant dans une association de promotion de la citoyenneté, il rejette l'euphémisme de "black" et se proclame "Noir bourguignon" car il veut être "un Français et non un faciès". Maniant une mordante ironie, il renvoie dos à dos le regard condescendant que porte la société française sur les Noirs, et la tendance de ces derniers à considérer les Blancs comme les seuls responsables de leurs malheurs. Les histoires drôles qui parsèment sa profession de foi ethniquement incorrecte visent tantôt les Noirs paralysés par le rabâchage d'une histoire tragique et un complexe d'infériorité, tantôt les Blancs bien-pensants qui renvoient sans cesse les Africains à leurs origines sous prétexte de respecter leur culture.
Pareils arguments ne pouvaient laisser indifférents les principaux intéressés. Sur les forums de discussion des nombreux sites Internet dédiés aux "communautés" noires, les ...