www.volcreole.com
Le site de référence des Dom-Tom !

GAGNEZ DES PLACES DE CINÉ UGC, GAUMONT ET PATHÉ EN LIGNE



[FEUILLETON] - MAKEDA !



Accueil » Forum » Littérature - Art - Culture: [FEUILLETON] - MAKEDA !

Auteur: Annonces
Sujet: [FEUILLETON] - MAKEDA !

Auteur: Woxinho
Date: 19 Jan 2007 15:30
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Hum, hum...

La loi de l'édition ouvre les droits d'auteur des oeuvres littéraires 60 ans après le décès de l'auteur. Ce qui fait que quiconque peut utiliser les oeuvres en question sans rompre les lois du copyright...

Je souhaite vous faire profiter d'une des plus belles histoires de l'Histoire avec un grand H, celle de la Reine de Saba, Makéda. Je vais dons recopier avec mes petits doigts velus, à un rythme qui dépendra de mes disponibilités, l'ouvrage référence en la matière :

Prince JACOUB, ancien conseiller de l'Empire d'Ethiopie.




M A K E D A


Reine vierge

Roman de la Reine de Saba.



Version française de Gabriel d'AUBAREDE.


(c) 1940 by société d’éditions et de publications.



Entre deux épisodes, vos réactions quelles qu'elles soient sont les bienvenues. Vous verrez qu'il y en a pour tous les goûts : histoire, aventure, zamour à l'eau de rose...

Allez, an nou vréyé sa...







INTRODUCTION



La Reine de Saba ! C'est toute la poésie d'un Orient disparu, que ces simples mots évoquent, avec son opulence, sa volupté, son mystère insondable. Mais qui était au juste cette reine énigmatique ? Naquit elle vraiment en Arabie comme on le croit communément, ou en Ethiopie, comme l'assurent les Abyssins ? Quels furent son caractère, sa politique, ses mœurs ? Le mobile authentique et privé de son voyage au roi Salomon ? Et celui ci fut il vraiment le grand amour de sa vie ? Autant de secrets que le prince Jacoub et M. Gabriel d'Aubarède ont entrepris de révéler au public européen, en écrivant en collaboration Makéda Reine vierge ?

Fils d'une princesse Abyssine, le Prince Jacoub possédait naguère une haute situation à la Cour impériale d'Addis Abeba. Mais c'est aussi un érudit pour qui les mystères du monde oriental antique n'ont pas de secrets. Longtemps attaché comme conseiller à la personne de l'Impératrice Zaouditou, il reçut de celle ci d'expurger des innombrables légendes, cantiques, traditions orales sur la Reine de Saba, qui circulent depuis des siècles en Afrique, pour en tirer une biographie de cette énigmatique souveraine qui s'approche le plus possible de la vérité historique. Quelques années plus tard, le prince remit entre les mains de l'Impératrice un mémoire de plus de deux mille pages, en langue amharique, et copié à la main en dix exemplaires.

Plus tard, émigré en Europe, il songea à faire profiter le public français du fruit de ses travaux. Ce fut l'origine de ses relations avec M. Gabriel d'Aubarède, tout de suite ébloui par la prestigieuse documentation de l'Abyssin.

Le choix du Prince Jacoub n'aurait pu être mieux inspiré, M.d'Aubarède se distingue des romanciers souvent un peu froids de l’équipe littéraire qui atteint aujourd'hui la quarantaine par son extrême sensibilité. Aussi devait il se signaler très vite comme un de ceux qui s'annoncèrent le plus avant dans l'analyse du cœur féminin. Né à Marseille qu'il devait quitter à dix huit ans pour aller faire la guerre – l'autre guerre ! – il débutait dans les lettres en 1925 par un récit poignant, l'ingrat, qui fut très remarqué à la Nouvelle Revue Française. Peu après, la Revue de Paris publiait Agnès, curieuse étude d'une jeune fille lyonnaise. Puis vinrent l'injustice est en moi, le plus humble amour, Amour sans paroles. Enfin il abordait le récit historique avec sa Prisonnière de Madrid, passionnant portrait d'une jeune reine d'Espagne. Dernier succès littéraire avant la grande tourmente ! C'est aux Armées, en effet, qu'artilleur pour la deuxième fois, Gabriel d'Aubarède devait mettre au point Makéda.

Auteur: Woxinho
Date: 19 Jan 2007 15:43
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
PREMIERE PARTIE : LA VIERGE.


Quand, du haut de son trône aux pieds de lion, le pharaon vit s'avancer, d'un pas fier et léger, cette princesse de douze ans, celui dont le nom seul inspirait de Philae jusqu’à Héliopolis une terreur religieuse, celui dont nul être humain n'avait vu frémir la face de bronze, sentit un trouble étrange entrer dans son cœur.

Elle allait, toute menue mais déjà solennelle, précédée d'un cortège de musiciens jouant du tambour, du sistre et du tympanon ; elle allait, nullement intimidée par l'immensité de la salle dont les angles se perdaient dans des nuages de fumées odorantes (NDRockso : Chalice haffi bon), ni par la hauteur vertigineuse des piliers pourpres à cannelures, ni par la splendeur des fresques colossales gravées dans le granit des murailles.

Elle était nue sous une tunique de gaze diaprée. Et c’était un corps d'enfant déjà femme qui transpirait sous la mince étoffes que ses plis seulement rendaient visible ; c’étaient des seins déjà ronds qu'on voyait respirer calmement sous le gorgerin d’émail peint ; des hanches déjà formées que balançait sa jolie marche musicale.

Elle portait une coiffure compliquée simulant un oiseau noir. A ses jambes musclées et fines luisaient des cercles d'agate et de cornaline ; à ces poignets, des bracelets d'hématite, d’émail, de lapis lazuli ; à ses doigts, des bagues jetaient de tels feux qu'on ne pouvait les compter, et plusieurs lourds colliers d'or pendaient de son cou mince jusqu’à ce ventre rond et lumineux comme la lune.

Arrivée au pied du trône, et après avoir touché du front la marche sacrée toute en or massif, elle baisa le genou droit du pharaon, qui prit paternellement son visage sous le menton pour mieux le voir.

Et alors, le maître de l'Egypte fut confondu d'admiration, car l'ovale de cette jeune figure était d'une pureté véritablement divine. Le modelé de la bouche, petite mais charnue, du nez admirablement effilé, des oreilles délicates, avait une perfection qui coupait le souffle. Et dans les yeux brillants et sombres, le pharaon discernait avec stupeur une coloration dont il ne croyait pas que l'’ris humain fut capable ils étaient violet, comme deviennent les eaux profondes à l'heure où le soleil disparaît à l'horizon des mers.

Elle parla, et ce fut en un égyptien dont la pureté surprenait sur ses lèvres de cette petite venue des plateaux de l'Ethiopie :

- Je te salue, ô pharaon très illustre ! Je suis Mammété surnommée Makéda, fille du roi de Symiène Anguebo. Daigne accepter le respect de ta servante et ces présents que mes esclaves ont transportés pour toi de mon lointain pays !

Trois coffres d’ébène ormentés de broderies d'or et d'ivoire furent disposés devant le trône et ouverts tour à tour.

Le premier contenait douze lingots d'or et douze lingots d'argent.

- Ceci est le présent que te fait mon père. Avec ces précieux métaux, qu'on extrait des mines sans fond de son royaume, il souhaite contribuer à la décoration de ce merveilleux palais où tu veux bien me recevoir.

Le second coffre contenait des rouleaux d’étoffes aux colorations éblouissantes que les esclaves déroulèrent autour de la princesse immobile.

- Ceci est le présent que la reine Rachel, ma mère, destine à ton auguste mère, ô pharaon.

Le contenu du troisième coffre n'apparaît pas aussitôt, car, sous le premier couvercle, il y en avait un second, percé d'un petit trou.

A l'aide d'une clé minuscule, Mammété sortit de cette ouverture une longue, une très longue chaînette d'or, qu'avec un sourire malicieux elle se mit à enrouler alternativement autour de son bras gauche et autour de sa taille.

- Cette chaîne représente l'attachement du peuple d'Egypte et du peuple de Symiène. C'est pourquoi tu me vois liée par ces spirales d'or comme une prisonnière.
- Très bien ! mais quand viendra la fin de la chaîne ?
- Jamais.
- Et quel est le sens de ce nouveau symbole ?
- Puisque la chaîne est semblable à notre alliance, ô pharaon, c'est donc qu'elle n'a point de fin !
- Mais alors, quand donc apercevrai je le contenu du coffret ?
- Dans un instant.

D'un mouvement si rapide que l’œil avait peine à suivre les feux de ses bagues, l'enfant déroula la chaîne en sens inverse, la fit disparaître dans le tiroir secret, retira le faux couvercle, et l'on vit ruisseler entre ses doigts un long collier de perles d'une pureté, d'un orient ineffables.

- Ce collier sera mon cadeau personnel. Il est beau, n'est ce pas ?… Les perles qui le composent, je les ai fait pêcher pour moi même, et leur pureté recèle un symbole elle aussi, que je vais te dire… Mais permets d'abord…

Se glissant prestement entre les genoux du pharaon, l’étonnante fillette se haussa sur la pointe des pieds pour agrafer le collier autour du cou impérial.

Alors, quand il sentit s'appuyer ingénument contre lui, flexible comme le jonc du Nil, chaud comme l'oiseau, cet adorable déjà nubile, le pharaon, parcouru d'une flamme de désir, ne put se retenir d'enlacer la tentante créature et de la presser contre lui.

Mammété perdit tout à coup son enjouement. Elle s’écarta d'un mouvement brusque, descendit rapidement les trois degrés de l'estrade, et , postée toute rigide au pied du trône, les membres collés au corps :

- Je vois, ô pharaon, que j'aurai du t'expliquer la signification de ces perles avant de te les offrir, dit elle avec un accent de sévérité qui fit vibrer étonnement sa voix d'enfant. Elle est la même que celle de ce nom Makéda dont je fus revêtue sur les autels : Ma – ké – da, ou Celle Qui est Pure. Sache que j'ai prêté serment de rester vierge jusqu’à ma mort et que ma pureté appartient à mon peuple, sur lequel je régnerai un jour.

La soudaine gravité du ton et de l'attitude avait frappé le pharaon.

- Les dieux de l'Egypte soient avec toi ! Nul homme sur mon empire n’élèvera son désir vers celle qu'on nomme Makéda, dit il , touchant le front puéril de l'extremité de son sceptre en forme de fleur de lys, dont le contact conférait la protection impériale et divine.

Mais en lui même il songeait :

- Les dieux de l'Egypte soient avec toi ! Nul Râ, ni Typhon le redoutable n'auraient exigé d'une de leurs filles pareil serment ! En vérité, ces Hébreux sont incompréhensibles…

Auteur: Woxinho
Date: 19 Jan 2007 16:00
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
C’était pour qu'elle y vînt parfaire ses études que le roi de Symiène avait envoyé sa fille à Thèbes aux cent portes, et elle devait y demeurer quatre années.

Où, mieux que dans cette métropole du monde civilisé, grande comme dix villes, et la plus fastueuse de l'univers, Makéda se serait elle préparée à devenir la reine d'un jeune peuple ambitieux ?

La pharaonne mère n'avait pas vu sans inquiétude l'installation de cette trop belle princesse à la cour de son auguste fils.

L'empereur était veuf, et sa mère avait en vue pour lui un second mariage dont les conséquences politiques devaient être considérables. Il ne fallait donc pas que son cœur s’éprît. Et qui sait si ce voyage de la fille du roi de Symiène, peut être à l'insu de l'enfant, ne faisait pas partie de tout un plan de séduction ?

L'oncle de Makéda, le prince Amram, qui était aussi son tuteur, et la princesse Nagguith, sa gouvernante, rassurèrent cette mère prudente : le serment de virginité dont avait parlé Makéda n'avait rien d'une légende. Il avait été exigé par le grand rabbin d'Axoum au jour où le roi Anguebo avait institué sa fille héritière de son trône. Jamais aucun homme ne pourrait épouser Makéda la Perle-Toute-Pure.

Et Makéda se mît à l’étude.

Son esprit n’était pas moins précoce ni moins agile que son corps étonnant. Sa promptitude à comprendre et son extraordinnaire mémoire firent l’émerveillement de ses professeurs.

La mécanique complexe de la fameuse administration des Egyptiens, les règles de leur art militaire , les méthodes de leur prodigieux architectes, n'eûrent bientôt plus de secrets pour elle. Bien mieux : à force de charme, de malice, elle sut arracher aux potentats du commerce et de la grande navigation certains secrets jalousement dérobés d'ordinaire à toute personne étrangère à l'Empire.

Elle devînt, en outre, l’élève la plus adroite de ces fameuses écoles d’élégance qui étaient une des gloires de la Thébaïde. L'apprentissage de la séduction – l’étude des soins privés – était considéré alors, à juste titre, comme un des articles les plus importants de l’éducation féminine.

Comment la femme peut faire de sa chevelure un oiseau chaque jour différent, (NDRockso : bah, avec des pony) et, des ongles de sa main, autant de rubis étincelants ; la science du maquillage, à l'aide de crèmes qu'on étend sur la peau à l'aide d'une spatule de sycomore ; et celles des parfums, et celle des attitudes, et celle des sourires, et celle des inflexions de la voix … - tout cela lui devînt bientôt comme un alphabet familier.

L'apprentissage du métier d’être femme allait plus loin encore : l'art des caresses était enseigné avec détail et précision aux princesses de la cour. (NDRockso : après on s’étonne que j'sois passéiste ! ! !)

La pharaonne mère y veillait très spécialement, tenant que l'experience de l’épouse en cette matière est la plus sûre garantie de la fidélité de l’époux.

Ces classes avaient lieu dans une salle spéciale du palais, où tout parlait de l'amour : mosaïques et bas-reliefs figurant des étreintes exemplaires, lits bas couverts des fourrures les plus douces à la peau, musiques sourdes énervant les sens, parfums aphrodisiaques répandus dans l'air. Au centre, une gigantesque statue d'Amarchis, déesse de l'amour, souriait à ses élèves.

Etait ce pour l’éprouver que cette femme pleine de ruse avait exigé de Makéda qu'elle reçût tout comme ses condisciples cet enseignement qui ne devait jamais lui servir ?

Durant les premières séances, Makéda avait pris grand intérêt aux démonstrations des moniteurs. Même, un jour, elle consentit à mimer avec l'un d'eux les premières figures du jeu charmant. Elle ne voyait là rien de périlleux : en quelque sorte un nouveau chapitre de cet art de la pantomime auquel elle était devenue si savante qu'un prince lettré en avait composé spécialement pour elle.

Mais l’étreinte du professeur se faisant plus étroite, une angoisse qu'elle ne connaissait pas s'empara d'elle. Ces effluves odorants qui flottaient, ces gémissements de vierges énervées, et, dans son propre corps, cette chaleur… Elle se raidit. Il voulait la retenir, croyant à quelque timidité de novice. Alors, de toutes ses forces, elle enfonça ses ongles dans ce bras d'homme qui ceinturait sa taille, le rejeta, s'enfuit.

La pharaonne mère l'avait suivie. Makéda se jeta à ses pieds.

- Ô mère très puissante ! Je ne peux pas… Je ne peux plus !
- Quel est ce trouble ? dit la pharaonne. Qu'est-ce donc qui n'est pas au pouvoir de l'ingénieuse Makéda ?
- Rester ici… Suivre ces leçons… Tout est si doux, en Egypte, si tentant !… Je ne peux plus… Je veux retourner là haut, dans le 93 (NDRockso : , ok j'arrete) sur mes plateaux… Auprès de mon père… Jeter le disque, courir en char, lutter, chasser la gazelle, voilà les exercices qui conviennent à Makéda, et non plus ces sciences trop délicieuses qu'on enseigne à Thèbes et qui me font souffrir d'une manière que je ne comprends pas…

La pharaonne caressa doucement la jeune fille :

- Calme toi, petite. Je te dispense désormais des leçons d'amour et t'autorise à ces exercices violents auxquels tu fais allusion. Mais ne parle plus de nous quitter, car ton éducation royale n'est pas achevée et tu m'est devenue trop chère.

La farouche pudeur de Makéda avait complétement rassurée la pharaonne en effet. Mais si elle croyait tout péril conjuré, elle avait tort.

Ce fût d'un œil paternel, amusé, que le pharaon daigna assister aux exercices virils auxquels se livra désormais la Symiènoise.

Mais son fils Domédo suivait les évolutions de Makéda d'un tout autre regard. (NDRockso : Reulou d’être une bombe en fait )

C'est que le prince Domédoétait devenu un bel adolescent cependant qu'elle devenait une jeune fille. Et ce regard n’était pas sans émouvoir parfois Makéda.

Un jour que l'empereur les avait autorisés à chasser la gazelle ensemble, s’étant égarés dans une forêt de mimosas, ils mirent pied à terre et s’étendirent à l'ombre des branches légères et dorées.
Pourquoi leur était il si doux de se sentir perdus ?

Une odeur plus capiteuse que tous les aromates du temple d'Armachis flottait dans l'air ; et la musique du vent à travers le soyeux feuillage était plus caressante que les sons de la harpe sous les doigts les plus légers.

Un long moment, ils ne se dirent rien. Mais soudain Domédo se pencha sur Makéda et la couvrit de caresses depuis ses paupières baissées jusqu’à ses seins.

Ils n’étaient guerre savants, les (...) précipités du prince Domédo ! Cette patience lascive et calculée qu'on enseigne dans les traités assyriens lui étaient totalement inconnue. Mais combien le naïf emportement de ses caresses était plus périlleux !

Ce ne fut pas, cette fois, avec colère que Makéda se déroba à l’étreinte interdite. Ce fut avec le gémissement d'une douleur qu'elle découvrait en même temps que l'amour.

Mais Domédo, dont la juvénile passion confinait à la folie depuis qu'il connaissait le goût des lèvres de Makéda, accourait dès qu'il la voyait paraître et la suivait partout. Et ce regard suppliant, du plus loin qu'elle se sentait touchée par lui, rappelait à Makéda la caresse interrompue et réveillait sa peine.

Le prince Amram se décida à faire parvenir au roi de Symiène un message où il l'informait que l’éducation mondaine et politique de sa fille était désormais accomplie et qu'elle sollicitait l'autorisation de regagner Axoum.

La réponse du roi fut affirmative.

Et donc Makéda quitta Thèbes-aux-cent-Portes. Une dernière fois, tandis qu'elle s’éloignait, étendue sur son alga porté par six noirs de Nubie, Makéda sentit se poser sur sa chair le regard éperdu du prince Domédo.

Et, longtemps, ce regard la suivit à travers les déserts.

Auteur: Woxinho
Date: 22 Jan 2007 10:50
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Une terrible douleur l'attendait à Axoum.

Son père, le roi-prophète Anguebo, était tombé gravement malade durant son voyage. Et l'astrologue du palais venait de lire au fond du firmament l'approche d'une révolution astrale qui était présage de mort.

Après que Makéda eut un moment gémi au pied de sa couche :

- Relève ton visage, ma fille bien aimée, lui dit Anguebo, et tends ton oreille : C'est une princesse pleine de grâce et dont les yeux brillent d'intelligence, que je vois revenir de Thèbes aux cent portes… Te voilà instruite de tout ce qu'une fille destinée au trône doit savoir pour gouverner avec sagesse et régner avec prestige… Mais, les choses essentielles et secrètes, il te reste à les entendre de la bouche de ton père… C'est pour que je puisse te les transmettre, ô ma fille bien aimée, que l'Eternel a permis que tu devances l'astre fatal qui doit emporter l’âme de son serviteur dans l'espace…
« Sois donc attentive, ô Mammété, même si, parmi les événements dont tu vas entendre le récit, il en est que tu sais déjà. A côté de l'histoire connue des peuples, il y a celle que seuls connaissent les intelligents à qui Dieu confia leurs destins… Ecoute donc les deux histoires, et la notoire et la secrète, ô toi qui vas régner !

Anguebo, donc, commença ainsi :

- Quand Moïse le prophète emmena hors d'Egypte les Hébreux, plusieurs milliers d'Israëlites, ô Makéda tu le sais, ne voulurent point suivre et restèrent à Memphis. C’étaient les plus instruits d'entre les Hébreux soumis au pharaon : des tisserands, des orfèvres, des scribes. Tels furent nos ancêtres, ô ma fille !
« Mais la finesse de l'esprit engendre parfois le doute impie (NDRockso : IRIE ! ! !); voilà pourquoi nos pères ne voulurent point croire aux promesses du prophète.
« Ô ! Combien cruellement devaient il expier ce crime !
« Quand la nouvelle du miracle de la mer Rouge parvint dans la capitale des Egyptiens, ceux ci, fous de colère, se ruèrent vers le quartier des Hébreux. Et ce fut un massacre, qui dura toute une nuit.
« Quelques centaines d'Israëlites réussirent à se cacher. Mais quand revint le jour, ils furent pris, et, traînés devant un grand prêtre ulcéré s'entendirent condamner à être noyer dans la mer de Sang, là même où l'Eternel avait fait retomber les eaux sur Aménophis le deuxième.
« Or, c’était du haut d'un rocher redoutés des navigateurs que nos pères devaient être précipités.
« Ce rocher (NDL'AUTEUR : le Rocher dit « de la vengeance »), les bourreaux de nos aïeuls ne devaient jamais l'apercevoir ! Car l'Eternel souleva un vent terrible, et si haut dans les cieux s’élevèrent les sables en colonnes tourbillonantes, que toutes choses, six jours durant, devinrent invisbles.
« Alors, les Egyptiens se dirent entre eux qu'il devait être un dieu puissant, ce Jéhovah (NDRockso : Euh là vous r'marquerez keumêm ma parfaite neutralité dans le rendu du récit, pask’ à la place de ‘Dieu’ et ‘Jéhovah’, j'mettrai bien ‘Jah’ et ‘Jahoviah’ moi… Ouai bon je sow, je sow )(NDRockso : Z'avez r'marqué, Word reconnais l'orthographe de Jéhovah, pas celle de Jahoviah ! ! ! Tchhaaaa, complot ! ! ! ! ) ….
« Les Egyptiens se dirent donc ( ) qu'il devait être un dieu puissant, ce Jéhovah des Hébreux qu'on ne voit pas ! Et, pris d'angoisse, ils abandonnèrent les condamnés là où ils les avaient conduits malgré eux durant la tornade, c'est à dire assez profondément dans le désert.
« - Ils périront de soif ! croyaient les Egyptiens. Et qui ne l'eut crû, ô Makéda ?
« Mais l'Eternel voulut bien continuer sa clémence à ses enfants égarés.
« Parmi les rescapés, il y en avait un Isaac, qui avait servi de scribe à un riche négociant d'Egypte. C'est pourquoi la carte du monde était inscrite dans son esprit.
« - Ecoutez moi, frères, dit il. C'est vers le sud qu'il faut marcher. Non loin de l'endroit où nous sommes, coule une rivière. Trouvons la, suivons la, et nous atteindrons la contrée sise en Amont du Nil (NDRockso : Pour se rendre compte de la difficulté de l'entreprise, lire ‘MAGDALA’ de Géva Caban, et ‘L'Abyssin’ de Jean-Christophe RUFFIN), pays fertile où poussent toutes sortes d'herbes et d'arbres à fruits… Mon maître assurait même qu'il y a de l'or sous la terre… Marchons vers le sud, frères !
« Et nos pères suivirent le conseil d'Isaac.
« Des semaines et des mois, ils marchèrent.
« Et enfin ils arrivèrent là où nous sommes, ô ma fille, sur ce plateau de Symiène béni de Dieu, à l'est de la Nubie et à l'ouest du pays des Assaïmaras, à trois mille mètres au dessus des hauts de la mer.
« Et quatre siècles s’écoulèrent.
« Les descendants des esclaves d'Aménophis étaient devenus un peuple d'agriculteurs paisible, divisé en douze tribus. Et il y avait aussi parmi eux nombre d'orfèvres très habiles, dont l'art minutieux hérité des ancêtres était très apprécié des commerçants qui traversaient la contrée.
« Ton père, ô Makéda, fut un de ces orfèvres. Il le dit hautement, ne rougissant point de ses origines modestes.
« Ce dont il rougit, c'est d'avoir pratiqué dans ses jeunes ans l'idolâtrie dans laquelle était tombé notre peuple…
« Ô honte ! Maintenant que Jéhovah comblait de bienfait ses enfants, ils ne l'adoraient plus. C’était devant un serpent géant qu'ils se prosternaient désormais, parce qu'il les avaient terrifiés(NDRockso : S'agirait il de ‘ENKIL’ de la cosmogonie sumérienne ? Je pense que certains démons sont apparus à diverses époques de l'humanité pour nous dévier de la vraie foi… Celui qui œuvre de nos jours se nomme ‘SCIENCE’, devant qui tout le monde se prosterne).
« A chaque sabbat, ils venaient en grande cérémonie lui apporter un bouc au seuil de la caverne où le monstre avait son antre, et tant que celui ci demeurait visible, ces insensés se tenaient prosternés, la main droite touchant la terre et la gauche levée.
« Oui, ô Makéda, ton père fut un de ces insensés ! Sa main droite toucha la terre devant ce monstre ! Il crut, comme tous, que la gueule du dragon vomissait des flammes, et ses narines des fumées pestilentielles. Il crut avoir vu ce feu, il crut avoir respirer ces fumées !
« Mais l'Eternel, qui avait dessein de rétablir la vérité par la parole d'Anguebo, l'Eternel souffla dans l'esprit d'Anguebo le désir de partir sur les routes de l'univers…
« Un de ces négociants nomades qui parcourent le monde en grande escorte, transportant avec eux dans des chars des monceaux de draperies bigarrées où dorment de belles esclaves étendues, m'ayant proposé de faire partie de sa caravane, j'embrassai ma mère et parti.

Auteur: Woxinho
Date: 22 Jan 2007 11:27
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Arrivé à ce point de son récit, Anguebo se tut un moment.

C'est que le souffle qui porte les paroles s'affaiblissait dans sa poitrine. C'est aussi qu'il lui plaisait d’évoquer en silence cette belle aventure de sa jeunesse.

… La longue descente des plateaux vers le bassin du Nil… L’éblouissante traversée de la Nubie, au fil du fleuve géant… Les cataractes… Transport des marchandises à dos de chameau jusqu’à un autre voilier qui attend en aval… Et enfin Thèbes, Thèbes aux cent Portes, capitale du commerce, des industries et des arts lumière du monde, but de tous les voyages…

Le protecteur d'Anguebo l'avait placé dès son arrivée chez l'orfèvre particulier du pharaon. Mais le travail n'absorba pas toute les forces du jeune Symiènois…

Il accoutuma de fréquenter les maisons de danse et de jeu, innombrables à Thèbes. Une nuit, Anguebo fut attiré dans un tripot où il avait entendu dire que les enjeux étaient des femmes.

Trois créatures éblouissantes s'offraient à la convoitise des joueurs. L'une était une jeune Grecque au teint pâle. La seconde fut une Nubienne noire et polie comme un ciel nocturne.

Mais quand parut la troisième danseuse, laquelle n’était ni blanche ni noire, quelque chose s'arrêta au fond du cœur d'Anguebo débordant tout à coup de tristesse et de douceur…

Que lui rappelait donc cette fille qu'il n'avait jamais vue ? Ce teint doré, ces longs yeux sombres, cette bouche au modelé mélancolique et sensuel… Elle dansait, et de tout son corps participait à la danse lascive (NDRockso : Gal wine ! ). Ses bras étaient des ailes, ses reins avaient la flexibilité du jonc, et ses seins la rondeur du fruit… Tout de suite, Anguebo la voulut.

Il joua pour l'avoir et tricha.

Le tenancier avait vu. Il n'en manifesta rien, mais s'approcha souriant du jeune homme, la main subrepticement ouverte…

Anguebo comprit le chantage. Il lâcha dans la main du proxénète une poignée d'or. Et celle qu'il voulait fut dans ses bras (NDRockso : Tu m’étonnes qu'il ne raconte pas ça à sa fille )

C'est alors qu'Anguebo connut le secret de cette nostalgie bizarre qui s’était emparée de lui à la seconde où il avait vu paraître la jeune danseuse .

- Quel est ton nom ? lui demanda t il.
- Ruth, fut la réponse
- Mais ce n'est pas un nom de ce pays !
- C'est un nom de Jérusalem où vécurent mes ancêtres et ma mère. Elle était courtisane, ma mère. Mon père était un riche négociant qu'elle conut à Joppé. Il nous emmena sur son voilier jusqu'ici, où, à quinze ans, je fus vendue par une servante à ce cabaretier chez qui, depuis, je me montre tous les soirs… Me trouves tu belle ? Tu ne me l'as point dit ?…
- C'est que je ne puis exprimer combien tu me plais avec des paroles !
- Serais tu Juif ? Chaque voit qu'un de ma race me voit, il me convoite aussitôt.
- Il y a donc beaucoup de Juifs à Thèbes ? demanda Anguebo, éludant cette question qui l'avait, inexplicablement, troublé.
- Oui beaucoup.
- Accepterais tu de me mener dans une de vos réunions ?
- Certes ! Avec joie. Mais toi, quelle est ta religion ?

Il lui expliqua le culte du serpent sacré, ce qui fit rire beaucoup la jolie Ruth.

- Je t'interdis de railler les croyances de mes frères, s’écria t il en colère. C'est un dieu redoutable que le notre. Il vomit du feu…

Alors, la petite courtisane passa son bras autour du cou du jeune homme, attendit un moment, puis, quand elle le sentit apaisé, elle lui parla du vrai Dieu.

Les paroles de Ruth fructifièrent dans l'esprit d'Anguebo durant la nuit. Quand, au matin, il s’éveilla, il sentit qu'il était devenu un autre homme entre les bras de Ruth la danseuse.

C'est ainsi qu'entra la sainte semence dans l'esprit d'Anguebo, au cours d'une nuit d'amour…

Mais, les choses de cette sorte, un père ne peut les conter à sa fille. Voilà pourquoi Anguebo se taisait.

Et il reprit son récit en ces termes :

- C'est à Thèbes aux cent Portes, ô Makéda, que ton père devait retrouver le chemin de la vérité, guidé par Azaria, le grand rabin de la ville, que m'a fait connaître une danseuse de Joppé nommée Ruth… laquelle était venue m'acheter un collier ...

« Ce vieillard profondément versé dans la science des Ecritures n'eut pas de peine à faire éclaté à mes yeux dessillés la sainteté de notre religion véritable, à savoir ceux que pratiquaient nos aïeuls sous Moïse.
« Et comme Azaria joignait à la connaissance des choses saintes celle des choses du négoce, je devins, sous sa direction, un commerçant expert et très riche.
« Comme, enfin, mon vieux maître joignait encore à tant de talents la divination des moyens par lesquels on conduit les peuples, il fit entrer dans mon esprit le désir de faire de grandes choses à Symiène.
« Et voilà comment, quatorze années plus tard, Anguebo revint d'Egypte avec l'intention de convertir ses frères à la religion de Jéhovah ; ayant fait cela, à prendre le pouvoir ; et, l'ayant pris à guider notre peuple dans le sens véritable : qui est de lier son destin à celui du peuple frère parti s’établir à Chanaan sur la parole de Moïse.
« Voilà pourquoi l'Eternel a voulu que ton père devint prophète à son tour, ô Makéda !

Auteur: Woxinho
Date: 22 Jan 2007 13:17
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Anguebo se tut.

Il pensa à ces choses, cependant que sa main errait tremblante dans la belle chevelure odorante et nattée de sa fille très chérie…

Ô amertume au cœur de la puissance et de la gloire ! Anguebo avait toujours désiré un fils. Mais Dieu n'avait pas voulu que Rachel, sa femme, le lui donnât. Rachel était morte. Mammété restait la fille unique du prophète, et ce corps adorable, hélas ! ne recevrait jamais la semence de la vie ! Telle avait été la condition imposée par les prêtres du legs de la couronne à la fille du roi. Anguebo s’était incliné, mais avec quelle douleur au fond de ses entrailles paternelles !

Et voici que cette fille adorée s'en revenait de la terre d'Egypte tout épanouie et frémissante ! Jamais autant qu’à cette heure de la mort, la cruauté du serment qu'on avait exigé de son enfant ne s’était révélée dans son horreur à Anguebo !

Il sut pourtant maîtriser sa révolte intérieure. Après un long silence :

- Ma fille bien aimée, sais tu pourquoi les rabbins ont ordonné que tu prêtes serment de virginité sur le tabernacle ?

Makéda releva son beau front barré de ce pli précoce qui s'y gravait quand elle pensait à ces choses :

- Oui, mon père, je le sais. C'est pour que je reste ferme dans ma chair et dans mon esprit, dit elle fièrement.
- Mais encore ?
- C'est pour qu'un prince étranger ne puisse jamais prendre d'influence sur mes pensées, dit elle d'une voix un peu moins assurée, car elle venait de se souvenir du prince Domédo…
- Tu réponds bien, Makéda, mais il y a une raison plus profonde. Le trône où tu vas monter, mon enfant très chérie, n'est pas seulement celui d'une reine ou d'un roi de la terre. Il est surnaturel, il est sacré comme un autel. Car la gloire que je te transmets me vient de Dieu (NDRAK : Louez Jah ! ), et donc il serait impie que tu la partages avec un des rois connus, tous adonnés à l'idolatrie (NDRAK : Bon dem ! ! !)…

Anguebo se tut de nouveau. Ces arguments par lesquels l'avaient persuadés jadis les prêtres, sa raison ne l'avait jamais entièrement acceptés, et elle les refusait encore à cette heure suprême.

Du reste, un confus espoir l'avais toujours habité : Dieu, dans sa bonté, veillerait sur sa race et ne la laisserait point périr (NDRAK : Selassie I liveth every time)… Et la pensée voyageuse d'Anguebo s'en allait vers ce royaume de Chanaan dont les commerçants nomades vantaient la douceur et le ciel extraordinaire… Peut être un jour quelque étoile ?…

Cet espoir, il s'interdit de l'exprimer. Et il reprit :

- Sois pure Makéda, sois forte. Plus pure que la perle et plus forte qu'un homme !
- Je serai pure, je serai forte ! répéta Makéda galvanisée.
- Sois grande ! Montre au monde étonné ce qu'une femme peut faire d'un empire et d'un peuple, ce qu'elle peut faire d'elle même !
- Je serai grande !
- Ce royaume sacré que je remets entre tes mains, il le faut élargir encore ! Le regard d'une reine hébraïque ne doit pas s'arrêter aux frontières. Il doit s’étendre partout où vivent les hébreux. Regarde vers le nord Makéda ! (NDRAK : Capice ? Aucun gouvernement juif n’ a jamais tenté d'instruire le monde au judaisme. Le seul royaume dont c’était la vocation s'est vu diffamé et coupé de ses liens avec Jérusalem avec le temps. Merci le sanhédrin, merci le vatican…)
- Je regarderai vers le nord !
- Là bas s’étendent les terres heureuses sur lesquelles règne le roi David… David a étendu son territoire vers le sud, jusqu'au pays d'Edom… La reine de Symiène doit étendre le sien vers le nord… Vers le nord… Et par elle se fera la soudure, et Symiène et Chanaan réunis constitueront un immense empire, qui fera trembler l'univers !

Les yeux d'Anguebo fixaient avec passion un point invisible dans l'espace… Mais bientôt, ce regard de feu s'embua. La voix d'Anguebo devint faible et très douce :

- Viens plus près, Mammété… plus près encore… que je te dise… la pensée directrice… celle qui est gravée là bas, à Thèbes, sur nos temples… Il faut unir, Mammété, unir… ce qui fut divisé… N'avoir… plus qu'une pensée… plus…

Les mots étaient devenus presque indistincts. Anguebo fit un effort suprême. Il se dressa sur sa couche, il rassembla son souffle. Et Makéda put entendre très distinctement la maxime sacrée qui devait guider sa vie :

- N'avoir plus qu'une pensée. N'avoir plus qu'une seule âme ! (NDRockso : I'I s'en réjouit. Telle est la vraie Eglise, le reste n'est qu'illusion)

Mais, soudain, elle s'abattit sur le lit en hurlant et se déchirant les joues. (NDRockso : Doit faire mal keumêm )

Au ciel de Symiène venait d'apparaître la comète éblouissante descendue quérir l’âme du roi-prophète.

Auteur: Woxinho
Date: 22 Jan 2007 14:49
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Et Anguebo, vêtu de la chamma (NDRockso : Toge habituellement blanche. Vêtement traditionnel des Ethiopiens, de nos jours encore) rouge des prophètes, s'en fut vers la demeures qu'il s’était fait creuser dans le roc, au nord d'Axoum.

Immédiatement derrière la funèbre litière, vient le cortège innombrable des rabbins de toutes les synagogues du royaume, et, immédiatement derrière eux, Makéda.

Elle a revêtu la robe jaune du grand deuil, dont l’étoffe en loques laisse apercevoir ses beaux seins déchirés. Elle ne porte aucun bijou. Ses cheveux flottent jusqu’à ses reins, dans un grand désordre noir. Le sang suinte de son visage frotté depuis deux jours d’étoffes rugueuses. Et les paupières de ses beaux yeux qui ont versés trop de larmes sont toutes bleues et gonflées. ( NDRockso : Gwo poèl session )

Les autres membres de la famille royale s'avancent derrière elle.

Ensuite les dignitaires, les lettrés, les scribes, les serviteurs. La garde. Et enfin le peuple, le peuple innombrable et gémissant.

Après deux longues heures de marche sous un soleil cruel, le pleurant cortège arrive au tombeau royal.

Et, tandis que la foule répète une litanie funèbre, on descend le corps dans une crypte aux murailles ornées d'inscriptions hiéroglyphiques.

Il est alors procédé à la longue cérémonie du dépôt des effigies saintes.

C'est d'abord, pieusement apportée par le grand rabbin, l'effigie même du défunt, sculptée dans le bois de cèdre, et où le roi est représenté dans l’éclat de sa jeunesse, tel que le peuple aime à évoquer ceux qu'il aima.

Puis, entre deux gerbes de fleurs fraiches, Makéda dispose sa propre image sculptée dans l'or pur.

Des soldats introduisent dans la crypte, le char du roi et la statue de son cheval préféré. Les agriculteurs apportent une charrue et du blé ; les pasteurs, des statuettes figurant naïvement leur bétail ; les commerçants nomades, des petits chameaux de terre cuite et les armateurs, des voiliers en miniature ; les orfèvres, des bijoux ; les marchands, du coton, de la laine, des étoffes…

C'est fini. Anguebo peut maintenant se présenter devant l'Eternel, avec ses œuvres.

… Et quarante jours plus tard, la fille d'Anguebo désignait les trentes ambassadeurs chargés d'aller annoncés aux rois vassaux et alliés que, dans cent vingt jours, auraient lieu à Axoum, les fêtes de son couronnement. (NDRockso : Ahhhh )

La cérémonie fut magnifique.

Un ciel artificiel avait été disposé à quelque distance du palais, soutenu par des mâts épais comme des chênes. Sous ce vélum gigantesque, une estrade de quatre-vingts coudées sur quarante avait été construite, couronné d'un trône élevé de cinq, tout en or massif constellé d’émaux et de pierreries.

Dès l'aube, la plaine environnant Axoum se couvrit de pèlerins marchant vers la capitale, en groupes si denses qu'on ne voyait plus la couleur du sol.

Les guerriers de la garde était au nombre de quatre mille. Ils se déployèrent tout au long du trajet que devait suivre le cortège. Et ce fut une double haie d'hommes splendides et tous exactement de la même taille, lance au poing, leur bouclier jetant sous l’âpre soleil de tels feux, qu'on les eût dits vêtus de flammes.

Vint la musique : tambours grondants et cymbales éclatantes, cistres et flûtes modulant leur sons aigus au rythme sourd des tympanons… (NDRockso : Inna NYABINGHI style, as in di psalms … Tchaaa)

Cent rabbins suivaient la fanfare. Puis s'avançait le tabernacle sacré, porté par douze grands prêtres. Et, derrière, cent rabbins encore.

C'est alors que parut le charmant cortège des douze vierges représentant les douze tribus, parmi lesquelles se trouvait Makéda, qu'aucun signe particulier ne distinguait des autres.

Toutes identiquement vêtues : sur la chemise de coton purifiée dans l'eau sainte et séchée à même la peau, une simple tunique de soie blanche. Une bande pourpre ceignait leurs reins et le chaste dirrib s'enroulait tout autour d'elles, de huit coudées de long sur trois de large. Elles allaient aussi humbles et pures, tête tonsurée (NDLAUTEUR : Car l'huile sainte ne doit toucher que l’épiderme.) et nues de bijoux, les douze vierge d'Israël…

Une longue suite multicolore et parée défila encore : les rois suivis de leurs esclaves porteurs des présents ; les dignitaires, les magiciens, les scribes, les hiéroglyphites, les grammates.

Quand tout le monde eut pris place, un héraut s'avança, et dit :

- Salut à toi, Jéhovah tout puissant !
« Salut à vous, nobles invités !
« Salut à toi peuple de Symiène !
« Et tous, écoutez :
« Que quiconque d'entre les assistants a quelque objection à formuler contre le sacre de notre régente Makéda, fille d'Anguebo, il s'avance et le dise ! »


Seul, un silence comparable au silence du désert fut la réponse.

Le héraut dit alors :

- J'ai constaté le consentement des seigneurs, des rabbins, des lettrés, des officiers, des guerriers et du peuple.
« Et, donc, je proclamme que Mammété, dite Makéda, se nommera désormais :
« Reine de Symiène et des états vassaux.
« Perle Toute Pure.
« Reine des rois.
« Lionne (NDRockso : conquérante) de la tribu de Juda (NDRockso : ou aussi Judah)
« Elue de Jéhovah.
« Maîtresse du jour et de la nuit.
« Donatrice des eaux fertilisantes.
« Dictatrice des mouvements célestes et des flots.
« Et ce, par la grâce de Jéhovah tout puissant. »


De quarante mille bouches, un cri formidable s’éleva :

- Mo’ faya ! ! ! ! nan c'est pas ça pardon

- Li ! Li ! Li ! Laoul Makéda ! Li ! Li ! Li ! (NDRockso : Laoul, ou léoul = prince, princesse)

Il fallut de longues minutes pour que la main du grand rabbin réussit à apaiser ce tumulte d'enthousiasme et d'amour.

Alors, il s'avança lentement vers les douze vierges agenouillées sur la dernière marche de l'estrade, et, s’étant arrêté devant Makéda :

- Entre les douze vierges des douze tribus d'Israël ici prosternées, Jéhovah, dans sa lucidité, a choisi pour régner sur ce peuple, celle qui est de la tribu de Juda (NDRockso : « Juda est mon bâton de commandant. » Psaume 60,7 ; « Le sceptre ne s’éloignera point de Juda, ni le bâton de commandant d'entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Schilo ; et à lui appartiendra l'obéissance des peuple. »Genèse 49,10 ; « Cesse de pleurer, voici le lion conquérant de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu de manière à ouvrir le rouleau et ses sept sceaux. »Révélations 5, 5 …) Makéda la Perle, fille d'Anguebo le prophète… Avance toi, Makéda.


Makéda obéis, toujours agenouillée.

- Je te sacre reine, Makéda, dit le grand rabbin en faisant couler au milieu de la tonsure quelque gouttes d'huile consacrée. Que Jéhovah bénisse ton règne et te communique sa sagesse.

Un nouveau tumulte éclata :

- Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li !

Mais la main du grand prêtre se leva une deuxième fois, et ce fut dans un silence religieux que Makéda gagna son trône prestigieux. (NDRockso : Tchaaaaa, ça d'vé et’ kek chose kd mm)

Elle apparut alors à tous les yeux dans sa beauté virginale.

Mais bientôt, ce corps mince et si fin, on le vît se charger des lourds attributs de la royauté, pieusement apportés par des princes adolescents.

Le front pur disparaît sous un couvre tête de soie rouge, sur lequel la couronne en or et constellée de sept perles est posée. On déploie sur ses jeunes épaules une cape de soie verte et, pardessus, une cape plus vaste de soie pourpre. Une ceinture piquée de pierres précieuses ceint la taille. Cependant qu'un serviteur placé derrière le trône déploie au dessus de la tête le double parasol brodé d'animaux sacrés, un esclave noir, debout à son côté, commence d'agiter le chasse mouches en poils de queue de girafe. Et enfin, tandis que le patriarche de la tribu de Juda introduit dans la dextre de Makéda un sceptre dont les doigts d’ébène tiennent pincée une perle de la grosseur d'une noisette, le grand rabbin lui tend, sur un coussin vert, une perle plus colossale encore, que la Perle vivante prend entre le pouce et l'index, comme font les doigts noirs du sceptre.

La toilette de la reine est achevée. Elle se lève, descend avec aisance et majesté l'escalier vertigineux, se dirige vers l'autel, et, la main étendue au dessus du tabernacle, prononce d'une voix ferme :

- Moi, Makéda, je fais serment de régner pour le bonheur de mes sujets, et d'observer les lois divines. Je réitère le serment de rester vierge jusqu’à ma mort, et je dis que la pureté de mon corps est un bien sacré qui appartient à mon peuple ! (NDRockso : Heureusement qu'elle était pas Maire de Vitry, paske là i lui sautaient tous dessus à coup sûr )
- Li ! Li ! Li ! Clame la foule à ces mots. Li ! Li ! Li ! Laoul Makéda ! Li ! Li ! Li !

Et ce cri, que la main rabbinale ne retenait plus, s’éleva, cette fois, si haut dans le ciel, il s’étendit si largement dans les campagnes, et tant de rochers le répercutèrent , que les bêtes fauves, étonnées, désertèrent les forêts des alentours. (NDRockso : Alors, Bambi appela son père, mais il était trop tard. Le feu…. Mais qu'est ce que j’ raconte moi ? ! )

Auteur: Woxinho
Date: 22 Jan 2007 16:47
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Or, entre tous les rois et princes alliés venus assister aux fêtes du couronnement, celui qui éclipsait tous les autres par la superbe de son attitude, par l’éclat de son costume et par la somptuosité des présents apportés, c’était assurément le neveu de l'empereur de Babylone : Assadaron, prince de Tajara.

C’était avec une noblesse sans égale que le jeune ambassadeur de Salmanasar portait la robe de broderie portée à la mode imitée d'Egypte, sanglé à la taille par une ceinture de pierreries. Une cape verte à longs plis enveloppait obliquement son torse, rejetée ensuite avec nonchalance sur l’épaule. La sandale assyrienne à patins étincelait à son pied, à ses jambes des protège mollets faits de plaques d'or pur.

Son visage bronzé avait cette noblesse dure que donne l'habitude de braver les périls. Le regard des yeux sombres était presque insoutenable. La barbe très noire et savamment tressée.

Or, ce prince, dont la violence de caractère était connue, depuis que son regard avait distingué, entre les douze vierges, celle qui était Makéda, les cils de ses paupières n'avaient plus une seule fois battu, on eût dit que la foudre du ciel était tombée sur lui et l'avait pétrifié !

Mais quand son tour fut venu de déposer aux pieds de la reine nouvelles les cadeaux de Salmanasar : coffrets de parfums, boites de bijoux, fourrures d'animaux rares et rouleaux d’étoffes précieuses, alors, les paroles qui sortirent de sa bouche prouvèrent que sa réputation de témérité n’était point usurpée…

Après qu'il eut énuméré ses titres et récité les compliments de son oncle et maître :

- Ouech la Leupèr, bien ou quoi ?… (NDRockso : Bah quoi ? C un reubeu t'as vu )
- Ô Perle ! Un rocher s'est posé sur mon cœur au premier instant que mes yeux t'ont vue ! Par Bâal ! Ta grâce est unique au monde. Et permets, ô Divine, qu'Assadron scelle par un (...) l'amitié de l'Assyrie qu'il est venu t'apporter !

Et comme la petite main chargée de bagues s’élevait pour endiguer ce ténébreux flot d'hommages :

- Ne sois point offusquée, ô Perle ! Au pays d'où je viens, le (...) seul est signe d'alliance sans réserve. Ainsi donc, tu le vois, c'est ton refus qui serait offusquant !

Les rois choqués se regardaient entre eux, les rabbins murmuraient…

Le prince Amram intervint :

- Illustre Assadaron, tes paroles sont étonnantes. Quoi ? N'as tu donc pas entendu le serment de la Perle ?
- Je l'ai entendu.
- Et il ne t'a point donné à penser que peut être ce qui est selon les usages à la Cour du grand Salmanasar est impie sous nos cieux ?

Assadaron ne répond pas.
Chacun se tait.
Que se passe t il dans l'esprit de Makéda ? Son regard ne s'est posé sur l'Assyrien qu'un instant ; mais peut être que celui du téméraire est entré déjà dans son âme ? Cet étrange regard noir qui semble avoir les propriétés du feu ?… Ou bien c'est l'intervention de son oncle qui l'a blessée ? Elle n'aime guerre Amram, dont elle trouve parfois la tutelle indiscrète.

Insoucieuse de tous ces autres regards qui l’épient, inquiets, scandalisés ou jaloux, elle sourit, se penche un peu et dit :

- L'amitié d'un empereur tel que Salmanasar m'est trop précieuse pour que je refuse à son ambassadeur la faveur qu'il sollicite. J'accepte, Assadaron, que nous scellions notre alliance à la mode de ton pays.

Et la bouche de l’élue de Jéhovah se tendit au (...) de l'adorateur du dieu Baâl. (NDRockso : )

Le repas commença.
Quarante mille personnes furent servies.
Mille bœufs et deux mille moutons avaient été abattus. Et maintenant, toute cette viande arrivait baignée de sauce au poivre rouge, ou enveloppée dans des feuilles de figuier. (NDRockso : Le met favori des Cours Impériales Ethiopiennes fut de tous temps la viande rouge crue ! ! ! ) L'hydromel coulait à flots des énormes cornes de bœuf dans lesquelles l'apportaient les esclaves, aussitôt vidées que remplies, aussitôt remplies que vidées. Maints convives ne tardèrent pas à s’écrouler, assommés par les vapeurs du tedj. (NDRockso : Tedj = Hydromel d'Ethiopie) Au fur et à mesure qu'ils tombaient, des noirs vigoureux les transportaient dans la plaine, d'où montait vers les étoiles un énorme chant d'ivresse. (NDRockso : C'est à boire à boire à boireuuhh ! ! !)

Sur l'estrade royale, où présidait Makéda, des mets plus rares étaient servis aux princes et aux dignitaires : sauterelles frites au beurre de chamelle, côtelette de gazelle, viande blanche du chameau…

Cependant, des poètes improvisaient des cantiques à la louange de la Perle, des jeunes filles jouaient de la harpe, des acrobates volaient dans l'air, des nains faisaient leurs grimaces et des pitres leurs cabrioles, des animaux savants imitaient l'homme et des monstres humains l'animal.

Hélas ! Le prince Assadaron n'entendait rien, ne disait rien, et ce fut à peine si ses lèvres touchèrent à tous ces mets délicieux.

Maintenant que sa bouche connaissait le goût de la bouche interdite, nulle saveur au monde ne pourrait plus l’émouvoir.

Depuis que ses yeux avaient rencontré le regard violet, nul spectacle ne pourrait plus étonner ses yeux. (NDRockso : J'ai connu une fois Mais bon, elle avait des lentilles )

Depuis que son oreille avait entendu le son de la voix tentatrice, nulle musique ne pourrait plus charmer son oreille.

Depuis que ses narines avaient respiré le parfum de cette chair réservée, il n'y avait plus assez de roses embaumées dans la Perse, il n'y avait plus assez d'encens dans toute l'Arabie, pour charmer à nouveau les narines d'Assadaron !



_______________


Bon, j'vais pitèt allez bosser un peu moi

Ca vous plaît?

Auteur: Woxinho
Date: 23 Jan 2007 10:36
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
bijour :salut

_____________


Au festin du lendemain, car les fêtes devaient durer trois jours, quand vînt l'heure des récits d'aventures et de conquêtes, le prince Assadaron retrouva sa faconde.

Il conta son tout premier voyage, dans ces sauvages régions du Nord où tout est étonnant.

L'empereur, son oncle, dont les collections d'animaux rares étaient célèbres, et qui désirait offrir à Baâl un couple de ces lions à sabots que lui avaient décrits des voyageurs, avait accepter l'offre de son frère Nissar d'aller lui quérir quelques uns de ces monstres, et Assadaron, obtenu d'accompagner son père dans cette expédition périlleuse.

Longtemps, les explorateurs avaient fait voile vers l'ouest, et ensuite vers le nord. Ils avaient débouchés à l'embouchure d'un fleuve, qu'ils avaient remontés patiemment. Et ce furent de longues semaines de marche à travers des déserts plantés d'arbres noirs…

- Enfin, ô reine, nous apercevons des hommes, si toutefois il est permis de nommer ainsi les habitants arriérés de ces régions perdues. Ils sont ignorants de tout progrès, ils sont faméliques et peureux.
- Leurs femmes sont elles belles ?
- Elle sont d'une blancheur, dont la vue donne envie de vomir. Leur peau est claire comme du lait. Leurs cheveux sont jaunes comme une robe de deuil. Et leurs yeux si pâles qu'on pourrait presque voir le ciel au travers.
- Quelles sortes de robes portent elles ?
- Des fourrures, des peaux de bêtes mal taillées.
- Quelle abomination ! Mais pourquoi se vêtent elles aussi vilainement ?
- C'est qu'il fait un froid terrible dans ces contrées, ô reine ! Dés que vient l'hiver, une pluie blanche et glaciale se met à tomber. Cela ressemble à la laine du mouton. Cela tombe très lentement, très lentement, et reste ensuite sur la terre ! Sur cette couche d'eau blanche, le pied glisse d'une façon étrange.
- Quelle chose extraordinaire !
- La rigueur du climat engendre des phénomènes plus stupéfiants encore, ô Perle ! C'est ainsi que certains jours, ces arbres noirs dont je t'ai parlé, se vêtent de pierreries merveilleuses qui change de couleur sous les yeux quand tu marches. Les rivières s'immobilisent dans leur lit, le flot des cascades reste suspendu dans l'air, et quant à l'eau des lacs, elle devient si pure, si résistante, que l'homme peut y marcher !
- Ô merveille ! Tu l'as fait ?
- Je l'ai fait.

Makéda soupira. Il se fit un silence.
Mais, bientôt, Assadaron vit se poser le regard violet sur un des colliers qu'il portait à son cou.
Il sourit.

- Tu regardes mes perles jaunes, ô reine ! Elles aussi viennent des pays nordiques. Les sauvages nomment cette matière « la perle d'ambre ».

Il avait tendu le collier à Makéda, qui en soupesait les lourdes graines. Elle s'attendait à s'entendre dire de le garder. Il n'en fut rien. Quand, avec une lenteur voulue, elle tendit de nouveau le collier à l'Assyrien, il le lui reprit tranquillement des doigts pour le repasser avec une lenteur à son cou, en disant :

- Ô Perle entre les perles ! Je voudrais couvrir ton corps divin de toutes les pierreries du monde ! Mais ce présent, hélas ! je ne puis te le faire. Voici pourquoi : C'est par une nuit d’ébène que ce collier me fût offert. Une vertu nocturne lui est attachée. Ces glands d'or procurent le bonheur à qui les suspend à son cou, mais c'est à condition qu'ils soient offerts de nuit. Offerts de jour, ils font mourir. Si je les suspendais à ton cou charmant à cette heure diurne, tu les verrais s’évanouir un par un, et toi même, malheur inconcevable ! tu disparaitrais à nos yeux, ô Perles entre les perles…

Ces propos captieux, Assadaron les prononçait sur un ton de caressant badinage. Aussi Makéda en devinait le sens caché.

Or, le grand rabbin qui était présent, en avait percé le sens lui aussi :

- Garde toi, ô Perle, de rencontrer de nuit un faiseur de cadeaux qui n'est pas audacieux qu’à la chasse !

Il avait parlé à mi voix pour sauvegarder devant les autres seigneurs les égards dus à l'envoyé de Salmanasar, mais assez haut pourtant pour qu'Assadaron pût entendre.

Et alors, Assadaron rentra dans son mutisme.

Hélas ! Il était vain de tenter d’éblouir la reine des rois. Il était vain d'user de ruse. Il était vain, surtout, de l'aimer ! C’était un redoutable serment religieux qui interdisait à Makéda d’être une femme. Sans doute, la veille, elle avait semblé désirer braver la volonté de son tuteur. Mais, se dresser contre son grand prêtre et contre son dieu, ça, elle n'oserait jamais le faire !

Or, Assadaron venait à peine de regagner son camp au galop de son char, quand un messager accourait l'informer que la reine l'attendait au palais à la neuvième heure.

- Ô Istar ! (NDL'AUTEUR : Déesse assyrienne de l'amour.)(NDRockso : Oh ça va l'auteur, on savait … D'abord ça s’écrit ISHTAR … Isis en Egypte, Astarté des Grecs, Vénus des Romains …) Ô déesse ! Tu l'emportes ! s’écria t il en rugissant de bonheur.

Auteur: Woxinho
Date: 23 Jan 2007 10:38
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Depuis plusieurs mois déjà, les longues caravanes des rois venus assister aux fêtes du couronnement s’étaient éloignées d'Axoum.

Mais le neveu de l'empereur de Babylone ne levait toujours pas son camp.
Presque chaque jour, la reine le convoquait au palais, et même, souvent, la nuit.
Elle usait pour l'inviter de ces procédés charmants de ces stratagèmes aux symboliques acceptations, que l'amour seul sait inspirer.

Par exemple, elle lui faisait envoyer par son trésorier un char taillé dans l’ébène, et ce dignitaire avait pour mission de l'offrir en ces termes :

- Noble prince, c'est en don d'amitié fraternelle que la Perle te fait don de ce char de course. Le bois d’ébénier dans lequel il fut sculpté viens du pays le plus chaud du monde, et, la nuit, devient invisible…

Ou bien c'est un splendide Tangari (NDL'AUTEUR : Sorte de perroquet.) au plumage ramagé, la tête enveloppée d'un capuchon de cuir rouge. Et sitôt qu'on l'avait délivré de ce capuchon , l'oiseau parleur, déployant ses ailes plus chamarrées que des fleurs s’écria :

- Na, na, fikéri, Aron ( NDL'AUTEUR : Viens, viens, mon amour Assadaron ! ) ( ( NDRockso : on peut traduire aussi : non, non, on a tué Christine Aaron ! ! ! )



Et Assadaron s'envolait vers son amour.

Souvent aussi, ils allaient chasser ensemble dans la campagne environnant Axoum.

Debout sur leurs chars à la souple suspension faites de courroies mobiles , lui casqué, elle tête nue et cheveux aux vents, ils allaient à travers forêts de sycomores et de mimosas géants, ils allaient au galop de leurs gazelles dressées, se grisant de vitesse, de parfums naturels et de la joie d’être ensemble.

Tous deux excellaient à la capture des animaux vivants. Presque toujours, ils ramenaient de ces expéditions nombre de gazelles et d'autruches prisonnières, de marabouts géants, de pélicans, de flamands roses…

Lui, cependant, regagnait son camps lentement et songeur.

Ses amis s’étonnaient de sa métamorphose. Ce guerrier au sang prompt, qui vivait à Tadjara environné de femmes, quel sortilège lui avait donc jeté cette vierge, pour qu'il se résignât si longtemps à soupirer ainsi sans espoir ?

Mais ils avaient une prédilection pour la chasse aux grands fauves.

Précédés des chiens cuirassés de cuir clouté, ils avançaient à travers les bouquets de palmiers, de dattiers, où se tiennent cachés, à l'affût des gazelles, le lion ou le léopard tacheté. Leur cœur s'arrêtait, de joie, dans leur poitrine, quand du haut des arbres, les singes chasseurs dressés pour signaler les fauves signalaient par leurs cris l'approche de la bête… Et quelle ivresse, quand les chiens traînaient jusqu’à eux quelque belle pièce ensanglantée, criblée de flèches et de morsures !

Mais il y avait un moment plus délicieux encore, plus douloureux aussi.
C’était l'heure de repos qu'ils savouraient ensuite, allongés côte à côte, sous quelque buisson de lauriers rose ou de mimosas.

Odeur des fleurs après l’âcre odeur du sang et des chairs déchirées, et, mêlée à l'odeur des fleurs, celle de ce corps merveilleux… Ils s’étreignaient. Leurs bouches se cherchaient. Et, quand elles s’étaient trouvées, les malheureux amants n'osaient plus interrompre le (...), par crainte d'oser désirer d'avantage ( NDRockso : Oh, trop mignon )…

Il fallait bien pourtant que ce moment vint.

Alors, quittant sans un mot son compagnon, elle bondissait sur son char et regagnait Axoum en fouettant ses gazelles, à une allure telle qu'on l'eut dite transportée dans l'espace par un nuage de poussière volant.

Auteur: Woxinho
Date: 23 Jan 2007 11:25
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Au palais, Uziel, le grand rabbin, et surtout le prince Amram se tourmentaient grandement, redoutant que la vertu de leur souveraine ne finît par succomber.

En grand secret, ils convoquèrent les trois plus fameux magiciens d'Axoum : Ibra, le liseur de pensées ; Belocha, le grand exorciseur ; et Chapra, sorcier de Thèbes.


- Nous vous avons appelés, ô savants, leur dit Amram, parce que l’âme de notre reine vénérée se trouve en péril. Depuis qu'Assadaron l'idolâtre s'est emparé de ses pensées, le pire est à craindre. Il faut purifier l'esprit de la Perle de cette influence mauvaise.
- La Perle haïra l’étranger, répondirent d'une seule voix les trois magiciens, et l’étranger fuira couvert de honte !

Ce fut Ibra qui se mit au labeur le premier.
Ayant précautionneusement questionné Makéda sur ses songes, il réussit à lui faire avouer qu'un esprit visitait chaque nuit son sommeil.

- Vois tu son visage, ô Perle ?
- Non. Son visage est obscur et sans yeux. Pourtant, je ne le redoute point, ce fantôme. Il est aimable, il est doux. J'aime à le voir se tenir immobile devant moi, me tendant ses bras qui sont deux lueurs blanches…

Ibra courut trouver Belocha l'exorciseur. Il fallait maintenant identifier l'esprit et savoir par où il s'introduisait auprès de la couche royale.

Un jour que la reine chassait, Belocha suivi d'Ibra et d'un agent sûr, s'introduisit dans la chambre de la reine.

C'est une grande pièce aux murs ornés de peintures égyptiennes et percés de deux fenêtres en ogive. Des fourrures de guépards jonchent le sol sur toute son étendue. L'unique meuble du lieu est le lit monumental, auquel sept marches donnent accès. Le drap qui couvre ce lit est d'azur céleste.

Deux naines se tiennent assises sur la dernière marche, jouant avec les chats aimés de leur maîtresse, quatre magnifiques bêtes noires, grandes comme de jeunes tigres.

A l'entrée des magiciens, les deux petites gardiennes se lèvent, tremblantes.

- Fermez les rideaux, naines !

Et c'est la nuit.
On ne voit plus que huit cercles phosphorescents qui luisent : l'iris des chats qui vont et viennent, surexcités par l'approche des influences surnaturelles, que l'instinct animal pressent avant l'intelligence humaine.

- Ibra, je sens qu'un corps astral est dans cette pièce, murmure Belocha.
- Je le sens aussi, mais où réside sa présence invisible ?
- Assurément, dans un des objets qui nous entourent.

Soudain :

- Vite, donnez vos mains ! Formons le cercle des vivants.

Les mains en sueur des naines, les mains sèches et brûlantes des magiciens se cherchent et s'attachent dans la nuit.

- Esprit, fais un signe ! hurle Belocha. Esprit, révèle toi !

Aucune réponse.
Belocha rompt le cercle.

- Aucun mort n'a répondu. C'est donc que l'esprit qui habite cette pièce est celui d'un vivant.

Ses bras invisibles écartent ceux qui l'entourent.

- Collez vous tous contre les murs ! Naines, tenez les chats !

Et il reste seul au centre de la pièce, traçant dans le noir des lignes qui se croisent, en un mystérieux alphabet. L'air se charge d'orage et s'emplit d'influences. On dirait que de chaque objet se détyache une âme souffrante qui vient se jeter dans cette bataille obscure. Cependant, Belocha, concentré jusqu’à en perdre le souffle, prononce avec une extraordinaire vélocité les formules magiques. Il appelle à lui la Kabbale. C'est un tumulte rauque et plus rapide qu'un torrent, mêlé à son souffle oppressé. Soudain, tout se tait. Une seconde de mortel silence. Puis, le bruit mat d'une chute sur le sol.

- Faites la lumière, vociféra Ibra.

Un flambeau qui s'allume…
Près d'une des fenêtres en ogive, Belocha gît sur le sol, pâle, contracté, un filet de bave coulant de ses lèvres grises. Mais, de ses mains glacées, il presse contre sa poitrine une tenture de soie azur et brodée or, arrachée à une des fenêtres.

Là était le siège de l'esprit cherché.
Or, cette tenture était un cadeau du prince Assadaron…

Quand la reine fut revenue de la chasse, Belocha lui dit doucement :

- Ô Perle, excuse un zèle peut être trop empressé. Ton liseur de pensées m'a révélé qu'un fantôme hantait tes nuits, et j'ai découvert que cet esprit funeste pénètre dans ta chambre à travers les mailles de ta draperie bleue. C'est pourquoi j'ai ordonné à mon assistant d’ôter cette draperie de ta fenêtre, et de l'aller suspendre au seuil de ton vestibule d'honneur. De la sorte, elle ne gênera plus ton auguste sommeil. Au surplus, le noble Assadaron qui t'en fit présent sera flatter de la voir désormais placée en un lieu où tes invités pourront l'admirer, et, certes, elle est admirable…
- Ainsi l'amour ne viendra plus chaque nuit se renouveler dans ton cœur, ô Perle naïve, pensait l'hypocrite magicien.

Mais ces manœuvres très savantes demeurèrent sans effet.
Loin de le voir s'affaiblir, on vit l'amour des jeunes gens prendre des nouvelles forces, au point que plus un jour ne s’écoulait sans qu'Assadaron ne franchît le seuil du palais.

Auteur: Woxinho
Date: 23 Jan 2007 15:24
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
C'est alors que Belocha eut recours au plus ténébreux des stratagèmes : le cercle magique tracé autour de l'ennemi dont on veut anéantir l'influence.

Le thaumaturge choisit dans la ville une fillette de deux ans, à laquelle, au crépuscule, il fait parcourir un long trajet circulaire dont le centre est le lieu où demeure l'adversaire. Très vite, l'enfant fatiguée trébuche et tombe. On repère chacun des endroits où ses mains touchèrent le sol, et l'on y enterre un coq vigoureux, de manière que seuls émergent son corps et sa tête.

La nuit est venue durant ces manœuvres. Enfin, voici l'aube à l'orient rougissant. Le magicien et ses aides observent les coqs. Ceux qui trouvent la force de saluer le premier rayon de soleil seront conservés pour être enterrés de la même façon la nuit suivante, ceux qui succombent sont enterrés en sens inverse, bec dans le sol. Le crépuscule revenu, on réitère l'expérience , et ainsi de suite jusqu’à la mort du dernier coq. (NDRockso : Une fois j'ai esayé d'faire ça à un lascar de ma cité. Bon déjà c'est auch d'enterrer un coq dans l'bitume, pas facile de camoufler les bruits du marteau piqueur en pleine nuit. Et puis trouver des coqs à Paris … Alors j'ai pécho des perroquets sur les quais, et barbé trois cygnes au bois de Vincennes. La misère, impossible d'enterrer convenablement les volatiles qui se débattaient et balançaient des coups de becs en veux tu en voilà. Finalement, j'ai enterré des peluches et celles dont les piles lâchaient les premières fûrent ensevelies en sens inverse … Ouais … Me suis fait serré le deuxième jour, vu l'boucan qu'j'avai fait la veille toute la cité avait porter plainte. Lawonte, j'me suis affiché dans tout le quartier, et j'ai même pas eût le temps d'ensorceler le gars. Tchhiiiippp, les marabouteries c'est pas pour moi … Tcchhaaa ! ! ! !)Cependant, le cercle infernal, qui était au début d'un rayon de cent sept coudées, s'est progressivement resserré, resserré. Au moment où le dernier coq expire en exhalant son chant suprême, on peut considérer la volonté de l'adversaire réduite à néant.

Tandis que Belocha se livrait chaque nuit à ce ténébreux travail, Chapra, conseillé par le psychologue Ibra, opérait de jour, lui et ses procédés, plus simples, témoignaient d'une connaissance peut être plus perverse encore de cette chose vulnérable qu'est l’âme humaine.

Il aposta des serviteurs au seuil du palais, chargés, au moment où le prince s’élancerait sur son char, de cribler les flancs de son coursier de minuscules boulettes en bronze imbibées d'une matière corrosive.

Ainsi fut fait.
Les nobles bêtes avaient à peine parcouru quelques foulées que, folles de douleurs, elles s'emballèrent dans un galop furibond. On vit le char trop léger se soulever sur une roue, tandis qu'Assadaron projeté en l'air allait retomber évanoui dans la poussière.

Quand on eut rapporté cet incident à la reine, un grand trouble s'empara de son esprit.
Cette appréhension confuse devint une véritable angoisse quand une des naines lui vint apporter de la part d'Assadaron blessé les deux tanagaris par la voix desquels les amants se communiquaient leurs messages amoureux les jours où ils ne pouvaient se voir.

Hélas ! Plus jamais les oiseaux parleurs n'iraient dire à Assadaron : « Fikri, Fikri, Aron » ( NDL'AUTEUR : Je t'aime, je t'aime Assadaron ) Plus jamais ils ne reviendraient répondre à Makéda : « Fikri, fikri, Mak. ( NDL'AUTEUR : Je t'aime, je t'aime Makéda ). Une main criminelle les avaient étranglés !

Toute la nuit, Makéda réfléchit à ce meurtre abominable. Ne lui disait il pas clairement que les ennemis de son amour n'hésiteraient pas à tuer son amant lui même, s'il persistait à prolonger son séjour auprès d'elle ?

Ô peine ! La cruelle séparation s'imposait donc !

Tout son coeur se révoltait contre cette pensée : Elle se sentait prête à fuir avec lui, à quitter Axoum et son trône. Ou bien, elle souhaitait mourir avec lui, rêvait de s'en aller dans ses bras vers ce paradis du dieu Baâl dont il lui avait parlé parfois…
C’étaient là de ces pensées folles qu'inspirent l'exaltation nocturne. Aux moments elle où elle réfléchissait avec calme, elle se répondait que seul le départ d'Assadaron était la solution dictée par le devoir et par la raison.

Mais saurait elle le congédier ? Aurait elle, quand elle le reverrait, la force de prononcer des paroles si cruelles ?

Alors, voulant préparer Assadaron à prendre de lui même la difficile résolution, elle composa un message symbolique qui lui serait porté dès l'aube. Or, tel fut le message symbolique de Makéda : ( NDRockso : N'ayant pas de scanner, je ne peux malheureusement vous montrer ce rébus , on y voit deux mains serrant chacune un perroquet autour du cou, puis une paire d'yeux en larmes, une épaisse ligne noire horizontale, une reine traînant un soc de charrue avec ses bras et enfin un prince recouvert d'un quadrillage) ( NDL'AUTEUR : Les poètes Abyssins aiment à reproduire ce rébus et sa traduction dans leurs ouvrages sur Makéda. Ils l'intitulent habituellement : « Les cris du cœur incompris » )

Et voici ce que Makéda voulait dire à son amant par ces images :

- Ô Assadaron, des mains criminelles ont étranglé nos messagers d'amour.
« Voilà pourquoi je suis triste et je pleure.
« Il faut tracer sur notre amour la ligne de deuil des choses achevées.
« Laisse Makéda poursuivre solitaire sa dure tâche royale, plus dure que celle de l'esclave condamnée à défricher une terre rocheuse.
« Adieu, ô Assadaron ! L'heure est venue que je couvre ton image bien aimée du voile de l'oubli ! »

Or, quand Assadaron vint la voir le jour suivant, il ne fit aucune allusion au message.
Avait il été intercepté ?
Ou bien cet Assyrien peu subtil n'avait il pas su le traduire ?

Ô douleur ! C’était donc à elle, faible femme, de prendre la résolution atroce !

Elle fondit en larmes.

- Ô ma Perle, qu'as tu ?s’écria t il stupéfait. Pourquoi ce tremblement ? Pourquoi ces larmes ? Ton amant est sauf, tu le voies bien.
- Ô mon prince, il faut que nous nous séparions, s’écria t elle. Il faut que mes yeux renoncent à te voir…
- Nous quitter ? Ne te sens tu donc pas en sécurité près de moi ? Le bouillant Assadaron n'est il pas devenu chaste et réservé comme un frère ?
- C'est oti qui n'est plus en sécurité. C'est pour toi que je tremble… Assadaron, tes jours sont en danger, je le sens dans mon cœur…

Il se mit à rire, et la berçant dans ses bras :

- Mais quelle mauvais songe a donc fait cette nuit mon jeune frère ? Ô Makéda, comment peux tu t'imaginer qu'Assadaron consentirait à fuir devant des ennemis invisibles, lui que n'ont fait trembler ni les lions à sabots, ni les pluies blanches des pays du Nord ?

Et chaque fois qu'elle voulait parler de nouveau, il lui fermait la bouche d'un (...) rieur.
Or, le lendemain, le bruit se répandait dans Axoum que les Assyriens avaient levés le camp dans la nuit, qu'il n'en restait plus un seul dans la ville…

Auteur: Woxinho
Date: 24 Jan 2007 15:11
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Quoi ? Sans un adieu ?
Lui qui, la veille encore, riait de ses craintes et jouait le rôle avantageux de celui que rien au monde ne peut effrayer ?
C’était donc là le courage indomptable auquel elle avait cru ? C’était donc là, son amour ?

Devant cette image diminuée que lui laissait en souvenir son amant, elle regrettait presque de l'avoir aimé. Elle maudissait ce reste de tendresse qui palpitait encore au fond de son cœur pour lui ? Non, elle ne l'aimait plus ! Elle ne voulait plus l'aimer !

Ah ! S'il était parti sur sa prière… Mais elle ne pouvait lui pardonner de l'avoir quittée ainsi brusquement sans rien dire.

Ainsi donc, il était vaincu, ce grand amour qui avait fait trembler les bases du royaume. Et chacun des magiciens s'attribuait le mérite de cette guérison subite.

Or, à quelque temps de là, deux brodeurs de perles étrangers commençaient à faire parler d'eux dans Axoum.

L'agilité de leurs doigts passait pour prodigieuse, et l'on vantait fort le chatoiement des tissus qu'ils savaient composer.

Ils avaient loué un modeste souk dans le quartier commercial, où bientôt affluèrent les belles acheteuses. A une course de chars officielle, nombre de princesses arborèrent des tuniques entièrement brodées de perles. Ce jour là , Makéda ne regarda guerre les coureurs.

Intriguée, la reine convoqua les deux brodeurs au palais.

C’étaient deux jeunes gens extrêmement beaux, - un surtout – le visage entièrement rasé, les yeux très noirs. Leur mise modeste et leur humble maintien contrastait de façon singulière avec la noblesse de leurs traits.

- Veux tu une tunique où soient assemblées toutes les nuances de l'aurore, dit l'un.
- Veux tu une robe de perles rouges ? dit l'autre. Ainsi tu apparaîtras toute vêtue de sang pur, du sang que chaque homme voudrait verser sous tes pas !
- Assez d'image, étrangers bavards, dit Makéda. Ce n'est pas une robe que je veux, mais votre secret.
- Ô reine des rois, ce que tu demandes est impossible, dit celui qui avait parlé le premier.
- Insolent ! Ignores tu qu'il n'y a pas une de mes fantaisies qui ne doive être satisfaite sur l'heure ?
- Ô Perle, la formule de notre art ne nous appartient pas. Elle nous fut transmise de génération en génération. Elle est sainte et sacrée.
- Tais toi ou je te fais décapiter ! Je veux savoir broder, te dis je, et aujourd'hui même, car je m'ennuie. Je m'ennuie, entends tu ?
- C’était vrai qu'elle s'ennuyait, la dictatrice des mouvements célestes et des flots. Depuis le brusque départ d'Assadaron, son humeur était devenue très irascible. Le moindre atermoiement devant un de ses caprices la mettait en fureur. C'est qu'elle cherchait à distraire son esprit d'un souvenir qu'elle jugeait indigne d'occuper ses pensées, et dont, malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à s'affranchir. Elle ne pouvait, elle ne pouvait haïr Assadaron !

Enfin, celui des deux brodeurs qui se taisait depuis un moment, et qui était le plus beau des deux, s'avança et dit :

- Pardonne à mon camarade, ô Perle toute puissante ! C'est vrai que notre formule est sainte, mon ami n'a pas tort de craindre la vengeance des dieux. Je la crains aussi, ô reine. Pourtant, je consens à t'enseigner quand même. Mais, je t'en conjure, que personne ne nous entende ! Ne pourrais tu, pour plus de sûreté, daigner recevoir ma leçon dans quelque pièce plus secrète ?
- Soit, viens avec moi dans ma chambre de prières.

C’était une étroite pièce obscure, seulement éclairée par une veilleuse rouge.

- J'ai peur que nous n'y voyions pas assez clair pour un travail aussi délicat, dit la reine.
- Il n'est pas besoin d'y voir clair, pour apprendre mon secret, ô Perle.
- Tes regards sont bien pénétrants, singulier étranger !
- Les tiens le sont assurément tout autant. Ne peux tu pas lire ce qui est écrit sur ce tissu perlé ?
- Non, je ne puis.
- Daigne t'approcher de la lampe.

Elle y consentit, amusée par ces mystères.

L’étranger se tenait derrière elle et tout près, si près qu'elle sentait son souffle chaud sur sa nuque. Mais elle ne s'en avisa pas dans son esprit, intriguée comme elle était…

- Et maintenant peux tu lire ?
- Je lis : Ma… Makéda !
- Et de côté, que lis tu ?
- Ass… Ass… Assad…

Elle était devenue toute tremblante.
Brusquement, elle se tourna vers l’étranger.
Alors, celui ci :

- Et voilà le secret du brodeur de perles, ô Perle du cœur d'Assadaron !
- Ah ! Je savais bien que tu m'aimais encore !… s’écria t elle… Et moi aussi je t'aime encore, Assadaron ! Pas un instant, je n'ai cessé de t'aimer…

Elle le croit, elle est sincère. Tout est oublié. Il n'y a plus dans cette pénombre que l'aimé ressuscité… Ô joie du revoir, allégresse sans pareille, si poignante, que presque rien ne te distingue de la douleur !

Un long moment, ils restèrent, ainsi collés l'un contre l'autre riant et pleurant.
Il fallut bien pourtant qu'il lui expliquât sa disparition et ce retour également mystérieux.

- Ce jour, tu t'en souviens, où tu me supplia en pleurant de m’éloigner d'Axoum, je ne voulus pas croire à tes craintes. Or, la nuit qui suivit, des songes atroces torturèrent mon sommeil. Quand, à l'aube, je m’éveillais, je sentis une force mystérieuse serrer mes tempes et mon front, au point que je me demandai si je n'allais pas perdre la raison. Tout près de ma tente, un coq chantait. Mais c’était d'une voix étrange que ce coq saluait le soleil, d'une voix pleine d'agonie. Je consultai Ninipalukin, mon magicien. Cet homme qui perce les secrets se montra fort inquiet. « Ma science t'as protégé jusqu'ici, ô maître, me dit il, mais à présent, je le sens, c'est un cercle que je ne puis briser qui se serre autour de toi. Sa formule est ignorée dans nos régions. Si tu tiens à la vie, fuis, ô prince, fuis sur le champ ! Voilà le conseil de Ninipalukin. » Fuir, un guerrier d'Assyrie ne saurait s'y résoudre, à moins que ce ne soit pour revenir et par feinte, comme à la guerre… Je partis et revint donc, accompagné de mon cher Nabanassar, qui, entre temps, m'avait enseigné l'art de broder les perles, en grande mode chez nous… Et me voici, ô ma reine, ô ma merveille et ma joie !
- Tu es donc capable aussi de ruse, ô mon fougueux ! s’écria Makéda transportée.
- Pour te contempler, pour être auprès de toi, de quoi ne serais je pas capable. Ne l'ai je pas été de dompter jusqu'au feu du désir, plus fort cependant que l'humaine volonté ?
- Je le sais, cher, cher Assadaron. Mais, maintenant, quitte moi. La leçon a été longue, et nous devons être prudents.
- Je te quitte, mais je reviendrai demain, n'est ce pas ?
- Oui, demain.
- Et tous les jours qui suivront ? L'aaprentissage de l'art de broder et long et difficultueux. Une leçon quotidienne est nécessaire, ô Perle !

Ils éclatèrent de rire et se séparèrent fous de joie.

Et le modeste brodeur revint chaque jour trouver Makéda dans sa chambre de prières.
Elle ne fit pas de rapides progrès.
Elle qui avait stupéfié tous se maîtres thébains par sa promptitude à comprendre et à retenir, elle fit preuve, en face de cet art nouveau, d'une étonnante maladresse. Après plusieurs mois de leçons quotidiennes, c'est à peine si ses doigts ingénieux furent capables de rassembler quelques rangs de perles d'une seule couleur.

C'est que le temps de la leçon s’écoulait tout entier en mignardises, tendres bavardages et caresses. Et les perles allaient se perdre entre les poils des peaux d'onagre. Et les mains se cherchaient. Et les lèvres se trouvaient. Et ils restaient ainsi, mêlant leurs soupirs, jusqu'au moment où, prise de peur à l'idée de se laisser glisser avec lui dans le délicieux abîme interdit, la reine vierge le repoussait. Elle le repoussait avec douleur, toute vibrante encore de ses (...)… ( NDRockso : Sont tarés quand même, moi y a longtemps que …. L’était forte Makéda hein)

Mais c’était ce temps de grâce que le Destin accorde aux amants qu'il s'apprête à frapper ( NDRAK : A bon entendeur…), tenant, par compassion, par respect pour le beau couple embrassé, son glaive un moment suspendu ( NDRockso : Je veux juste une dernière danse, avant l'ombre et l'indifférence )…

Un jour que Makéda et Assadaron se tenaient ainsi enlacés dans la chambre de prière, une des naines insista pour rentrer ( NDRockso : Elle en pouvait plus de les entendre gémir, voulait faire un truc à 3 la p'tite)

- Que veux tu, lui dit sa maîtresse ? Qu'y a t il, allons parle !

La naine semblait boulversée.

- Ô maîtresse, ils disent que le brodeur est le prince Assadaron.
- Qui ils ?
- Le prince Amram, Uziel, le grand rabbin. Je les ai surpris chuchotant entre eux ( NDRockso : Makrel) … On vous a entendus rire, et la voix du prince a été reconnue… J'ai même pu surprendre autre chose, ô maîtresse !
- Dis le !

La pauvre petite grelottait de terreur. Eclatant en sanglots :

- Que demain, des hommes armés seront postés au seuil du vestibule d'honneur, et que si le prince ose revenir…

Assadaron bondit :

- Sur la tête de ouam, j'vais les fonsder ! ! ! ( NDRockso : Oui je sais )
- Certes, Assadaron osera revenir ! Et sans déguisement, encore ! Avec sa cape verte, ses protèges mollets d'or et son bon poignard ( NDRAK : Peter pan style). Ces misérables s'imaginent ils m'intimider ? J'en ai assez d'agir dans l'ombre ? J'en ai assez de courber l’échine, de baisser la voix, d'imiter l'artisan sans naissance… C'est au grand jour que je viendrai désormais saluer la reine ! ( NDRAK : Que d'la gueule.)
- Je te le défends, dit Makéda.
- Tu me le défends ? (NDRockso : Ou pa tan'n ?)

Elle était devenue blême et toute froide.
Mais ce fut d'une voix qui ne tremblait pas qu'après l'avoir longtemps contemplé avec amour elle lui dit :

- Je ne veux pas que tu reviennes.
- Crois tu donc que j'ai peur de quelques hommes armés ?
- Assadaron, une femme douée d'intelligence apprécie le courage, mais pas la témérité. Quand bien même tu échapperais à cette première embuscade, nos ennemis ne désarmeraient point. Quitte moi, quitte la ville aujourd'hui même ! Celle qui t'aime ne veut pas que tu meurs. ( NDRockso : Oh .. Trop mimi)
- Mais moi, je veux mourir pour elle !( NDRockso : Encore plus mimi)
- Aies pitié de moi, Assadaron, n'affaiblis pas mon courage ! Il faut que tu t'en ailles ! Et puisque tu m'y forces, je te l'ordonne !
- Je ne puis, je ne puis t'obéir.
- En ce cas, je t'interdirai l'entrée du palais.

Il tomba à genoux en sanglotant. Et il resta ainsi prosterné devant elle, entourant de ses deux bras les jambes de Makéda, le front perdu à la divine place interdite. Et elle sentait se répercuter à l'intérieur d'elle même les coups de la fièvre qui battait derrière ce front d'homme.

- Et du reste, la joie véritable ne nous est elle pas interdite, ô mon frère, ô mon amour défendu ? C'est en vain que nous essayons de nous convaincre que nous nous donnons l'un à l'autre du bonheur. Je peux bien te le dire à présent, chaque fois que tu quittes ce palais, tu laisses entre ces murs une Makéda brûlante et désolée. Et toi aussi, assurément, c'est une fièvre mauvaise que te laissent nos vains embrassements ? Ô Assadaron, cher, cher Assadaron, tous les (...) que je pouvais te laisser prendre à la surface de mon corps, je te les ai permis. ( NDRockso : Tous ? ! ?) Je ne peux rien te livrer de plus… Cessons ce triste jeu et soyons l'un à l'autre en pensée sans nous voir.
- Ô ma Perle, quel triste amour fut le nôtre ! gémit il.

Elle resta un moment silencieuse, sentant qu'elle l'avait convaincu.

- Ce triste amour, je jure que je le vengerai ! Ces hommes qui m'ont interdit la joie des saintes épousailles, je les briserai, je les humilierai, je les accablerai de besognes viles comme des animaux domestiques ! Je materai l'orgueil de ce sexe arrogant, je le poursuivrai de ma haine et de ma rancune jusqu’à ma mort ! Pour toi seul, mon beau prince, ce cœur plein de fiel gardera de la tendresse… Jusqu’à l'heure de ma mort, il ne battra que pour toi ; tel est le nouveau serment de Makéda la Pure !
- Et moi, je jure de ne jamais connaître d'autre femme que Makéda, dit il.

Leurs lèvres se prirent, et se gardèrent longtemps.

Mais elle :

- Maintenant, laisse moi ! Ne nous amollissons pas en adieux vains. Quittons nous sans hésitations ni pleurs, comme il convient à deux êtres fiers. Va, retourne en ton pays, Assadaron ! Makéda ne t'oubliera jamais.

Tout son corps était devenu dur et froid. Gagné par la sombre exaltation de sa maîtresse, Assadaron sécha brusquement ses pleurs à sa robe (NDRAK : C'est dégueulasse !), se leva.

Une fois encore, ils s’étreignirent. Et ce fut une étreinte si étroite qu'on eût dit qu'ils voulaient se fondre l'un dans l'autre en un seul bloc de pierre.

Soudain, elle le repoussa.

Il la regarda longtemps, longtemps dans le fond de l’âme. Puis il s'enfuit (NDRockso : Ouf, bon débarras ! ! ! Vas cramer 2 ou 3 bestioles à Baâl et ça ira mieux ! ! ! Païen va, pouah)

Et c'est ainsi que la Perle pure et le prince Assadaron de Tadjara se séparèrent pour toujours. ( NDRockso : Ahhhh ! ! ! Enfin ! ! ! On va pouvoir rentrer dans le vif du sujet … )

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

Auteur: Woxinho
Date: 26 Jan 2007 13:29
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
DEUXIEME PARTIE : LA FEMME.



On s'est longtemps demandé le secret de l'activité prodigieuse de la reine de Saba. On a diversement commenté son génie, son goût presque monstrueux du luxe et ce frénétique appétit de conquêtes qui allait faire d'elle, bientôt, l'impératrice la plus puissante de l'univers.

Il faut chercher ce secret dans sa souffrance profonde ; dans la douleur d'une séparation qui ne lui laissait même pas le souvenir d'un seul moment de bonheur accompli. Parce que des hommes l'avaient humiliée dans son sexe, elle voulut humilier ce sexe orgueilleux en montrant à la face du monde ce qu'une femme peut faire.

Et elle se jeta dans le travail avec une sombre furie.

Elle imposa sur toute l’étendue de son territoire une organisation de fer. Son empire divisé en quatre provinces, chacune administrée par quatre grands chefs soumis à son contrôle, devint comme une gigantesque toile d'araignée dont elle tenait les fils dans sa petite main constellée. ( NDL'AUTEUR : Ses représentants provinciaux ( il y avait dans chaque district un chef militaire, un premier magistrat, un gouverneur civil et un directeur du commerce) devaient se conformer en tous leurs actes à un code civil et militaire conçu par Makéda jusqu'en ses moindres articles, et qui, inscrit sur un parchemin, constitua le « Ye louol demb » (Loi de la Perle))

Cinq cent mille hommes, instruits par des moniteurs venus d'Egypte et d'Assyrie, constituèrent bientôt des forces guerrières redoutables, pourvues d'armes nouvelles, forgées dans un métal nouveau, dont un jeune homme, Adinram, avait vendu à Makéda la formule inventée en Asie.

Et ce fut l’« Armée de la Perle ».

Cependant, une équipe de trente mille ouvriers travaillait le jour et la nuit à la construction d'une flotte qui devait éclipser par sa puissance la fameuse marine phénicienne.

Et ce fut la « Flotte verte de la Perle ».

En même temps, elle activait l'exploitation de ses mines gigantesques. Et le sol de Symiène se mit à cracher l'or en quantité prodigieuses. Au fur et à mesure qu'il sortait de la terre, des artisans spécialisés le convertissait en écus ronds, percés d'un trou.

Et ce fut l’ « Or de la Femme ».

Cependant que ses navires s'en allaient jusqu'en Chine, en Malaisie, aux Indes, d'où ils revenaient chargés de soieries et de coffres de perles, ses armées redoutables élargissaient de tous côtés la périphérie de son royaume africain. Le territoire s’étendit bientôt au nord jusqu’à l'Egypte, au sud jusqu'au Willemandchara ; à l'ouest, il engloba la Nubie et, à l'est, s’élargit jusqu’à la mer Rouge.

Voici donc qu'elle possédait un territoire presque comparable à celui du pharaon, des comptoirs aussi loin que peuvent aller les navires, les plus belles pêcheries de perles du monde celles des côtes de la mer de Sang, celles de Zaïlon… Dans ses moments de loisirs, elle jouait à en comparer le galbe et les teintes, enfonçant ses mains dans les coffrets débordants. Et c’était le repos de ses yeux et de ses doigts.

Mais rien n’étanchait cette soif terrible qui la consumait. Elle osa jeter un œil ambitieux sur ce mystérieux continent qui s’étend de l'autre côté de la mer de Sang.

Le puissant Attara régnait sur le Yémen parfumé. Elle le défit après trois années de guerres ininterrompues. Et la terre des aromates se teignit de sang. Et le roi Attara mourut sur le champ de bataille.

Makéda voulut connaître cette Arabie nouvellement soumise à son sceptre. Elle s'y rendit en grande appareil et fut charmée.

Elle s’était faite escortée de ses principaux architectes.

- Je veux qu'une ville soit construite ici, leur dit elle. Elle se nommera Saba, du nom des habitants de cette région ( NDL'AUTEUR : Les sabéens), et je veux qu'il n'y en ait pas de plus belle dans l'univers.
« Je veux qu'au centre s’élève un triple palais en arc de cercle, dont chacun puisse contenir cinquante mille personnes, et je veux qu'au centre de cette triple circonférence monte, jusque dans les nuages, un quatrième palais qui sera ma demeure.
« Je veux qu'il y ait partout des jardins pleins d'espèces végétales diverses et d'animaux rares.
« Je veux que, dans ces jardins, coulent des rivières parfumées, que des lacs s'y étalent, avec des îles de fleurs, et qu'il en jaillissent des jets d'eaux colorés.
« Je veux enfin que, sur la toiture plate de ma demeure, s’étendent des terrasses qui soient aussi des jardins, plus beaux encore et dont on puisse apercevoir les splendeurs de très loin sur la mère.
« N'ignorez ni le dos des esclaves, ni l'or, ni vos veilles, architectes. Je veux que tout cela soit près à me recevoir dans un an jour pour jour. Je le veux, et j'ai dit.

- Ce que tu veux et ce que tu dis sera exécuté, ô Reine du Matin, répondirent d'une même voix tous les architectes.

Et la reine d'Axoum et de Saba regagna son bateau paon, qui aussitôt vogua vers Muttowa.

Auteur: Woxinho
Date: 26 Jan 2007 13:41
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Ce fut durant cette dernière année passée à Symiène que la Perle paracheva sa législation par ce farouche système de décrets tendant à réglementer jusqu’à la vie privée de ses sujets, dont aujourd'hui encore on trouve des traces profondes dans les mœurs des peuples d'Abyssinie.

Maintenant qu'elle n'avait plus de contrées à soumettre, c’était à l'amour qu'elle entendait faire la guerre, elle qui ne le pouvait connaître ! Car cette femme qui possédaient un Empire que lui enviaient tous les rois connaissait les tortures d'une envie cruelle…

Elle s’était contentée, les année précédentes, de rendre égaux en droits les deux sexes : la femme avait tout comme l'homme le droit de tester et d'hériter. Elle pouvait commercer et diriger des entreprises. L'enseignement était obligatoire pour les filles comme pour les garçons. Les dispositions relatives au mariage et au divorce étaient même nettement favorables à la femme. ( NDL'AUTEUR : L'un comme l'autre se contractait devant un tribunal féminin. L’éducation des enfants était le privilège exclusif de la mère jusqu’à l’âge de sept ans. Passé cet âge, elle conservait un droit de tutelle exclusif sur les filles.)

Mais, à sa surprise profonde, une enquête personnelle lui avait révélé que les femmes se souciaient peu d'user de ses prérogatives. Devant les tribunaux, elles feignaient de se targuer d'user de leurs droits, mais dans le secret de la vie conjugale elles prenaient, en toutes choses, l'avis de l’époux, et n'avaient de joie qu’à recevoir ses ordres et ses coups.

Révoltée, Makéda donna tout à coup à ses réformes un caractère beaucoup plus radical : les mâles furent purement et simplement spoliés de tout droit. L'héritage devint le privilège des femmes, ainsi que le droit de négocier. Les filles purent acheter des maris comme on acquiert des esclaves, en aussi grand nombre qu'elles pouvaient en nourrir. En un mot, le sexe qui se dit fort fut réduit à une servitude humiliante et cruelle.

En même temps, par une réformation audacieus des vêtements et de la coiffure, Makéda supprimait les signes distinctifs des deux sexes. La jupe coupée à mi cuisse devint la seule tolérée (). Les jeunes filles composant sa garde d'honneur durent porter autour du torse une sorte de fourreau capitonné rendant invisibles les rondeurs des seins ( ). La coupe de cheveux à hauteur du cou devint obligatoire.

Quelques mois après que la nouvelle loi eut été promulguée, Makéda, voulant juger de ses effets par elle même, alla rendre visite en secret à une riche commerçante nommée Zicri.

- Je sais, Zicri, que, mettant à profit mes récents décrets, tu viens d'acheter quelques époux. Montre moi où tu les loges, je te prie.
- Avec joie, ô Reine, car je sens que tu vas être contente. Je n'ai rien épargné…

Et Zicri précède la reine au long d'un profond vestibule à l'extrémité duquel s'entre bâille une draperie.

Makéda demeure stupéfaite.

Dans une grande pièce ornée de peintures lascives, toute tapissée de peaux moelleuses et parfumée d'effluves, une dizaine d’êtres masculins épilés, vêtus d’étoffes fines, se tiennent mollement étendus, mangeant des choses douces et riant entre eux. Quelques uns se baignent dans une piscine aux eaux parfumées. Et tous, des esclaves les servent avec respect, les essuyants, les massant, disposants des coussins bourrés de plumes sous leurs têtes paresseuses…

Makéda contient sa fureur. C'est qu'elle veut poursuivre avec fruits son enquête. Comme Zicri est restée parfaitement inconsciente de l'immoralité de sa conduite – ne s'est elle pas conformé fidèlement aux lois ?- elle répond sans méfiance. Et c'est ainsi que Makéda apprend que de semblables harems sont en train de s'organiser dans tous les quartiers élégants de la capitale…

Elle sortit profondément troublée de la maison de Zicri.

C’était donc là le résultat de ses décrets !
Elle s'entretint longuement, le soir même, avec Lévy, son conseiller privé.

Ce dignitaire était le seul dont elle daignât parfois écouter les avis. Lévy avait été châtré jadis par un marchand d'esclaves. Cette mésaventure de sa jeunesse, qui avait fait de lui un être dont les jugements ne s'inspiraient d'aucune passion, n'avait pas été sans contribuer à sa rapide fortune auprès de la vierge reine.

- Daigne souffrir que je te le dise, ô Perle, lui dit il, il fallait s'attendre à cet effet de tes ordonnances. Tu as inconsciemment encouragé la débauche. Les hommes fiers déserteront ton empire, et ceux qui resteront, tes sœurs, qui n'ont pas ta vertu, les pervertiront de plus en plus
- Mais c'est au contraire la volupté que j'entendais proscrire. Aide moi à trouver un autre moyen, astucieux Lévy ! Je veux, je veux chasser l'amour de mes Etats !
- Chasser l'amour ! Ô Reine ! Autant vouloir assécher la mer ! De moins pures que toi, et donc plus averties de la malignité du sexe, se heurtèrent vainement à ce problème insoluble. Jadis, en Mésopotamie, une reine qui avait à se plaindre de l'amour crut le proscrire de ses Etats en parquants ses sujets hommes sur une rive du Tigre, et sur l'autre ses sujettes. Qu'arriva t il ? Hommes et femmes vinrent se joindre la nuit sur des barques, et jamais fleuve ne fit entendre aussi musical murmure sous la voûte des cieux ! Que veux tu, ô Perle, il faut que les desseins de la nature s'accomplissent.
- Ton histoire est répugnante et stupide, Lévy. Je ne veux pas l'extinction de ma race, tu le sais bien, mais seulement celle du plaisir, de l'impur plaisir. Eh quoi ! J'ai fait de plus grands miracles. Ne pourrai je résoudre cette petite énigme obscure ? Qu'on m'y aide ! Voyons, j'ai des magiciens, j'ai des savants, j'ai des grammates, des chirurgiens…

Un éclair de joie mauvaise traversa les yeux de l'infirme :

- Tu viens de prononcer le mot ô Reine ! S'il existe un moyen d'empêcher le plaisir impur sans nuire à la sainte procréation, c'est à tes chirurgiens qu'il appartient de le découvrir.
- Eh bien ! Convoque les d'urgence et parle leur. Je veux qu'avant que le soleil se soit levé trois fois, le moyen que tu dis soit trouvé !

Et Lévy convoqua les chirurgiens.
Et les chirurgiens trouvèrent le moyen.
Et la chose qu'il fallait faire aux enfants fut notifiée par courrier royal à tous les rabbins et à toutes les sages femmes de l'Empire.

Et ce fut la plus terrible et la plus étrange des Lois de la Perle.

Cependant, Makéda n'avait pas négligé ses préparatifs de départ pour Saba.

Elle décida que désormais Symiène serait administrée par un haut fonctionnaire nommé chef de l'Ouest (Wak Chaour) et par un juge suprême qui porterait le titre de Bouche de la Reine (Wak Néguist).

Axoum et Saba resteraient d'ailleurs en constantes relations au moyen de tourelles de signalisation qu'elle fit édifier de montagne en montagne. Les deux métropoles pourraient ainsi communiquer, dans un langage spécial, de façon presque instantanée.

Et donc, à la date qu'elle avait dite, la Perle Pure s'en fut en grand appareil hors d'Axoum, sa ville bien aimée.

L'embarquement se fit à Muttowa, dans un grand concert d'hymnes et d'ovations qui accompagna longtemps la reine sur la mer.

Et la Flotte Verte traversa la mer Rouge.

Des milliers de torches brillent sur les grands voiliers de guerre aux douze ponts superposés qui escortent le navire royal, trouant les ténèbres d'une lueur dorée qui se reflète sur les flots.

Et elle se reflète aussi sur la coque ocellée d'or et d’émaux du bateau royal, immense barque sculptée en forme de paon, sans mâts ni voiles, manœuvrée par cent quatre-vingts rameurs. Les yeux de l'oiseau navire sont deux fameux énormes qui projettent loin en avant leurs rayons verts. Tout près de la proue, dans la gorge du paon, s’érige le trône, sur lequel la reine est assise, vêtue de la robe du sacre, coiffée de la couronne aux perles géantes, le sceptre d’ébène à la main. Des jeunes filles jouent de la harpe à ses pieds. Sur les degrés du trône, les grandes chattes noires ronronnent entre les bras nus des naines. La fumée de l'encens monte vers le ciel…

Et Makéda resta ainsi, immobile et méditant, à la proue du navire, jusqu'au moment où parut dans le rose de l'aurore, pareil à une montagne de fleurs, ce quadruple palais qu'elle avait conçu en esprit une année plus tôt, et qui lui apparaissait maintenant, là bas au bout de la mer, exactement pareil en sa qualité merveilleuse !

Alors, elle ne put se retenir de se dresser toute droite dans le premier rayon du soleil, sentant qu'elle était véritablement la reine du Matin !

Auteur: Woxinho
Date: 29 Jan 2007 11:36
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Oui, telle Makéda l'avait imaginée, telle , blanche, rose et dorée, s’élevait sous le ciel de soie de l'Arabie heureuse, sa nouvelle capitale.

Simplement, elle n’était plus faite de cette matière impondérable qu'est la pensée, mais bien de pierres solides, édifiées l'une sur l'autre par masses considérables, semblant défier les millénaires : grès, granit, basaltes, et même le quartz étincelant, les matières les plus résistantes étaient utilisées.

Trois immenses bâtiments en arc de cercle, entourant de leurs courbes grandioses une sorte de colline artificielle supportant un palais central.

Dans les espaces compris entre chacun de ces édifices s’étendent des jardins.

Enfin, au centre s’élève sur un promontoire le palais qui doit servir de résidence à la reine.

Une triple galerie à colonnades polychromes l'entoure. Son entrée monumentale est de cent coudées de large. Il est bâti sur trois étages, et le toit, plat, est un jardin de fleurs.

Les salles réservées aux soins privées de la reine avaient été aménagées avec un soin tout particulier.

De sa chambre, elle gagnait, dès son lever, une piscine toute en albâtre où coulaient des eaux aromatisées, colorées selon son caprice du jour.

Après que ses caméristes l'avaient séchée, massée, parfumée d'huiles, elle passait dans son salon de toilette, pour y être peinte et coiffée. Elle prenait place, pour cela, nue même de bijoux, au centre d'une table en arc de cercle où se tenaient alignés les objets nécessaires : brosses aux manches d'or ou d'ivoire, miroirs d'argent poli, limes, spatules de sycomore, pots à fards, peignes aux dents de diamants…

Maquillée des orteils jusqu'aux paupières, elle se dirigeait vers son salon d'habillage, où, après que ses femmes l'avaient vêtue, elle pouvait, debout sur deux pierres sculptée à la forme des pieds, se mirer dans un bassin rempli d'eau qui était un cristal.

C'est là qu'elle reçut, un jour, Am-Tât, le célèbre perruquier thébain, et Nahus, le grand couturier de Niniphée, mandés tous deux à Saba tout exprès en prévision d'une fête de nuit que Makéda voulait offrir en l'honneur d'un prince jaune.

Cet asiatique fastueux avait offert à Makéda des présents inouïs. Six grands voiliers bourrés de la cale jusqu'aux ponts avaient à peine suffi à transporter tant de trésors. Et enfin, prosterné au pied du trône, il l'avait suppliée de devenir son épouse :

- Naguère, ô Reine presque céleste, je refusais de régner sur l'Empire du Mystère. C'est que je désirais courir librement le monde à la recherche de la Beauté Parfaite. Voici qu'après des années et des années de courses vaines, je l'ai trouvée en ta personne. Tu es le but suprême que j'ai poursuivi toute ma vie. Si ce but se refuse à moi, je n'aurai plus qu’à mourir, ô Reine presque céleste !

Makéda avait balancé lentement la tête en signe de refus.

Mais, par crainte d'irriter un Empire avec lequel elle ne souhaitait pas entrer en guerre, elle voulait honorer le prince jaune déçu.

Donc, Am-Tât de Thèbes fut reçu au salon des essayages.

Am-Tât ne cella pas à la reine quelle fâcheuse surprise il ressentait à la vue de ses tresses courtes.

Elle n'aimait pas qu'on la reprit sur un tel chapitre :

- Ton métier, Am-Tât, est de composer des perruques, non de discuter de la taille des cheveux. Les raisons de cet usage imposé par moi dépassent ton intelligence. Contente toi donc de répondre à cette question : fais je bien de porter cette perruque dorée ?
- A Thèbes qui lance la mode, les perruques dorées ne se portent plus depuis longtemps, ô Reine ! Les perruques pourpres, bleues, vertes, jaunes, voilà ce qui se fait. C'est la pourpre que je te conseille, dont la hardiesse conviendra au caractère unique de ta beauté.
- Eh bien, prépare moi une perruque pourpre et nous verrons.

Vint le tour de Nahus et de Niniphée.

Le costume qu'il avait composé pour la reine de Saba était un des plus beaux qu'elle eût portés, mais aussi l'un des plus hardiment transparents. N'eût été le grand nombre de pierreries qui l'adornaient, il eût pesé moins lourd dans la paume qu'une plume d'oiseau. Il se composait simplement d'un pantalon épousant étroitement les jambes et d'une tunique très courte, les deux faits de cordelettes de soie tissée en filet, à chaque nœud duquel un diamant jetait ses feux.

Makéda se contemplait dans le bassin miroir, et se plaisait.

- Te voilà d'une beauté plus qu'humaine, déclamait Nahus. Tusembles une goutte de rosée, un charme de Dieu, un crocodile sacré…

Makéda daigna sourire, flattée par ce compliment suprême. Elle fit seulement observer qu'elle trouvait la tunique un peu longue.

Le couturier se dit qu'il ne resterait pas grand chose à couper. Il s'approcha pourtant, pour prendre à même la reine les nouvelles mesures… et aussi pour lui souffler :

- Ô Perle, en passant à Tadjara, j'eus l'honneur d’être reçu par le prince Assadaron.

Makéda ne put retenir un tressaillement .

- Silence, fit elle en colère.

Mais quelques minutes plus tard :

- Dis moi, Nahus, est il vrai que le prince Assadaron aurait jeté les yeux sur la princesse Sémiramis ?
- Rien n'est plus faux, ô Reine ! répondit vivement le couturier. Ceux qui t'ont parlé ainsi déforment à plaisir la vérité.
- Et quelle vérité ?
- Simplement que l'empereur de Babylone voudrait voir son neveu contracter ce mariage. Mais le noble Assadaron s'y refuse farouchement. Il se consume pour toi, ô Perle ! Il ne peut t'oublier… Et, de ce que je te dis, voici la preuve…

Subrepticement, il tirait de son costume un petit coffret d’ébène, qu'il ouvrit, et Makéda vit apparaître un collier de perles d'un ineffable coloris, plus pures, plus grosses encore que ces perles de Zaïlon que Makéda avait fait venir à grands frais des rivages des Indes.

Elle ne put s'empêcher de ressentir, dans une place trouble de son âme, un sentiment de sympathie pour ce couturier qui faisait métier de transmettre des messages amoureux en essayant ses robes sur ses princières clientes.

- Allons, maintenant, laisse moi, Nahus, lui dit elle, et elle lui tendit une bourse pleine d'or.

Nahus se retira avec force révérences, courbé au point que sa barbe touchait son ventre, bousculant caméristes, naines, chattes…

Mais arrivé à la porte :
- J'oubliai de te dire, ô Reine… Le coffret… Il y a un double tirroir…

Quand elle fut retirée dans sa chambre seulement, Makéda ouvrit le second tiroir du coffret d’ébène.

Elle y trouva un parchemin roulé, où elle lut ceci :

« Ô Makéda !
« N'est ce pas qu'elles sont incomparables, les perles que j'ai pêché pour toi ?
« Seule, la perle d'Axoum est plus pure et plus belle.
« Si tu veux savoir en quel lieu liquide on les trouve, ces perles plus précieuses encore que celles des mers de l'Inde, viens à moi, ô Makéda, et je t'y conduirai.
« J'ai fait construire, dans les chantiers de Babylone un bateau tout exprès.
« Amour limité, tel est son nom.
« Limité comme nos (...) par ton cruel serment, ô Makéda !
« Et pourtant, dans le cœur d'Assadaron, l'amour est sans limites et n'aura jamais de fin.
« Fidèle à son serment, il ne connaît point d'autre femme que Makéda.
« Il n'en connaîtra jamais d'autre.
« Mais il exige une fidélité semblable.
« Si Makéda nommait dans son cœur un autre frère, il apparaîtrait soudain, prompt comme la foudre.
« Il tuerait.
« Il massacrerait.
« Il t'enlèverait comme une bannière au galop de son cheval…
« Oh ! viens pêcher la perle avec moi. « Makéda ! »

La reine de Saba relut plusieurs fois l'invitation d'Assadaron. Mais, entre chaque lecture, elle faisait « non, non » de la tête. Et, jusqu'au matin, elle pleura.

Auteur: Woxinho
Date: 29 Jan 2007 14:52
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Ce fut par une nuit sans lune qu'eut lieu la fête des lumières.

Mais le quadruple palais tout illuminé par les flammes des flambeaux qui se comptaient par centaines de mille, et dont les cuirasses des hommes d'armes alignés au bord des galeries, les fûts luisants des colonnades, les blocs de quartz aux rugosités brillantes, multipliaient les feux à l'infini, s'embrasa si splendidement sous les cieux jaloux, que, jusqu’à l'horizon, un énorme reflet pourpre aux irisations d'or se déploya sur la mer en éventail, comme si un astre était tombé sur le rivage de l'Arabie.

Quant aux astres du ciel, on ne les voyait plus.
Les feuillages des jardins violemment éclairés composaient entre chacune des circonférences comme autant de colliers d’émeraudes. Les buissons de fleurs étaient d'un rose plus ardent qu'en plein jour. Des jets d'eaux fusaient dans le ciel en gerbes qu'on voyaient changer de couleur à mesure qu'elles s’élevaient. Et le miroir des lacs reproduisait tous ces miracles dans le murmure plus doux des rires et des (...) qui s’échangeaient sous le secret des buissons…

Cela, la reine de Saba ne le savait pas…
C’était du haut de ses jardins suspendus qu'elle contemplait la fête, assise immobile sur un trône d'or, face au prince jaune qui ne cessait de la contempler.
Un festin somptueux leur avait été servi ainsi qu'aux dignitaires et aux princesses de la Cour. Les plats les plus rares de Saba s’étaient succédé.

Or, voici que sur la table desservie avec une rapidité magique, des esclaves noirs viennent déposer un plat d'argent long de plusieurs coudées, orné d'immenses bouquets de fleurs. Les musiciens se sont approchés. Tout à coup, les bouquets s'entre ouvrent, et les invités stupéfaits en voient sortir des danseuses qui se mettent à évoluer sur la table, dans un doux bruissement de perles et de pierreries, sous lesquelles elles sont nues.

Et puis, ce sont des danseurs sabéens travestis en bêtes fauves, des nègres tourneurs, des charmeuses de serpents, des fakirs mangeurs de feu, des comédiens égyptiens, des animaux savants…

Hélas ! ni l'adresse des hommes, ni la grâce des ballerines, ni les jeux effrénés des lumières ne purent allumer un seul éclair de plaisir dans les yeux de Makéda. Tant que dura la fête, on ne l'entendit prononcer une seule parole, on ne la vit faire un seul mouvement.

Mais qui eût oser la regarder de tout près, il aurait vu le pouce et l'index de la reine égrainer inlassablement les perles de son nouveau collier ; il aurait vu ses lèvres épeler sans cesse les termes d'un certain message plein de douleur et de passion…

« O Assadaron, songeait elle, parce que tu n'es pas à mon côté, tout est ténèbres autour de moi ! Je suis la femme la plus enviée du monde, et moi j'envie toutes les femmes… Je gouverne sur les terres et sur les mers ; et jusque dessous la terre, où mes mineurs sont descendus si profondément qu'ils peuvent sentir la chaleur des enfers ; jusque dans les airs, où tournent les bras immenses de mes moulins élévateurs… J'ai dompté les hommes, j'ai apprivoisé les fauves, j'ai asservi les éléments. Je possède toutes les espèces de perles, des aromates en quantité telle que je peux parfumer des rivières ; et de l'or en telle abondance que je pourrai en couvrir la terre !
« Et pourtant, la pauvresse des ruelles est plus riche que moi ! Ô dérision ! Ô rage inapaisable ! La seule chose que mon cœur désire, ni mes trésors ni mes territoires ne pourraient me l'acheter ! »

Brusquement, elle fit signe que la fête était finie. ( NDRockso : Sans pitié ! ! ! A l’époque, j'te raconte pas la misère pour trouver un taxi en pleine nuit ! ! !)

Et le peuple se dispersa, les ballerines disparurent, le prince jaune s'en fut, emportant le désespoir dans son âme.

Et tout s’éteignit.
Il n'y avait pas un souffle de brise dans l'air.
La mer proche et ténébreuse était d'un calme tel qu'on ne l'entendait plus.

Alors, au contact, sur sa chair presque nue, de cette fraîcheur exquise, à la vue de ces mondes innombrables suspendus au dessus de sa tête, une détresse qui était la plus grtande de toutes celles qu'elles eût ressenties, s'empara de Makéda.

- Ô Dieu tout puissant ! Aie pitié ! Vois quelle solitude est celle de ta fille ! faillit elle s’écrier.

Elle se contenta d'appeler son géant noir.

- Va me chercher le Liseur des Astres. Vite !

Déjà le noir avait disparu dans la nuit semblable à lui même.

Tsochar l'astrologue était un de ces vieillards auguste à qui le savoir véritable confère la compréhension du cœur et la bonté.

Elle lui dit :

- Tsochar, mes épaules tombent de lassitude, et pourtant que le sommeil me fuira toute la nuit. Enseigne moi à lire dans le ciel. C'est une lecture qui fait dormir, je suppose !

C’était pour dissimuler sa détresse, que Makéda plaisantait de la sorte. Mais sa voix était étrange, et ne donna pas le change au judicieux savant.

- Quel événement nouveau peux tu donc souhaiter que les astres t'annoncent, dit il, à toi qui est la plus comblée des femmes vivantes ? Serait ce, ô Reine, que, pourtant, tu te sens seule et point heureuse en ton cœur ?

Elle était si lasse que , malgré son orgueil, elle laissa échapper un imperceptible soupir.
Tsochar l'entendit :

- Que le serment qui te fut extorqué est cruel, ô Reine ! osa t il.

Elle en détourna la tête.
Il insista :

- Permet à ton humble liseur des astres de te plaindre en lui même… Souvent, je pense à ces choses, pendant mes longues nuits de veille sous le grand Livre des cieux. Est il impossible qu'une solution ne vienne pas mettre fin, quelque jour, à un ordre de choses si contraire à l'ordonnance voulue par Jéhovah ?… Tous les êtres vivants s'appellent et s'attirent, et aussi, les mondes… C'est pourquoi, chaque nuit, je scrute les constellations pour tenter d'arracher au ciel le secret de ton futur… Et voici ce qu'une étoile bleutée m'a dit hier : « Une solution est proche. Elle est entre les mains d'un roi très sage habitant le Nord. » ()

Makéda tressaillit. Elle se rappelait les paroles de son père, le prophète : « Regarde vers le Nord, Makéda, vers le Nord… »

Mais, par orgueil – maintenant qu'elle était moins triste – elle dit :

- Tu me fatigue avec tes prédictions Tsochar ! Retourne à ta tour.

Un long moment encore, elle resta seule.

Maintenant c’était ce vague espoir qu'on venait de glisser en son esprit qui tenait éloigné le sommeil. « Le Nord… Un roi sage habitant le Nord… », se répétait elle.

Elle appela de nouveau le géant.

- Va me chercher Daour, le courrier d Etat. Vite ! S'il dort, éveille le !

Et quand elle eut devant elle, prosterné, Daour le courrier d Etat, elle lui dit :

- Tu as voyagé dans des contrées très diverses, Daour. Tu t'es entretenu avec beaucoup de rois ou de grands personnages, les approchant. Dis moi ? Quel est selon toi le plus sage ?

Daour réfléchit.

- Ce n'est assurément pas le pharaon, car il est tout jeune. Ce n'est pas le roi de Tyr, qui n'est qu'un commerçant. Ce n'est pas le roi d'Edom, car il ne connaît que la ruse, laquelle, à la longue, corrompt l'esprit. ( NDRockso : IRIE) Et le roi d'Egiongabar n'est qu'un sauvage… Il ne reste que Salomon.
- Le roi de Judée ?
- Oui.
- Le connais tu ?
- Non. Jamais tu ne m'envoyas en Judée, ô Reine, tu le sais.
- Et de réputation, le connais tu ?
- Un peu.
- Que dit on de lui ?
- Qu'il règne sur une petite contrée, mais qu'il est grand par sa sagesse. On lui donne divers noms : Roi des Quatre Horizons, Roi des Quatre Vents. Lui même, paraît il, aime à s'entendre nommé : le Roi Doré. Certes, il doit être riche…
- Sa sagesse est renommée, dis tu. Qu'entend on par là ?
- Que Salomon est un grand savant, qu'il a écrit des proverbes et des psaumes, qu'il a fait un Temple dont il a conçu les plans lui même…

Makéda réfléchit profondément. Puis :

- Ecoute moi bien, Daour. Saba est devenu maintenant un port important, attirant de nombreux négociants. Je sais, c'est Lévy qui m'en informa, que plusieurs fois déjà, il en vînt de Jérusalem. Quand il en arrivera de nouveau, observe les, et si tu en découvres un d'importance, au fait des choses de la cour de son roi, amène le moi. Fais tout cela discrètement, je te prie.
- Tu seras obéi, ô Reine, dit Daour qui se retira.

Makéda resta encore un long moment toute seule sur sa terrasse. Une paix singulière descendait dans son âme…

Auteur: Sirene.des.salines
Date: 29 Jan 2007 16:25
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
ça existe dans la collection "profil" ? (version light koi )
Y a moyen d'avoir une quatrième de couverture ? (un resumé koi, je lis rarement un bouquin sans avoir une idée de ske je vais lire ).
C une nouvelle? ou un roman , un vrai ... cad un pavé que tu comptes recopier ??

Et dernière question ... Pourquoi? ... enfin quel est ton point de vue? Qu'est ce qui t'as passionné a ce point ds ce bouquin pour que t'ai envie de le partager? (ptet que ça va me donner envie de lire )

EDIT : Je crois que la quatrième de couv ets dans le premier post /introduction ... tu peux zapper cette question ...

Auteur: Woxinho
Date: 29 Jan 2007 16:49
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Sirene.des.salines a écrit:
 
ça existe dans la collection "profil" ? (version light koi )  
 


Encore une qui recopiait les fiches de lecture à l'école


Sirene.des.salines a écrit:
 
Y a moyen d'avoir une quatrième de couverture ? (un resumé koi, je lis rarement un bouquin sans avoir une idée de ske je vais lire ).  
 


Bah, l'intro au tout début fait office de... Le livre date d'une époque ou y avait pas trop de quatrième


Sirene.des.salines a écrit:
 
C une nouvelle? ou un roman , un vrai ... cad un pavé que tu comptes recopier ??  
 


C'est un roman historique dirons nous, mais la taille est raisonnable... Disons que ça prend moins de temps à lire qu'à recopier

Sirene.des.salines a écrit:
 
Qu'est ce qui t'as passionné a ce point ds ce bouquin pour que t'ai envie de le partager? (ptet que ça va me donner envie de lire )  
 


Bah en fait, la Reine de Saba est un mythe passionnant. On entend tout et son contraire à son sujet! Ce livre constitue le condensé le plus abouti de tout ce qui touche à la tradition Ethiopienne et tout ce qui résulte de sources historiques précises.

A l'issue du récit, vous en saurez plus sur Ménélik, qui fut à l'origine de la dynastie Salomonide éthiopienne, que la plupart des écrits chrétiens occidentaux zappe plus ou moins volontairement.

Ce texte permet donc de resituer l'histoire de celle qui est l'un des personnages historique le plus important de la chrétienté... Et à la fois l'un des plus craint par l'Eglise apostolique Romaine...

Sirene.des.salines a écrit:
 
EDIT : Je crois que la quatrième de couv ets dans le premier post /introduction ... tu peux zapper cette question ...  
 



Auteur: Fyah Fy
Date: 29 Jan 2007 17:09
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Woxinho a écrit:
 
A l'issue du récit, vous en saurez plus sur Ménélik, qui fut à l'origine de la dynastie Salomonide éthiopienne, que la plupart des écrits chrétiens occidentaux zappe plus ou moins volontairement. 
 


Ah mais je me souviens de Ménélik...



...

...




Sinon jvoulais te remercier Woxo pour ce travail de titan, j'espere que tu iras au bout. Pour ma pars je copie chaque jour les posts dans word car je n'ai pas le temps de lire au taf. (mais d'ecrire sur le vol )

Auteur: Woxinho
Date: 29 Jan 2007 17:12
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Oui je continuerai Je sais pas à quel rythme, mais j'irai au bout

Ne voyant pas de réponse je me suis posé la question, mais considérant les presque 400 consultations du thread, je me suis dit que certains suivaient quand même

Auteur: Woxinho
Date: 09 Fév 2007 15:07
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Les mois qui suivirent, elle les passa dans une impatience que même le travail et le feu des affaires ne parvenaient à calmer.

Le lendemain de la fête de nuit, le prince jaune désespéré s’était ouvert le ventre sur son bateau, ( ) devant une image du chien de l Empire du Mystère, et plusieurs nobles attachés à sa personne s’étaient éventré de même sur son cerceuil.

Makéda avait écouté distraitement ce récit sanglant. C'est que, tout au long du jour, sa pensée s'en allait vers cette contrée du Nord, où vivait le roi sage qui, selon l'astrologue, détenait la solution de son destin.

Enfin, un jour, Daour vînt lui annoncer qu'un négociant Judéen venait d'arriver à Saba, Tamrinn, veillard riche et instruit.

Elle le reçut dans la salle des Audiences, encadrée d'un grand appareil militaire et richement parée, désirant que ce Tamrinn la décrive en termes flatteurs à son roi…

Un peu surpris d'un tel déploiement de faste en son honneur, Tamrinn se confondit en saluts et en prosternations.

Elle su le mettre à son aise :

- Sois le bienvenu à Saba, Tamrinn. Ton expérience des affaires, ton jugement en toutes choses, me furent beaucoup vantés. Mais surtout je sais que tu viens de Jérusalem, ville chère à mon cœur, bien que mes yeux ne l'aient jamais vue. C'est que, lionne de la tribu de Juda, je règne sur un peuple qui est le frère en religion du peuple de Judée… Parle moi donc de ton pays, Tamrinn. Nulle conversation ne saurait être plus agréable.

Emu, flatté, Tamrinn fit de la Judée un tableau enthousiaste et coloré. Il dit la douceur de son ciel, la joliesse de ses coteaux fleuris. Il décrivit le Temple élevé par Salomon. Mais surtout – bien que la reine, en sa malice, se fut gardée de prononcer ce nom – il s’étendit sur les qualités de ce roi si sage.

- Certes, ô Reine des Rois, il mérite d’être nommé le Roi Doré, car il a par ses travaux réussi a amasser des trésors considérables. La richesse de ses costumes confond le regard. Et la splendeur de ses palais, certainement, n'est surpassée dans l'univers que par l’éclat de ta propre demeure. Mais plus encore est justifié ce nom de Salomon ( NDL'AUTEUR : On sait que le mot Salomon signifie : qui aime la paix.) qui est son nom principal, car, prudent entre les prudents, mon roi n'a jamais fait la guerre. C'est par la seule force de la patience et du savoir conjugués qu'il a réussit à rendre puissant le royaume de David. Il vit entouré de poètes et d'architectes. Il compose des cantiques admirables. L’équité de ses jugements est infaillible. Enfin, telle est la pénétration de son intelligence qu'il n'y a pas d’énigme qu'elle ne puisse résoudre.
- Vraiment ? ne put se tenir de se murmurer à ce moment Makéda. Même les énigmes de l’âme humaine ?
- Même celles que tu dis, ô Reine, et certes il n'en est point de plus ténébreuses !

Makéda fut profondément troublée par ce portrait. Assurément, s'il y avait quelque chose de véridique dans la science des astres, c’était Salomon qu'avait désigné l’étoile bleutée…

Elle voulut pourtant mettre à l’épreuve cette sagesse infaillible qu'on lui vantait si fort.
La veille du départ de Tamrinn - qu'elle avait fait venir à maintes reprises au palais durant son séjour à Saba – elle le convoqua une dernière fois pour lui remettre les cadeaux déstinés à son roi.

Il y avait douze sacs contenant chacun cent et vingt talents d'or.
Il y avait douze sacs d'encens rare.
Il y avait douze cruchons de parfums de bois de santal.
Il y avait douze sachets de pierres précieuses.
Il y avait douze bocaux d'or tous remplis de perles.
Et il y eut aussi un gros livre écrit sur des peaux de gazelles finement tressées, où l'histoire des hébreux de Symiène était relatée depuis les origines.

Mais ce n’était point tout.

Ayant prié Tamrinn de s'avancer jusqu'au trône, elle lui montra une exquise figurine de lion taillée dans une pierre de jade, de la grosseur d'un œuf d'autruche, et lui dit :

- Ce petit lion, Tamrinn, contient un rébus gravé sur une plaque d'ivoire. Puisque la perspicacité de ton roi est si grande, il saura en traduire le sens et m'en enverra, je l'espère, la traduction, mais il faudra, en outre, qu'il réussisse à deviner le secret qui permet d'ouvrir le lion sans le briser. Et maintenant, va, cher Tamrinn. Que Dieu t'accompagne dans ton long voyage !

Or, voici les images que la reine de Saba avait fait dessiné sur la plaque d'ivoire enfermée dans les flancs du lion de jade :

(NDRockso : Toujours pas de scanner. Le rébus est constitué de six images.

La première présente, alignés de gauche à droite, un somptueux trône de perles orné d'une étoile à six branche, une fleur d'iris, et une perle dans son huître, sous la mer au milieu des poissons.

Sur la deuxième, deux montagne, parsemées de palmiers et séparées par la mer, sont traversées par une lance, dont le fer pointe une étoile à six branches.

La troisième image est également composée : une rivière de pièces, un saule pleureur dans les branches duquel sont dessinés deux yeux féminins et un cœur sous une pierre.

Sur la quatrième, un arc d’étoiles surplombe une couronne ornée d'une étoile de David. A la droite de cet arc se trouve un imposant rouleau de parchemin.

Cinquième image : une balance et deux navires de flotte naviguants.

Enfin, sur la sixième image, une part de la couronne de David, à droite, pour rejoindre le trône de perle, à gauche.)

Les semaines qui suivirent, Makéda les passa plus impatiemment encore.

Vainement, elle s'en allait galoper à travers champ au dos de son cheval favori « Tempête du Matin », cherchant à rafraîchir, dans le vent de la vitesse, son front brûlant de la fièvre de l'obsession . Comme elle allait plus rapide que l’étincelle, elle avait vite distancé tous ses cavaliers. Mais non pas la triple question qui la poursuivait, lui criant à chaque foulée : « Saura t il ouvrir la boîte ? Lira t il le rébus ? Et s'il le lit ?… »

Un matin qu'elle dansait au milieu de ses paons qui viraient sur eux même charmés par les modulations qui s’échappaient de sa jolie bouche comme d'une flûte vivante, le géant noir vint à elle et lui dit :

- Ô Reine ! Le grand trésorier du roi de Juda vient de débarquer à Saba !… Il se nomme Haïzar… Sa suite est considérable… Il y a déjà, dans la cour des caravanes, un grand nombre de caisses contenants des présents…

La reine s’était immobilisée au milieu de ses écharpes retombées contre son corps.

- Va dire que chacun s'apprête pour une réception solennelle dans la Salle du Matin, ordonna t elle. Qu'on parfume les ruisseaux ! Qu'on fasse jaillir les eaux colorés ! Va vite !

Et elle se hâta elle même vers sa chambre de toilettes pour se parer.

Ce fût vêtue d'un de ses plus somptueux ensembles qu'elle apparaissait, un peu plus tard, dans la Salle du Matin, la plus brillante du Palais. Porphyres, marbres rares, ors, émaux, albâtre, jade… C’était vraiment au cœur éblouissant de l'Aurore qu'on croyait pénétrer. Et quant à la maîtresse du lieu, dans son vêtement ocre et or, perruque pourpre sur la tête, toute bruissante de pierreries, plus étincelante et plus odorante qu'une rose de Perse mouillée de rosée, elle apparaissait comme l'incarnation même de l'Orient, éternel matin du monde !

A la profondeur du salut d'Haïzar, à la lenteur qu'il mit à se relever, montrant une face de vieillard plus pâle et plus tremblante que celle d'un adolescent intimidé, la reine de Saba sentit que l'effet qu'elle entendait produire, elle l'avait bien produit.

Enfin, d'une voix faible, le trésorier de Salomon réussit à prononcer son compliment :

- Le roi de Judée, Salomon LIDJI (NDRockso : LIDJ en amharique est le titre équivalent à ‘infant’ en Espagne ou l'originel ‘Lord’ anglais. L'enfant qui est appelé à régner. L'amharique est une langue sémite, dont on mesure ici la similitude avec l'hébreux contemporain de Salomon…), fils de David, maître du sceau, grand maître des Rites, gardien des Ecritures, serviteur de l'Arche, te salue, ô Reine des Rois, ô impératrice des deux terres, ô Dictatrice des éléments et des flots. Il souhaite que la paix règne avec toi sur tes états. Et il m'a chargé de te présenter ses cadeaux, en faible remerciement des tiens, qui sont sans prix.

Il frappe dans ses mains.
Vingt quatre serviteurs viennent déposer au pied du trône vingt quatre caisses dont Haïzar dit le contenu : laines, gazes, pourpres, brocarts, rosiers rares, amphores d'eau de longue vie…

Ayant tout nommé :

- En outre, le roi Salomon m'a chargé de te restituer un objet qui est ton bien.

Une deuxième fois, Haïzar frappe dans ses mains.
Un très vieil homme s'avance alors. C'est le chef des scribes et des calligraphes de Jérusalem. Il est porteur d'une cassette en bois blanctout sculpté représentant un édifice singulièrement somptueux et fin.

- Ceci est une miniature du Temple de Juda, ô Reine, dit le chef des scribes. L'objet qui t'appartient est à l'intérieur.

Et comme, impatiente, Makéda cherche déjà à entre ouvrir l’étrange boîte :

- Ô Reine, la figurine doit être sciée à la base du Temple.

Makéda donne un ordre. Une scie est apportée. Le Temple n'est plus qu'un couvercle léger qu'on soulève, et Makéda reconnaît son petit lion de jade !

Elle reste un moment sans comprendre, hésitant tout ensemble à hésiter et à craindre : Salomon n'a t il pas su ouvrir la figurine ? Ou la lui renvoie t il parce qu'elle contient… une réponse ?

Le visage impassible – une reine ne doit elle pas en toute circonstance dissimuler ses émois ?- mais toute parcourue de frissons invisibles, elle caresse un moment le petit lion énigmatique…

Haïzar l'observe…

Non, non, ni les yeux ni la bouche de la reine des rois ne trahiront rien de cette tempête intérieure qui l'agite !

Elle fait signe que la cérémonie est terminée, et se retire.
Elle entre dans sa chambre de prières.
Elle ne retient plus, maintenant qu'elle est seule, le souffle accéléré qui bat sous son sein. Elle n'est plus qu'une femme en proie à l'anxiété folle…
Fiévreusement, son index pousse le déclic secret…
Ce rouleau blanc…

Elle déroula le parchemin d'un doigt brusque et lut ceci :

I
Ô Reine du Sud et du matin, saluts et bénédiction !
Ô Perle des Perles, salut et bénédiction !
Ô beauté vivante qui fait pâlir le jour, salut et bénédiction !
Ô Makéda, cause de tant et de tant de soupirs,
Dieu fait bien ce qu'il fait.

II
Jéhovah, pour créer Makéda,
A emprunté le fluide à l'air, l'azur au ciel, la pourpre à la rose,
Il a repris des rayons au soleil et leur duvet impalpable aux colombes,
Aux fleurs leurs parfums,
Il a rassemblé toutes les joies de la terre,
Toutes les beautés de la mer,
Toutes les profondeurs de l'air,
Et il a créé :
MAKEDA.

III
Salut à toi qu'ainsi je vois dans mes nuits sans sommeil,
Enfiévré du désir de te connaître !
Salut, ô Reine des femmes, ô Sidérale !
Mais Salomon, potentat des génies, dans son effort pour te créer imaginairement,
N'a point atteint la perfection de la réalité qu'il brûle d'admirer.
IV
Le ciel ne serait rien, ô Makéda, sans le soleil et les astres.
La terre ne serait sans le feu.
Ainsi ta beauté s’éclaire à la lumière de ton esprit.
Ton énigme m'a dit le raffinement spirituel de ton âme
Et je l'ai comprise ainsi :

Toi, ô Reine de Saba,
Porteuse de la couronne de perles, irisées comme l'eau traversée des rayons du soleil, couronne unique, symbolique de la grandeur dont tu es détentrice,
Toi, pure, inviolée comme la perle encore enclose en sa coquille, au fonds des flots,
Souveraine des deux terres et de la mer qui les divise et les unit,
Toi, comblée de richesses comme un torrent d'or pur,
Tu pleures, sous le cyprès funéraire de ton isolement,
Ton cœur est oppressé par le chagrin,
Comme sous une pierre implacable,
Mais les étoiles, une nuit, t'ont parlé,
Elles t'ont dit la grandeur du règne de Salomon
Et celle de son esprit, accoutumé aux parchemins même les plus abstraits.
Elles t'ont dit, aussi, sa justice, appréciée dans tout l'univers.
Et donc, tu voudrais connaître Salomon, éprouver sa sagacité,
Et tu souhaites qu'il te mande un message.
Et voilà pour l’énigme, ô Makéda !

V
Mais moi, Salomon, je dis :
Ô Perle, viens !
Salomon t'attends au pied du Temple,
Le cœur ravi,
Implorant Jéhovah.
Dieu fait bien ce qu'il fait.
Il protégera ton voyage,
Il facilitera tes pas.
Il raccourcira ton chemin.
Il poussera tes voiliers.
Viens !

VI
Tu es inscrite dans ma destinée
Et il arrivera ce qui arrivera.

VII
Et voilà pour Makéda
Immaculée, inviolée, pure
Fleur entre les fleurs,
Car ainsi pense, dit écrit et scelle :
SALOMON.

Quand la reine de Saba eut achevée la lecture de ce cantique enivrant, elle le lut une deuxième fois, non plus des yeux seulement, mais psalmodiant les mots sur le mode mineur, selon l'usage hébraïque ; et puis de même une troisième fois, et encore une quatrième.
Et des larmes de gratitude tombèrent de ses yeux : « Oh ! comme tu m'as bien comprise ! Comme tu as bien su lire dans mon âme à travers les images de mon énigme ! Oh ! combien admirable est ta sagesse, et déjà, ta réponse, combien apaisante ! »

C’était parce qu'elle se sentait transportée d'espérance qu'elle se parlait ainsi toute seule dans l'ombre, cette reine à l'ordinaire si parfaitement maîtresse d'elle même et de ses pensées.

Fallait il accepter l'invitation de Salomon ?
Devait elle effectuer ce long voyage ?
L'Eternel le voulait il ?

Alors, la reine de Saba se prosterna jusqu’à toucher le sol du front, et s'abîma dans la prière.

Quand elle se releva, elle était toute souriante, et toute fraîche intérieurement. Ce fut d'une main paisible qu'elle enroula le parchemin pour l'enrouler dans sa cachette de jade.

A ce moment, elle eut une surprise qui la rendit encore plus joyeuse : à l'intérieur du lion de jade, tout au fond, il y avait quatre petites plaques d'ivoire finement travaillées et dont chacune était une image.

Salomon, à son tour, envoyait une énigme à Makéda.

Or, voici ce que représentait le rébus de Salomon :

(NDRockso : La première se nomme L EVOLUTION. De la gauche vers la droite, un œuf d'où part une flèche circulaire qui relie l’œuf à un oisillon, une flèche de l'oisillon à un couple d'oiseaux se bécotant, une flèche du couple d'oiseaux un oiseau adulte et sa progéniture sous un palmier, dans les dunes.

La deuxième, LES LOIS DE LA REINE MAKEDA. De la gauche vers la droite, une dague tranche les têtes d'un couple d'oiseaux, puis celles d'un couple d'oiseaux et de sa progéniture, enfin on voit le désert de la première plaquette, vide.

La troisième, LES LOIS DE JEHOVA. Un homme et une femme, le couple et ses enfants, des hommes travaillant dans le désert, qui est empli de tentes.

La quatrième, SALOMON DIT A MAKEDA. Deux mains brisent une flèche, deux oiseaux sont abrités sous une couronne, et une foule danse et joue des instruments dans le désert.)

Auteur: Fyah Fy
Date: 22 Fév 2007 18:53
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
La reine de Saba me manque !


Woxinoho quand t'auras le temps

Auteur: RockSoGad
Date: 26 Fév 2007 11:23
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Voilà, voilà ça vient



___________



Ce fut dans un des salons de toilettes que Makéda reçut Haïzar au matin du jour suivant.

Quand il vit la reine de Saba dans l'intimité de sa toilette matinale, à savoir couverte seulement d'une tunique de gaze diaprée qui laissait transparaître son corps, le grand trésorier de Salomon se sentit plus troublé encore qu'au moment où elle lui était apparue, la veille, assise sur son trône étincelant.

Makéda huma avec satisfaction l'arôme de ce silencieux hommage à sa beauté.

- Je t'ai convoqué à l'heure de mon lever, Haïzar, parce qu'entre ton maître et moi même se sont établies des relations qui ne concernent pas nos royaumes. J'accepte l'invitation de me rendre à Jérusalem que Salomon voulut bien me mander par tes soins. Toutes choses seront prêtes pour ce long voyage dans vingt jours, que je te prie de passer à Saba, car il me sera agréable que tu m'accompagnes. Mais, dès aujourd'hui, veuille désigner quatre hommes sûrs de ton escorte qui accompagneront à Jérusalem mon courrier d Etat Daour, à qui je veux confier un message privé, en réponse au rébus de Salomon. Je désire que cela soit fait en grande hâte et secrètement.
- Tu seras obéie sur l'heure, ô Reine, dit Haïzar.

Or, voici ce que, d'un calame trempé dans une encre de sable et d'or, avait écrit Makéda sur le message secret :

« Makéda la perle toute pure, reine des rois, lionne de la tribu de Juda .
« A Salomon Lidji David, roi de Judée, maître du Sceau et des Rites, serviteur de l'Arche.
« Salut et bénédiction.
« Que la paix soit avec toi.
« Oui, vraiment, ô Salomon, Jéhovah incarna en toi la sagesse. Tu as su résoudre mon énigme difficile. Et donc, je viendrai à Jérusalem, ainsi que tu m'y invites. Je partirai dans vingt jours.
« Et voilà pour ton invitation.
« J'ai compris tes rébus, ô Salomon :
« La loi de l’évolution veut que l’œuf devienne colombe, que la colombe s'accouple à un pigeon, et qu'ainsi se crée la famille heureuse.
« Mes lois anéantissent la famille et dépeuplent mon royaume.
« Jéhovah donna l'amour aux humains pour peupler la terre.
« Alors, Salomon le sage parle à Makéda la pure et lui dit :
« Arrête !
« Suspends tes guerres à l'amour !
« Protège plutôt l'amour et rend tes peuples heureux par lui.
« Et voilà pour ton énigme, ô Salomon.
« Elle me dit que, malgré ta sagacité profonde, tu n'as pas encore entièrement pénétrée l’âme endeuillée de Makéda.
« Pourtant, je pars en confiance, car je sais que tu résoudras le problème qui m'habite, vaste comme le cercle des horizons dont tu es le Potentat.
« Sache encore ceci :
« Au moment où Makéda mettra le pied sur la terre de Judée, une étoile nouvelle s'allumera dans le ciel.
« Ainsi pense, dit, écrit et scelle.
« MAKEDA »

Vingt jours durant, tous ceux qui devaient escorter la reine, s'apprêtèrent pour le grand voyage. Et quais du port, galeries et couloirs du palais retentirent de bruits de caisses qu'on cloue, de bruissements d’étoffes et de conciliabules.

Le dix neuvième jour, eut lieu dans l'Adderasch la cérémonie de la nomination du régent à qui Makéda confiait la direction des affaires de l Empire pendant la duréee de son absence.

Quand le prince Yacoub, à qui fut dévolu cet honneur, eut prêté serment, la Reine se mit debout sur le trône et parla ainsi :

- O vous tous, écoutez ce que dit votre reine au moment de partir pour Jérusalem la sainte :
« C'est un voyage religieux qu'entreprend la fille du prophète. La Perle, étant entrée en elle même et ayant longtemps prié, s’étant souvenue du passé de la nation et des traditions ancestrales, la Perle, dis je, a considéré qu'il devait plaire à Jéhovah, qu'elle allât s'instruire, avec plus de profondeurs, des arcanes de notre religion.
« C'est pourquoi elle se rend auprès du roi Salomon, grand maître des rites et détenteur de toute science.
« Puisse Jéhovah bénir ce grand voyage que j'entreprends pour la gloire de son nom ! »

Une grande rumeur laudative accueillit ce discours.

Depuis longtemps les rabbins s'affligeaient de voire l'influence des idolâtres gagner du terrain à Saba, notamment celle des astrologues, tous adonnés à des pratiques impies.

Makéda, pendant toute la durée de cette ovation, regarda le vide devant elle. Un sourire imperceptiblement ironique flottait autour de sa lèvre amère. Elle songeait :

« Ô Assadaron, c'est pour toi que je pars. Si Salomon, en sa ruse qu'on dit si puissante, réussissait à me délier de mon serment… Si je pouvais revenir libre, ô Assadaron, ô toi que mon âme ne peut oublier !… »

Enfin, Egiongabar apparut…

C’était le soir. Un grand concours de peuple s’était formé sur le rivage, attiré par la nouvelle de ce voyage extraordinaire. Depuis le matin, tous ces gens se tenaient là debout, attendant qu'apparût à l'horizon le premier navire.

Et maintenant, à la vue de ces bateaux gigantesques, à la vue de tous ces trésors, de tous ces soldats étincelants, de tous ces personnages chamarrés qu'ils dégorgeaient sur leur terre modeste, ils restaient muets et comme intimidés…

Mais quand apparut, debout à la proue de son navire oiseau, cette petite reine toute en or, si jolie, et qui souriait, un murmure d'amour s’éleva vers le doux azur, et des femmes pleurèrent, en tendant leurs enfants vers la ville du Prophète.

Auteur: RockSoGad
Date: 27 Fév 2007 11:30
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Les bruits les plus divers avaient précédés à Jérusalem la reine de Saba.

On vantait la magnificence de sa suite, sa beauté, ses richesses. Mais, dans beaucoup d'esprits encore, la crainte se mêlait à la curiosité ; était ce bien une femme, cette créature mystérieuse qui allait entrer dans la ville sainte ? « C'est la fille de l Esprit du mal », disaient certains… « Elle mange du feu… Elle a les pieds fourchus… les jambes velues… des mains de sept doigts… »

Donc, ce fut dans un silence angoissé que la foule agglomérée aux portes de la ville regarda défiler l'escorte de Makéda.

La garde à cheval venait en tête, amazones et cavaliers vêtus du même uniforme argenté, les premières reconnaissables pourtant aux bracelets nombreux qui teintaient à leurs bras.

Ensuite, tout un régiment d’éléphants tapissés d’étoffes éclatantes ; et, derrière, la longue caravane des chameaux porteurs des caisses contenant les présents.

Puis les fantassins, impassibles comme des automates dans leurs roides uniformes.

C'est alors que parût la reine.

Vingt quatre colosses noirs portaient sa litière, sous un baldaquin en bois de santal incrusté d'or fin et paré de plumages. Elle se tenait étendue à demi sur une couche de coussins de soie et de tapis en peaux de bêtes bigarrées. Mais, au travers des rideaux frangés de perles, on ne distinguait qu'une silhouette bleuâtre et voilée, immobile comme une idole, et dont la petitesse étonnait…

Les porteurs s'arrêtèrent.

C'est que, précédent le cortège des cent et vingt jeunes filles dépêchée par le peuple au devant de l'arrivante, un vieillard, selon l'usage, s'avançait pour offrir à l’étrangère le pain et le vin du bon accueil.

- Mangez et buvez, ô reine du Matin ! dit il. Que Makéda la perle toute pure soit la bienvenue dans Jérusalem.

L'idole, alors, s'anima.

On vit la petite forme voilée s'approcher de l'encadrement de la litière. On vit une main se tendre vers la lumière…

Or elle était chargée de bagues jetant des feux extraordinaires, cette main, mais elle n'avait que cinq doigts comme les mains de toute les femmes ! On la vit relever le voile bleu sombre jusqu’à la bouche. Et cette bouche bu et mangea. Et, ensuite, elle parla et dit des mots très simples :

- C'est avec joie, c'est avec une sainte émotion, que Makéda mange le pain du peuple de Judée et boit de son vin. Elle est heureuse d’être ici reçue comme une sœur. Vous tous qui m'entendez, venez quand vous le désirerez vous asseoir à ma table et vous serez servis. Les malades et les infirmes, je les ferai visiter demain. Et cent mille shekels seront distribués aux pauvres.

Cent mille shekels ! La somme était considérable ! Et de quelle voix si humaine… La fille du diable ? Quels pervers ou quels insensés avaient pu colporter ces bruits absurdes ?

Alors ce fut dans une Jérusalem toute bourdonnante de cris d'enthousiasme et d'amour que Makéda fit son entrée.

Les maisons étaient tapissées d’étoffes et les rues embaumaient. Les hommes agitaient des palmes et les infirmes leurs béquilles, les jeunes filles chantaient des cantiques et les enfants jetaient des fleurs… Ô ville charmante ! Ô l’émouvante accueil ! Oui, ce peuple, comme Makéda l'avait pressenti, ce peuple était bien le frère du sien…

Mais son cœur espérait une joie plus profonde encore.

Auteur: RockSoGad
Date: 26 Mar 2007 16:06
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Salomon l'attendait dans la Salle du trône.

Une grande salle vaste et parée comme un temple , où d'innombrables fleurs répandent des parfums mêlés ; où les candélabres à sept branches, posés sur des socles de pierre, diffusent une lumière d'or, à travers des nuages d'encens.

Vingt colonnes soutiennent un plafond en poutres de cèdre polychromes, si élevé qu'on le distingue à peine. Sur le carrelage du sol, d’épais tapis sont étendus. Et, sur les murs, de grands anges sont peints, dont les ailes déployées sont d'or.

Au sommet d'une estrade de six marches, il y a un grand lion sculpté dans l'ivoire aussi, de sorte que les lions sont au nombre de douze. Deux autres lions forment les accoudoirs du trône, surmonté d'un baldaquin de soie azur, au centre duquel brille l’étoile de Jérusalem à six pointes.

Or, à la droite du trône, est un siège inoccupé…

Salomon porte sur les épaules une grande cape écarlate, et, dessous, un manteau tout en or, tandis que la tunique est bleue. Il se tient immobile. De temps à autre pourtant, sa main quitte l'accoudoir en tête de lion pour lisser sa barbe noire, une main fine et potelée où luisent d’énormes bagues. Le visage est très beau, bien qu'un peu gras. Les longs yeux bridés étincellent d'intelligence. Et, au bas du front, il y a la ride verticale que Salomon tient de David son père.

Derrière le roi, ont pris place les ministres, les sacrificateurs et les rabbins, sur une estrade en arc de cercle adossée à la muraille du fond.

Les officiers de la garde se tiennent debout contre les murs latéraux, avec leurs boucliers d'or pur, aux pointes avancées.

Mais voici que le portail monumental s'ouvre, livrant passage au grand chambellan de la reine de Saba.

Il s'avance de cinq pas, s'incline, et s’étant relevé :

- Ô grand roi Salomon, la reine de Symiène et de Saba, du Sud et du Matin, la Perle toute Pure, reine des rois, lionne de la tribu de Juda, maîtresse du jour et de la nuit, donatrice des eaux fertilisantes, dictatrice des éléments et des flots, Makéda, fille d'Anguebo, te salue.

Ayant dit, le grand chambellan s’écarte. Et chacun peut apercevoir celle qui vient d’être nommée.

Elle est vêtue d'une robe d'un bleu sombre comme celui de la mer, semé de broderies vertes et dorées, une robe qui fait d'elle un de ces oiseaux splendides, encore inconnu en Judée, celui dont elle a donné la forme au bateau qui la transporta sur les flots de lamer de Sang : le paon.

Une longue, sombre et luisante tunique qui moule jusqu'en son moindre détail son corps parfait. Ca et là, dans les yeux du mystérieux plumage, étincellent des émeraudes. Cela se prolonge en une traîne épaisse et d'une longueur étonnante, ourlée de perles énormes, tenue en son milieu par deux naines, pour se relever ensuite en une courbe audacieuse et s'achever entre les mains de deux géantes.

Ainsi vêtue, la femme oiseau s'avance d'un pas lent, la tête immobile sous une perruque pourpre surmontée d'une aigrette vermeil, le regard fixe derrière le voile couleur de flots. A ses jambes, enserrées d'un filet de soie aux mailles en étoile, étincellent des rubis, des saphirs. Et, au milieu du silence religieux qui règne dans la salle, on entend bruire doucement les flots de perles qui ruissellent autour de son corps aux teintes dorées.

Mais l'impatience de connaître enfin son visage oppresse tous les cœurs.

Lentement, Salomon a descendu les six marches de l'estrade.
Il vient au devant de Makéda.
Les voici l'un en face de l'autre.
D'un geste adroit, il soulève le voile.

Il se passe alors une chose surprenante : celui dont la sagesse était renommée justement dans tout l'univers demeura, plusieurs minutes durant, privé de l'usage du verbe et du geste.

La voilà donc, celle dont la légende intriguait tous les peuples ! Ô stupeur ! Maintenant que Salomon la voyait de tout près, elle lui paraissait plus mystérieuse encore ! Petitesse dans la majesté, grâce dans la solennité, merveilleux assemblage dans un corps humain des plus divins contrastes ! Cette bouche de rubis… ces longs yeux insondables comme la mer nocturne… Quel était son âge ? Comment définir la teinte de sa chair ? A quelle fleur, à quelle pierre précieuse, à quelle merveille du monde la comparer sans blasphème ?

Ainsi rêvait l Ecclésiaste en contemplant la reine de Saba.

Et il poursuivit en lui même ainsi :

« Moins encore une quelconque d'entre les femmes qui me séduisirent jusqu’à ce jour mériterait de lui être comparée. Ni de la fille du pharaon, ni de la princesse des Abbirs, pas une seule de mes épouses et concubines, dont je ne sais plus le nombre… Et pourtant, j'avais bien cru réunir autour de moi les plus beaux corps et les plus gracieux visages de la terre… Et voici qu'une fille de Jéhovah vient à moi dans sa beauté virginale et tout à coup c'est comme si mes yeux ne s’étaient jamais posés sur le visage d'une femme !… »

Un chuchotement tira Salomon de sa rêverie :

- Songez à votre compliment, ô roi ! lui souffla l'ordonnateur de cérémonies.

Salomon se ressaisit et dit :

- Que la reine de Symiène et de Saba, du Sud et du Matin, que la lionne de la tribu de Juda, soit la bienvenue dans mon royaume. Jérusalem est sa ville, mes sujets sont ses sujets, Salomon est son ami…

Tout en parlant, il passait autour du cou de Makéda un de ses propres colliers. Mais le geste fut plus long que la phrase, les mains royales s’étant attardées à caresser le cou, et les épaules, et les bras.

Makéda ne se départit point de son immobilité solennelle. Mais, un instant, une rougeur colora ses joues délicates. Et par cette pudeur, Salomon fut conquis un peu plus avant.

Il prit la main de la reine, l'aida à gravir les six marches conduisant au trône, et tous deux s'assirent.

Alors, les esclaves porteurs des présents vinrent se prosterner au pied de l'estrade royale, et l'on vit des merveilles de toutes sortes s’étaler sur les tapis :

- Ô reine des rois, ma gratitude est à tes pieds. Tu m'as apporté plus de choses aromatiques, plus de pierres précieuses et plus d'or qu'on en vit jamais dans mon royaume. Merci à toi, ô généreuse, merci à toi ! Avec tes présents, j'ornerai le temple, où ton nom demeurera gravé pour les siècles des siècles…

La voix de l Ecclésiaste se fit solennelle :

- Car les Philistins, dans les temps à venir, détruiront la maison de Dieu. Mais nos descendants la reconstruiront pierre à pierre. Et ceux qui viendront apès la reconstruiront encore. Telle est la prophétie que l Ecclésiaste fait aujourd'hui pour toi, ô reine des rois !
- Et moi, j'inscrirai tes paroles dans mon cœur, répondit elle. Makéda ne sait point lire dans l'avenir. Mais elle se souvient du passé. Tous les jours elle se répète les paroles de son père, le prophète Anguebo : « Travaille, ô ma fille, à réunir les Hébreux séparés. N'avoir plus qu'une seule pensée, n'avoir plus qu'une seule âme. »

Telle est la maxime et l'idée directrice. Et voilà la raison pour laquelle la fille d'Anguebo traversa la mer de Sang.

Elle offrit ensuite un holocauste de cent et soixante agneaux (ce qui lui valut quelque sympathie dans l'esprit des rabbins passablement prévenus contre cette étrangère…). Puis il fut procédé au partage virtuel du pain et du vin.

Et ainsi s'acheva la cérémonie.

Auteur: RockSoGad
Date: 24 Juin 2008 11:07
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !


Juste un ti up pour que je me remette la pression

J'avai presque tout tapé, quand mon vieux pc a rendu les éléctrodes

Du coup le texte est pris en ôtage

Donc faudrait que je m y remette un jour


Auteur: authentik madikera
Date: 24 Juin 2008 12:57
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
yeah félicitation pour ton courage awa sa téké mwen an téké inki voyé lien a liv' la é di sé moun la adan ki édisyon bay' la sôti

ça me fera de la lecture pour les vacances moi qui avait peur de m'ennuyer à la mort

thank's a lotttttt

Auteur: cellequiestpure
Date: 07 Juil 2008 14:26
Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !
Woxinho a écrit:
 
Hum, hum...

La loi de l'édition ouvre les droits d'auteur des oeuvres littéraires 60 ans après le décès de l'auteur. Ce qui fait que quiconque peut utiliser les oeuvres en question sans rompre les lois du copyright...

Je souhaite vous faire profiter d'une des plus belles histoires de l'Histoire avec un grand H, celle de la Reine de Saba, Makéda. Je vais dons recopier avec mes petits doigts velus, à un rythme qui dépendra de mes disponibilités, l'ouvrage référence en la matière :

Prince JACOUB, ancien conseiller de l'Empire d'Ethiopie.[cellequiestpure: prince JAKOUB ADOL MAR conseiller de l'impératrice Zaouditou d'Ethiopie descendante de Ménélik I fils de Makéda (reine de SABA) et du roi Salomon]



[align=center][b]M A K E D A


Reine vierge

Roman de la Reine de Saba.



Version française de Gabriel d'AUBAREDE.


(c) 1940 by société d’éditions et de publications.



Entre deux épisodes, vos réactions quelles qu'elles soient sont les bienvenues. Vous verrez qu'il y en a pour tous les goûts : histoire, aventure, zamour à l'eau de rose...

Allez, an nou vréyé sa...







INTRODUCTION



La Reine de Saba ! C'est toute la poésie d'un Orient disparu, que ces simples mots évoquent, avec son opulence, sa volupté, son mystère insondable. Mais qui était au juste cette reine énigmatique ? Naquit elle vraiment en Arabie comme on le croit communément, ou en Ethiopie, comme l'assurent les Abyssins ? Quels furent son caractère, sa politique, ses mœurs ? Le mobile authentique et privé de son voyage au roi Salomon ? Et celui ci fut il vraiment le grand amour de sa vie ? Autant de secrets que le prince Jacoub et M. Gabriel d'Aubarède ont entrepris de révéler au public européen, en écrivant en collaboration Makéda Reine vierge ?

Fils d'une princesse Abyssine, le Prince Jacoub possédait naguère une haute situation à la Cour impériale d'Addis Abeba. Mais c'est aussi un érudit pour qui les mystères du monde oriental antique n'ont pas de secrets. Longtemps attaché comme conseiller à la personne de l'Impératrice Zaouditou, il reçut de celle ci d'expurger des innombrables légendes, cantiques, traditions orales sur la Reine de Saba, qui circulent depuis des siècles en Afrique, pour en tirer une biographie de cette énigmatique souveraine qui s'approche le plus possible de la vérité historique. Quelques années plus tard, le prince remit entre les mains de l'Impératrice un mémoire de plus de deux mille pages, en langue amharique, et copié à la main en dix exemplaires.

Plus tard, émigré en Europe, il songea à faire profiter le public français du fruit de ses travaux. Ce fut l'origine de ses relations avec M. Gabriel d'Aubarède, tout de suite ébloui par la prestigieuse documentation de l'Abyssin.

Le choix du Prince Jacoub n'aurait pu être mieux inspiré, M.d'Aubarède se distingue des romanciers souvent un peu froids de l’équipe littéraire qui atteint aujourd'hui la quarantaine par son extrême sensibilité. Aussi devait il se signaler très vite comme un de ceux qui s'annoncèrent le plus avant dans l'analyse du cœur féminin. Né à Marseille qu'il devait quitter à dix huit ans pour aller faire la guerre – l'autre guerre ! – il débutait dans les lettres en 1925 par un récit poignant, l'ingrat, qui fut très remarqué à la Nouvelle Revue Française. Peu après, la Revue de Paris publiait Agnès, curieuse étude d'une jeune fille lyonnaise. Puis vinrent l'injustice est en moi, le plus humble amour, Amour sans paroles. Enfin il abordait le récit historique avec sa Prisonnière de Madrid, passionnant portrait d'une jeune reine d'Espagne. Dernier succès littéraire avant la grande tourmente ! C'est aux Armées, en effet, qu'artilleur pour la deuxième fois, Gabriel d'Aubarède devait mettre au point Makéda. 
 

Accueil » Forum » Littérature - Art - Culture: [FEUILLETON] - MAKEDA !


Rhum Antillais Fonts Paroles Rastas Spartoo Fongecif Eramet Meizu Iles MusicMe

Copyright © 2001-2018 Volcreole.com