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Les réseaux Noirs

 Accueil » Forum » Actualités de Volcréole » Discussion générale: Les réseaux Noirs La date/heure actuelle est 22 Mar 2019 15:12 
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   Article posté par colibri33000 le 20 Juillet 2006 à 23:50  S'abonner au Flux Rss Discussion générale: Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Myspace Partager cet article sur Del.icio.us Partager cet article sur Google bookmarks Partager cet article sur Netvibes Partager cet article sur Viadeo Partager cet article sur Linkedin    

Voici un article sur la percée des réseaux Noirs en France.
En dépit des discours récurrents sur l'absence ou l'inefficacité des lobby Noir certains journalistes estiment que les mobilisations des mouvements noirs permettent d'obtenir des résultats.

Qu'en pensez-vous?
Connaissez-vous certains réseaux, ou en faites vous partie?


http://www.lepoint.fr/societe/document.html?did=18...


Communautarisme

La percée des réseaux blacks

Un présentateur noir à la télévision à 20 heures ? Impensable il y a dix ans. C'est pourtant ce qu'inaugure cette semaine TF1. Une victoire pour les réseaux noirs. Enquête sur une galaxie militante et divisée.

Sophie Coignard

Ce lundi 17 juillet, une nouvelle icône du 20 Heures est apparue sur TF1. Harry Roselmack est devenu célèbre dès l'annonce de son arrivée au journal télévisé. Car il est le premier présentateur noir d'un grand JT en France. Une position inimaginable il y a seulement dix ans. Souvenons-nous. C'était en 1997. L'écrivain Calixthe Beyala écrit à des intellectuels et à des artistes noirs pour les alerter sur la condition des « minorités invisibles ». Son constat est simple : nulle part, et surtout dans les médias, les Noirs n'existent, sauf pour jouer des rôles plutôt dévalorisants dans quelques téléfilms. « La représentation négative qui était donnée des Noirs à la télévision ne pouvait aboutir qu'à une construction identitaire elle aussi négative, laquelle menait les patrons à refuser d'embaucher des Noirs en toute impunité. » Calixthe Beyala écume les plateaux de télé, les émissions de radio pour réclamer une visibilité. « A l'époque, on me prenait pour une folle, une allumée », sourit-elle.

Il est vrai qu'elle emploie d'emblée les grands moyens. En 2000, en compagnie de l'auteur dramatique Luc Saint-Eloy, elle interrompt la cérémonie des césars, retransmise en direct sur Canal +, pour alerter l'opinion sur l'absence de Noirs sur les écrans. Surtout, à travers le Collectif Egalité qu'elle a créé en 1998, elle menace TF1 d'un boycott des produits Bouygues - les téléphones mobiles, par exemple... - si la chaîne ne met pas un peu plus de couleur à l'antenne. Une démarche qui ne sera pas étrangère à l'embauche de Sébastien Folin pour présenter la météo.

Hier considérée comme une provocatrice, Calixthe Beyala est aujourd'hui traitée de « bounty », vocable méprisant pour désigner les « collabos » - noirs dehors, blancs à l'intérieur - par quelques sites Internet « noiristes ». Tout cela parce qu'elle refuse le discours afrocentriste en vogue chez quelques intellectuels qui rejettent la culture française. Et peut-être aussi parce qu'elle vit avec un Blanc. « Mais ces gens ne se rendent pas compte qu'en rejetant la France ils se rejettent en partie eux-mêmes. Comment peuvent se construire nos enfants en dehors de toute identité française ? Je cherchais la mixité, le métissage, pas la ghettoïsation. »

Mais voilà : par les temps qui courent, on finit toujours par trouver plus communautariste que soi.

Parler de communauté noire n'a d'ailleurs guère de sens. Le terme de galaxie serait plus juste, selon Dogad Dogoui, un publicitaire d'origine africaine qui a créé sa propre entreprise de conseil en communication avant de lancer, en 1999, le Club Africagora. « Il existe une multitude de réseaux noirs, explique-t-il, les Béninois de Paris, les Comoriens de Marseille, les Sénégalais du Havre... C'est vieux comme l'immigration. »

La création de plusieurs clubs élitistes, jouant clairement la carte du réseau, commence à tricoter un début de maillage. Ainsi, Africagora est un business club auquel les cadres et hommes d'affaires de la « diaspora africaine » peuvent adhérer moyennant 200 euros de cotisation annuelle. « Au bout de quelque temps, nous étions plus de 170 dans 19 villes, poursuit Dogad Dogoui. Mais nous nous sommes fait interpeller sur le thème : c'est très bien de donner une autre image que celle de gens qui quémandent ou qui ne réussissent que par le foot, mais que faites-vous pour les autres ? »

En 2001, ils créent donc une association pour détecter les talents et promouvoir l'égalité. « Nous recevons sept ou huit CV par semaine. Récemment, nous avons aidé un cadre des télécoms en poste depuis trois ans qui s'estimait bloqué par un plafond de verre à caractère racial. Il était peut-être barré parce que, contrairement à beaucoup d'autres, il n'avait pas de réseau. Coup de chance : nous avons nos entrées dans cette entreprise via le DRH. Nous avons attiré l'attention sur son cas et ça a marché. » Dogad Dogoui tient aux responsables politiques qu'il rencontre un discours peu conventionnel : « Je voudrais que moi, Français et Noir, je puisse aussi aider des Blancs. »

Pascal Agboyibor, lui, est avocat associé dans le cabinet international Orrick. Fin 1997, il crée le Club Kléber. « A l'origine, nous étions une bande de copains qui commencions à travailler, qui avions envie de réussir et de l'affirmer, et aussi de nous retrouver entre nous. » Quinze ou vingt jeunes Noirs ambitieux qui, quel que soit leur emploi du temps, souvent très chargé, décident de se retrouver tous les derniers samedis du mois. « Les conversations devaient être plaisantes, s'amuse Me Agboyibor, car les membres fondateurs ont vite amené des amis. » Les responsables qui ont envie de rencontrer l'élite noire de France savent désormais où frapper. Dominique Strauss-Kahn est le dernier invité en date du Club Kléber, qui fait du lobbying discret auprès des politiques pour tenter de colorer l'élite française.

Le plus discret de tous ces clubs est celui qu'a créé Calixthe Beyala. Baptisé Elite, il s'est fixé un numerus clausus. Soixante membres au maximum qui doivent répondre à quatre critères : avoir réussi soi-même ; vouloir porter les autres ; gagner suffisamment d'argent pour ne pas être corruptible ; adhérer aux valeurs républicaines. La cotisation minimale s'élève à 600 euros, mais, si l'on ne veut pas avoir l'air mesquin, il est conseillé de donner plus. Un footballeur a ainsi fait un chèque de 100 000 euros. Le club Elite reçoit des politiques tels Jean-François Copé ou Bertrand Delanoë, mais souhaite aussi autofinancer des actions culturelles.

L'éclosion de ces réseaux correspond aussi à une attente nouvelle des politiques. Noirs de France, combien de divisions ? 5 à 6 millions, répondent les intéressés, qui en rajoutent peut-être un peu, puisque le recensement français ne prévoit aucun marqueur ethnique. Sur ce front du lobbying et de la revendication, deux organisations se trouvent en concurrence, pour ne pas dire en guerre ouverte.

D'un côté, le Collectif DOM, animé par Patrick Karam, part d'une inspiration régionaliste et un rien corporatiste. Initialement, cette organisation milite pour la « continuité territoriale », autrement dit pour que les Domiens installés en métropole bénéficient de billets d'avion bon marché pour retourner au pays ou encore pour que la loi sur le logement rende illégal le refus d'une caution fournie par une personne domiciliée outre-mer. « La moitié des emplois en France sont pourvus grâce à un réseau, familial, régional ou autre. Puisque ce sont les règles du jeu, nous les appliquons... A l'AP-HP, à La Poste, à la mairie de Paris, nous avons nous aussi créé des réseaux pour faire embaucher des Antillais. » Une fois ces bastions renforcés, Patrick Karam dispose d'une force de frappe : « Touchez aux congés bonifiés, vous n'aurez plus un hôpital qui fonctionne en région parisienne, la mairie de Paris sera bloquée, et le courrier mal distribué. » Il a pu éprouver à plusieurs reprises combien ses arguments étaient convaincants. En 2004, il écrit à Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France, et au maire de Paris, Bertrand Delanoë, un courrier plutôt musclé exigeant des représentants domiens en position éligible. Ses deux correspondants lui répondent avec empressement. Patrick Karam leur décrit alors ce à quoi ils ont échappé : « Nous avons décidé de maintenir une campagne "molle" d'information, mais nous avons annulé les opérations de tractage ciblées et massives à date fixe, nous n'avons pas organisé les manifestations prévues devant les meetings du PS, ni monté d'actions spectaculaires et protestataires, renoncé aux campagnes de saturation des lignes téléphoniques. » Le Collectif DOM s'est fait un nom dans les médias en s'en prenant à l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau sur la traite des Noirs et en dénonçant, sous la plume de l'écrivain Claude Ribbe, le « crime de Napoléon ».

Mais, à la fin de l'an dernier, un dangereux concurrent est venu menacer cette suprématie. Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) se fonde sur la couleur de la peau. Exaspération de Patrick Karam, qui est blanc. « Le CRAN encourage un racisme anti-Blanc qui est marginal, et il ne représente que lui-même. » Patrick Lozès, le président du CRAN, se refuse officiellement à la polémique : « Certains veulent diviser pour régner ; nous, nous voulons rassembler pour mieux compter. Ceux qui sont jaloux de notre succès et de nos avancées utilisent alors la stratégie du "médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose". » On ne pourra pas, en tout cas, accuser les réseaux noirs de pratiquer le monolithisme.


Interview Géraldine FAES
Auteur, avec Stephen Smith, de « Noirs et Français » (Editions du Panama, 2006)

Le Point : A l'issue de votre enquête, considérez-vous qu'il existe une « communauté noire » ?
Géraldine Faes : Il existe plutôt des communautés. Mais il est toujours très difficile d'être noir et français. Cela ne va de soi ni pour un certain nombre de Noirs qui, notamment chez les jeunes, sont sensibles au discours victimaire voire au racisme anti-Blanc, ni pour le Français moyen, qui n'est souvent pas prêt à admettre qu'il existe des discriminations ou que l'esclavage appartient à notre histoire nationale.

Voit-on l'émergence de réseaux d'entraide, voire de lobbys dans la galaxie noire ?
Il existe en France 8 000 associations antillaises et 5 000 africaines, ce qui est paradoxalement un bon signe d'intégration républicaine. La nouveauté, depuis quelques années, consiste à vouloir les fédérer.

Mais n'existe-t-il pas aussi une concurrence, voire une rivalité, entre Antillais et Africains, par exemple ?
Si, et c'est bien naturel, car il faut se partager le gâteau de la représentativité, de la rivalité. Le CRAN a pour l'instant remporté la palme en termes de communication. Ses dirigeants se sont comportés en bons entrepreneurs politiques, ils ont créé leur mouvement juste après les émeutes en banlieue, au moment où la volonté des pouvoirs publics était grande d'avoir des interlocuteurs estampillés. Mais le CRAN n'est pas, contrairement à ce que son nom semble indiquer, le représentant des populations noires de France. Lors de son dîner de gala, en janvier dernier à Paris, il y avait 160 associations représentées sur 5 000. C'est un début, mais c'est peu. Surtout, l'ambiance était plus africaine que française, avec des personnalités connues là-bas et quasiment aucun politique français. On se serait cru à un gala de la Croix-Rouge à Yaoundé.

Le CRAN est parfois accusé de « noirisme ». Est-ce qu'un Blanc peut adhérer à ce collectif ?
Il est très difficile d'obtenir une réponse claire à cette question. Disons qu'un Blanc peut être indirectement adhérent du CRAN s'il appartient à une association qui en est elle-même membre.


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