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Genre: Femme Inscrit le: 08 Avr 2005 Sujets: 42 Messages: 715 Localisation: Pays de la Teranga
Posté le: 16 Jan 2006 20:29 Sujet du message: question de société : la prison
Je voulais lancer un sujet sur la prison, les conditions de détention, la récidive depuis quelques temps, la campagne '"trop c est trop" m en donne l'occasion.
Citation:
Djamel Touhami a passé dix-sept ans en prison, dont quinze dans les prisons lyonnaises, qui comptent parmi les plus vétustes de France. "Une journée en prison c'est un enfer, se souvient-il. Quatre détenus dans une cellule de 9 mètres carrés. Des paillasses pour lit. Des toilettes sans porte. Des heures d'ennui, entre promenade et cellule. Dans cette promiscuité, la violence est inévitable. En prison, on n'est plus soi-même. On ne peut pas se concentrer. Trop de bruit. Moi, je suis sorti, mais j'ai pas mal de copains qui se sont suicidés."
L'ancien détenu, désormais fraiseur à Vaulx-en-Velin, participait, samedi 14 janvier, à l'hôtel de ville de Lyon, au lancement d'une campagne nationale intitulée Trop c'est trop, destinée à lutter contre la surpopulation carcérale et à imposer le respect du numerus clausus, le nombre de détenus maximum que peut accueillir une prison. L'initiateur de cette campagne, Bernard Bolze, l'un des fondateurs de l'Observatoire international des prisons (OIP), souhaite que, au lendemain des élections présidentielle et législatives de 2007, un principe simple soit adopté, sans dérogation : une place, une personne. "Cette obligation est déjà inscrite dans le code de procédure pénale, il suffit d'appliquer la loi", a-t-il plaidé. Une circulaire ministérielle règlemente même le rapport entre la superficie de la cellule et le nombre de détenus : moins de 11 m2, une place, de 11 m2 à 14 m2, deux places, etc.
"CHANGEMENT DE CULTURE"
L'application du numerus clausus vise à empêcher toute incarcération lorsque le potentiel des places est occupé. Mais qu'advient-il alors des condamnés ? "Il faut utiliser toutes les solutions prévues par la loi, comme le recours à l'aménagement des peines, aux travaux d'intérêt général, au régime de semi-liberté", explique M. Bolze.
Dans une étude de décembre 2005, le chercheur au CNRS Pierre Tournier montre que si les condamnés à moins d'un an de prison purgeant leur peine en maison d'arrêt bénéficiaient d'un aménagement de peine en milieu ouvert, "la question de la surpopulation serait en partie réglée".
Pour Serge Portelli, magistrat, le respect du numerus clausus doit s'accompagner d'un "changement de culture de la justice" : "Il faut que les magistrats, demain, soient formés, qu'ils sachent ce qu'est le respect de la dignité de l'homme, ce qu'est une prison."
Sous les lustres de l'hôtel de ville de Lyon, des élus du PS, du PC, des Verts, de l'UDF et de l'UMP se sont succédés pour dénoncer le "scandale indigne" des prisons françaises. "Ayons le courage d'admettre que la voie pour résoudre le problème de la sécurité ne peut pas résider dans l'expansion à l'infini des incarcérations", a demandé Gérard Collomb, le maire PS de Lyon. "Entrer en prison, c'est se préparer à y revenir. La privation de liberté ne doit pas signifier la privation de dignité", a assuré Dominique Strauss-Kahn, député PS. "Si les Français connaissaient les conditions de détention, ils ne l'accepteraient pas. Tout nouveau placement en prison devrait entraîner une sortie", a poursuivi Christine Boutin, députée UMP.
Le maire UDF de Barsac (Gironde), Philippe Meynard, a connu la prison à travers son frère aîné. Avec émotion, il a raconté comment ce lieu "d'indignité" avait détruit son frère, mort à sa sortie de prison : "Le rôle de la prison, ce devrait être d'en sortir meilleur. En France, c'est le contraire. La prison, c'est la mort sociale. 9 m2, c'est rien, c'est un endroit où l'on parque des chiens au fond d'une cour. Dans 9 m2, rentrent des hommes et des femmes qui ont commis une faute. En ressortent des animaux qui n'ont plus aucune notion de ce qu'est l'humanité et la notion de l'autre."
Condamnée en 2003 à un an de prison, puis placée dans une cellule avec trois autres femmes lourdement sanctionnées, pour infanticide ou prostitution d'enfant, une ancienne détenue de Montluc, la prison pour femmes de Lyon, où la surpopulation atteint parfois 400 %, a également témoigné : "Je garderai ces souvenirs à vie. C'est normal d'être punie quand on a fait une faute, mais doit-on, quand on a commis un petit délit, fréquenter des grandes criminelles ?"
La campagne Trop c'est trop devrait se déplacer de ville en ville, dans toute la France, pour tenter de sensibiliser l'opinion publique.
la repression a tout va n'est pas la solution mais surtout la situation actuelle crée plus de violences (en prison et à la sortie).
pour réduire le taux de récidive il faut se donner les moyens et reconnaitre que comme tout autre etre humain les détenus ont également des droits.
c'est un sujet qui me tient particulierement a coeur, comme correspondante de detenus et membre de l'oip j'en parle autour de moi pour témoigner de ce qui se passe.
y'a des gens qui ne comprennent pas cette demarche, estimant qu'un detenu condamne doit payer pour son delit ou crime. Je suis entierement d'accord mais il y a d une part le cas de la preventive car certaines personnes passent par la case prison puis sont innocentees et d'autre part les condamnes ressortent de prison destructures et souvent inaptes a la vie en societe ce qui n'est pas le but de la detention.
le sujet est lancé !
Genre: Homme Inscrit le: 30 Mai 2005 Sujets: 18 Messages: 320 Localisation: 95 - Val d'Oise
Posté le: 16 Jan 2006 22:04 Sujet du message: question de société : la prison
sujet dans l'ère du temps puisque l'accent est mis sur la fermeté face aux actes delictueux et autre crimes .
le sort des coupables ,car je fais une différences entre les coupables avérés et les prisonnier en attentes de jugement .je suis favorable à une amélioration des conditions de detentions des détenus en attentes de jugement ,donc enore présumé innoncent .mais je porte une réserve sur l(augmentation du budget pour améliorer les conditions des coupables .
l'accent je pense doit être porté sur les peines alternatives ,car la priorité doit resté à la prise en charge des victimes (affaires contre les biens comme les victimes physiques) .
Faire payer tous les auteurs de délit contre les biens ,qu ils soient solvable ou pas ,mineur ou pas ...
Genre: Femme Inscrit le: 08 Avr 2005 Sujets: 42 Messages: 715 Localisation: Pays de la Teranga
Posté le: 17 Jan 2006 17:43 Sujet du message: question de société : la prison
il est biensur imperatif que la victime soit reconnue (on aborde alors aussi le theme de la justice).
aujourd'hui parmi les points a aborder on sait que le taux de récidive chez les détenus condamnés est très elevé ce qui amene a questionner la vision que notre societe a sur la prison et la punition d'actes reprehensibles et le cout supporte par le contribuable.
le coeur du probleme n'est pas financier, l'augmentation du budget pour l'amelioration des conditions de detention serait bien mais ce qu'il faut avant tout c'est changer les mentalites pour enfin s'avouer que comme dans d'autres domaines on ne se pose pas les bonnes questions. actuellement les detenus ressortent plus violents et frustres envers la societe ce qui n'est pas bon.
Genre: Femme Inscrit le: 08 Avr 2005 Sujets: 42 Messages: 715 Localisation: Pays de la Teranga
Posté le: 26 Jan 2006 21:22 Sujet du message: question de société : la prison
comment faire un bide en un post....je crois que je suis bien placée pour le sujet le moins lu du mois
bref, si il y a des personnes que le sujet interesse je conseille la rubrique spécial prison du Nouvel Observateur http://permanent.nouvelobs.com/special/20051102.UNE0027.html
Genre: Femme Inscrit le: 07 Jan 2006 Sujets: 6 Messages: 168 Localisation: 95 - Val d'Oise
Posté le: 26 Jan 2006 21:43 Sujet du message: question de société : la prison
Parisien du Mercredi 25 Janvier 2006:
Dix détenus de la centrale de Clairvaux(Aube), tous condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, en apellent"au rétablissement effectif de la peine de mort" pour eux même. La centrale de Clairvaux, qui acceuillent environ 170 détenus qui purgent de longues peines, est l'une des prisons au régime carcéral le plus sévère en France.
Et ton post n'est pas un bide ne t'inquiète pas!!! _________________ C'est une chose extraordinaire que toute la philosophie consiste dans ces trois mots:
JE M'EN FOUS
Montesquieu
Posté le: 26 Jan 2006 22:01 Sujet du message: question de société : la prison
Ne te démoralise pas ton sujet est super interessant.
Si les prisons sont si surpeuplées et engendrent les problèmes que tu cites c'est du fait de la politique ultra-libérale que la France a choisi ses 25 dernières années. Plus de gens sont laissés sur le carreau et cela se traduit par une hausse fulgurante de la délinquance, des crimes et délits. Tant que cette donnée ne sera pas prise en compte on transportera de l'eau dans des paniers. Sinon il ne restera plus qu'à faire comme aux USA; faire des prisons gigantesques qui seront des cités à l'intérieur des cités. _________________ "Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité.
St Exupéry"
Genre: Homme Inscrit le: 29 Nov 2003 Sujets: 189 Messages: 6243 Localisation: Massy-Palaiseau
Posté le: 28 Jan 2006 11:18 Sujet du message: question de société : la prison
+ Riv avec les arguments d'agent471.
La détention provisoire doit être limitée dans le temps....Pareil pour ceux qui ont été condannés à de longues peines, qui attendent leur transfert de la maison d'arrêt, où les règles de détention sont plus dures, en centrale.
De toute manière, c'est une question de volonté politique....Faudrait augmenter les budgets des tribunaux afin qu'ils jugent plus rapidement dans un premier temps...
Faudrait également favoriser les peines alternatives pour une catégorie de prévenus: les mineurs et les "récupérables" pour des petits délits : TIG, réparation pénale, bracelet électronique...
Pour les "irécupérables", je ne vois pas d'autres solutions que l'augmentation du nombre de places.
De toute façon, avec l'actualité d'Outreau, je ne pense pas que les conditions des détenus soient une priorité en 2006..On se dirige davantage vers une réforme du système: Juges d'instruction etcccc _________________ http://www.myspace.com/riverain972
Genre: Homme Inscrit le: 11 Jan 2005 Sujets: 13 Messages: 463 Localisation: 75 - Paris
Posté le: 01 Fév 2006 17:32 Sujet du message: question de société : la prison
A voir absolument, le documentaire 'Quiet Rage: The Stanford Prison Experiment' (lien)
Ce documentaire décrit l'expérience réalisée en 1971 par un professeur de psychologie de l'université de Stanford. Elle consistait à étudier la réaction de personnes normales immergées dans l'univers carcéral. 24 volontaires, qu'un tirage au sort divisait en guardes et prisonniers.
Pour résumer : en 24 heures les faux guardes et les faux prisonniers s'étaient transformés en vrais guardes et vrais prisonniers. Au bout de 36 heures un premier prisonnier devait être libéré car il était en train de craquer psychologiquement. L'experience, initialement prévue pour durer 15 jours, a du être interrompue au bout de 6 jours car elle était devenue incontrolable. Prisonniers et guardes étaient en train de devenir fous. Les prisonniers craquaient, les guardes devenaient sadiques.
Citation:
Quiet rage devrait être regardé par quiconque est ignorant des effets psychologiques destructeurs de l'emprisonnement, à la fois sur les prisonniers et les guardes. Cependant, la vérité éclatait en 1996, que ces effets psychologiques dévastateurs etaient à la fois connus et ignorés des autorités politiques et judiciaires. Le 'Prison Litigation Reform Act (PLRA)' mis en oeuvre en 1996 contient une provision qui empêche spécifiquement les prisonniers d'attaquer en justice les autorités pénitentiaires pour 'dégâts psychologiques' s'ils ne peuvent également prouver des blessures physiques.
(désolé pour la traduction bancale mais je suis en train de faire 3 choses à la fois)
La vraie question, c'est pourquoi on maintient ce système tel qu'il est alors qu'on sait depuis longtemps qu'il rend fou les humains concernés. Guardes et prisonniers. Une réponse plausible mais très dérangeante est que ces usines à psychopathes sont très utiles pour nos politiciens.
Le documentaire 'Quiet Rage' (en anglais, désolé) est trouvable sur le réseau p2p eMule. Vous pouvez m'envoyer un MP si vous ne savez pas comment ça marche, je vous expliquerai.
Genre: Femme Inscrit le: 08 Avr 2005 Sujets: 42 Messages: 715 Localisation: Pays de la Teranga
Posté le: 02 Oct 2006 21:51 Sujet du message: question de société : la prison
je ressors ce sujet pour deux raisons
1/ les Etats généraux de la condition pénitentiaire
Citation:
NOUVELOBS.COM | 30.09.06 | 09:58
La consultation sur une réforme des prisons auprès des acteurs du monde carcéral, dont les détenus, s'est achevée. Résultats le 20 octobre.
L ancés par une dizaine d'associations, dont l'OIP, la Ligue des droits de l'Homme, Emmaüs et des syndicats d'avocats et de magistrats, l'opération "Etats généraux de la condition pénitentiaire" touche à son terme. La période de consultation s'achève samedi 30 septembre et ses résultats seront présentés le 20 octobre.
Parrainée par l'ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, cette consultation doit servir de base de réflexion à des "Etats généraux de la condition pénitentiaire", prévus le 14 novembre.
Le but de cette journée: remettre des "cahiers de doléance" aux candidats à l'élection présidentielle. Ceux-ci sont invités à y répondre lors des des journées parlementaires sur la prison organisées par Christine Boutin (UMP) et André Vallini (PS), le 11 décembre prochain.
Une première en France
Le fait de sonder des détenus est une première en France et probablement dans le monde. Selon les services du Médiateur de la République, 15.599 détenus ont répondu au questionnaire, sur une population carcérale de quelque 60.000 personnes.
Les formulaires leur avaient été remis en mains propres par les délégués régionaux du Médiateur de la République, à l'impartialité reconnue, avec enveloppe timbrée de retour.
Les gardiens, juges, avocats, familles, travailleurs sociaux ont également été sondés par un questionnaire disponible en ligne.
En raison d'un taux de réponses trop faible de certains, notamment les surveillants de prison, le sondage avait cependant dû être prolongé de deux mois, du 31 juillet au 30 septembre
Nouvel Obs
2/ le reportage du 1er octobre sur M6 enquête exclusive sur les prisons américaines et en particulier les longues peines et la peine capitale...franchement ça faisait froid dans le dos, une jeune fille de 16 ans condamnée à 96 ans de prison (mélée à un double assassinat) ou alors les condamnés à mort innocents (dans l'Illinois il y a eu sur une période 13 exécutions et 12 graces...) _________________ "Mais de la même façon que des dizaines de partis politiques ne suffisent pas à faire une démocratie, des milliers d'associations et d'ONG ne suffisent pas à faire une société civile" Aminata Traoré
Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 146 Messages: 13539 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 03 Oct 2006 00:26 Sujet du message: question de société : la prison
J'ai egalement vu ce reportage sur m6 ... terrifiant!
Dans certains cas il s'avérait que la justice possédait et cachais les preuves de l'innocence des condamnés à mort...
Par contre quand, en bas de cette page je lis cette publicité:
Citation:
La Justice en question ?
N. Sarkozy vous propose de débattre et de voter pour le projet 2007
www.u-m-p.org
Je suis dégouté de ce pays aussi! Voyez ce qu'ils ont fait de notre democratie _________________ "Sachant que tu n'es pas noir, qui es-tu ?"
il y a des crimes odieux et je ne le nie pas seulement je pense que dans l'état actuel du système judiciaire d'une part l'incarcération contribue à rendre plus agressifs et plus violents certaines personnes. Ainsi, les détenus en sortant peuvent être beaucoup plus en colère contre la société qu'il ne l'était avant (sans parler d'avoir fréquenté parfois des codétenus beaucoup plus professionnels du crime que lui même).
D'autre part, il y a des gens incarcérés qui n'ont rien à faire en prison il s'agit des personnes présentant des troubles mentaux et de celles qui ont commis une infraction sur le plan administratif (ie les Sans papiers).
"Notre" prison telle qu'elle est aujourd'hui crée des délinquants et des criminels tout autant qu'elle en accueille.
Voici ce que c'est, en partie, que la prison
Citation:
La culture en prison
SITUATION ET VIE EN DETENTION
En abordant cette partie, il nous faut faire un petit détour par le Code de Procédure Pénale qui stipule qu’en maison d’arrêt l’enfermement de nuit est cellulaire (c’est-à-dire que le détenu doit être seul en cellule).
Mais dans sa grande hypocrisie le législateur a ajouté une phrase : « quand les locaux le permettent ».
A cause de cette simple phrase, anodine, nous voyons des cellules individuelles occupées par trois voire quatre personnes dans un espace de huit mètres carrés.
Un téléviseur qui fonctionne du matin au soir et dans certains cas 24/24.
Une fois de plus, il ne s’agit pas de dire : supprimons les prisons ! Ce ne serait qu’utopie mais il s’agit, chacun à notre place, en tant que citoyen d’un pays qui se veut le chantre des droits de l’hommes, de militer pour des conditions décentes de détention et vous remarquerez que je ne fais aucun distinguo entre les détenus condamnés et ceux qui subissent une détention provisoire en attendant un procès.
Tournons-nous, maintenant vers les individus.
Nous rencontrons, derrière ces murs, un concentré de la misère humaine.
Misère sociale, certes, mais surtout misère intellectuelle avec une proportion importante de personnes illettrées et une proportion plus faible d’analphabètes.
Ceci est important à savoir pour le reste du sujet qui nous réunit aujourd’hui.
En effet, lorsque je traiterai la partie de ce qui pourrait être fait au niveau de la culture, vous vous apercevrez que volontairement je ne citerai que des actions simples qui ont plus pour but d’éveiller un certain goût culturel que de faire de la « grande culture ».
CE QUI EXISTE
Hélas, cette partie sera la plus critique de mon modeste exposé tant l’indigence est grande à ce sujet.
Pour nous borner aux prisons de Lyon , Saint-Joseph et Saint-Paul (je n’ai pas assez d’éléments pour parler de Montluc), il existe quelques actions mais qui sont réalisées sans ambition.
Pour la première de ces actions, qui est à mon sens la plus importante, la bibliothèque je vais citer une fois, encore, le Code de Procédure Pénale qui dit que l’accès à la bibliothèque doit être libre.
Or tant à Saint-Joseph qu’à Saint-Paul, ceci n’est pas suivi d’effet et les détenus ne peuvent accéder à la bibliothèque. Pourquoi ? Toujours la même phrase restrictive : « quand la dispositions des locaux le permet ».
Ici, nous sommes face à deux autres problèmes la sécurité et le manque de personnel.
Tout ce qui est culturel et éducatif est concentré, à Saint-Joseph, au bâtiment F.
La surveillance et l’organisation sont dévolues à un seul surveillant, que moins encore que les autres je critiquerai tant cet homme est humain et dévoué.
Toutefois, il est compréhensible qu’étant seul dans le bâtiment, il ne puisse recevoir qu’un nombre très limité de détenus à la fois.
Le problème est que la curiosité d’éventuels lecteurs n’est pas stimulée par la prise en main d’un livre.
Les démarches pour avoir un ouvrage sont longues et découragent souvent les détenus.
Il arrive, aussi, soyons francs que le détenu classé à la bibliothèque ne soit pas très volontaire.
L’autre aspect essentiel est le fonctionnement du service scolaire. Nous sommes là face aux relations entre le ministère de la Justice et le ministère de l’Education Nationale.
Les prisons de Lyon possèdent un service scolaire, comme toutes les prisons de France. La différence réside dans la surpopulation chronique.
Comme pour les surveillants, le personnel, est nommé par rapport à un effectif théorique qui est le tiers de l’effectif réel.
Il est donc impossible aux enseignants de remplir correctement leur rôle et ils ont dû se limiter, uniquement, à l’apprentissage de l’écriture et de la lecture.
Dès qu’un détenu sait lire et écrire, il ne trouve pas de place au sein des activités scolaires.
Restent alors, Auxilia ou le CNED. Mais comment pouvoir travailler par correspondance, sur des cours dans les conditions de détention que je vous ai décrites plus haut ? Cela tient du miracle…. Et croyez bien que ce n’est pas Lourdes, les miracles sont peu nombreux.
Depuis, quelques années nous voyons dans les prisons un nouvel intervenant : l’agent de justice. Rattaché au Service Pénitentiaire d’ Insertion et de Probation, il est généralement chargé de la supervision des activités éducatives.
Issu, des Contrats Jeunes instaurés par le gouvernement Jospin, certains de ces emplois ont été reconduits.
Le problème est que ces jeunes ne sont pas formés et ne sont que de passage à un endroit où au contraire il faudrait du personnel qualifié et certes plus des éducateurs spécialisés que de jeunes étudiants un peu perdus face aux détenus.
Il y avait à l’époque certaines activités : revue de presse, atelier d’écriture, atelier de poésie toutes dirigées par des agents de justice avec plus ou moins de bonheur.
Une association qui tient la route, le Génépi.
Ici, ces jeunes étudiants très dévoués donnent des cours particuliers. Il faut leur rendre hommage car semaine après semaine, ils sont là auprès des détenus, consacrant leurs loisirs à une action altruiste.
Sans vouloir flatter l’aumônerie, je pense que ce qui se fait de mieux au niveau culturel ce sont les rencontres qui ont lieu par quinzaine le samedi après-midi.
Des détenus de divers horizons, de diverses nationalités et de différentes religions échangent leur point de vue sur un sujet donné.
Lisant des hebdomadaires, écoutant la radio et regardant la télévision, nous voyons que la prison est un terrain favorable à la montée des intégrismes de toutes sortes. Le terrain est favorable auprès de personnes qui ne possèdent pas les qualités intellectuelles nécessaires à l’analyse. Les recruteurs le savent.
Comme toujours, ce sont les plus pauvres, les plus en précarité (ici morale) qui sont les victimes de ce fonctionnement.
La prison est un temps où la société, si elle veut s’en donner les moyens, peut rattraper les erreurs qu’elle commet auprès de notre jeunesse en matière éducative.
Ce qui me conduit naturellement à la troisième partie de cet exposé.
CE QUI POURRAIT ETRE FAIT
Je vous disais que dans cette partie, volontairement, je resterai modeste dans mes propositions.
La première action à mener qui s’apparente à un combat nécessaire dans la société (même à l’extérieur) est celle de la connaissance de l’autre et de son acceptation.
L’enseignement ne remplit pas sa mission dans ce domaine et dans certains milieux les parents ne sont plus ce facteur de modération que nous avons connu dans le passé.
Ceci tient à plusieurs facteurs que nous avons connus dans le passé.
Ceci tient plus à plusieurs facteurs que nous ne pouvons analyser, ici.
Cet esprit de tolérance permettrait d’éviter bien des problèmes que nous rencontrons dans le monde actuel.
Ce sera ma première proposition : un programme, qui devrait être national et qui permettrait de connaître les autres composantes de la société et puisque la prison est un lieu de promiscuité obligé, il faudrait transformer ce facteur négatif en positif.
Ceci rendrait, ce temps de privation de liberté un peu plus constructif.
D’autre part, chaque détenu doit pouvoir avoir accès à une activité.
Pour que ceci soit réalisable il faut que les pouvoirs publics cessent de se désengager et conduisent une politique carcérale volontariste.
Je lisais dernièrement dans la presse un entretien croisé de l’actuel Ministre de la Justice et de Madame Lebranchu qui l’a précédé à ce poste.
J’ai été choqué de voir que chacun ne parlait que de programmes immobiliers pour avoir plus de place en détention.
Les alternatives à la détention n’étaient abordées qu’en trois phrases et rien sur les programmes de réinsertion (dont la culture fait partie).
J’avais l’impression de voir les détenus comparés à des meubles qu’il faut mettre à l’abri, ou pire des animaux pour qui il faut construire des cages pour pouvoir tous les accueillir.
Dans ces conditions, comment espérer que les choses puissent s’améliorer.
Comment croire qu’il y a une politique réaliste.
Comment se persuader qu’un jour, enfin, les personnels de surveillance, les éducateurs, les enseignants seront nommés sur un effectif réel et plus théorique.
Chaque projet est subordonné à l’exigence de sécurité mais ne sera réalisable que si le personnel est assez nombreux et est conscient de sa place dans le processus de réinsertion.
CONCLUSION
En conclusion de ce que nous venons de voir, nous ne pourrons envisager de grandes actions que lorsque enfin, dans notre démocratie, les pouvoirs publics décideront de considérer les détenus, malgré l’enfermement temporaire, comme des êtres humains à part entière qui un jour sortiront et devront retrouver une place dans la société.
Je crois que nous avons, tous, chacun suivant nos moyens, à mener ce combat qui lui n’a rien d’utopique.
présentation de Edmond R. ancien détenu, mars 2006, Lyon
_________________ "Mais de la même façon que des dizaines de partis politiques ne suffisent pas à faire une démocratie, des milliers d'associations et d'ONG ne suffisent pas à faire une société civile" Aminata Traoré
Genre: Femme Inscrit le: 24 Oct 2006 Sujets: 1 Messages: 5 Localisation: Sous les pavés...la plage
Posté le: 24 Oct 2006 18:09 Sujet du message: question de société : la prison
Bonjour Chadeque,
C'est un peu grace a toi que j'ai decouvert ce forum aujourd'hui sur le web, en etant a la recherche d'informations a communiquer sur le sujet prison et Dom Tom, pour mon forum....comme quoi vois tu , tout le monde ne s'en fout pas de tes ecrits....n'etant pas encore familiarisée avec ce site, j'ai posté une réponse dans actualités .... elle aurait plutot du figurer ici, plus en rapport avec ton sujet.
Merci en tout cas de t'interesser au statut au combien peu enviable, des detenus d'ici ou d'ailleurs. Nous partageons les mêmes opinions: La prison ne devrait pas etre la pour casser, de la casse il y en a eu suffisement mais pour aider a reconstruir la vie d'un homme de par la reflexion et des moyens d'apprentissage afin qu'il puisse tourner le dos definitivement aux conneries......il faut savoir ce que l'on veut.
Genre: Femme Inscrit le: 08 Avr 2005 Sujets: 42 Messages: 715 Localisation: Pays de la Teranga
Posté le: 26 Oct 2006 13:25 Sujet du message: question de société : la prison
merci Hope de ton message J'ai bon espoir que l'opinion publique se mobilise davantage dans les prochaines semaines et que le débat s'invite dans les médias et dans les maisons. Avec la fin de la première partie des Etats Généraux de la condition pénitentiaire, plusieurs rendez-vous importants sont prévus pour la suite.
14 novembre 2006 cloture des Etats généraux avec la publication des cahiers de doléances et interpellation des candidats à l'élection présidentielle.
du 20 au 28 novembre 2006 les journées nationales prison sur le thème "la prison - s'en sortir"
11 décembre 2006 rencontres parlementaires prison sur le thème de la santé en prison et des engagements des candidats à l'élection présidentielle sur la question des prisons.
Canal + s'est associé à ces Etats généraux et diffusera à partir du 1er novembre 10 courts métrages intitulés "prison hors la loi". Chaque film abordera l'un des dysfonctionnements de l'institution carcérale en associant le témoignage d'une personne qui en a été victime et un rappel à la loi effectué par une personnalité. Le 14 novembre au soir, Canal + diffusera un documentaire de 90 minutes construit autour des thématiques du questionnaire des Etats généraux de la condition pénitentiaire avec des témoignages d'anciens détenus, de surveillants, de proches de détenus, d'interviews de magistrats, avocats ect. Ce documentaire est intitulé "prisons, la honte de la République. Source OIP
@Hope, tu cherches des infos sur la prison et les DOM TOM voici un article intéressant mais peut-être l'as tu déjà lu
Citation:
Démobilisation des centres pénitenciers de Saint-Denis et du Port
Publié dans l'édition du mercredi 2 août 2006 (page 6)
Huguette Bello, députée PCR, s’est rendue hier dans les centres pénitentiaires du Port et de Saint-Denis, constatant que les détenus ne sont pas vraiment informés de l’enquête sur le monde carcéral. Initié le 7 mars 2006, cette enquête est la base des états généraux de la condition pénitentiaire, et se déroule jusqu’au 30 septembre 2006
CETTE enquête, véritable consultation nationale sur le système carcéral, concerne 60.000 détenus, 23.000 surveillants, 7.700 magistrats, 45.000 avocats et 25.000 intervenants (médecins, assistantes sociales, etc.). À La Réunion, un peu moins de 1.000 prisonniers devraient être consultés par questionnaire. Cette initiative, nous la devons à l’Observatoire International des Prisons (OIP). Et c’est la section française de l’OIP qui a interpellée la députée réunionnaise, sur le fait que les prisons du Port et de Saint-Denis ne s’étaient pas manifestées sur cette initiative, alors qu’elles sont particulièrement concernées. C’est la raison pour laquelle Huguette Bello s’est rendue aux deux centres pénitentiaires. "Il n’y avait pas de retour de Saint-Denis et du Port. Je suis donc allée voir sur place, comme me le permet ma fonction de députée. En effet, depuis 1999, les députés peuvent aller voir dans les prisons, ce qui n’est pas donné à tout le monde", explique-t-elle, notant que son intervention restait dans le cadre d’une sollicitation de l’OIP-France pour voir comment se déroulait l’enquête. Elle déplore que les détenus ne soient pas vraiment au courant de l’affaire. Au Port, les questionnaires d’enquête sont présentés devant le kiosque du surveillant sans véritable pédagogie sur cette consultation nationale. À Juliette Dodu, les 190 détenus n’ont eu aucun questionnaire. Et pour cause : le directeur prétend que cela n’entre pas dans ses fonctions. Huguette Bello regrette surtout que les délégués du médiateur de la république ne réagissent pas, et paressent alors que le sujet est d’une importance capitale. "J’en rendrais compte à l’OIP", poursuit la parlementaire. Seule la maison d’arrêt de Saint-Pierre a bien voulu se prêter à l’action.
Dans ses conditions ...
"En sauvant l’avenir de ceux qu’elle punit, la société se protège elle-même", cite Huguette Bello. Se pose en effet la question de la réinsertion des prisonniers. Quand on sait que 59% des prisonniers réunionnais récidivent, on peut bien interroger la fonction de la prison en France. Et encore faut-il prendre en considération les conditions de détention. Les geôles de Juliette Dodu sont la honte de la République des Droits de l’Homme. La Prison de Saint-Pierre est dans un état tout aussi calamiteux. Le site pénitencier du Port est tout simplement surchargé. Dans ses conditions, comment envisager la réhabilitation sociale des détenus ? La Prison est-elle, comme on l’entend, l’école de la délinquance ? Robert Badinter, abolitionniste de la peine de mort, ancien garde des sceaux, dirige les états généraux de la condition pénitentiaire, en vue d’une réforme du système carcéral français. Les directeurs des centres pénitenciers réunionnais ne peuvent se désengager de cette consultation. Les prisonniers ont le droit, et même le devoir, de participer à cette enquête, et les questionnaires anonymes doivent être rendus avant la fin juillet. Les délégués des médiateurs de la république devraient par ailleurs s’enquérir de l’avancement de cette enquête. Ainsi, lit-on sur le site Internet de l’OIP, "à partir du mardi 6 juin et durant une quinzaine de jours, des délégués du Médiateur se rendront dans chaque prison et remettront à chaque détenu (la plupart du temps, en main propre à l’heure du repas en cellule) une enveloppe contenant le questionnaire ainsi qu’une enveloppe de retour pré-affranchie". Ce qui n’est malheureusement pas effectué en son complet dans notre pays. Un peu d’implication que diable !
source Témoignage
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