Auteur: Lapine Killah
Date: 23 Juin 2003 15:19
Sujet du message: l'avenir D antilles (les indépendantistes?)
Premiere chose : voulez vous une assemblée unique ?? ===> Pensez vous que ce soit assez explicite pour les votants ??? Surtout ceux qui ne se sont pas interessés au débat ??? J'en doute.
Secondo, voici un article que je viens de trouver... Peut être qu'il a déjà été donné, si c'est le cas, sorry.
Il date de 1999 mais je ne pense pas que les avis aient sensiblement changés en 4 ans :
« Il y a cinquante ans la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion choisissaient d'adopter le statut de département d'outre-mer ; aujourd'hui, quel type de statut vous paraît-il le plus adapté à ces départements ? », avaient demandé les enquêteurs de l'institut Ipsos à environ 600 personnes dans chacun des quatre départements d'outre-mer.
5 % des personnes interrogées en Martinique et 6 % en Guadeloupe ont répondu « l'indépendance ». La droite y a vu la preuve de l'attachement des Antillais au statut de département de leurs îles ; la gauche exactement le contraire, puisque « le statut actuel sans changement » n'a fait que 21 % d'adeptes en Martinique et 8 % en Guadeloupe. En revanche, près d'un Antillais sur cinq (21 % en Guadeloupe et 14 % en Martinique) s'est prononcé pour « un statut d'autonomie où la plupart des lois métropolitaines ne s'appliqueraient plus et où des lois spécifiques seraient décidées par les assemblées locales ».
L'article complet :
EN visite aux Antilles françaises du 27 au 30 octobre 1999, M. Lionel Jospin y fut froidement accueilli. Chômage de masse, conflits attisés par l'absence de dialogue social, crise de la banane ont éclipsé le projet de « grande loi d'orientation pour l'outre-mer » qui doit être présenté au conseil des ministres, début 2000. S'ils permettent l'expression d'un sentiment protestataire, les courants indépendantistes ne vont pas, cependant, jusqu'à capitaliser ce marasme : plutôt qu'un changement radical de statut, les populations attendent de nouveaux moyens pour le développement économique.
Par MARIE-CLAUDE CELESTE
Journaliste, Fort-de-France
Quelques jours avant le voyage aux Antilles du premier ministre, M. Lionel Jospin, un sondage organisé à l'initiative du secrétariat d'Etat aux DOM-TOM a suscité un véritable tollé, en particulier dans les rangs indépendantistes. « Il y a cinquante ans la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion choisissaient d'adopter le statut de département d'outre-mer ; aujourd'hui, quel type de statut vous paraît-il le plus adapté à ces départements ? », avaient demandé les enquêteurs de l'institut Ipsos à environ 600 personnes dans chacun des quatre départements d'outre-mer.
5 % des personnes interrogées en Martinique et 6 % en Guadeloupe ont répondu « l'indépendance ». La droite y a vu la preuve de l'attachement des Antillais au statut de département de leurs îles ; la gauche exactement le contraire, puisque « le statut actuel sans changement » n'a fait que 21 % d'adeptes en Martinique et 8 % en Guadeloupe. En revanche, près d'un Antillais sur cinq (21 % en Guadeloupe et 14 % en Martinique) s'est prononcé pour « un statut d'autonomie où la plupart des lois métropolitaines ne s'appliqueraient plus et où des lois spécifiques seraient décidées par les assemblées locales ».
Les énoncés de la consultation furent qualifiés de « tendancieux » par les indépendantistes - et par une grande partie de la gauche traditionnelle -, qui fustigent le principe même de ce sondage. M. Roland Anduse, membre de la direction exécutive du Mouvman (Mouvement) guadeloupéen parle d' « (...) intellectuelle ». Il y a dans cet exercice, dit-il, « une volonté de faire dire aux gens ce qu'on veut ». Selon les indépendantistes, la formulation des questions tend à accréditer la thèse selon laquelle un accroissement des responsabilités locales et, a fortiori, l'indépendance ne peuvent être acquis que par le biais d'une rupture brutale des liens avec la France (1).
Certains partis de la gauche traditionnelle, partisans soit d'une évolution dans le cadre d'un approfondissement de la décentralisation (Fédération socialiste de la Martinique, FSM), soit de l'autonomie « dans le cadre de la République » (Parti progressiste martiniquais, PPM) sont devenus la cible privilégiée des attaques des indépendantistes. Le sondage controversé a d'ailleurs fourni à ces derniers l'occasion d'ironiser sur la véritable influence des partis en question : un rapport, commandé à deux parlementaires de ces départements par M. Jean-Jack Queyranne, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, préconisait pour sa part un approfondissement de la décentralisation. Les organisations indépendantistes y ont vu la preuve du peu d'intérêt accordé par le gouvernement au point de vue des « domiens ».
Malgré les réticences manifestées par la plupart des mouvements indépendantistes chaque fois qu'est évoquée leur audience, aucun d'entre eux ne se fait d'illusions sur le nombre de voix que recueillerait l'option qu'ils préconisent en cas de consultation sur le statut. Ils sont effectivement minoritaires... Pendant longtemps, l'instabilité politique et les difficultés économiques de certains pays indépendants de la région, et tout particulièrement Haïti, ont été brandies comme des épouvantails par certains départementalistes pour dissuader toute velléité « sécessionniste » dans les départements français d'Amérique. Jusqu'à une période récente, le simple fait de manifester de l'intérêt pour l'environnement géographique immédiat des DOM dans la Caraïbe et sur le plateau des Guyanes, plutôt que pour la seule « métropole », était considéré comme un acte indépendantiste.
Avec le développement des moyens de communication et d'information, beaucoup d'Antillais connaissent mieux les réalités régionales et n'assimilent plus forcément indépendance et misère. Ils savent que certains Etats voisins ont amorcé un décollage économique, même si celui-ci s'effectue souvent dans des conditions difficiles. Mais les Martiniquais et les Guadeloupéens retiennent aussi que leurs départements sont mieux dotés en routes et en écoles, et que des habitants des îles environnantes n'ont d'autre choix, faute de structures adéquates sur place, que de venir se faire soigner dans leurs hôpitaux. Beaucoup regardent même avec condescendance ces voisins obligés de travailler dur pour gagner 1 500 francs par mois (salaire moyen d'un employé du secteur privé à Sainte-Lucie), alors que prestations sociales (le RMI, perçu par environ 50 000 Antillais, est d'environ 2 000 francs mensuels pour une personne seule) et « débrouillardise » peuvent facilement assurer un revenu quatre fois supérieur.
Dans ce contexte, si l'idée d'indépendance ne fait pas plus d'adeptes, c'est qu'elle implique aux yeux de beaucoup d'Antillais la perte d'avantages, d'acquis auxquels ils ne sont pas prêts à renoncer. Ils ne s'en cachent pas, et les indépendantistes ont conscience de s'attaquer à forte partie en dénonçant le « tourbillon de la consommation » qui, selon le Conseil national des comités populaires (CNCP) [CNCP :CLIN D'OEIL à 6KLÔN! LOL] à la Martinique, bloque le véritable développement économique des DOM (2).
Les interrogations d'une bonne partie de l'opinion publique à propos de l'indépendance sont à cet égard significatives. Dans une Guadeloupe et une Martinique indépendantes, comment paierait-on la trentaine de milliers de fonctionnaires des deux départements ? Comment seraient financées les retraites ? Ceux qui posent ces questions ont beau jeu de rappeler les « bienfaits de la République », au premier rang desquels la protection sociale dans les DOM. En Martinique, dit M. Christian Louis Joseph, secrétaire général du Syndicat des entrepreneurs en bâtiment, le secteur de la construction représente 9 % de la population active occupée, soit 10 400 personnes. Plus de 15 % des hommes y travaillent. Or, remarque cet ancien autonomiste, « l'investissement est assuré essentiellement par l'Etat. Qui remplacera cette source de commandes, et comment l'indépendance réglera-t-elle le problème du chômage ? » Selon lui, en cas d'indépendance, « seuls ceux qui ont actuellement un revenu de 500 francs par mois et par personne, soit 20 % de la population, ne vivraient pas plus mal et se sentiraient même mieux, car ils n'auraient pas la provocation ostentatoire de la consommation ; mais la classe moyenne, elle, verrait son niveau de vie diminuer de façon drastique ».
Face aux préoccupations des départementalistes de droite comme de gauche - et même de ceux, nombreux, que le statut actuel de la Martinique et de la Guadeloupe ne satisfait pas totalement - les projets indépendantistes dans ce domaine n'ont jusqu'à présent apporté que des réponses vagues ou partielles. Même s'ils ont désormais compris qu'ils ne pouvaient plus se contenter, en guise de réponse, de jeter l'anathème sur « ces petits-bourgeois qui ne pensent qu'à leur confort et à leur porte-monnaie ». D'autant que, soulignent leurs détracteurs, un certain nombre d'entre eux bénéficient de la sécurité que confère leur situation d'agents de la fonction publique !
Pourtant, le débat ne se limite plus forcément à un échange d'invectives. Dans les deux îles, des personnalités affichent leur choix indépendantiste sans pour autant être « diabolisées ». C'est notamment le cas de l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, candidate de l'Union pour la libération de la Guadeloupe (UPLG) aux élections régionales de 1992. C'est que, explique son homologue martiniquais Raphaël Confiant, qui fut avec Patrick Chamoiseau (Prix Goncourt 1992) vice-président du Mouvement des démocrates et des écologistes pour une Martinique souveraine (Modemas), « nous avons réussi à faire comprendre aux gens qu'être indépendantiste ne signifiait pas être anti- français ».
Halte à l'immigration... européenne
VOTER pour un indépendantiste même si on ne l'est pas, ne paraît, pour certains, ni contradictoire ni incongru. Au cours des dernières années s'est en effet développé, dans les départements français des Amériques (DFA), un fort sentiment « identitaire ». Le créole est ainsi sorti du ghetto. Sans avoir obtenu le statut de langue officielle, à côté du français, comme le souhaitaient les indépendantistes, il a droit de cité même sur les antennes de la télévision et de la radio publiques.
Sur le plan politique, il est désormais de bon ton d'afficher sa différence à l'égard des partis métropolitains auxquels on est apparenté. La « revendication identitaire » prend aussi des formes plus offensives. Beaucoup de Guadeloupéens et de Martiniquais, aux affinités politiques diverses, affirment désormais haut et fort ne pas comprendre pourquoi les Antillais sont si peu nombreux à occuper des postes à responsabilité tant dans l'administration que dans le secteur privé de leurs propres départements ; pourquoi aucun « domien » n'a jamais représenté la France dans les organisations régionales de la Caraïbe ou de l'Amérique latine ; pourquoi, pour coopérer avec Haïti ou Cuba, les départements d'outre-mer doivent solliciter l'autorisation de Paris.
Ce nouvel état d'esprit a pesé sur le choix des électeurs. La Guadeloupe et la Martinique comptent chacune deux maires indépendantistes. Il conviendrait d'y ajouter leurs homologues communistes de Morne-à-l'Eau et de Petit-Canal, en Guadeloupe, puisque le mot d'ordre du Parti communiste guadeloupéen (PCG), naguère autonomiste, est désormais l'indépendance. La Martinique a, avec M. Alfred Marie- Jeanne, un député indépendantiste, élu avec près de 29 000 voix, soit plus de 64 % des suffrages, en juin 1997.
Les mouvements indépendantistes souhaitent tous redéfinir les relations des DFA avec l'Union européenne (3). L'intégration de la Guadeloupe à l'Europe, affirme le Parti communiste guadeloupéen (PCG), est « une aberration », car elle ouvre les îles, « régions européennes », à une concurrence que ce département n'est pas en mesure de soutenir. Aussi, pour le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM), les liens avec l'Europe doivent désormais « aller bien plus dans le sens de la coopération que dans la voie de l'intégration, qui jure avec la réalité géographique, économique, sociale et culturelle » de la Martinique. Mais c'est peut- être en matière de circulation des personnes que la politique européenne suscite les plus vives critiques. « Nous sommes un peuple multiracial, dit M. Luc Reinette, membre du bureau du Konwa Pou Liberasyon Nasyonal Gwadeloup (Convoi pour la libération nationale de la Guadeloupe), et vouloir déséquilibrer les relations entre les ethnies, c'est un crime contre notre peuple. Nous sommes 400 000, nous ne pouvons être un pays d'immigration. » Les lois de défiscalisation ont en effet attiré de nombreux Européens dans cette « île du Nord » : leur population est passée de 8 000 à 28 500 personnes entre 1982 et 1990 (4). « S'il s'agissait d'Africains ou d'Asiatiques, nous tiendrions le même discours », précise ce militant indépendantiste en guise de réponse aux accusations de racisme dont il a fait l'objet.
Pendant des années, les organisations indépendantistes ont donné le spectacle de groupes opposés, divisés, enfermés dans des carcans idéologiques, pratiquant l'exclusion envers tous ceux qui osaient exprimer un point de vue différent du leur. Longtemps accusées de ne proposer que des slogans, elles s'efforcent aujourd'hui de donner un contenu à leur projet. Les fonctionnaires se préoccupent-ils du sort qui sera fait, en cas d'indépendance des Antilles, à la prime de 40 % de vie chère qui augmente d'autant leurs salaires ? Les indépendantistes estiment généralement qu'il s'agit d'un acquis, même s'il relève, d'une certaine façon, de la discrimination puisqu'il ne bénéficie qu'à une partie des salariés. Il est évident, dit M. Harry Broussillon, secrétaire exécutif du Mouvman guadeloupéen, que « la suppression de cette prime susciterait des protestations... Nous devons réfléchir à la façon d'en faire un autre usage. Cette masse financière doit servir au développement économique ». Mais, pour M. Luc Reinette, ce département « a toutes les caractéristiques d'un pays en développement et ne peut avoir les mêmes lois sociales que la France ». Les moyens du développement ? « Nous disposons, dit le CNCP, de légions de gens capables de prendre en main tous les secteurs : médecine, construction, agriculture, informatique, ingénierie, etc. En existe-t-il un seul où les Martiniquais ne pourraient assumer leurs responsabilités ? Non, bien sûr ! » Et, exportés dans le reste de la Caraïbe et en Amérique latine, ces « cerveaux » pourraient rapporter beaucoup d'argent.
Il n'en demeure pas moins que le véritable motif d'inquiétude pour les indépendantistes est le peu d'écho qu'ils rencontrent chez les jeunes, surtout préoccupés par leur avenir matériel et dont, pour beaucoup, les références sont les exemples de la réussite africaine américaine ou les groupes de ragga. « Je suis pessimiste », admet Raphaël Confiant, constatant que les plus jeunes dirigeants indépendantistes ont une quarantaine d'années. « Si notre génération n'atteint pas l'objectif qu'elle s'est fixé, dit-il, ces jeunes vont se couler dans le moule matérialiste, et je ne vois pas comment ils pourraient reprendre le flambeau. »
MARIE-CLAUDE CELESTE
Source : LE MONDE DIPLOMATIQUE