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Témoignages et Souvenirs des aînés...

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   Article posté par Lapine Killah le 16 Juillet 2003 à 21:37  S'abonner au Flux Rss Au coeur des Dom-Tom: Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Myspace Partager cet article sur Del.icio.us Partager cet article sur Google bookmarks Partager cet article sur Netvibes Partager cet article sur Viadeo Partager cet article sur Linkedin    

On ne change pas les bonnes habitudes...Voici donc mon sit chéwi : ANTANLONTAN

SOUVENIRS DE NOS AINéS :

Dès la tombée de la nuit
Récit d'André - 73 ans
Morne-Rouge, Martinique
(relaté en août 2002)

C'est lorsque la nuit tombe, au crépuscule, que les moustiques se réveillent et entre dans les maisons pour se tapir dans les coins sombres.

Pour contrer ces insectes et passer une bonne nuit, ma mère avait pour habitude d'enfumer la maison dès la fin de l'après-midi.

Pour cela, elle nous envoyait, nous les enfants, chercher le "ti-coucou" (un vieux canari qui ne servait plus) afin d'y faire un "boucan". Elle y mettait du "caca boeuf" séché dans le fond, disposait par-dessus quelques petits morceaux de bois, des branchages ainsi que des feuilles vertes, cueillies à même l'arbre : des feuilles de citronnelle, de corossol, d'oranger, des racines de vétiver. Puis elle y mettait le feu. Le "caca boeuf" séché se consumait sans faire de flamme et le tout brûlait en dégageant une fumée odorante. Elle promenait le "ti-coucou" fumant dans toutes les pièces de la maison : la salle à manger et les chambres. C'était notre insecticide naturel.

Elle fermait les portes de la case de bonne heure car nombreux étaient les insectes attirés par la lumière des lampions : hannetons, "cabrit-bois" (grosses sauterelles vertes ou grises), grillons et criquets qui à cause de leur bruit empêchaient de dormir, papillons de nuit, etc.

Nous prenions notre souper dans la maison, sur le coup des 19 heures, et on allait se coucher sitôt après. En général, dès 21 heures, toute la maisonnée était endormie.

Il arrivait parfois qu'un parent ou un ami passe souhaiter le "bonsoir" et reste discuter quelques instants. Le coucher se faisait alors plus tard, sauf pour nous, les enfants. Ma mère nous faisait souper à l'écart, dans la cuisine, afin de nous mettre au lit sans retard.

* * *
La chambre de mes parents
Récit de Christiane - 56 ans
Lamentin, Martinique
(relaté en août 2002)

Lorsque j'étais gosse, je me rappelle que seuls mes parents dormaient sur un lit composé d'un sommier et d'un matelas en coton.

Nous, les enfants, dormions sur le sol, sur de vieux vêtements que nous appelions "linge cabann".

Mes parents se levaient le matin, faisaient leur lit (draps bien tirés, lit bien bordé et traversin à la tête du lit) et interdiction à quiconque de monter dessus durant la journée, de s'y asseoir ou même de s'y appuyer afin que celui-ci restât bien fait, sans aucune cassure, aucun froissement du drap bien tendu.

S'ils désiraient faire la sieste, ils se couchaient sur un vieux sac, de vieux vêtements ou sur un divan (sorte de banc sur lequel on posait un matelas rembourré de paille ou de coton et recouvert d'un tissu.

Les enfants n'avaient pas le droit de pénétrer dans la chambre des parents. Les chambres étaient réservées pour dormir la nuit, on y entrait rarement durant la journée.

Mes parents conservaient de beaux draps qu'ils ne sortaient de leur armoire que pour les laver et les blanchir. Ces draps étaient réservés pour le jour de leur mort, afin d'être exposé.

Dans la chambre des parents il y avait un pot de chambre, un grand vase, haut d'environ 50 cm. C'était un grand pot en terre cuite dont l'intérieur était verni. On le surnommait avec humour "Jil". C'était les enfants qui avaient la charge d'aller vider les urines du matin des parents en aval de la rivière, en même temps que le baquet familial. Le pot était ensuite lavé, rempli d'un peu d'eau et il restait dehors toute la journée.

Nous n'avions pas de sanitaires comme la plupart de nos voisins et durant la journée, enfants comme adultes, allaient faire leurs besoins dans le bois derrière la maison. Le pot de chambre était réservé pour les urines du soir et du matin.

Dès le crépuscule, nous devions rentrer le pot dans la chambre et remplir la grande terrine qui accompagnait le vase. C'était une grande terrine en terre, vernie à l'intérieur. Cette terrine faisait office de bidet en la déposant sur un support en bois. Ce bidet était réservé pour les ablutions du soir de nos parents.

* * *

Le "didiko" avec mon père
Huguette - 56 ans
Capesterre, Guadeloupe
(relaté en septembre 2002)

A cette époque (fin des années 50), j'avais entre 10 et 14 ans. Je vivais à Pointe-à-Pitre et durant les grandes vacances, j'allais chez mon père qui habitait la commune de Sainte-Rose.

Mon moment préféré de la journée, c'était le réveil dès 4 heures du matin, sitôt que j'entendais mon père enlever l'énorme crochet en fer qui fermait la porte.
Je me levais, allais m'asseoir sur la petite marche devant le seuil de la maison, face à la cuisine, et j'attendais que mon père me propose de partager son "didiko" (repas pris de bon matin) : tantôt riz et haricots rouges, tantôt soupe grasse de la veille, tantôt "racines" (légumes-pays) préparées tôt le matin.


J'aimais ce moment où je savais que j'allais éprouver le plaisir de gober un oeuf fraîchement pondu par une des nombreuses poules de mon papa.
Il savait que j'aimais cela et c'était avec soin qu'il me le préparait : il le récupérait dès mon réveil, faisait un petit trou, mettait un peu de sel, agitait en bouchant le trou avec son doigt et me le donnait à avaler d'un coup, sans casser la coquille. C'était un vrai régal !

Cette période a véritablement marqué mon enfance d'autant plus que c'était des moments privilégiés que je vivais avec mon père à la campagne.

* * *
Avant la rentrée scolaire
Récit de Marie-Louise - 66 ans
Rivière-Pilote, Martinique
(relaté en août 2002)

Nous préparions la rentrée des classes dès la fin des grandes vacances en commençant par un lavage intérieur de notre corps : une purge.

C'était ma mère qui décidait que tel jour, untel prendrait une purge. En effet, il était impératif de "nettoyer notre sang" après toutes les sortes de fruits que nous avions mangés durant les vacances.

Durant les deux ou trois jours qui précédaient le jour J, elle nous faisait boire des tisanes rafraîchissantes composées de feuilles de pourpier, d'herbes amères (ou vié gouman), d'herbes couresses (koklaya), de chiendent, de feuilles de fromager, de racines de camomille. Ces tisanes remplaçaient l'eau et étaient bues à longueur de journée afin de préparer le corps à recevoir la, ô combien détestable, purge.

Arrivait ensuite le jour fatidique : le jour de la purge. Soit elle achetait un breuvage à la pharmacie, soit ma grand-mère confectionnait un "lok" composé d'huile de ricin (huile de carapate raffinée) mélangée au jus d'herbes pilées. Ce dernier avait un goût épouvantable : je l'avalais en fermant les yeux et en me bouchant les narines.

Ce jour-là, je n'avais pas droit au gros plat de légumes. Je devais me contenter d'un bouillon de légumes ou d'une soupe maigre que je buvais à petites gorgées plusieurs fois dans la journée. Je me sentais faible, "flôcô" (le ventre vide). C'était une journée de repos où je ne faisais aucune corvée. Ma mère nous administrait la purge à tour de rôle car la maison devait continuer à tourner. C'était chacun son tour : moi aujourd'hui, demain ma soeur, après-demain une autre soeur et ainsi de suite.

La veille de la rentrée, ma mère nous donnait un grand bain soit à la rivière ou dans une grande terrine. Elle me frottait énergiquement le corps, me lavait soigneusement les cheveux. Un décrassage total !

Nous étions propre à l'intérieur comme à l'extérieur,
parés pour la nouvelle année scolaire.

J'aimais la rentrée car j'avais souvent de beaux vêtements tout neufs comme la plupart des enfants. J'avais un nouveau sac en toile (à deux anses), un plumier que mon frère aîné, ébéniste", me fabriquait, des cahiers neufs...

Parmi tous mes frères et soeurs, j'ai été la première à avoir un vrai cartable à deux poches. C'était un cartable à deux battants s'attachant par le bas à l'aide d'une boucle. Ce sac, je me souviens, était peu pratique car il avait tendance à renverser mes affaires lorsque je l'ouvrais.

* * *

Souvenirs d'école
Récit de Julienne - 65 ans
Sainte-Luce, Martinique
(relaté en août 2002)

De mon temps, les enfants entraient à l'école à l'âge de six ans, en cours préparatoire appelé alors "tit' classe (la petite classe). Il n'y avait pas d'école maternelle.

Il existait une sorte de garderie pour les enfants de moins de six ans qu'on appelait communément "école-chatt". Ces enfants allaient chez une jeune fille qui les prenait en charge. Elle les initiait à l'alphabet, leur apprenait des comptines et des chants. C'était une "école" payante qui dépannait les parents qui ne savaient que faire de leurs enfants pas encore en âge d'être scolarisés. Bien sûr ce n'était pas tous les enfants qui allaient à l'école-chatt, seulement ceux dont les parents avaient les moyens.

Lorsque nous arrivions en classe le matin, nous nous mettions en rang au deuxième son de cloche. Le premier son de cloche avait eu lieu une demi-heure plus tôt ; il indiquait que les portes de l'école étaient ouvertes et donnait donc le départ des enfants qui habitaient les environs.

Les enfants devaient s'aligner en rang, deux par deux, et entrer dans leur salle classe après classe, sans bousculades. En passant devant leur maîtresse ou leur maître, ils s'arrêtaient une fraction de seconde pour la saluer.

Arrivés dans la classe, chacun s'asseyait à sa place. Je me rappelle que la maîtresse commençait par écrire la date au tableau ainsi qu'une phrase de morale que nous devions recopier sur notre cahier afin de l'apprendre.

Ensuite, elle faisait l'appel des élèves et elle désignait l'élève qui hériterait, pour la journée, du cahier de roulement. En effet, chaque jour, un élève différent devait faire tout son travail (dictée, calcul, écriture...) sur ce cahier qui permettait d'avoir une vue d'ensemble de la classe. Ce cahier tournait ainsi tout au long de l'année. Lorsque l'inspecteur passait, c'était le cahier de roulement qu'il consultait en premier.

Donc, le jour du cahier de roulement, il fallait s'appliquer davantage et éviter d'avoir de mauvaises notes. Je n'étais pas vraiment à mon aise les jours où j'étais désignée pour le fameux cahier de roulement.

A l'école, il nous était formellement interdit de parler le créole, dans la classe, dans la cour de récréation et même aux abords de l'école. Beaucoup d'enfants y découvraient le français pour la première fois. Ils avaient beaucoup de mal à comprendre l'instituteur ou l'institutrice, et par conséquent, beaucoup de difficultés pour apprendre à lire, à écrire et à compter.

* * *

Sitôt que j'ai su lire
Récit d'André - 73 ans
Morne-Rouge, Martinique
(relaté en août 2002)
J'ai appris à lire très tôt : en effet dès l'âge de 5 ans,
je commençais déjà à déchiffrer tout ce qui était écrit.

Vers l'âge de sept ans, je me souviens que les grandes personnes me demandaient de leur lire les informations dans les journaux. Je m'asseyais alors dans le cercle formé par les adultes qui, ayant très peu fréquentés l'école, ne savaient pas lire ; ils parlaient difficilement le français mais le comprenaient fort bien.

Je leur lisais donc le journal. Ils m'écoutaient attentivement en hochant la tête ou en émettant de temps à autre des commentaires sur les informations que je leur délivrais. Bien souvent, vu mon jeune âge, je lisais sans tout comprendre.

A l'époque, il y avait "Le Clairon" (journal satirique), "L'information" (journal de la famille Emile LELOUD) et "La paix" (journal catholique).

Les premières pages de "L'information" étaient réservées aux informations locales, puis suivaient les informations nationales et internationales.

Dans "Le Clairon" on pouvait lire des contes en créole, ainsi que des potins (également rédigés en créoles) relatant les aventures ou mésaventures de personnes. La rédaction d'articles en créole peut surprendre lorsque l'on pense qu'à l'époque le créole était formellement interdit à l'école.

* * *

Et vous ????? Avez vous de doux souvenirs de votre enfance sur nos iles à nous faire partager ?

Tags Temoignages, Et, Souvenirs, Des, Aines

 
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