Accueil www.volcreole.com
Le site de référence des Dom-Tom !


 :: Connexion :: S'enregistrer :: Profil :: Messages privés :: Membres :: Album Photos :: Forum :: Chat :: Rechercher :: FAQ :: Annuaires :: Agenda :: Vidéos  :: 


Noirs au Québec

 Accueil » Forum » Actualités de Volcréole » Discussion générale: Noirs au Québec La date/heure actuelle est 21 Aoû 2019 23:02 
Annonces Noirs au Québec Annonces
   Article posté par coeurbouliki le 09 Juin 2006 à 21:15  S'abonner au Flux Rss Discussion générale: Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Myspace Partager cet article sur Del.icio.us Partager cet article sur Google bookmarks Partager cet article sur Netvibes Partager cet article sur Viadeo Partager cet article sur Linkedin    

Ils sont davantage diplômés que le Québécois moyen, mais plus souvent chômeurs. Pourquoi?

par François Guérard
publié dans L'actualité du 15 mai 2006


À la ferme, ils n’étaient pas des Noirs, mais des nègres. Une centaine, toute la journée le dos courbé, à cueillir carottes et laitues. Le midi, ils se rassemblaient pour manger autour d’une cabane verte. Un jour, Cupidon Lumène, petite femme ronde de 35 ans, transgresse une loi de la ferme. Elle se rend à la cafétéria, dans le bâtiment principal, pour y faire chauffer son repas. L’endroit est réservé aux employés blancs, c’est écrit sur la porte de la cabane. Lorsque Cupidon Lumène vient pour entrer, la femme du patron bondit, lui bloque le passage. «Ici, c’est pas votre place», lance-t-elle sèchement. Nous ne sommes pas dans le sud des États-Unis à l’époque de la ségrégation, mais à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, en Montérégie. Et nous sommes en 2001.


Au Centre maraîcher Eugène Guinois Jr, qui emploie, pendant les récoltes, des journaliers d’origine haïtienne, les toilettes du bâtiment principal n’étaient utilisées que par les employés du coin, à la peau blanche, dit Cupidon Lumène. Les 96 Noirs, eux, n’avaient droit qu’aux trois toilettes chimiques près de la cabane. Après une longue journée aux champs, ils se lavaient à l’extérieur, avec des tuyaux d’arrosage. «Nous étions traités comme des chiens, dit Cupidon Lumène avec un fort accent créole. Et pas seulement par les patrons.» Elle a vu, dans l’usine d’emballage de la ferme, une employée blanche enfoncer une poignée de carottes dans la bouche d’un collègue noir après l’avoir sommé de se taire. L’homme, humilié, a porté plainte à la direction en compagnie de Cupidon Lumène et de deux autres témoins noirs. Le lendemain, les quatre Noirs étaient congédiés, sans explication.

Cupidon Lumène et ses trois collègues se sont battus pour obtenir justice. En avril 2005, le Tribunal des droits de la personne a condamné la famille Guinois à leur verser un total de 62 500 dollars en dommages-intérêts punitifs et moraux. Le message est clair: les actes racistes ne sont pas tolérés au Québec. Mais un malaise subsiste. Cet été-là, en 2001, une centaine de Québécois d’origine haïtienne ont toléré des conditions de travail dignes de l’apartheid. Pourquoi? «C’est le seul emploi que nous avions», répond Cupidon Lumène, arrivée au Québec il y a 12 ans. Elle travaille aujourd’hui dans une usine de bas, habite un modeste cinq-pièces de Montréal-Nord avec quatre colocataires d’origine haïtienne, achète ses mangues à l’épicerie créole du coin, et a toujours l’impression d’être une étrangère dans un pays étrange.

La société québécoise est à un tournant de son histoire. Elle doit se redéfinir face aux nouveaux arrivants, qui compensent la faible natalité. Le Québec a accueilli environ 45 000 immigrants l’an dernier, soit l’équivalent d’une ville comme Rimouski. La région de Montréal, où vit près de la moitié des 7,6 millions de Québécois, est une courtepointe de Chinois, d’Haïtiens, d’Indiens, de Colombiens, d’Algériens, de Marocains, de Vietnamiens, de Québécois «de souche»... Dans le bottin téléphonique de la métropole, il y a plus de Nguyen que de Simard! Tout ce beau monde vit dans une certaine harmonie, mais il y a un problème d’intégration avec les Noirs, qu’ils aient la peau à peine chocolat ou noire comme du jais. Après 20 ans au pays, la plupart des groupes d’immigrants rattrapent le retard salarial sur l’ensemble de la population, note Statistique Canada. Pas les Noirs.

Le gouvernement du Québec reconnaît le problème. Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles a tenu ces derniers mois une consultation publique intitulée «La pleine participation à la société québécoise des communautés noires» (voir l’encadré «Québec contre le racisme», p. xx). Des Noirs, il y en a 152 200 au Québec, selon le dernier recensement, de 2001. C’est un peu plus que la population de Trois-Rivières.

Ce nombre est sous-estimé, d’après les experts, car il en est qui ne se déclarent pas «noirs» lors des recensements. La moitié des Noirs du Québec sont d’origine haïtienne, les autres viennent surtout d’îles des Caraïbes et d’Afrique. Le constat fait par le Ministère est troublant. Au Québec, le revenu annuel moyen des Noirs n’est que de 19 541 dollars, comparativement à 27 125 pour l’ensemble de la population. C’est 28% de moins. Le taux de chômage de cette communauté est le double de celui des Québécois en général: 17%, contre 8%.

Pourtant, les Noirs devraient être légèrement avantagés sur le marché du travail. Ils sont 44% à être titulaires d’un diplôme d’études collégiales ou d’une école technique, comparativement à 37% de l’ensemble des Québécois. Leur taux de diplomation universitaire est le même que pour les autres, 14%. Et ils sont aussi bilingues (anglais et français) que la moyenne de la population.

«Le problème du chômage ne touche pas seulement les immigrants, mais aussi leurs enfants. Des Noirs qui sont nés ici et qui ont étudié dans nos écoles», dit la députée libérale Yolande James, qui a dirigé la consultation publique. Fille d’immigrants antillais, cette avocate de 27 ans est devenue, lors des partielles de septembre 2004 dans la circonscription de Nelligan, à Montréal, la première femme de couleur à être élue à l’Assemblée nationale.
Le faible emploi est peut-être dû au fait qu’il y a peu d’entrepreneurs noirs, dit le sociologue Jean Renaud, directeur du Centre d’études ethniques des universités montréalaises. «Prenez les Grecs. Dans les années 1960, ils ont investi la restauration à Montréal. Je ne parle pas seulement des restaurants grecs, mais des casse-croûte, des pizzerias. Ils ont créé une microéconomie dans laquelle un Grec fraîchement débarqué pouvait s’insérer.

Il commençait plongeur, apprenait le français, et devenait serveur. Il amassait de l’argent et achetait son propre restaurant, pour embaucher des immigrants grecs à son tour.» Les Noirs n’ont pas créé ce genre de réseau. «Les Haïtiens instruits, arrivés dans les années 1960, ont intégré la fonction publique plutôt que de se lancer en affaires», dit le sociologue. Il insiste: «Ce n’est qu’un élément de réponse à un problème complexe.»
Un autre élément est le racisme. Le sujet est délicat, difficile à étudier. Quand on interroge les gens de couleur, il semble toujours que la société soit plus raciste que lorsqu’on sonde la population en général (voir l’encadré «Le racisme, une question de perception?», p. xx).

Le racisme est la croyance que les différences sociales et culturelles proviennent de différences biologiques et héréditaires, dit la docteure en psychologie Annie Montreuil, qui se spécialise dans les questions d’immigration. «Le meilleur exemple que je puisse donner, c’est l’étude évoquée cet automne à l’émission Tout le monde en parle par le Dr Pierre Mailloux, sur le QI moyen des Noirs américains, inférieur à celui des Blancs», dit la psychologue, qui fait un postdoctorat aux Pays-Bas. «Il a expliqué le phénomène par la biologie et l’hérédité, en disant que les Africains sélectionnés comme esclaves étaient les plus forts, pas les plus intelligents. Mais il a passé sous silence l’explication sociale: la pauvreté des Noirs aux États-Unis, leur vie dans les ghettos, leur difficulté d’accès à une éducation de qualité.»

Le chroniqueur télé du journal Le Soleil de Québec, Richard Therrien, a été surpris de la réaction de certains de ses lecteurs au lendemain de la publication de sa critique des propos du «doc» Mailloux. Il a reçu un nombre anormalement élevé de courriels, une cinquantaine, de gens défendant le psychiatre. «La plupart disaient: “Des études le prouvent”, raconte le chroniqueur. D’autres ont écrit: “Ce n’est pas grave de dire que les Noirs sont moins intelligents. On dit bien que les Asiatiques sont plus intelligents que nous.”»

L’auteur Martin Forget a choisi d’aborder le sujet du racisme avec humour dans la comédie Pure laine, diffusée à Télé-Québec. À chaque émission, le personnage principal, d’origine haïtienne, explique à un autre immigrant certains traits culturels des Québécois, comme l’obsession pour la météo ou l’incapacité de prendre des décisions quant à leur avenir. Chez les Québécois, le racisme est un sentiment qui tient plus du malaise devant l’étranger que de la haine, croit l’auteur. Le malaise est plus notoire envers les Haïtiens et les Africains francophones, car ceux-ci se sont immiscés dans la bulle des Québécois. «Avant leur arrivée, les immigrants de couleur étaient tous anglophones. Il y avait nous et les anglos. Maintenant, les Québécois se retrouvent être une ethnie parmi d’autres.»

L’arrivée de nombreux étrangers est un traumatisme pour toute société, mais le Canada s’en tire admirablement bien, avance l’essayiste et chroniqueur politique canadien John Ibbitson dans son plus récent livre, The Polite Revolution: Perfecting the Canadian Dream (McClelland & Stewart). Il s’en tire mieux que la France, qui a vécu trois semaines d’émeutes dans ses banlieues en novembre 2005. Mieux aussi que le Danemark, où le Parti du peuple, d’extrême droite, a obtenu 13,3% des voix lors des dernières élections, en 2005. En échange du soutien de ce parti pour le vote du budget, le gouvernement minoritaire danois a privé de financement une centaine d’organismes œuvrant auprès des immigrants!

Les Canadiens sont des gens fondamentalement polis, qui préfèrent le compromis au conflit, écrit John Ibbitson. Ils ont de l’expérience en la matière: l’histoire du pays est une suite d’efforts pour satisfaire deux cultures, l’anglaise et la française. Satisfaire les autres cultures va donc de soi.

Mais sous le vernis du multiculturalisme canadien, la discrimination raciale est bien vivante. Cynthia Guay voit le phénomène de près. Cheveux bruns aux épaules, 30 ans, la poignée de main solide, elle dirige, au centre-ville de Montréal, une succursale d’Adecco, entreprise spécialisée dans le recrutement et le placement de personnel. Les membres des minorités ethniques représentent la moitié de sa clientèle. De tous les candidats, les Noirs sont les plus difficiles à placer, dit-elle.

De nombreuses usines de Montréal font appel à Adecco dans le but de recruter des ouvriers pour des postes temporaires. «Nous ne communiquons jamais à l’avance l’origine ethnique des gens que nous sélectionnons. Mais nous remarquons qu’une forte proportion des employés qui nous reviennent — parce qu’ils ne font pas l’affaire — sont de race noire», dit Cynthia Guay. Lorsqu’elle interroge l’employeur sur les raisons du renvoi, les réponses sont évasives. «Il dit que ça ne va pas. Que la personne s’intègre mal. Il ne parle jamais de la couleur.» La plupart du temps, l’employé raconte pour sa part qu’il n’a pas été rejeté par la direction de l’entreprise, mais par un contremaître ou des collègues. «Des choses comme ça arrivent plus souvent dans les usines de l’est de la ville, du côté francophone, où les employés sont à 95% des Québécois de souche.» Depuis longtemps, les usines de l’Ouest, la partie anglophone de l’île, ont une forte composante ethnique, note-t-elle.

Marjorie Villefranche, noble dame d’origine haïtienne dans la cinquantaine, se souvient du «bon vieux temps», dans les années 1960. À l’époque, un médecin qui arrivait de Port-au-Prince devenait résident dans un hôpital, pas chauffeur de taxi, dit-elle. Les premiers immigrants haïtiens, des spécialistes et des étudiants qui fuyaient le régime de François Duvalier, débarquaient en pleine Révolution tranquille. «C’était la naissance des ministères et l’État avait un urgent besoin d’enseignants, de médecins, d’infirmières. Les Haïtiens arrivaient déjà formés, et ils parlaient français», dit la dame, qui supervise les programmes mis en œuvre par La maison d’Haïti, ancienne école primaire du quartier Saint-Michel, à Montréal, transformée en centre d’aide à la communauté haïtienne.

La situation a changé dans les années 1980. Depuis déjà une décennie arrivaient par milliers des Haïtiens venant du monde paysan, pauvres et peu instruits. Ils trouvaient du travail, car les usines de Montréal avaient besoin de bras. Mais la récession est arrivée, accompagnée des inévitables mises à pied. «Une certaine intolérance s’est fait sentir dans les milieux ouvriers, on a commencé à parler de “voleurs de job”», raconte Marjorie Villefranche. Aujourd’hui, les grandes usines sont en Chine, pas à Montréal.

Et cette masse d’ouvriers venue d’Haïti, parlant davantage créole que français, a du mal à s’adapter à la nouvelle économie, basée sur les services. «On peut faire un lien direct entre le chômage et les difficultés d’intégration dans la société, ajoute Marjorie Villefranche. Car le contact avec les Québécois ne se fait pas dans la rue ou dans l’autobus, mais au bureau et dans les cinq à sept, après le boulot.»<

À quelques rues de La maison d’Haïti, Justine Charlemagne, 29 ans, d’origine haïtienne, superbe avec son long manteau rouge et ses cheveux en boudins, m’invite à manger des spécialités créoles dans un casse-croûte: grillot (porc mariné frit), banane pezé (banane plantain frite) et riz collé (riz gras épicé). Le quartier Saint-Michel est le Petit-Haïti de Montréal. On y trouve des épiceries des Antilles et des dizaines de salons de coiffure où les jeunes filles se font tresser pendant des heures sur des rythmes zouk, rara et compas. Le visage de Michaëlle Jean est affiché sur de nombreuses vitrines, avec l’inscription en créole «27m gouvènè jeneral peyi Kanada» (27e gouverneur général du Canada). «Nous sommes tellement fiers d’elle, dit Justine Charlemagne. Les gens commencent à se dire: “Si une immigrante haïtienne a pu se rendre à la tête du pays, nous pouvons nous aussi réaliser nos rêves.”»

Justine Charlemagne, elle, réalise les siens. Elle a été l’un des premiers mannequins noirs à Montréal. Elle a joué dans des films haïtiens. Elle dirige aujourd’hui une agence de mannequins et organise chaque année à Montréal le concours de beauté Miss Exotika, très populaire dans la communauté. Elle a aussi fondé un mensuel pour la communauté haïtienne, Le Journal Positif, qui présente régulièrement des portraits de jeunes noirs qui réussissent. «Les jeunes sont souvent découragés dès l’école secondaire, lorsqu’ils voient un grand frère ou un cousin qui a décroché un baccalauréat et qui ne trouve pas d’emploi.»

Au coin de la rue de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, dans Saint-Michel, se trouve un restaurant qui vend des pointes de pizza à 99 cents et où des jeunes Noirs, surtout des garçons, viennent traîner à l’heure du souper. Ils se la jouent gangsters. Pantalons baggy, chaussures Adidas, bandeau blanc au front, chaîne en or et médaille, ils se saluent avec le poing, en se cognant les jointures, font des gestes nonchalants mais longuement étudiés en regardant les vidéos rap.

Beaucoup de jeunes Noirs adoptent la culture du gangsta rap, style de musique hip-hop qui célèbre la vie des gangsters des ghettos noirs américains. C’est une industrie de plusieurs milliards de dollars, qui a envahi l’univers des adolescents de toutes races avec ses vidéoclips, ses films et ses vêtements.

Pour la plupart des jeunes Québécois de la classe moyenne, le gangsta rap s’arrête lorsqu’ils éteignent leur iPod. Mais pour beaucoup de jeunes Noirs des quartiers pauvres, c’est un mode de vie qui place la consommation de drogue, les conquêtes sexuelles et le «bling bling» (bijoux voyants, vêtements griffés et voitures de luxe) au sommet de la pyramide des valeurs.

Certains sont même prêts à verser dans le crime pour y parvenir. Curtis Jackson, alias «50 Cent», a bien commencé sa carrière comme vendeur de crack avant de devenir une star multimillionnaire du hip-hop! Le titre de son premier album est éloquent: Get Rich or Die Tryin’ (deviens riche ou crève en essayant).

On peut trouver des raisons au chômage des jeunes Noirs dans le racisme et la pauvreté, mais on n’aura pas le portrait complet de la situation sans tenir compte du comportement de certains d’entre eux, affirme le sociologue Orlando Patterson, de l’Université Harvard. Le New York Times a publié en mars une lettre dans laquelle ce professeur afro-américain exhorte ses collègues à considérer l’aspect culturel dans leurs études sur la situation des jeunes hommes de race noire. En adoptant la culture du gangsta rap, ces jeunes se déconnectent de la société, écrit-il. Cela explique en partie, selon lui, pourquoi ils n’ont pas profité de la croissance économique des dernières années aux États-Unis, qui a créé des millions de nouveaux emplois et amélioré le sort des jeunes filles noires, des Latinos et des autres communautés ethniques.

Les jeunes filles noires s’en tirent mieux que les garçons, car elles évoquent moins la culture des ghettos, par leur habillement, leur attitude, indique Marjorie Villefranche. «Pour la population en général, elles ont l’air moins menaçantes.»

Montréal n’a pas de quartier comparable aux ghettos des grandes villes américaines. Mais les jeunes de Saint-Michel vivent dans un monde un cran plus violent que l’ensemble de la société québécoise. L’école Louis-Joseph-Papineau, bunker blanc presque dénué de fenêtres, a fait les manchettes en octobre dernier lorsque les enseignants l’ont désertée en masse pour protester contre l’insécurité quotidienne dans ses murs. Quelques jours plus tôt, un élève avait été poignardé à l’abdomen.

«Ces jeunes sont des proies faciles à recruter pour les gangs de rue», dit Shermond Absence, 22 ans, d’origine haïtienne. Il est le boss de la patrouille de rue de La maison d’Haïti: huit jeunes Noirs qui surveillent la station de métro Saint-Michel, les parcs et autres endroits où traînent les jeunes du quartier après l’école. Ils sont là pour prévenir les bagarres et éviter que les membres des gangs ne viennent rôder. «La plupart d’entre eux viennent de familles monoparentales. La mère travaille le soir, dans une des usines de vêtements du quartier. Ils n’ont rien à faire. Et ils sont facilement impressionnés par une Mercedes conduite par un Noir dans la vingtaine qui vend de la drogue.»

Même si très peu de jeunes Noirs répondent à l’appel des gangs, la plupart se font regarder avec suspicion lorsqu’ils entrent dans un magasin, déplore Shermond Absence. «Lorsqu’un Noir vole dans un dépanneur, c’est toute la communauté noire qui est blâmée, dit-il. Mais les Blancs aussi ont des gangs: les motards. Et on ne juge pas la communauté blanche par rapport aux actions des motards!»

Le commerçant serait-il aussi suspicieux si le Noir en question avait l’apparence de Gregory Charles plutôt que de «50 Cent»? «Vous avez beau être honnête, si vous êtes habillé en “yo”, vous projetez une image associée aux gangs», dit Russell Ducasse, l’élégant journaliste de TQS, d’origine haïtienne. Rasé de près, l’air classe dans son pantalon et sa chemise sport, il est le seul Noir de l’équipe du Grand Journal. Arrivé à Québec à l’âge de deux ans, il se considère comme parfaitement intégré à la société québécoise.

Ce n’est toutefois pas le cas de certains de ses cousins, nés dans le quartier Saint-Michel. «J’ai été élevé dans un environnement différent, où j’étais souvent le seul Noir», dit-il. Il estime que cela lui a permis d’assimiler rapidement les codes de ses amis québécois.

«C’est trop facile de blâmer les Blancs pour les problèmes des Noirs», dit le journaliste. S’il est victime de préjugés, le jeune Noir ne doit pas baisser les bras. «Au contraire, si des portes se ferment, il faut faire deux fois plus d’efforts.»

Car le moment est propice pour un jeune Noir qui veut trouver du travail, surtout s’il acquiert une des nombreuses formations techniques très demandées. Les secteurs de la construction, de l’agriculture, du commerce de détail et du transport sont constamment à la recherche de travailleurs. En 2005, au Québec, pas moins de 37 000 postes sont restés vacants pendant quatre mois et plus, montre une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Un patron de PME qui cherche un menuisier depuis quatre mois, même s’il a des préjugés contre les minorités, ne rechignera pas à embaucher un Noir compétent. D’autant plus que Québec offre depuis l’an dernier un cadeau aux PME qui ouvrent leur porte aux gens de couleur. Le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi finance 50% du salaire, jusqu’à concurrence de 7 500 dollars.

Dans certaines entreprises, comme les banques, les gens des minorités ethniques sont même considérés comme une valeur ajoutée. En 2001, la Banque Nationale s’est donné pour mission de favoriser l’embauche de candidats ethniques, indique France Pelletier, directrice du Service équité en emploi et diversité. «Nous étions perçus comme une banque de Québécois blancs, francophones, pure laine.» Elle a formé les employés des Ressources humaines pour éviter que des détails culturels ne nuisent à leur jugement lors des entrevues d’embauche. «Ils doivent comprendre qu’un candidat qui ne les regarde pas dans les yeux ou qui ne leur serre pas la main n’est pas nécessairement impoli», dit-elle.
La Banque ne fait pas ces efforts par altruisme. C’est l’économie qui lui dicte d’agir ainsi. «Il est plus facile d’attirer les clients des communautés ethniques et les investisseurs étrangers si on a des employés de différentes origines, qui parlent plusieurs langues», dit France Pelletier.

Une des dernières pubs de la Banque montre deux conjoints étendus côte à côte dans leur première maison, discutant de la future couleur des murs. Le jeune homme est de race blanche. La fille est noire.

L'Actualité,
Canada

Tags Noirs, Au, Quebec

 
Lire les commentaires liés à cet article
  
Commenter cet article   Noirs au Québec   Imprimer cet article
 « ... Le Togo gagne la Coupe du monde des Miss ... RIP pour celles et ceux qui n'aiment pas le foot » 
 Accueil » Forum » Actualités de Volcréole » Discussion générale: Noirs au Québec

Liens relatifs à l'article Noirs au Québec
Actualités: 600 000 postes au Québec
Actualités: Organisation pour la Mémoire des Noirs (O.M.N.)
Littérature - Art - Culture: La langue africaine des pharaons noirs
Mode - Beauté - Santé: MODE : CREATEURS NOIRS ?
Discussion générale: le QI des noirs et des amerindiens inferieurs
Actualités: Eq de France : noirs, islamistes...
Actualités: Juifs et Noirs le grand malentendu
Actualités: Attention aux Noirs...
Actualités: Les moutons Noirs
Petites annonces: des gens sur quebec?!?!
Discussion générale: Comment restaurer la dignité des noirs dans le monde ?
Actualités: Vidéo, France Ô : les inventeurs et savants noirs
Mode - Beauté - Santé: points noirs
Actualités: Les noirs victimes de la mode ?
Discussion générale: L'image des noirs dans la publicité de 1885 à nos jours
Coup de gueule: Propos révisionnistes de Max GALLO sur l'esclavage des noirs
Discussion générale: Les noirs préfèrent les blondes ?
Cinéma: LES COMEDIENS NOIRS DE LA SCENE FRANCAISE
Actualités: REPONSES DES CANDIDATS AU PROBLEME DU SIDA CHEZ LES NOIRS
Coup de gueule: LES NOIRS NE LISENT PAS .....
Videos streaming: Noirs au Québec
Discussion générale: Noirs au Québec


Tags
Copyright Volcreole © 2001-2019
Syndication (RSS 2.0)  Suivez-nous sur Facebook  Suivez-nous sur Twitter  Suivez-nous sur Google+

Charte | Contacts | Favoris | Accueil | Rechercher | Pseudos | Album Photos | Groupes | FAQ | Forum | Sujets | Sélection | Actualités | Partenaires | Bannières | Annuaires | Agenda | Newbuzz.fr | Pixeven.fr | Vidéos | Archives