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Auteur: joxna Date: 21 Mai 2006 12:11 Sujet du message: noire est la marquise
Noire est la Marquise
NOIRE EST LA MARQUISE
De
Nady Nelzy
Dialogues
Ina Césaire & Nady Nelzy
DES MEMES AUTEURS
Ina CESAIRE
– Mémoires d’isles , théâtre .
– Editions Caribéennes
L’enfant des passages ou la geste de Ti Jean , théâtre :
Editions Caribéennes
Contes de jour et de nuit
Editions Caribéennes
Contes de mort et de vie aux Antilles
Zonzon tête carrée – Roman :
Editions Le Serpent à plumes
Nady NELZY
Frédéric : Nouvelle
Editions Caribéennes
Frédéric Bastille ,mulâtre, de la révolution
théâtre radiophonique
Des jours ordinaires théâtre
Editions Caribéennes
Un air de famille kréyol théâtre
Editions Caribéennes
Thés et chocolats théâtre
Editions Caribéennes
1.CHATEAU DU LOUVRE A PARIS - LES JARDINS EXT. JOUR/AUBE
L’an 1400 à Paris. Le jour se lève sur une aube de fin d’été. Dans les jardins du château du Louvre, Les arbres aux teintes jaunies, déjà rousses créent une impression calme, voire sereine, les parcs fleuris sont découpés par des haies et des massifs aux formes sculpturales. Des statues de marbre s’élèvent non loin des fontaines d’eau claire.. Une vue en plongée, fait découvrir l’ensemble. Le silence de la nuit ,s’efface pour des gazouillis entêtants. C’est alors que l’on
entend une chanson
DEBUT DE GENERIQUE
(sur chants des trouvères Le rossignol et la sirène)
Voulez-vous que je vous chante
Un chant d’amor avenant
Vilain nel fist mie !
Ainz le fist chevalier
Sous l’ombre d’un olivier
Pour éblouir sa mie…
Des massifs de roses ornent l’imposante bâtisse du château qui se mire dans les eaux de la Seine. La caméra pénètre par une large porte-fenêtre entre-ouverte.
2.COULOIR DU CHATEAU – INT. JOUR /PENOMBRE
Suivant l’un des couloirs sombre qui sillonne le château, on entend se rapprochant peu à peu le son de pas lourds (off.) Apparaît alors un LAQUAIS, homme massif et impassible, d’une cinquantaine d’années et à la face pourpre. A son large ceinturon, pend un énorme trousseau. Tout en déambulant, l’homme décroche l’une des clés. Il prend un escalier étroit, orné de tapis rouges qui le mène sur un palier éclairé par de larges fenêtres d’où l’on peut découvrir les jardins du château. Le LAQUAIS quelque peu essoufflé s’arrête devant une porte décorée de riches armoiries. Il l’ouvre à l’aide de sa clé et pénètre dans un appartement, plongé dans la pénombre.
3.APPARTEMENT – OBSCURITE - INT. NUIT
La faible lumière de l’extérieur, qui pénètre dans l’appartement plongé dans l’obscurité, laisse découvrir les contours du mobilier. Sur un guéridon. Le LAQUAIS prend un bougeoir et l’allume tandis qu’un courant d’air referme la porte brusquement et bruyamment. A La lueur vacillante de la bougie, on peut découvrir un salon aux multiples vasques qui contiennent des fleurs immaculées : ce sont des LYS. Le LAQUAIS semble indisposé par leur parfum entêtant et, pour s’en protéger, se recouvre le nez d’un large mouchoir, qu’il a extrait de sa poche, avant de pénétrer dans la chambre contiguë au salon.
4. CHAMBRE - INT. NUIT
La pièce richement meublée est hermétiquement close est envahie, elle aussi de fleurs de lys. Le plus somptueux bouquet trône sur la table de chevet. Sur le lit recouvert d’un drap brodé, on distingue vaguement une gracieuse forme immobile. En se penchant, LE LAQUAIS découvre qu’il s’agit du corps d’une FEMME. Inconsciente, elle est vêtue de ses habits d’apparat. Elle est jeune (22 ans ) belle et de race noire
LE LAQUAIS
(mi-voix)
C’est elle ! C’est bien elle : La marquise noire…
FIN DE GENERIQUE
(sur chants des trouvères)
La sirène elle est ma mère
Li rossignol est mon père
Qui chantait en la ramée
Del plus haut boscage
Le titre du film
NOIRE EST LA MARQUISE
5. CHAMBRE - INT. NUIT
Plan rapproché sur le visage féminin dont les paupières closes palpitent faiblement. Imperturbable le LAQUAIS tâte le pouls de la MARQUISE inerte. Il jette autour de lui un regard attentif et circulaire avant de quitter silencieusement la pièce. Au loin une épinette, égrène la mélodie de la chanson à la mode : le roi a fait battre tambour (off) Mouvement arrière lent de la caméra. Sur son lit, gît la MARQUISE. Saisie d’un léger délire, elle prononce quelques mots dans la langue africaine de son enfance. Le son de l’épinette (off) augmente et se transforme peu à peu en mélodie chantée par un griot, lui-même accompagné d’une kora (guitare africaine.) La musique s’intensifie (off.)La MARQUISE suffoque, lorsque que dans l’appartement les FLEURS DE LYS s’entrouvrent avec lenteur. Plan rapproché de l’image d’un LYS qui devient floue tandis que la couche de la MARQUISE tournoie, créant une atmosphère onirique.
6. LE DESERT – EXT. JOUR /SOLEIL AU ZENITH
Afrique. Vision d’un désert en plein midi : bruit du vent, sable et dunes. Au loin des formes, se réfractant dans la lumière du soleil, forment des ombres. Puis la caméra se rapprochant peu à peu, on aperçoit une longue file d’hommes de race noire, vêtus de longues djellabas blanches et flottantes. Les HOMMES se déplacent avec des gestes indolents mais aux rythmes soutenus des tambours peuls (sons de tambours) (off)
FIN DE PLAN SEQUENCE
Palais de Gao
Empire Songhay en Afrique Noire
7. PALAIS DE GAO – APPARTEMENT ROYAL – INT. JOUR
Une chambre spacieuse au sol recouvert de tapis, de poufs en cuir et de coussins soyeux. Sur un siège de bois précieux est posée une kora. D’un large coffre orné de pierreries, s’échappent des étoffes et des soieries.
BANC TITRE
Palais de Gao, quelques années plus tôt
A maints détails et objets, on devine qu’il s’agit d’une chambre féminine. Dans la partie la plus sombre et sur une natte de raphia, parmi des coussins brochés, dort une jeune fille, (17 ans ) Son sommeil est agité. C’est SALOU CASAIS. C’est déjà une ravissante jeune fille. Une tunique de coton blanc laisse découvrir ses jambes et ses bras. Une femme noire de petite corpulence pénètre dans la chambre. C’est NOURIA. Elle est âgée d’une trentaine d’années. Son pagne est indigo et son foulard de tête laisse dépasser des nattes luisantes. NOURIA s’approche de la belle endormie et la secoue énergiquement mais tendrement.
NOURIA
Salou ! Princesse ! réveille-toi … tu fais un mauvais rêve …
SALOU se réveille en sursaut et s’assied sur sa natte comme étourdie et en sueur. Sans mot dire, elle se lève, traverse la chambre et, à la croisée, laisse errer son regard en contrebas. Par un mouvement arrière lent, on peut découvrir un jardin sablonneux qui reproduit la végétation d’une oasis : dattiers – palmiers nains et arbres à fleurs. Les clapotis d’eau, les bruissements de feuilles et les chants d’oiseaux créent une ambiance sereine. Salou sort du cadre, on retrouve NOURIA demeurée dans la chambre, elle enfourne rapidement des vêtements dans un sac. SALOU revient dans la chambre, elle a échangé son vêtement de repos, contre un pagne aux couleurs chamarrées. NOURIA l’aide à nouer son foulard de tête.
SALOU
J’ai fait un rêve terrifiant
NOURIA
Tu sais bien que tu lis trop dans les livres ! Voilà le résultat ! J’ai préparé nos vêtements d’emprunt que nous revêtirons dans les écuries …Par chance, c’est aujourd’hui jour de Conseil Royal et la plupart des gens de ton père, s’emploient dans l’autre aile du Palais !
SALOU
Partons, je suis prête !
NOURIA
Les dieux me sont témoins, Salou : cette escapade n’est pas due à ma volonté !
8 COULOIR DU PALAIS – INT. JOUR
SALOU et NOURIA quittent précautionneusement l’appartement en évitant les DEUX GARDES qui bien que de faction devant la porte, dorment à poings fermés. Les deux femmes longent le couloir en parlant à voix basse. Elles n’ont pas remarqué qu’elles sont suivies et épiées par un ombre discrète
9 ECURIES ROYALES – INT. JOUR
Les écuries sont désertes à cette heure du jour. Seuls quelques chevaux sont parqués. SALOU et NOURIA sont dissimulées dans un box vide. Dans la pénombre, elles échangent leurs vêtements en bavardant.
SALOU
Le palais tout entier ne parle que de cette immense caravane qui est arrivée
hier par la route du Désert et chargée de produits les plus rares …Je meurs
de curiosité ! Pas toi ?
NOURIA
Non ! Car mon emploi n’est pas d’être curieuse ! Je suis ta nourrice et ta suivante. Et puis ne dirait-t-on pas que c’est la première caravane qui arrive dans notre ville ?
10 LA VILLE DE GAO. EXT JOUR
La ville est en pleine effervescence. Sous un ciel bleu et sans nuage, une légère brise fait balancer les dattiers et les alléloubas aux larges branches. L’un des plus grands souks de la ville est situé non loin du palais du roi, le Sonni Ali Aber
Ce marché festival de sons, de couleurs et d’odeurs enivrantes est un carrefour de toutes les routes qui traversent l’Afrique Noire. De riches caravanes déversent de luxueuses marchandises (étoffes, bijoux, soieries chamarrées, tapis d’Orient. Les étals qui débordent de parfums, d’ivoire et d’objets en ébène, sont animés par des vendeurs zélés. D’opulents commerces regorgent de comestibles savoureux sur lesquels des mendiants coraniques posent des regards emprunts de convoitise. La population est composite : Arabes (Berbères et Touaregs), Mandingues, Peuls et Toucouleurs. De fortunés marchands, vêtus d’habits de soie déambulent, juchés sur des chevaux magnifiquement caparaçonnés et suivis d’une meute d’enfants hilares.
Vêtues de toges flottantes et d’étroits pantalons brodés, des femmes encapuchonnées et voilées, dont on ne peut apercevoir que l’éclat des yeux sombres, déambulent ça et là. , Juchées sur des mules. Dans l’une de ces caravanes qui pénètre dans la Cité, passant l’une des portes, DEUX VOYAGEURS se distinguent. Le plus âgé d’entre eux (50ans) vêtu d’une djellaba couleur sable, est un berbère, d’aspect vénérable. Il s’agit visiblement d’un voyageur illustre, car les passants qui le reconnaissent inclinant la tête à son passage en signe de respect C’est Ibn BATTUTA. Par sa vêture d’origine étrangère, son jeune compagnon ANSELME D’YSALGUIER (25ans ) est sans aucun doute un chrétien, reconnaissable à ses hautes bottes et à sa peau hâlée. Les deux hommes conversent, sans que l’on entende leurs échanges
11. UNE RUE DE GAO. EXT JOUR
Non loin de la Mosquée, entourée des 7 tours aux coupoles d’améthyste, on assiste à l’incessant va et vient des imams, (vieillards au visage austère et aux djellabas à la blancheur immaculée )
SALOU et NOURIA, sont vêtus en femmes du peuple. Elles marchent en direction du Souk et croisent les Peuls, marchands de lait, chargés de leurs outres en peau de chèvre sur des portes-bâtons. Ils lancent des appels stridents, en pénétrant dans les frais patios aux fontaines jaillissantes. Des chameaux se reposent à l’ombre sous l’œil vigilant des méharistes reconnaissables à leurs longues tuniques indigo. SALOU et NOURIA s’arrêtent parmi les badauds. Au milieu d’un cercle de curieux, un groupe de danseurs maures, évolue avec une grâce virile.
12. GAO – ENTREE DU SOUK. EXT JOUR
Une foule grouille dans les différentes allées , les marchands devant leurs étals vont et viennent pour attirer les clients , d’autres regardent impassibles le flux et humain qui pénètre à l’intérieur
ANSELME et BATTUTA arrivent à l’entrée du SOUK
ANSELME
Voici l’entrée du souk, mon bon maître, cela fait plus d’une heure que nous déambulons sans relâche dans les rues de cette merveilleuse ville ! Que diriez-vous de nous permettre une petite pause ?
BATTUTA
Ce n’est pas de refus, mon cher … Je suis si épris des beautés de cette cité que j’en oublie mon grand âge. Asseyons-nous là et commandez quelques rafraîchissements. J’ai grand soif !
13. CAFE MAURE. EXT JOUR
ANSELME et BATTUTA se sont installés sur la terrasse d’un café maure qui fait face à l’entrée du souk et duquel on peut voir le sel et les épices, le mil et la noix de kola qui s’échangent dans un brouhaha indescriptible tandis que des moutons bêlants, parqués sous des hangars, sont exposés à la vente.
ANSELME
Le thé arrive, Cher Maître …
BATTUTA
Merci, Anselme. Vous êtes le plus attentionné des compagnons de route qui se sont, jusqu’ici, attachés à mes pas …
ANSELME
C’est à moi de vous remercier de tout cœur, sage Battuta ! Vous avez eu la bonté d’accepter d’être le mentor du cadet d’une famille de Capitoul toulousain. Un jeune chrétien, indigne de son rang, ne rêvant que voyages et recherches et qui avait le front de s’ennuyer avec les notables de la haute société toulousaine
BATTUTA
Vous ne devriez pas critiquer votre origine jeune homme. Les Capitouls ont fait de grandes choses au royaume de France et c’est grâce à elle que Toulouse jouit d’un statut unique dans le monde chrétien !
ANSELME
Je ne pouvais plus continuer à vivre enfermé dans le sinistre château de Pinsaguel.
BATTUTA
J’ai eu votre âge et je comprends votre impatience. .. Hier soir, j’ai lu avec intérêt les notes que vous avez rédigées sur vos impressions du Pays Noir. La description de ces lieux dans vos annales est un travail remarquable !
ANSELME
Merci de votre bienveillance …
BATTUTA
Continuez dans ce sens, car ces écrits seront d’une grande utilité tant pour l’Europe que pour le reste du Monde … Mais, pourquoi restez-vous ainsi coi et l’œil aussi fixe que si vous perceviez le Prophète ?
ANSELME
Excusez-moi, mon maître ! Avez-vous remarqué ces deux jeunes femmes ? Elles se dirigent vers l’échoppe du marocain …
BATTUTA
Deux jeunes femmes ? A ça ! Mon jeune ami, perdez-vous la tête ? Vous ai-je accoutumé à me voir regarder les jeunes femmes ?
ANSELME
Je vous demande pardon mais, daignez jeter un regard sur l’étal de ce vieux marocain qui déploie aux pieds de ces deux dames des étoffes rehaussées de fil d’or !
BATTUTA
Je vois !. Charmant tableau, en effet… C’est curieux… Elles ne sont pas voilées mais tentent de masquer leurs visages. Elles sont vêtues comme des arabes de souche, mais je jurerais qu’il s’agit de femmes du pays Songhay et de noble lignée !
ANSELME
N’est-ce pas étrange en ces lieux ?
BATTUTA
Peut-être … Elles se dirigent maintenant sur l’étal d’un Lombard
ANSELME
Regardez bien la plus svelte d’entre elles… Elle essaie un bracelet d’or mais c’est son bras d’ébène qui embellit le bijou… Par tous les saints quelle merveilleuse jeune fille !
BATTUTA
Elle est fort belle certes, mais l’autre est charmante, elle aussi
ANSELME
L’autre ? Quelle autre ?
14 ALLEE DU SOUK. EXT JOUR
Un MARCHAND DE LAIT s’avance dans l’allée. C’est un Peul de haute taille, vêtu de blanc. Il porte ses seaux de lait maintenus par un harnais à ses épaules. Apercevant les deux jeunes femmes, il dépose sa charge, ébloui
LE MARCHAND DE LAIT
(à Salou)
Que la paix d’Allah se pose sur toi !
SALOU
(gaiement)
La paix seulement !
LE MARCHAND DE LAIT
(Déclamant, face à Salou)
Je la vis telle une génisse au lever du soleil
Portant comme une couronne
Ses hautes cornes en forme de lyre...
La beauté qui s’avance possède
Les douze perfections de la buveuse de lait
Trois choses blanches, trois choses noires, trois choses rebondies
Peau noire, Chevelure noire, gencives noires
Le lait donne cela…
Dents blanches, blanc de l’œil immaculé, ongles clairs
Le lait donne cela…
Poitrine ronde, mollet rond, croupe rebondie
Le lait donne cela...
SALOU
Merci à toi, aimable marchand ! On peut dire que les Peuls s’y connaissent en poésie !
LE MARCHAND PEUL
La beauté fait naître la poésie!
NOURIA
(Pressée)
Tu appelles cela de la poésie, moi j’appelle cela de l’audace ! Que la paix soit avec toi, Marchand ! Il nous faut partir, petite, le temps presse !
15. CAFE MAURE. EXT JOUR
ANSELME et BATTUTA installés au café suivent les deux femmes du regard
BATTUTA
Anselme, mon garçon, que voilà un dangereux et poétique rival !
ANSELME
Mon Dieu, elles reprennent leur route !
BATTUTA
Il n’y a rien d’étonnant à cela. Ces deux damoiselles font leurs achats au marché !
ANSELME
Elles s’arrêtent à l’étal de soieries du Lombard !
BATTUTA
On dirait bien que vous n’êtes pas le seul à être ébloui ! Voyez ce marchand …
16. ETAL DU MARCHAND LOMBARD. EXT JOUR
L’étal regorge de soieries aux couleurs chatoyantes. LE MARCHAND LOMBARD est un homme souriant et ventripotent. Il est vêtu d’une longue tunique rouge surmontée par une chasuble de couleur. Un sourire lourd de sous-entendus flotte sur ses lèvres charnues Il dévisage les deux jeunes femmes avec effronterie.
NOURIA
Maîtresse ! Je ne comprends pas quel charme tu peux bien trouver à te promener ainsi dans un endroit aussi commun, parmi ces gens ordinaires, en risquant de te faire accoster par n’importe qui !
SALOU
Que tu es craintive, Nouria ! Nous ne risquons rien ! Comment veux-tu qu’on puisse imaginer que la fille du très puissant Sonni de Gao, le noble Ali Aber, court les souks de la ville avec Nouria sa nourrice bien-aimée, toutes deux vêtues comme des femmes du peuple ! Regarde plutôt cette soie ne me sied-elle pas à merveille ?
NOURIA
Laisse donc tout cela ma Princesse. Nous allons finir, si ce n’est déjà fait, par nous faire remarquer! Tu sais bien que les marchands soient prêts à venir au palais et te présenter, leurs plus belles pièces
SALOU
(boudeuse)
Ce n’est pas la même chose !
LE MARCHAND LOMBARD
Alors, mes beautés, avez-vous trouvé sur tout le marché d’étoffes plus luxueuses que les miennes ? Certaines viennent tout droit du Bengale ! Qu’en dis-tu, toi, rondelette soubrette ? Mi piace tante…
NOURIA
Dispense-moi de tes compliments vulgaires, Lombard et laisse-nous le passage !
LE LOMBARD
(A Salou)
Et toi, bellissima ? Tes voiles tentent de dissimuler un corps de rêve, mais l’éclat de tes yeux promet tous les plaisirs… Si tu veux ces pagnes magnifiques, ils sont à toi en échange d’une nuit d’amour avec le plus bel homme de Lombardie, Ettore Piaggi, ton humble serviteur !
NOURIA
Insolent ! Tu mérites d’être châtié de cent coups de fouet ! Partons, petite… Le temps passe !
Le marchand éclate d’un rire sonore tandis que SALOU ET NOURIA se fondent dans la foule (Bruyant éclat de rire du Lombard, sous tendu par une brève musique arabe)
17. ALLEE DU SOUK. EXT JOUR
BATTUTA ET ANSELME ont quitté le café et suivent, les jeunes femmes dans le souk
ANSELME
La fleur d’ébène ne semble guère aussi pressée de partir que son aînée… Mon bon Maître, elles s’approchent de nous ! La jeune beauté nous regarde !
BATTUTA
(Goguenard)
Elle vous a sans doute vu, mais je doute qu’elle vous ait regardé, Anselme ! Il est clair que vous n’êtes pas encore au fait des mœurs de ces contrées … Mais qu’à cela ne tienne ! Allez Chevalier Eh! Bien, si cela ne vous dérange point, Je m’en vais regagner notre logement.
FIN DE PLAN SEQUENCE
18. PALAIS DE GAO - SALLE DU CONSEIL. INT JOUR
Le Haut Conseil des Sages vient de se terminer et les derniers participants saluent le Roi avant de se retirer. Sont présent dans la salle : le SONNI, le Griot, SAMBA et le SOYANTE, son médecin-conseiller et ami. MARYEM, sa dernière épouse et Djibril cadet de Salou. A sa droite MALIK, son fils aîné d’un premier mariage. Le SONNI est un homme de haute taille et d’allure ascétique. Septuagénaire, son regard est perçant. Son visage à l’expression pensive s’éclaire parfois d’un sourire
LE SONNI
A son conseiller)
Tu me dis qu’Ibn Battuta est dans nos murs et souhaite me rencontrer J’en suis fort heureux... Cela fait plus de dix ans que je n’ai pas vu ce vieil érudit qui a su me charmer, il y a plusieurs décennies, par le récit de ses innombrables voyages(A Samba )Qu’en penses-tu, Griot ? M’amusera-t-il autant qu’à l’époque de ma jeunesse ?
SAMBA
(faussement irrité)
C’est moi et moi seul que les ancêtres ont désigné pour te distraire, Seigneur !
LE SONNI
(Plaisantant)
Voyons Samba, les ancêtres ne sauraient être si cruels avec un pauvre Sonni... (Brève quinte de toux)
MARYEM
Grand Roi, tu sembles bien las, depuis quelque temps, ta santé te procurerait-elle quelque inquiétude ?
LE SONNI
(agacé) :
Ne t’inquiète pas de cela, ma chère femme, je vais fort bien. J’ai toujours été aussi fort que le baobab... Il ne s’agit que d’un peu de fatigue...
MARYEM
(Mielleuse)
Tu sais Seigneur, que ton bien être est indispensable à mon bonheur...
LE SONNI
Merci de ta sollicitude, Maryem. Mais où est Salou , elle n’est pas avec toi ?
MARYEM
(Fielleuse)
Ta fille bien aimée n’a pas l’air de se plaire en nos murs, comme les autres enfants de ta maisonnée…
LE SONNI
(Glacial)
Femme ! Que veux-tu dire ? Expliques toi clairement, je te prie!
MARYEM
(Troublée)
On dit au palais qu’elle se permet, au déni de toute étiquette, des escapades secrètes en ville.
MALIK
(Courroucé)
Seule ?
MARYEM
Non pas ! Elle est toujours accompagnée de son âme damnée, sa suivante Nouria! ... Mon Roi, je dois te dire que je ne comprends guère ta préférence marquée pour celle de tes enfants qui est la moins respectueuse de ton autorité.
LE SONNI
J’ose espérer, Maryem, qu’il n’entre pas dans tes intentions de devenir le guide de mes préférences ? Salou Casaïs est mon unique fille !
MARYEM
(Déconcertée) :
Loin de moi cette idée, mon époux! Je ne pense qu’au bonheur de Salou et, surtout, à son prochain mariage, avec ce jeune prince du Royaume Mossi...
LE SONNI
Je me charge personnellement du mariage de ma très chère fille Salou et n’ai nul besoin d’entremetteuse à la langue acérée et au cœur empli de fiel, Maryem !
MARYEM
(Au bord des larmes ) :
Mais, Seigneur...
LE SONNI
Puis-je te demander de regagner tes appartements, à présent ?
S’adressant à son conseiller Avant cette fâcheuse interruption, mon cher Soyanté, nous parlions de mon vieil ami, Ibn Battuta…
19. PALAIS DE GAO - LES COULOIRS. INT JOUR
Humiliée, MARYEM quitte la salle de Conseil le plus dignement possible. Dans les couloirs du Palais, elle laisse éclater sa fureur en arrachant ses bracelets qu’elle jette sur le sol. UNE JEUNE ESCLAVE ramasse les bijoux au fur et à mesure en esquivant ses gestes violents.
20. LE MARCHE DE GAO – EXT JOUR
SALOU et NOURIA déambulent dans le souk les bras chargés d’achats NOURIA mécontente précède sa maîtresse pour lui frayer un passage parmi la foule
NOURIA
Il faut rentrer, ma Princesse ! Cet endroit n’est décidément pas un lieu pour une jeune fille de ton rang !
SALOU
(Agacée)
Tu sais bien que je m’ennuie au palais de mon père…Et toi, tu m’agaces aussi, avec tes éternelles jérémiades ! Après tout, Je ne t’ai pas demandé de m’accompagner ! Si tu le souhaites, tu peux bien me laisser seule !
NOURIA
T’abandonner ? Pauvre de moi! Te voila encore à me traiter comme la dernière de tes esclaves, alors que je me suis donnée tout entière à ma tâche. Toute captive que je sois, ton père a eu confiance en moi pour guider tes premiers pas dans la vie. Crois-tu qu’il me pardonnerait de t’abandonner hors de l’enceinte du palais… Gao regorge de voleurs, de brigands de toutes espèces, d’étrangers et de femmes de mauvaise vie ! Ta pauvre Nouria se ferait crever les yeux et arracher la langue si elle te laissait seule, Voilà oui, ce qui adviendrait...
NOURIA s’interrompt brusquement s’apercevant que SALOU ne l’écoute plus, le regard ailleurs… NOURIA tente sans y parvenir de découvrir le spectacle qui a éveillé l’intérêt de la princesse..
NOURIA
Tu m’entends, Salou ? Maîtresse, que se passe t-il ? Aurais-tu un malaise ? Cela n’aurait rien d’étonnant, avec cette chaleur ! De grâce, réponds-moi !
21 LE MARCHE DE GAO LA FONTAINE – EXT JOUR
NOURIA entraîne Salou et l’immobilise devant une fontaine entourée d’un bassin de pierre. Elle fait asseoir sa maîtresse sur la margelle, puise de l’eau dans le creux de ses mains et lui donne à boire. Cette dernière se laisse faire
NOURIA
Bois encore un peu ma princesse. Ah, je suis trop faible avec toi et voilà ! Je
savais que ce souk n’était pas un lieu pour toi
22. ALLEE DU SOUK. EXT JOUR
BATTUTA ET ANSELME ont quitté le café et suivent les jeunes femmes dans le souk
ANSELME
La fleur d’ébène ne semble guère aussi pressée de partir que son aînée… Mon bon Maître, elles s’approchent de nous ! La jeune beauté nous regarde !
BATTUTA
(Goguenard)
Elle vous a sans doute vu, mais je doute qu’elle vous ait regardé, Anselme ! Il est clair que vous n’êtes pas encore au fait des mœurs de ces contrées … Mais qu’à cela ne tienne ! Allez Chevalier Eh! Bien, si cela ne vous dérange point, Je m’en vais regagner notre logement.
SALOU écoute à peine sa nourrice, depuis qu’elle a aperçu ANSELME qui la fixe, éblouie et immobile
SALOU
Nouria, vois-tu cet homme à la peau claire et à la haute stature ?
NOURIA
Quel homme, ma Princesse ?
SALOU
Celui qui est assis non loin des méharistes !
NOURIA
Je le vois, en effet. Il est vêtu d’un burnous, et son visage est halé, mais ce n’est pas un arabe ! C’est un étranger ! Un homme blanc ! Nous ferions mieux de rentrer ! Cet endroit n’est décidément pas pour nous !
SALOU
Laisse-moi tranquille !
NOURIA
Tranquille ? Oublies-tu le Conseil Royal se réunit aujourd’hui et demain au Palais. Aimerais-tu que les dignes ministres de ton père se répandent, à cette occasion, en propos venimeux sur ta personne ? Sais bien que les espions sont partout
SALOU
Quel homme étrange et quelle noblesse d’allure... Il a une longue chevelure couleur de miel et les yeux aussi bleus que le ciel.
NOURIA
Souffrirais-tu de fièvre mon enfant ? Je te parle de rentrer au Palais avant qu’éclate une catastrophe et toi tu es suspendu au regard démoniaque de cet étranger ! Maîtresse, permet moi d’insister… Nous ferions bien de rentrer , car nous aurons besoin de la protection des dieux si on s’aperçoit de notre escapade !
22. LE MARCHE DE GAO – EXT JOUR
ANSELME a fait quelques pas dans la direction des deux femmes, mais NOURIA entraîne déjà SALOU loin du bassin. SALOU accélère le pas, distançant sa nourrice essoufflée. On la retrouve feignant de s’intéresser à un nouvel étal, celui d’un parfumeur. L’Echoppe tenue par un égyptien morose, déborde de fioles et de petits coffrets de toutes sortes. Une FEMME essaie une huile parfumée. Une autre a ouvert un flacon ambré et hume le liquide qu’il contient. ANSELME s’est approché
ANSELME
Permettez - moi de vous l’offrir, belle Dame.
Les regards convergent vers l’audacieux étranger qui ose aborder une femme, tandis que NOURIA intervient de fort méchante humeur
NOURIA
Passez votre chemin, Etranger. Votre proposition est insultante. Ma maîtresse ne reçoit pas les cadeaux d’un inconnu !
ANSELME
(à Salou)
Madame, veuillez excuser mon impertinence bien involontaire. Elle n’est due qu’à l’émotion suscitée par votre beauté. Permettez-moi donc de me présenter : Je réponds au nom d’Anselme d’Ysalguier et suis fils du Capitoul Jehan d’Ysalguier. Je suis né dans le lointain royaume de France.
NOURIA
En quoi cela concerne t-il ma maîtresse ?
ANSELME
Ignorant Nouria
Je voyage en ce magnifique pays, accompagné d’un ami de mon père, le très Sage Battuta, qui daigne m’enseigner les us et coutumes de l’Afrique.
NOURIA
Il est visiblement des enseignants qui perdent leur temps.
ANSELME et SALOU, semblent avoir oublier Nouria. Ils continuent la découverte des étals en bavardant et sans se préoccuper des regards curieux
SALOU
Mon nom est Salou Casaïs et Ibn Battuta est également, m’a t-on dit, un très ancien ami de mon père, le Sonni de Gao.
NOURIA affolée par la situation suit les jeunes gens d’un pas décidé et s’impose en interpellant Anselme et en fermant le passage
NOURIA
Le respect dû à une dame de sang royal interdit à un homme qui ne soit pas de sa famille de lui adresser la parole en un lieu public.
Surpris, par ce qu’il vient d’entendre, Anselme s’arrête
ANSELME
Saurez vous me pardonner ce nouvel impair, noble Dame ? Etant nouveau venu au Songhay, j’ignorais tout de vos titres…
SALOU
Un étranger ne saurait tout savoir sans avoir d’abord été instruit… Vous maniez fort bien l’Arabe, Messire, pour un voyageur venu d’Occident !
ANSELME
Je ne suis encore qu’un modeste étudiant en ce domaine. Mon père se plaît à dire que si le français est la langue de l’amour, l’Arabe est la langue du savoir !
NOURIA
La langue de l’amour! Quelle impudeur ! Partons, maîtresse. On nous regarde. L’insistance de ce « farrangi » va finir par nous faire reconnaître !
23. LE MARCHE DE GAO – EXT JOUR
Le marché bat son plein. Une grande effervescence se fait autour des barges chargées de sel qui proviennent du fleuve. Les revendeurs se disputent les meilleurs lots. ANSELME et SALOU sont au beau milieu d’une allée particulièrement fréquentée par les clients et les marchands. Ils ne se rendent pas compte de l’animation autour d’eux. Ils semblent seuls au monde sous le regard inquiet de NOURIA
ANSELME
Pour l’heure, je dois rejoindre tantôt mon compagnon de voyage et je dois avouer que je ne suis pas pressé de quitter ce lieu, tant je suis ébloui par ce que je vois ici...
SALOU
Bien des choses vous étonneront dans notre pays, si vous daignez y séjourner quelque temps, noble étranger ! Adieu donc !
ANSELME
Adieu, Princesse ?
SALOU
Peut-être aurons-nous l’occasion de nous rencontrer au Palais de mon père avec votre mentor ?
ANSELME
Sur ma vie, Madame, je fais serment de vous avoir revu avant que le soleil de Gao ne ce soit par trois fois couché sur le Niger !
FIN DE PLAN DE SEQUENCE
24. LA SALLE DU HAUT CONSEIL – EXT JOUR
Le SONNI est entouré de ces plus proches conseillers. Son médecin le SOYANTE lui prépare sa potion
LE SOYANTE
Puissant Roi, Ibn Battuta n’est pas arrivé seul. Il est accompagné d’un Chrétien. C’est, m’a t-on dit, un noble français !
LE SONNI
Un Chrétien ? Il est dit que ce vieux sage m’étonnera toujours J’ai grande envie de voir un Chrétien !
MALIK
Quant à moi, je n’aime guère ces arrogants farrangi !
SAMBA
J’ai vu un Chrétien, l’an dernier, dans une caravane qui arrivait du Sud. Mis à part sa ressemblance avec un babouin, il n’avait rien d’étonnant !
MALIK
On dit même qu’ils ont les cheveux et la peau rouge !
LE SOYANTE
Il ne faut pas croire tout ce que l’on dit, fils de Roi ! Cette invraisemblable particularité n’est qu’un conte pour les petits enfants.
SAMBA
Puisqu’on parle de conte, notre roi me permettra t-il de lui narrer un vieux récit qui fait allusion à ces êtres d’un nouveau genre ?
« L’ancêtre des Blancs et celui des Noirs, vivaient ensemble, mais Dieu qui s’ennuyait décida de les mettre à l’épreuve : « Que chacun d’entre vous s’en aille de son côté et fonde son propre peuple Avant de partir, je vous permets de réaliser chacun votre vœu le plus cher ! » Le Blanc n’hésita pas une seconde et choisit la richesse.
L’homme noir, quant à lui, n’hésita pas plus longtemps. Il possédait déjà une précieuse connaissance : le secret de l’esprit, qui trouva tout naturellement à s’épanouir dans l’art de la magie, en quoi nous sommes désormais passés maîtres incontestés ! »
(Rires de l’entourage.
LE SONNI
Loués soient les anciens pour leur profonde sagesse et merci à toi, brave griot. Peut-être après tout, cette visite n’est-elle rien d’autre qu’un heureux présage commercial ? Demain, nous recevrons notre sage ami et écouterons les paroles de l’étranger…
LE SOYANTE
Notre Sonni à l’air las. Peut-être souhaite-t-il se reposer un peu ?
LE SONNI
Je me reposerai plus tard. Qu’on prie ma fille Salou Casais de me rejoindre sur-le-champ ! Je souhaite m’entretenir avec elle…Allons Griot, un peu de musique !
Le Sonni s’allonge sur un divan et ferme les yeux. La caméra le sort du cadre pour laisser place au griot et à la kora Peu à peu, la musique de la kora décroît et est remplacé par d’autres accents harmonieux, celle d’une viole médiévale. Image floue enchaînée sur la viole.
25 ROYAUME DE FRANCE PAYS D’OC. CHATEAU DE PINSAGUEL.EXT JOUR
Le Château de Pinsaguel, près de Toulouse. dresse son étrange silhouette de granit rose, Situé à l’extrémité d’un vertigineux pic rocheux il surplombe la vallée. Du village en contrebas, le vent d’autan apporte par bribes les langoureux accents de la viole, accompagnant une vieille chanson. Dame Aliénor, le regard perdu dans la brume, est accoudée au parapet. Elle contemple mélancolique la tumultueuse rivière qui coule en contrebas. Dame ALIENOR est une femme d’une quarantaine d’années, de petite corpulence, au teint mat et à la chevelure sombre. Ses habits de deuil lui confèrent une allure austère De ses yeux vifs et bleutés, elle fixe l’horizon. ALIENOR a du mal à réprimer ses larmes.
Le Roi Renaud de guerre revint
Portant ses tripes dans ses mains
Sa mère est à la tour là haut
Qui voit venir son fils Renaud…
Le vent la fait frissonner. ALIENOR qui se décide à rentrer. Elle prend le chemin de Ronde, pour parvenir à l’intérieur du Château
26.LA SALLE DE FILAGE.INT JOUR
ALIENOR pénètre dans la salle de filage. Elle y rejoint NICOLETTE, sa suivante et MORGANE, sa nièce, âgée d’une vingtaine d’années. Les deux femmes filent la laine. Tandis que la première fait tourner un vieux rouet en enroulant le fil autour d’une bobine branlante, la seconde, installée près de l’âtre, émèche lentement son fuseau… ALIENOR s’assied auprès d’elle en soupirant.
ALIENOR
Cet été est torride… Pas un souffle de vent n’ébranle la cime des arbres ! Pourtant les nuages sont bas et il se peut qu’un orage éclate avant la fin de la journée... Hélas, mon cœur est aussi lourd que le ciel.
NICOLETTE
Dame, c’est qu’on ne peut oublier que c’est aujourd’hui un bien triste anniversaire...
ALIENOR
Tu y as donc songé, bonne Nicolette ? Cela fait une année, ce jour, que ton maître a quitté ce monde…
NICOLETTE*
Que le nom de Jean d’Ysalguier, Capitoul de Toulouse, soit béni à jamais! Ce fut un noble Seigneur!
MORGANE
Quand on pense que cet affreux accident a eu lieu devant le Parlement même !
ALIENOR
Toulouse n’eût jamais plus ardent défenseur !
MORGANE
Tout le Comté le pleure comme nous le pleurons, car c’était un homme bon Cela devrait, ma tante, adoucir votre douleur…
ALIENOR
Comment cela se pourrait-il ? Ce noble cœur à disparu sans revoir notre fils cadet, Anselme. Pourquoi a t-il fallu qu’il le laisse partir à travers le vaste monde ? Pourquoi, cet enfant n’a jamais répondu à mes lettres ? Elles ont pu se perdre en Barbarie, car il est sans arrêt en mouvement, avec l’étrange ami de son père. Sait-il seulement qu’il est désormais orphelin ?
NICOLETTE
Il vous reste Philippe, chère Dame. Votre fils aîné semble suivre les traces de son vénéré père et il est désormais l’un des fleurons de notre noblesse toulousaine : un vrai Capitoul !
ALIENOR
Et comme tel, il se consacre à sa charge, à l’exemple de son père... C’est à peine s’il prend le temps de rendre visite à sa triste mère... J’ai tant prié Saint Sernin pour que revienne mon dernier-né. mon Anselme
ALIENOR quitte sa place pour se rendre à la fenêtre, tandis que MORGANE se redresse, lasse de son ouvrage. Elle enlève les longues épingles d’os qui retiennent son abondante chevelure qui s’écroule en boucles fauves sur ses épaules
MORGANE
Puis-je arrêter de filer à présent, ma tante ? J’ai passé tout mon après-midi d’hier devant ce vieux rouet, mon dos et mes doigts me font mal !
Aliénor se retourne brusquement, vers MORGANE.Le spectacle qu’offre la beauté de la jeune fille, provoque en elle un sentiment de jalousie qu’elle à du mal à réprimer.
ALIENOR
Toutes les femmes doivent apprendre l’art du rouet, Persévérez, et vos articulations, croyez-moi, perdront de leur raideur… N’oubliez pas que vous êtes promise à un valeureux chevalier et vous vous devrez d’être une épouse accomplie, quand l’heure sera venue !
MORGANE
Quelle heure, ma tante ?
ALIENOR
L’heure de vos noces, vous le savez fort bien...
MORGANE
L’heure de mes noces avec votre fils Anselme ?
ALIENOR
Et avec qui d’autres, je vous prie ?
MORGANE
Sans vous contrarier, ma tante, il y a peu de chances que ce jour arrive avant que je ne sois devenue qu’une vieille femme décrépite, à la chevelure blanche et aux doigts crochus !
ALIENOR
Pourtant, lorsque je vous ai fait part de l’union que je souhaitais vous voir contracter avec votre cousin, vous aviez semblé aux anges !
MORGANE
Je n’avais que 14 ans ma tante, et votre fils, il vous en souvient sans doute, n’en avait que 20 ! Je n’avais jamais rencontré d’autre damoiseau et vous n’eûtes aucun mal à me persuader que je n’étais destinée qu’au seul qu’il me fut permis de côtoyer.
ALIENOR
Voulez-vous me dire que vous n’aimez plus mon fils ?
La tension est à son comble entre les deux femmes. MORGANE baisse la tête, bien décidée à ne pas se laisser gagner par l’insinuant agacement qui l’envahit, sous les propos de sa tante. Elle murmure assez fort cependant pour être entendue
MORGANE
L’ai-je jamais aimé d’amour, ma tante ? Anselme est parti courir le monde depuis bientôt cinq longues années et nul ne sait quand il reviendra... et même, s’il reviendra...
ALIENOR
Comment ça - s’il reviendra - ? Péronnelle ! Souhaitez vous attirer le malheur sur la maison qui vous a accueillie ?
MORGANE
Je n’oublie rien ma tante et surtout pas que vous m’avez ouvert la porte de vos foyers à la mort de mes chers parents, après que la grande peste les eut emportés en quelques jours; Ma reconnaissance éternelle vous est acquise !
ALIENOR
Alors prouvez-le-moi, en attendant mon cher fils avec moi !
MORGANE
Ne m’en veuillez pas ma tante, mais c’est impossible ! N’avez-vous pas deviné que Philippe et moi-même, nous sommes épris l’un de l’autre ?
ALIENOR
Philippe ?
MORGANE
Lui-même, ma tante ! Philippe votre fils aîné.
ALIENOR
Jeune fille, dans votre inconstance, vous avez jeté le dévolu sur le propre frère de votre promis ?
MORGANE :
C’est vous qui aviez choisi Anselme, ma tante ! Pas moi ! Nous n’avions échangé aucune promesse ! … Et sachez que je n’ai pas jeté mon dévolu sur Philippe ! C’est lui qui, le premier m’a parlé d’amour !
ALIENOR
Seigneur Dieu ! Abel et Caïn !
MORGANE
Ma tante, il faut raison garder ! Il est fort probable qu’Anselme, au cours de son interminable voyage, aura rencontré d’autres jeunes filles et m’aura oubliée…
ALIENOR
Perdez-vous la raison, ma nièce ? d’autres jeunes filles, chez les sauvages
27. SALLE DU CHATEAU DE PINSAGUEL.EXT JOUR
Dame ALIENOR s’est réfugiée à nouveau vers l’une des fenêtres du château qui surplombe la vallée. Le Jour décroît doucement tandis qu’au loin on peut entendre à nouveau la viole, accompagnant la chanson de Renaud
Le Roi Renaud de guerre revint
Portant ses tripes dans ses mains
Sa mère est à la tour là haut
Qui voit venir son fils Renaud…
FIN DU PLAN SEQUENCE
28. RETOUR AU PALAIS DE GAO – CHAMBRE DE SALOU INT. JOUR
SALOU s’apprête devant son miroir, NOURIA l’aide
SALOU
Je me demande bien ce que mon père peut bien avoir à me dire ! Que se passe t-il ?
NOURIA
Comment le saurai-je mieux que toi ma belle ? Tu dormais au moment où l’un des gardes s’est présenté.
SALOU
J’ai ouï dire qu’une grande réception se préparait au palais. Peut-être mon père souhaite-t-il m’en informer ? J’en ignore le motif
NOURIA
Tu es bien la seule, Princesse ! Il s’agit en fait d’une soirée de prestige que ton père souhaite organiser en l’honneur de l’un de ses amis de passage … A ce qu’on dit, il viendrait d’un pays du Maghreb
SALOU
Ce peut-il que ce soit ce noble vieillard qui accompagnait l’homme blanc que nous avons rencontré ce matin au marché
NOURIA
Pour l’amour du ciel, parle plus bas, veux-tu ! A moins que tu ne souhaites me voir écartelée entre deux chameaux. Personne ne doit savoir que nous étions hors du palais et dans un souk ! Quant à ce farrangi de malheur qui a osé t’aborder, j’aimerais le savoir en train de brûler dans le désert !
SALOU
Cet étranger s’exprimait de manière élégante dans un arabe élégant !
NOURIA
Princesse, je t’ai dit cent fois de ne point te fier aux paroles doucereuses des hommes quels qu’ils soient ! Si tu aimes tant les compliments, on dit que, le prince Tidiane ton noble fiancé est orfèvre en la matière
SALOU
Il semble que ce ne soit pas seulement à moi qu’il les adresse
NOURIA
Serais-tu en train de m’avouer que tu es jalouses des succès féminins de ton futur époux ?
SALOU
Nourrice, assez parler, le Sonni attend ma visite !
FIN DE PLAN DE SEQUENCE
29. LE PALAIS - LA SALLE DU HAUT CONSEIL.INT JOUR
Le SONNI est seul, assis sur un tabouret bas et fume sa longue pipe, l’air tourmenté. SALOU pénètre dans la pièce, suivie de NOURIA qui reste en retrait. SALOU s’avance et s’incline respectueusement devant son père qui lui tend affectueusement la main
SALOU
Paix et bonheur, mon Père. Vous m’avez fait demander ?
Le SONNI
Oui, ma fille. J’ai à te parler !
NOURIA qui se tenait à l’écart tente de s’éclipser. En reculant, elle renverse une table basse. Le bruit attire l’attention vers elle
LE SONNI
Nourrice, où vas-tu ? Demeure ici, je te prie ! J’ai deux mots à te dire, à toi aussi … SALOU approche, que je te contemple. Tu es sans aucun doute ma plus belle œuvre Resplendissante…Tout le portrait de ta mère dis-moi, SALOU, suis-je un bon père ?
SALOU
Le meilleur des pères !
LE SONNI
Ne t’ai-je pas toujours marqué mon affection ? N’es-tu pas la préférée de tous mes enfants ?
SALOU
J’ai cet honneur, mon père !
LE SONNI
Ne t’ai-je pas, pour te marquer ma prédilection, accordé de multiples faveurs?
SALOU
Sans aucun doute, Père !
LE SONNI
Ne t’ai-je pas donné une éducation bien supérieure à celle des autres filles de ton rang?
SALOU
C’est la vérité, Père !
LE SONNI
Ne t’ai-je pas permis d’étudier les langues et l’astronomie ?
SALOU
Et je vous en suis fort reconnaissante...
LE SONNI
Ne t’ai-je pas choisi comme fiancé, le plus beau le plus jeune, le plus riche, le plus valeureux des princes du voisinage, le prince Tidiane ?
SALOU
Père, il est vrai que Tidiane est un digne parti...
LE SONNI
Un digne parti ? Toutes les beautés du pays n’ont d’yeux que pour lui ! N’est-ce point à toi qu’il a donné sa foi ?
SALOU
Il semble en effet très épris...
LE SONNI
Alors, ma chère enfant, pourquoi ne cherches-tu pas à me récompenser de mon libéralisme et à le remercier de son amour ?
SALOU
Enfin, mon Père qu’attendez-vous de moi ?
LE SONNI
On m’a dit que, parfois ta nourrice et toi-même, vous quittiez le Palais, sous des habits d’emprunts? Nouria, tu n’étais qu’une captive et je t’ai élevé au statut de suivante. Ton dos a toujours ignoré le fouet.
Pourquoi me trahis-tu ?
SALOU
N’accusez pas Nouria, Père. Elle s’est toujours opposée à mes escapades et ne m’accompagne qu’à contre cœur, pour me protéger. Mais je ne fais rien de mal… Je me promène et je regarde...
LE SONNI
Je suis certain que tes incartades ne sont dues qu’au tempérament fougueux que tu as hérité de ta regrettée mère… Elle était comme toi : Insouciante, curieuse et, comme toi, aussi libre que l’oiseau... Mais tu dois comprendre que mon honneur dépend du tien. Tu es fille de Roi, Salou, et tu dois te conduire comme telle ! Tidiane s’impatiente... tu seras bientôt femme, épouse et Reine !
SALOU
Mon père, permettez-moi de différer quelque peu ce mariage. Je suis encore si jeune... Etes-vous donc si pressée de vous débarrasser de votre fille bien aimée ?
LE SONNI
Que dis-tu là, mon enfant ? N’aie crainte ! Je saurais faire patienter ton prétendant. En attendant, je te remets dans les bras de ta nourrice, en lui demandant un peu plus de sévérité ! M’entends-tu, Nouria ?
NOURIA
Merci, Seigneur. Ma reconnaissance et ma loyauté vous sont acquises
LE SONNI
Ma fille, sois certaine que s’il ne s’agissait que de moi, je te garderais bien volontiers à mes côtés. Pour te le prouver, je te convie au souper de gala que j’offre demain soir à deux nobles vieillards, le Sage Battuta et un sien compagnon, venu du lointain royaume de France. Leurs récits ne manqueront pas de t’intéresser.
SALOU
J’en suis certaine, mon père et vous remercie de votre mansuétude !
SALOU quitte la pièce, suivie de NOURIA. LE SONNI reste seul, son regard tourné vers l’horizon
FIN DE PLAN SEQUENCE
30. PALAIS DE GAO ENTREE DU PALAIS EXT NUIT
De l’entrée du Palais affluent des personnalités du Monde Noir en grande tenue . Des gardes devant les portes veillent à la réception , au loin des badauds épient l’arrivée des invités .
31 LA SALLE D’APPARAT
La salle d’apparat est surmontée d’une vaste coupole et les fenêtres plaquées d’argent sont drapées de rideaux richement ornés de broderies en fil d’or. Des divans bas sont recouverts de pelages fauves et de rutilantes soieries. Les larges plateaux en cuivres débordent de friandises. Des serviteurs nubiens qui assurent le service vont et viennent inlassables autour des invités de renom Dans une galerie voisine des danseuses, accompagnées par un orchestre de balafons évoluent gracieusement sous les regards distraits des membres de la haute caste.
Dans un lieu de la salle non loin du trône , se trouve deux femmes installées sur des coussins richement orné et soyeux. Elles sont vêtues de leurs plus beaux atours La plus âgée est MARYEM, épouse du Sonni . La seconde est SALOU CASAIS
Les conversations s’interrompent à l’entrée du Sonni rayonnant, accompagné de son ami LE SAGE BATTUTA.
LE SONNI
Cher Ibn Battuta ! Vous voyez là toute ma famille et tous mes proches ! Pour cette grande occasion, nous avons dérogé à l’étiquette royale. Soyez certain qu’ils se réjouissent comme moi de votre visite ! Je tenais à vous présenter ma dernière épouse, Maryem … et ce jeune homme sévère est mon fils Malik !
MARYEM
Grâces vous soient rendues, Seigneur Battuta
LE SONNI
Et voici ma fille unique, la Princesse Salou Casais, celle qu’on nomme par chez nous, « la perle du Songhay »
BATTUTA :
Jamais surnom ne fut mieux mérité. Votre gracieux accueil me touche au cœur ! Quelle somptueuse réception, mon ami !
LE SONNI
Mon vieil ami, vous revoir après tant d’années me comble ! Parlez-nous de vos voyages et, tout d’abord, de votre beau pays que je n’ai pas l’heur de connaître !
BATTUTA
Qu’en dire, ami, que vous ne sachiez déjà ? A l’heure actuelle, le Royaume du Maroc connaît, en de nombreux domaines, une ascension à nulle autre pareille...
LE SONNI
Merveilleuse occupation que celle de parcourir le monde, en quête de savoir…
BATTUTA
Pour vous remercier de votre bonté, permettez-moi, mon ami de vous offrir, à vous et à votre famille, ces modestes présents.
Un porteur dépose au pied du roi des objets rares et se retire, tandis que l’assistance la plus proche du Sonni, curieusement tente de découvrir la nature des différents cadeaux
LE SONNI
Amis, voyez la perfection du travail de ce fourreau. Ces orfèvres sont de véritables artistes ! ...
MALIK
Merci à vous, Seigneur Battuta !
BATTUTA
Et pour la plus belle, celle qu’on nomme à juste titre dans ces contrées « la Perle du Songhay », ce bracelet d’argent incrusté de lapis-azulis égyptiens. Mon grand âge me permet de le passer à son poignet sans prêter à la médisance…
SALOU
:
Soyez remercié, Seigneur. Ce bijou est de toute beauté !
BATTUTA
:
C’est pourquoi, il revient de droit à la plus belle !
LE SONNI
J’ai, moi aussi, un cadeau pour vous, Sage Battuta : Veuillez accepter ce vieux manuscrit découvert dans une cassette achetée à un méhariste… Nul n’a jamais su le déchiffrer mais je doute qu’il résiste à votre sagacité…
BATTUTA
:
Par Allah ! On dirait de l’Araméen… Merci, mon cher ami. Ce manuscrit est pour moi d’une inestimable valeur et je me mettrais à son étude au plus tôt !
LE SONNI
Je connais depuis longtemps votre goût pour les vieux textes, ami… Mais je ne vois pas votre compagnon de route, le chrétien. Ne devait-il pas être des nôtres? Votre long périple l’a peut-être fatigué ? Un homme de son âge...
BATTUTA
:
Anselme D’Ysalguier n’est pas un vieillard mais un jeune homme, Seigneur! C’est mon élève et s’il n’est pas déjà parmi nous, c’est que je l’ai prié de nous laisser un moment en tête-à-tête, vous et moi, pour nous permettre de nous retrouver, après tant d’années... Votre fils Djibril, en hôte parfait, en profite pour lui faire visiter votre superbe palais.
Un conseiller s’est approché du Sonni pour lui parler discrètement
LE SONNI
Voilà en effet qu’on m’annonce leur arrivée...
32. SALLE D’APPARAT.INT NUIT
ANSELME et DJIBRIL font leur entrée. Vêtue de ses habits de chevalier, ANSELME pose un genoux à terre, tête baissée devant le SONNI
ANSELME :
Grand roi, je suis Anselme D’Ysalguier et je transmets au grand Sonni des Mossis le salut de ma province et celui du pays d’Oc, au royaume de France !
LE SONNI
La France nous fait grand honneur ! Des marchands et des voyageurs venus de confins de cette terre nous ont fait comprendre qu’il valait mieux être de ses alliés ! ... De toutes façons, les amis d’Ibn Battuta sont mes amis et vous êtes, tout comme lui, le bienvenu en ce palais. Vous êtes forcément ignorant sinon de nos coutumes, dont vous avez sans doute entendu parler, du moins de notre étiquette royale... Sachez-donc que, pour vous faire honneur, nous avons décidé de déroger à cette dernière : Ce soir, noble étranger, des dames participeront à nos agapes. Voici la Reine Maryem, ma quatrième épouse (Anselme salue courtoisement)... Et ma fille bien aimée, la princesse Salou Casais...
ANSELME
(Bredouillant)
Princesse..
LE SONNI
Que diriez-vous, chers hôtes, de vous installer pour le repas
33.SALLE D’APPARAT INT NUIT
Un brouhaha élégant, les esclaves nubiens présentent les mets tandis que les convives prennent place pour le repas
LE SONNI
Noble chevalier, avez-vous déjà dégusté notre cuisine ? Nos mets ne vous paraissent-ils pas trop éloignés de votre goût habituel
ANSELME :
Grand roi, j’ai tant voyagé de par le monde que mon goût s’est élargi. Je peux ainsi apprécier les préparations culinaires des contrées que je traverse... Cette sauce de feuille est parfumée et relevée à point.
DJIBRIL :
S’il plaît à mon père, le Capitoul d’Ysalguier nous parlera de la cour du Roy de France. On dit qu’on y mène grand train...
ANSELME :
On le dit, en effet, mais je ne suis guère coutumier des fastes de la cour. J’y ai quelques fois accompagné mon père et j’ai été frappé par l’immensité du Palais Royal et par la magnificence de la vêture des courtisans, mais je suis, je vous l’avoue, plus ému par la beauté de la ville rose et de sa verdoyante campagne.....
SALOU
La ville rose ?
MARYEM
(Choquée par son intervention) :
Princesse !
ANSELME
C’est ainsi qu’on nomme Toulouse, la plus belle ville du Royaume de France, en raison de la couleur de ses murs !
34 SALLE D’APPARAT.INT NUIT
Le Griot qui n’est pas à table et qui se tient derrière le roi prend la parole
SAMBA
Gao n’est-elle pas, elle aussi, la plus belle ville du Royaume du Mali ? Le proverbe Songhay dit : « Le macaque ne trouve jamais son petit laid » !
LE SONNI
Que mes hôtes excusent cet insolent personnage! Il n’a jamais pu se résoudre à se contenter du rôle du griot qu’il a hérité de son père. Chanter mes louanges, ceux de mes ancêtres et ceux de ma descendance lui parait sans doute fastidieux, car il préfère jouer les bouffons royaux ! Cet emploi lui permet, il est vrai d’éviter quelques soufflets bien mérités...
(Tous rient)
MALIK
De l’autre côté du désert, m’a t-on affirmé, des caravanes du pays Berbère ont été récemment pillées par des chrétiens tout à fait semblables à ceux qui, sous le nom de « Croisés », engagèrent jadis la guerre contre les vrais croyants.
ANSELME
Je ne pensais pas avoir à rappeler au fils du très courtois et très savant Mossi que les croisades ont connu leur fin il y a plus de deux cent ans. Je ne nierai pas qu’un Comte de Toulouse à été à l’origine de la première de celles-ci, mais cela nous ramènerait au Pape Urbain II en l’an de grâce 1035. En ce qui me concerne, je ne suis qu’un simple voyageur, venu parmi vous, pour apprendre et pour m’enrichir au contact d’autres mœurs...
MALIK
Vous enrichir, dites-vous? Je me suis laissé dire que certains de vos ardents combattants furent moins motivés par la foi catholique que par la soif de l’or
LE SONNI
Malik!
ANSELME
Grâce à Dieu, ma famille n’étant nullement dénuée de fortune, je n’ai jamais eu besoin de recourir à de tels expédients. Je suis issu d’une noble famille et l’honneur a toujours été la première richesse des Capitouls de Toulouse. Je ne laisserai personne en douter !
Il fait le geste de se lever
LE SONNI
Holà ! Jeune étranger ! Vous avez, ce me semble, le sang aussi chaud que noble ! Asseyez-vous donc, ami et daignez pardonner à cet insolent de Malik ! C’est sans doute à force de traîner dans les lieux les plus mal famés de la capitale qu’il a appris ces étranges manières ! Je n’ai pas en garde, que je sache, nos amis les Berbères ! (Redevenant grave) N’y voyez point d’offense personnelle, mon hôte. Notre histoire tout entière est modelée par les conquêtes comme par les attaques !
MALIK
Notre hégémonie jadis assurée, nous paraît à nouveau chancelante. Ayant connu l’humiliation, nous sommes désormais pointilleux dès que nous craignons d’apercevoir l’ombre d’un envahisseur !
LE SONNI
Malik ! (à D’Ysalguier ) Soyez assuré cher ami que mon seul désir et celui de mon peuple est d’être en paix avec la terre entière!
ANSELME :
Souhaitons qu’il en soit ainsi, Seigneur !
35. SALLE D’APPARAT.INT NUIT
Le banquet tire à sa fin. Des danseuses, accompagnées par un orchestre de balafons évoluent gracieusement devant un parterre d’invités repus.. ANSELME cherche le regard de SALOU tandis que cette dernière feint de ne pas l’apercevoir, Maryem suit le manège des jeunes gens. Le SONNI et son ami BATTUTA bavardent
LE SONNI
Pourquoi craindre une telle éventualité, ami ? Si on nous attaque, nous nous défendrons ! Nos guerriers ont du courage à revendre.....
BATTUTA
Du côté du courage, je ne crains rien. C’est la force des armes qui me fait frémir... Le monde entier résonne de leur bruit, comme si chacun voulait dévorer son voisin, l’appât au gain fixé au cœur.
ANSELME
Mon maître vénéré ne parle pas en vain, Seigneur. L’Europe se transforme en arsenal... De nouvelles machines de guerre y naissent chaque jour !
LE SONNI
Je ne veux pas croire que l’industrie de l’homme se tournera uniquement vers les oeuvres destinés à la guerre, délaissant la nécessaire création de la beauté
ANSELME :
Certes, Seigneur, la beauté est aussi indispensable à l’homme que l’air qu’il respire…
LE SONNI :
Mes chers hôtes, faites-moi donc la grâce de passer quelques jours en ma demeure. J’en profiterai pour palabrer avec mon vieil ami Ibn Battuta, tandis que je confierai son jeune ami à mes fils, Malik et Djibril, qui lui feront les honneurs de notre magnifique contrée…
DJIBRIL :
C’est une excellente idée, mon père. J’ai mille questions à poser au Chevalier et serai ravi de lui montrer les beautés de notre pays…
ANSELME
Merci de cette gracieuse invitation, mes Seigneurs. Je l’accepte avec reconnaissance car tout ce qui touche le Mali me passionne !
FIN DE PLAN DE SEQUENCE
36. PALAIS DE GAO – CHAMBRE DE SALOU - INT JOUR AUBE
Le jour se lève sur le Palais. Dans les jardins, des esclaves finissent leurs soins quotidiens des plants rares qui ornent le Palais. NOURIA pénètre silencieusement dans la chambre de SALOU. Elle est stupéfaite de trouver la princesse tout habillée
NOURIA :
Où vas-tu de si bon matin, Maîtresse ?
SALOU :
Ne crie pas, tu vas réveiller tout le monde ! Je veux simplement aller saluer mes frères Djibril et Malik, avant leur départ.
NOURIA
Je n’ai aucune confiance dans l’intérêt si soudain que tu manifestes pour les sorties matinales de tes frères !
SALOU
Laisse moi passer !
NOURIA libère le passage tandis que SALOU s’élance en direction des écuries. Tout en la suivant, Nouria tente encore de l’en dissuader
NOURIA
Dis plutôt que tu brûles d’impatience de voir ce farrangi dont tu ne cesses de me rabattre les oreilles depuis quelques temps ! Mais je saurai bien t’empêcher de céder à de tels caprices !
SALOU
Que vas-tu donc chercher, ma chère Nouria…
NOURIA:
Je ne peux te laisser sortir seule. Ton père l’apprendra et il sera furieux !
37. LES COULOIRS DU PALAIS - INT JOUR
Salou n’écoute pas sa suivante et d’un air décidé prend la direction des écuries royales mais cette dernière rentre dans ses pas pour la suivre
SALOU
Très bien ! Tu peux m’accompagner, mais sache que je suis décidée à faire ce qui me plaît !
37. ECURIES ROYALES INT JOUR
SALOU et NOURIA se retrouvent, devant les écuries royales. Les lads se pressent autour des chevaux. Djibril et Malik sont dans la cour, prêts à partir et, attendent Anselme. Djibril aperçoit sa sœur et se dirige vers elle.
DJIBRIL
Que les dieux te gardent ma sœur ! Je n’ose pas croire que tu t’es levée de si bon matin dans le seul souci de venir saluer tes frères !
SALOU
Je viens m’assurer qu’il ne vous manque rien !
MALIK
Mon père est-il averti de votre sollicitude ma sœur?
SALOU
Notre père m’a toujours laissé la liberté de me mouvoir à ma guise dans l’enceinte de ce palais
MALIK
Souhaitons qu’il n’ait point à s’en repentir !
SALOU
Il est heureux que notre père sache encore prendre ses décisions seules !
DJIBRIL
Ma sœur, mon frère, oubliez vos stériles disputes : voici notre hôte : Anselme d’Ysalguier. Bienvenue Ami ! J’espère que la journée sera aussi belle que celle d’hier. je vous réserve une surprise du côté de Monatéba...
ANSELME pénètre dans la cour où les chevaux attendent déjà . Son regard ne peut se détacher de SALOU
ANSELME
Seigneur, je vous suivrai les yeux fermés ! Princesse, il semble quel soleil se soit levé avant l’aube, ce matin...
SALOU
Ce noble coursier est l’une des fiertés de l’écurie royale. De bonne race son regard sont aussi franc que l’or des mines du Soudan... On peut cependant se demander si son apparence extérieure, qui est flatteuse, va de pair avec son apparence intérieure à laquelle nul n’a accès...
NOURIA
Princesse... Il est temps de partir....
SALOU
(A brûle pourpoint) :
Est-il vrai que les Chrétiens se contentent d’une seule épouse?
MALIK
Ma sœur, il est temps pour vous de regagner votre appartement...Quant à vous, Etranger, si votre désir de visiter la région est toujours intacte, il nous faut partir... La route est longue jusqu’à Monatéba et le temps presse…
FIN DE PLAN SEQUENCE
38.PALAIS DE GAO APPARTEMENT DE SALOU. INT JOUR
TIDIANE un jeune guerrier de la tribu du pays Mali., fils de la reine Yennenga et fiancé traditionnel de Salou. est envisite à Gao. Il se rend au palais où il souhaite rencontrer sa promise. Il s’affronte à la suivante NOURIA
TIDIANE
Me diras-tu enfin, Suivante, si ta maîtresse daigne me recevoir ?
NOURIA
Ne vous offensez pas, Seigneur, mais...
TIDIANE
Mais. quoi ? A t-elle juré de me traiter en casté ? Oublie t-elle qui je suis ?
NOURIA
Elle s’en garderait bien, Seigneur ! C’est qu’elle est encore souffrante et que nos médecins lui conseillent le repos !
TIDIANE
Souffrante ! Quel malaise durable pour une jeune personne qui a toujours joui d’une éclatante santé ? Pourquoi a t-elle donc décidé d’ajourner notre union ?
NOURIA
Que vous en a dit son père ?
TIDIANE
Il est demeuré bien vague et n’a fait allusion qu’à son extrême jeunesse. A son âge, ma mère avait déjà procréé par deux fois !
NOURIA :
Les temps ont changé en trente années, Seigneur !
TIDIANE
Je crois bien qu’il faille le regretter ! Tout ceci prend sans aucun doute sa source dans le refus de l’excision féminine qui fait partie de vos coutumes pour le moins relâchées !
NOURIA
(furieuse)
Vous les avez acceptées, ces coutumes honteuses, en réclamant la main de la princesse Salou …
TIDIANE
Il n’y a pas si longtemps, elle daignait s’amuser de mes compliments et lorsque je réclamais, avec l’accord de son père, la permission de lui faire la cour, elle ne s’y opposa point... Par Allah! Quelque chose a changé en elle !
NOURIA
L’avez-vous interrogée, Seigneur?
TIDIANE
Et comment l’aurai-je pu, sotte créature? Le Sonni se terre dans ses appartements et sa fille est si souffrante qu’elle en est devenue invisible...
.
NOURIA
Aucune femme, Seigneur ne saurait longtemps demeurer inflexible devant votre chagrin...
TIDIANE
Ce malaise ne serait donc pas un leurre. Peut-être devrais-je attendre son rétablissement ?
NOURIA
A votre prochaine visite, elle sera rétablie !
TIDIANE
J’ai appris d’autre part que le palais abrite des étrangers ? On dit qu’un Seigneur franc est arrivé récemment à Gao… Il paraît qui plus est l’invité du Sonni ?
NOURIA
C’est exact ! Notre Sonni s’est pris de bonne amitié avec le jeune Seigneur blanc et l’a prié de rester quelques jours au Palais, mais je ne saurai en dire d’avantage, mon Prince, car j’ai fort peu vu cet étranger…
TIDIANE
Pourtant, la ville entière fait l’écho des exploits du farrangi qui aurait, parait-il, sauvé la vie du fils cadet du Sonni, Djibril, lors d’une partie de chasse ?
NOURIA
J’ai entendu parler de cela, en effet. Un lynx aurait blessé dangereusement notre prince à la jambe et l’étranger, fort expert en médecine, l’aurait soigné et guéri dans la journée…
TIDIANE
Il n’aura fait que son devoir d’homme et les louanges des griots m’apparaissent exagérés…
NOURIA
On dit au quartier des suivantes que le farrangi est le compagnon de route d’Ibn Battuta, le vieux sage Touareg, ami intime de notre Sonni. Ils doivent reprendre très bientôt leur voyage…
TIDIANE
Ma mère m’a jadis présenté ce noble vieillard… Merci de ces nouvelles, ma chère Nouria. Transmet mes salutations et mes vœux de prompt rétablissement à ta maîtresse. Je suis pour quelques jours à Gao, mandaté par ma mère, et le Prince Malik m’a promis son fraternel appui car il s’intéresse aux choses du commerce.
NOURIA
Je n’y manquerai pas Seigneur !
TIDIANE
Daigne rappeler à la Princesse que je ne manquerai pas de revenir la saluer avant mon retour en Pays Songhay ! Va donc la retrouver et parle-lui de mon amour qui ne périra jamais !
39. APPARTEMENT DE SALOU. INT JOUR
Tidiane quitte les appartements de Salou tandis que NOURIA étouffe un soupir de soulagement et s’en retourne dans la chambre de sa maîtresse. SALOU est nerveuse et semble importunée par l’incessant bourdonnement qui s’élève non loin de là
SALOU:
Qu’est-ce que cette sombre mélopée Nouria ?
NOURIA
Un enfant nouveau-né a été saisi de convulsion ce soir. L’Imam a recommandé aux femmes de se mettre en prières dans les appartements voisins. C’est le bruit que tu entends !
SALOU :
Cela m’importune... Je souffre de la tête en cette fin d’après midi...
NOURIA
Au moins n’ai-je pas tout à fait abusé le Prince Tidiane.Quel bel homme et combien est flatteuse son impatience... Avouez donc, Princesse... N’est-il pas autrement tourné que le farrangi ‘(Elle grimace) pftt ! Ce visage plat, ces lèvres minces, ce teint rouge et ces cheveux mous...
SALOU :
Tu me blâmes de n’avoir pu recevoir le Prince Tidiane ?
NOURIA
Je lui ai affirmé que tu étais souffrante mais j’ai bien vu qu’il ne me croyait pas. Il était furieux !
SALOU :
Ses colères me laissent indifférentes. Je ne suis pas encore son épouse.
…Qu’est-ce que ces chants, Nouria ? Il fait très chaud, ce soir et je suis si lasse. J’aimerai me reposer…
NOURIA
La naissance d’un garçon. C’est le fils de ton demi-frère Malik ! Il est de faible constitution et les femmes implorent le plus haut d’épargner sa vie encore fragile.
SALOU
J’avais cru, en effet, reconnaître ces chants d’enfantement. J’espère de tout
Auteur: mabouya_zandoli Date: 21 Mai 2006 12:53 Sujet du message: noire est la marquise
Mékésséssé Auteur: Tatou Date: 21 Mai 2006 13:14 Sujet du message: noire est la marquise
Coucou,
Joxna, pourrais-tu nous y joindre un petit commentaire ? Ca nous permettrait de replacer un peu les choses dans une certain contexte...
Auteur: joxna Date: 21 Mai 2006 14:34 Sujet du message: noire est la marquise
il s'agit d'un scénario qui a reçu un prix mais qui a beaucoup de mal à trouver un producteur car le sujet est difficile à admettre lorsqu'il s'agit de l'HISTOIRE Franco-africaine
Présentation du récit
Le récit, entre mythe et histoire réelle, que nous présentons ici sous forme scénarisée ne souhaite pas se cantonner à la narration de la touchante aventure d’un amour qui va lier deux êtres que tout sépare : la culture et la race. Au-delà de la bluette, nous souhaitions évoquer une partie de l’histoire fort méconnue : celle des rapports entre l’Afrique pré-coloniale et l’Occident. La mémoire collective semble n’avoir enregistré que deux périodes : celle des Croisades et celle de l’esclavage des nègres destiné à établir la fortune des îles sous le Vent et du Nouveau Monde. Entre ces deux phénomènes historiques, eurent cependant lieu des échanges qui, pour être sporadiques, n’en furent pas moins riches de conséquences en raison de la personnalité des premiers voyageurs : il s’agissait surtout de lettrés et de marchands, tout d’abord pacifiques qui cherchaient à découvrir, selon les cas, d’autres hommes de culture, d’autres cultures, de nouveaux produits et de nouveaux marchés.
C’est le choc des cultures qui servira de toile de fond aux amours contrariés de la belle princesse de Gao, Salou Casaïs et du chevalier Anselme d’Ysalguier, fils d’un riche capitoul toulousain. En suivant leur périple personnel qui n’est autre que la quête du bonheur, nous découvrons les espaces disparates, tant au point de géographique que social, qu’ils traversèrent ensemble et qu’ils découvrirent l’un après l’autre, l’un guidant l’autre : La somptueuse ville de Gao, au cœur du Royaume du Mali alors en plein apogée, la vie dans le désert auprès des Touaregs, à l’oasis de Taoudéni, le voyage jusqu’à la Méditerranée, la traversée de l’Espagne et Séville puis l’arrivée en pays d’Oc, à Pinsaguel, où se situe le château familial des d’Ysalguier, à quelques pas de la prospère ville de Toulouse. Célèbre point n’est besoin de citer la variété de ses échanges commerciaux, pour son goût pour prononcé des Arts et des belles lettres et surtout pour son organisation politique unique en son genre : quoique demeurée sous la férule du Roi de France, elle est dirigée par de riches marchands anoblis, les tout puissants Chevaliers du Chapitre, ceux qu’on nomme ici avec respect : les Capitouls. La dernière escale du voyage du jeune couple nous entraînera à Paris, au sein de l’inquiétant Palais du Louvre où ils ont été conviés par le Roi, qui a pris la décision politique de rassembler ses nobles vassaux autour de sa personne.
Au-delà du choc des cultures fortement impliqué par l’époque historique évoquée, le bouillonnement des sentiments humains ne saurait être ignoré :
L’amour, l’admiration, l’abnégation, la violence, la haine, la jalousie, l’incompréhension, le mépris, le désir, la perfidie, la vengeance et, pour conclure comme la triste complainte qui est à l’origine de cette saga : le désespoir et la mort.
L’auteur
Nady Nelzy
Auteur: Tatou Date: 21 Mai 2006 15:23 Sujet du message: noire est la marquise OK, je comprends mieux
Auteur: mabouya_zandoli Date: 21 Mai 2006 15:43 Sujet du message: noire est la marquise