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Genre: Homme Inscrit le: 14 Mai 2005 Sujets: 58 Messages: 5591 Localisation: Nèg' Gwada an ildèfwans...
Posté le: 30 Jan 2006 14:14 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
Le Monde a écrit:
Jacques Chirac fixe au 10 mai le jour-souvenir de l'esclavage
Dans un discours adressé au Comité pour la mémoire de l'esclavage, qu'il devait recevoir à l'Elysée lundi 30 janvier en fin de matinée, Jacques Chirac annonce qu'il a décidé de retenir le 10 mai comme journée commémorative de l'abolition de l'esclavage.
Cette date correspond au jour de l'adoption définitive par le Parlement, en 2001, de la loi Taubira reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité. Des décrets pris en application de cette loi ont déjà fixé, pour l'outre-mer, des dates de commémoration qui restent en vigueur : le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 22 mai en Martinique, le 20 décembre à la Réunion et le 27 avril à Mayotte.
Le choix d'une date commémorative pour la métropole a donné lieu à de vifs débats, attisés par le retard pris pour mettre en œuvre cette mesure. Alors que le Comité pour la mémoire de l'esclavage, que préside l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, a préconisé le 10 mai dans un rapport rendu en avril 2005, il a fallu attendre dix mois pour que ce choix soit confirmé. Le changement de premier ministre, en juin, puis les émeutes urbaines de novembre ont différé toute annonce officielle à ce sujet.
Lors d'une conférence de presse organisée le 26 janvier à l'Assemblée nationale, plusieurs députés (PS et UMP) d'outre-mer avaient encore plaidé en faveur du 23 mai, date d'une manifestation, en 1998, de quelque 40 000 Français originaires des DOM. Le Comité Condé lui avait préféré le 10 mai, afin de"sortir cette commémoration de son confinement ultramarin".
M.Chirac a décidé, aussi, de confier à l'écrivain martiniquais Edouard Glissant la présidence d'une "mission de préfiguration d'un centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions". Ce centre viendra s'ajouter à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration – projet piloté par l'ancien ministre Jacques Toubon –, qui doit ouvrir ses portes en avril 2007 au Palais de la Porte-Dorée, à Paris.
Dans son discours, M. Chirac souligne que l'esclavage, cette "abomination perpétrée, pendant plusieurs siècles, par les Européens", est "une tragédie dont tous les continents ont été meurtris". Il évoque "ses résurgences dans le contexte de la compétition économique mondiale". "L'esclavage a nourri le racisme", ce "crime du cœur et de l'esprit", ajoute-t-il.
Cinq jours après avoir annoncé la prochaine suppression de l'alinéa de la loi du 23 février 2005 sur "rôle positif" de la colonisation, M.Chirac assure que, "dans la République, nous pouvons tout nous dire sur notre histoire". "La grandeur d'un pays, c'est d'assumer toute son histoire. Avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d'ombre", affirme-t-il, précisant que les questions de mémoire mettent en jeu "l'unité et la cohésion nationale, l'amour de son pays et la confiance dans ce que l'on est".
Genre: Femme Inscrit le: 30 Jan 2006 Sujets: 1 Messages: 34 Localisation: 988 - Nouvelle Calédonie
Posté le: 30 Jan 2006 14:45 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
A la limite, ce résultat ne m'étonne guère. C'est un peu le genre de réponses que j'entends autour de moi... tchiiipppp
Ci-dessous le commentaire d'un internaute suite à un article sur l'annonce de Jacques Chirac :
le 30/01/2006 à 12h09
Le chef de l'Etat ferait mieux de consacrer le peu d'energie qui lui reste à dynamiser la recherche, et à la lutte contre l'insécurité au lieu de telles inepties et inutilités.
Dynanisme, Paris "
Source : http://news.tf1.fr/news/france/0,,3281461,00.html
Aux gens qui ont répondu la réponse 2, j'aimerais demandé à quel moment la France a fait repentance pour cette période de l'histoire ? J'ai dû rater cet épisode.
Genre: Homme Inscrit le: 14 Nov 2005 Sujets: 2 Messages: 39 Localisation: 45 - Loiret
Posté le: 30 Jan 2006 16:15 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
Papa Chirac nous considère comme des gosses à qui on offre des cadeaux pour rester sages...
Nos soi-disantes élites que le gouvernement Raffarin a désigné pour le CPME (Comité Pour la Mémoire de L'esclavage) viennent de manifester leur plus grand mépris face à ces humbles personnes, qui par appel de leur chair et de leur coeur, ont décidé par leurs propres moyens de faire émerger le cri de douleur de leurs ancêtres. Sans leur mobilisation face aux grands slogans gouvernementaux "Tous nés en 1848" lors du cent-cinquantenaire de l'abolition, les questions de mémoire pour nos communautés n'auraient jamais été abordées... "Consultation la plus large possible"... Mais bien sûr ! Une douzaine de personnes décide pour des milliers, sans avoir même songé à sonder les personnes les plus concernées en France, c'est à dire nous, Guadeloupéens, Guyanais, Martiniquais et Réunionais... Une telle chose ne se prend pas à la légère. Quel dégoût..!
Et les médias français continuent avec leur rhétorique de "commémoration de l'abolition de l'esclavage"... Les petits ignorants (autant blancs, roses, noirs que marrons) qui constituent la majorité de la population résidant en France (oui oui), ne pourront donc jamais saisir l'ampleur de ce qu'a été l'esclavage colonial, crime contre l'humanité... Et ils continueront à penser que l'oeuvre colonisatrice de la France a été un bienfait pour l'humanité !!!! Dès lors, comment leur faire comprendre que ces nègres et bicots doivent être respectés et qu'ils font partie intégrante de la France ? Sans commentaires...
Laissez-moi vous expliquer le sens profond du choix qui a porté sur le 10 mai.
Dîtes-moi pour qui cette date a le plus de sens ???
Doit-on se prosterner devant la sainte bonté de la France qui a enfin décidé de prendre notre histoire en considération, plus de 153 après que l'esclavage a été aboli dans les colonies ?
Doit-on remercier la France parce qu'elle a reconnu sans se mettre en cause un crime auquel elle a pris pleinement part, et dont elle jouit encore de ses profits ?
Dîtes-moi pour qui cette date du 10 mai a le plus de sens ?
Où est la mémoire de mes ancêtres la-dedans ?? Qu'ont-ils fait un certain 10 mai pendant qu'ils étaient sous les chaines? A peu de choses près, jusqu'en 1848, les 10 mai devaient ressembler aux 364-5 autres jours... Des jours infinissables en enfer...
Comme on dit, "l'infamie perce et laisse des trous".
Malgré la mobilisation du mouvement associatif antillo-guyanais-réunionais autour du 23 mai, soutenu par des maires de "métropole" et une écrasante majorité de parlementaires "d'Outre-Mer", Papa Chirac n'a rien entendu. Il a oublié son sonotone une fois de plus. Mais même si son ouïe lui faisait défaut, il aurait pu voir ..! Notamment ces 10 000 personnes qui, un lundi soir, le 23 mai 2005, sur la parvis des Droits de L'Homme - un lieu si symbolique -, ont décidé de porter au plus haut la mémoire de ceux qui ont enduré le martyr, le calvaire... (Beaucoup ont souffert plus que Jésus lui-même...)
Le 23 mai, qui depuis 1998, a toujours été dédié à la vraie Mémoire. Pas à une mémoire officielle à la fausse saveur expiatoire... Non. LA MEMOIRE DES VICTIMES. La Mémoire étouffée comme la voix stridente de ces êtres châtiés pour ne pas avoir été assez productifs... Des êtres... Des meubles... Des hommes et des femmes dont on a détruit tous les repères originels qui faisaient d'eux et d'elles des hommes et des femmes justement... Des êtres qui sont tout de même parvenus à transmettre le Souffle de Vie, et qui font de moi un homme fier. Un homme qui regarde devant lui et qui, même s'il n'a pas conscience du vécu réel de ses ancêtres, saura qu'il pourra s'en inspirer face à l'adversité de ce quotidien qui, comparé au leur, est très tendre.
Papa Chirac a raté une occasion de "dé-mar-ke-tin-gui-ser" les principes de la sacro-sainte République Française et de ne plus donner l'impression que les Français (qui sont de tradition Cartésienne d'après moi... ou d'après eux) sont des escrocs coupables de publicité mensongère... Plus que jamais aujourd'hui, grâce à Chirac & consorts, moi, fruit de la colonisation, du pillage, de la barbarie et de l'exploitation, je ne me sens pas avoir ma place dans cette Nation. _________________ L'ignorance, la plus meurtrière des armes de destruction massive
Genre: Homme Inscrit le: 18 Avr 2005 Sujets: 28 Messages: 700 Localisation: 75 - Paris
Posté le: 30 Jan 2006 16:21 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
Une bonne chose de faite. Désolé pour ceux qui militaient pour le 23 mai, je pense que leur déception est à la hauteur de leur mobilisation et des moyens qu'ils ont engagés..
Genre: Homme Inscrit le: 14 Nov 2005 Sujets: 2 Messages: 39 Localisation: 45 - Loiret
Posté le: 30 Jan 2006 16:40 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
zephyrin a écrit:
Le principal est fait, nous avons notre jour pour commemorer.
"Notre jour" ?! D'où est-ce que tu tiens ça ?
Tu ne réponds pas au principal argument qui est celui du sens que l'on donne à une telle date. Visiblement pour toi c'est chacun son combat, et tu sembles tout autant déconnecté que le reste de ces Français pour qui la reconnaissance de la mémoire de l'esclavage n'est qu'une simple formalité... Ton article ne tient ni compte des réalités du terrain, ni des enjeux à long terme. Alors qu'on doit être sur la même longueur d'onde sur le fait qu'il est temps que les infamies cessent... (cf. Loi du 23 février 2005 qui s'inscrit dans cette même logique, celle d'éluder les questions des responsabilités...) _________________ L'ignorance, la plus meurtrière des armes de destruction massive
Aux gens qui ont répondu la réponse 2, j'aimerais demandé à quel moment la France a fait repentance pour cette période de l'histoire ? J'ai dû rater cet épisode.
avec de telles propositions ie c'est nécessaire ou excessif ca donne deja une idee des reponses.... est-ce qu'on aurait eu l'idee de demander si la creation du CFCM etait necessaire ou excessive ou bien si la reconnaissance de la Shoah etait necessaire ou excessive....je prends volontairement des exemples forts pour dire que dans un cas comme dans les autres ce sont des evenements INDISPENSABLES pour la reconnaissance de chacun avec son histoire et sa culture.
ce sondage - les reponses- (et je trouve ca tchip de la part du Monde) est representatif de ce que doivent penser pas mal de gens c'est a dire qu'ils estiment que la reconnaissance de l'esclavage est inutile...
d'abord -comme on l'a déjà dit- le libellé du questionnaire est orienté, manichéen et donc réducteur... ensuite... qui vote ? il serait intéressant de distinguer parmi les votants ceux qui sont directement concernés par ces questions... on verrait s'ils sont très nombreux... ne nous leurrons pas... en france, il y a beaucoup de suivisme... il n'y a qu'à voir le libellé de la réponse 2... c'est le discours des tenants de la pensée unique... qui tentent de restaurer leur blason en faussant le débat et en le portant sur le terrain de la repentance... ce qui a de plus malhonnête dans tout cela c'est qu'ils sont les seuls à l'avoir invoqué...
sinon, moi j'étais pour le 23 mai... la date avait un sens depuis la marche et depuis les manifestations "lanmèkanfènèg" qui ont suivi chaque fois à cette date depuis 1998... mais je crois que ce débat est derrière nous désormais... _________________
Genre: Homme Inscrit le: 07 Juin 2002 Sujets: 32 Messages: 5409 Localisation: IDF
Posté le: 30 Jan 2006 18:01 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
nécessaire, afin que la mémoire de cette période sombre de notre histoire ne se perde pas. 40.7 %
… ou excessive, la France finit par accorder trop d'importance à la repentance . 52.8 %
Sans opinion. 6.6 %
Nombre de votants : 20554
---------------------------------
ca monte un peu _________________ Un clavier azerty en vaut 2.
Salut mon chéri c'est Tata Suzanne : j'tai fait une tarte.
Monsieur le Premier ministre,
Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage, chère Maryse Condé,
Monsieur le professeur, cher Maître, cher Edouard Glissant,
Mesdames et Messieurs les membres du Comité,
Mesdames et Messieurs,
je voudrais d'abord saluer aussi les élèves du Lycée Lenoir de Châteaubriant,
du Lycée du Mirail à Bordeaux et du collège Raymond Poincaré à La Courneuve,
ainsi que leurs enseignants, qui ont ensemble travaillé beaucoup et intelligemment
sur le sujet de l'esclavage. Je suis particulièrement heureux de les accueillir ici,
aujourd'hui.
Dans l'histoire de l'humanité, l'esclavage est une blessure.
Une tragédie dont tous les continents ont été meurtris.
Une abomination perpétrée, pendant plusieurs siècles, par les Européens à travers un inqualifiable commerce entre l'Afrique, les Amériques et les îles de l'Océan indien.
Un trafic dont il faut se représenter la réalité : des villageois vivant dans la peur, enlevés en masse, privés de leur identité, arrachés aux leurs et à leur culture. Tant d'hommes et de femmes captifs, entassés dans des bateaux où plus d'un sur dix mourait. Tant d'hommes et de femmes vendus comme du bétail et exploités dans des conditions inhumaines !
Chère Maryse Condé, vous le racontez avec beaucoup de force et beaucoup d'émotion dans votre admirable livre, Ségou.
La plupart des puissances européennes se sont livrées à la Traite. Pendant plusieurs siècles, elles ont assimilé des êtres humains à des marchandises. En France, le Code noir, promulgué en 1685, définissait l'esclave comme un "bien meuble".
L'esclavage a nourri le racisme. C'est lorsqu'il s'est agi de justifier l'injustifiable que l'on a échafaudé des théories racistes. C'est-à-dire l'affirmation révoltante qu'il existerait des "races" par nature inférieures aux autres.
Le racisme, d'où qu'il vienne, est un crime du cœur et de l'esprit. Il abaisse, il salit, il détruit. Le racisme, c'est l'une des raisons pour lesquelles la mémoire de l'esclavage est une plaie encore vive pour nombre de nos concitoyens.
Dans la République, nous pouvons tout nous dire sur notre histoire. C'est d'autant plus vrai que la République s'est construite avec le mouvement abolitionniste.
Les premiers à combattre l'esclavage furent les esclaves eux-mêmes. Les révoltes étaient fréquentes, elles étaient sévèrement réprimées. Plus tard, il y eut le commandant Delgrès, soldat de l'armée républicaine, qui proclama le 10 mai 1802 qu'il voulait "vivre libre ou mourir"; il y a eu Toussaint-Louverture, qui créa les conditions de l'indépendance de Saint-Domingue, devenu Haïti ; il y a eu la mulâtresse Solitude, Cimendef et Dimitile, figures emblématiques des "marrons", comme on appelait alors les esclaves fugitifs. Ces noms, ces destins, hors du commun, souvent tragiques, trop peu de Français les connaissent. Pourtant, ils font bien partie de l'histoire de France.
Très tôt, une prise de conscience avait germé. Quelques-uns, parmi les Européens, s'étaient dressés contre l'esclavage. En France, ceux qui, avant même la République, avaient l'esprit républicain, firent de l'émancipation leur combat.
Ce fut l'honneur de la Première République, en 1794, d'abolir l'esclavage dans les colonies françaises. Rétabli par le Consulat en 1802, il fut définitivement aboli, par la Deuxième République, le 27 avril 1848, à l'initiative de Victor Schœlcher.
Il faut le dire, avec fierté : depuis l'origine, la République est incompatible avec l'esclavage. C'est dans cette tradition historique que s'est inscrite la représentation nationale, lorsqu'en 2001, elle a fait de la France le premier pays au monde à inscrire, dans la loi, la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité.
L'abolition de 1848 est un moment décisif de notre histoire : l'un de ceux qui ont forgé l'idée que nous nous faisons de notre pays, en tant que terre des droits de l'Homme.
Mais, au-delà de l'abolition, c'est aujourd'hui l'ensemble de la mémoire de l'esclavage, longtemps refoulée, qui doit entrer dans notre histoire : une mémoire qui doit être véritablement partagée.
Ce travail, nous devons l'accomplir pour honorer la mémoire de toutes les victimes de ce trafic honteux. Pour aussi leur rendre la dignité. Nous devons l'accomplir pour reconnaître pleinement l'apport des esclaves et de leurs descendants à notre pays, un apport considérable. Car de l'histoire effroyable de l'esclavage, de ce long cortège de souffrances et de destins brisés, est née aussi une grande culture. Et une littérature qui constitue sans doute l'une des meilleures parts de la littérature française d'aujourd'hui : vous en êtes, chère Maryse Condé, cher Edouard Glissant, parmi les plus éminents représentants. Et je pense aussi, bien sûr, à Aimé Césaire et à tant d'autres.
Mesdames et Messieurs,
La grandeur d'un pays, c'est d'assumer, d'assumer toute son histoire. Avec ses pages glorieuses, mais aussi avec sa part d'ombre. Notre histoire est celle d'une grande nation. Regardons-la avec fierté. Regardons-la telle qu'elle a été. C'est ainsi qu'un peuple se rassemble, qu'il devient plus uni, plus fort. C'est ce qui est en jeu à travers les questions de la mémoire : l'unité et la cohésion nationale, l'amour de son pays et la confiance dans ce que l'on est.
C'est pourquoi je souhaite que, dès cette année, la France métropolitaine honore le souvenir des esclaves et commémore l'abolition de l'esclavage. Ce sera, comme le propose votre rapport, au terme d'un travail très approfondi, auquel je tiens à rendre hommage, le 10 mai, date anniversaire de l'adoption à l'unanimité par le Sénat, en deuxième et dernière lecture, de la loi reconnaissant la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité.
Aucune date bien sûr ne saurait concilier tous les points de vue. Mais ce qui compte, c'est avant tout, c'est que cette journée existe. Elle ne se substituera pas aux dates qui existent déjà dans chaque département d'outre-mer. Dès le 10 mai de cette année, des commémorations seront organisées dans les lieux de mémoire de la traite et de l'esclavage en métropole, outre-mer et, je le souhaite, sur le continent africain. Votre Comité devra y veiller.
Au-delà de cette commémoration, l'esclavage doit trouver sa juste place dans les programmes de l'Education nationale à l'école primaire, du collège, du lycée. En outre, les œuvres, objets et archives relatifs à la traite et à l'esclavage qui constituent un patrimoine d'une exceptionnelle richesse : qui devront être à ce titre être préservés, valorisés et présentés au public dans nos musées.
Nous devons également développer la connaissance scientifique de cette tragédie. Même si cela ne diminue en rien la responsabilité des pays européens, la mise en place de la traite, comme l'a bien montré votre rapport, demandait une organisation, mais aussi des relais actifs dans les territoires dont étaient issus les esclaves ou dans les pays voisins. Il y eut un esclavage avant la traite. Il y en eut un après. Enrichir notre savoir, c'est le moyen d'établir la vérité et de sortir de polémiques inutiles. Un centre de recherche sera donc créé à cet effet.
Et bien sûr, la mémoire de l'esclavage doit s'incarner dans un lieu ouvert à tous les chercheurs et au public. J'ai décidé de confier à Monsieur Edouard Glissant, l'un de nos plus grands écrivains contemporains, homme de la mémoire et de l'universel, la présidence d'une mission de préfiguration d'un Centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions. Je le remercie d'avoir bien voulu accepter. Le Comité pour la mémoire de l'esclavage, chère Maryse Condé, sera naturellement étroitement associé à cette mission.
Enfin, le combat contre l'asservissement est un combat d'aujourd'hui. C'est un combat de la France et de la francophonie. Le travail forcé existe, sous une forme ou sous une autre, sur presque tous les continents aujourd'hui : selon les Nations Unies, plus de 20 millions de personnes en sont victimes. Comment tolérer qu'en ce début du XXIe siècle, il y ait, dans le monde, des familles "enchaînées", génération après génération, dans la servitude pour dettes ? Que tant d'enfants travaillent, et souvent dans des conditions épouvantables ? Que tant de jeunes filles soient vendues par leur famille, pour devenir des domestiques sans salaire ou être livrées à la prostitution ?
Il y a eu des progrès. Mais la tâche reste immense : la France est et doit être au premier rang dans ce combat, combat pour les droits de l'Homme. Afin de lutter contre les survivances de l'esclavage, mais aussi contre ses résurgences dans le contexte de la compétition économique mondiale, il faut approfondir la coopération entre les pays du Nord et le pays du Sud. La croissance doit être, un accélérateur du progrès social et non pas un frein. Il faut aussi rapprocher les organisations internationales concernées, en particulier l'Organisation internationale du travail et l'Organisation mondiale du commerce. Le droit du commerce international ne saurait ignorer les principes fondamentaux des droits de l'Homme.
Il nous faut enfin veiller à ce que les entreprises occidentales, lorsqu'elles investissent dans les pays pauvres ou émergents, respectent les principes fondamentaux du droit du travail tels qu'ils sont inscrits dans le droit international. C'est pourquoi je compte proposer une initiative européenne et internationale. Les entreprises qui, sciemment, auraient recouru au travail forcé, doivent pouvoir être poursuivies et condamnées par les tribunaux nationaux, même pour des faits commis à l'étranger.
Mesdames et Messieurs,
L'esclavage et la traite sont pour l'humanité une tache indélébile. La République peut être fière des combats qu'elle a gagnés contre cette ignominie. En commémorant cette histoire, la France montre la voie. C'est son honneur, sa grandeur et sa force.
Genre: Homme Inscrit le: 18 Avr 2005 Sujets: 28 Messages: 700 Localisation: 75 - Paris
Posté le: 31 Jan 2006 06:32 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
majoumB a écrit:
zephyrin a écrit:
Le principal est fait, nous avons notre jour pour commemorer.
"Notre jour" ?! D'où est-ce que tu tiens ça ?
Tu ne réponds pas au principal argument qui est celui du sens que l'on donne à une telle date. Visiblement pour toi c'est chacun son combat, et tu sembles tout autant déconnecté que le reste de ces Français pour qui la reconnaissance de la mémoire de l'esclavage n'est qu'une simple formalité... Ton article ne tient ni compte des réalités du terrain, ni des enjeux à long terme. Alors qu'on doit être sur la même longueur d'onde sur le fait qu'il est temps que les infamies cessent... (cf. Loi du 23 février 2005 qui s'inscrit dans cette même logique, celle d'éluder les questions des responsabilités...)
Le sens c'est à nous d'en donner à cette date.
Pour le reste fiche que tu en sais des choses sur moi ! Tjippppppppp, puis comme tu es connecté à la réalité, je t'invite à y rester, de mon côté je m'occupe à le faire avancer.
Genre: Homme Inscrit le: 14 Nov 2005 Sujets: 2 Messages: 39 Localisation: 45 - Loiret
Posté le: 31 Jan 2006 17:14 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
zephyrin a écrit:
Tjippppppppp, puis comme tu es connecté à la réalité, je t'invite à y rester, de mon côté je m'occupe à le faire avancer.
Nou ka kriyé sa konpèlapinism... (quoique je dirais plutôt du jésusestrevenuisme...) Au revoir et bonne continuation surtout _________________ L'ignorance, la plus meurtrière des armes de destruction massive
Posté le: 31 Jan 2006 20:30 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
Précision que je tiens à faire, parce que je lis parfois ici ou là une confusion : la date choisie (le 10 mai en l'occurence) porte sur la mémoire (et donc la commémoration) de l'esclavage et de la traite, et non pas de "l'abolition de l'esclavage" (comme l'indique le titre de ce sujet).
La différence est importante à mon avis : il s'agit, en France métropolitaine, non pas de fêter l'abolition (qui a son sens le plus "plein" dans les territoires qui ont connu cet événement à différentes dates en 1848), mais de commémorer (pas de fête, donc pas de jour férié) l'esclavage et la traite comme système de destruction de l'être humain.
De tout de façon, je sens venir à plein nez les bourdes de présentateurs télé qui vont annoncer dans les prochains 10 mai : demain ce sera la fête de l'esclavage et la traite...
Préparons nous à ces terribles bévues...
J'ai eu l'occasion depuis hier d'aborder le sujet de cette date de commémoration avec des connaissances métropolitaines (bref, des personnes qui n'ont pas de liens directs avec les DROM-COM ). Je suis frappé par le malentendu (enfin, je crois) qui existe dans leurs esprits : certains traduisent "commémoration" par "repentance" et n'admettent pas l'idée de se repentir (ils ne se sentent pas concernés, dans leur imaginaire de filiation, par une quelconque participation à la traite et l'esclavage), alors qu'il s'agit bien de commémoration (CO-mémoration : mémoriser ensemble... partager une mémoire), et ils mélangent le 10 mai comme une sorte d'écho à 1981, et la victoire de Mitterand .
Je dois dire que cela me désole assez de voir cette attitude de fermeture assez automatique pour tout ce qui semble être une proposition d'évolution de notre identité commune. Je me sens français jusqu'au bout des ongles, je considère que c'est ma première identité avant toute les autres (appartenance à une ville, une région, un groupe social ou sexuel, une soi-disante race), et je ne me sens pas menacé par la perspective de commémorer l'esclavage et la traite, de commémorer le souvenir d'êtres humains morts à cause de ce système, et à cause surtout (le mot système est très poli...) d'autres êtres humains et de leur soif de profit.
Je suis content que l'Etat ait enfin choisi une commémoration, en métropole, de cette partie de l'histoire du pays, de la nation : au fil du temps, sur Volcréole et ailleurs, je me rends compte que l'une des clés majeure du changement des mentalités n'est pas seulement que les Drom-Comiens ( ) militent et construisent une meilleure prise en compte de leur histoire "particulière" et de l'identité qui en découle, mais aussi (et surtout - au vu de ma position) que les autres citoyens de ce pays intégrent ces éléments.
Ce n'est que le début d'un long chemin, qui a trop tardé à être emprunté... plus de 150 ans de retard..., en tout cas, plus de 60 ans à l'échelle d'une République qui a choisi de départementaliser des colonies. La mémoire ne doit pas pour autant dévier des réalités de notre génération du début du XXIème siècle : la discrimination, et les ruses du racisme.
Par ailleurs, avec mon côté très "qui aime les symboles", j'ai eu une petite réflexion qui me permet de nourrir l'éventuelle polémique sur le choix du site du "centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions"...
Actuellement, le projet est fixé au Palais de la Porte Dorée, ancien Musée des colonies et de la France extérieure créé en 1931 pour la célèbre Exposition Coloniale. Déja, une Cité nationale de l'histoire de l'immigration va être lancée, et c'est dans ce cadre que le Centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions" devrait voir le jour...
Je suis "un peu" désolé par le choix du site pour être le centre de commémoration. On imagine que le président de la république et compagnie iront chaque 10 mai inaugurer une exposition, et autres manifestations "mémorielles". Mais le reste du temps ? Qui ira là bas, à la porte Dorée (allez sur le site du palais de la porte dorée... à part l'aquarium...). ???
Non, il faut fonder un lieu de mémoire neuf et particulier : le choix de commémorer nécessite un acte fondateur d'ancrage dans la "cité" (au sens plein, celui de la citoyenneté et de son environnement le plus fort, la ville).
Je propose donc que ce centre soit créé sur un autre lieu de Paris (en temps que capitale, elle appelle à recevoir ce centre évidemment).
Je propose l'île Seguin, sur la Seine (ok, c'est pas dans la commune de Paris, mais à Boulogne Billancourt).
Je propose ce lieu pour plusieurs raisons "symboliques" :
- l'île seguin est une île, elle renvoie donc aux îles à sucres des XVII et XVIIIème siècle
- cette île peut être symboliquement jumelée à Gorée, petite île au large d'une capitale africaine, Dakar
- j'ai regardé sur un atlas, et j'ai découvers, dans mon délire urbanistique inspiré par "l'axe majeur" de la capitale (les champs élysées, vers la Défense, et vers Bastille...), que si l'on trace une droite virtuelle (un axe symbolise un centre linéaire, donc un élément fondateur) entre l'île Seguin et la Place de la Concorde (le nom de la Place signifie la concorde entre les citoyens, bref, le projet politique de la Cité, place qui a au demeurant un monument de la haute antiquité africaine ), on obtient un axe qui se prolonge au sud-est jusqu'à Nantes, l'un des ports qui a profité de la Traite (l'axe incorpore alors cet aspect). Mais ce n'est pas tout, si l'on prolonge (à peu près... mon atlas n'est pas un navigateur GPS...), on aborde les Antilles (archipel absolument marqué par ce système). Il ne faut pas oublier bien sûr les Mascareignes... Mais l'axe ne donne q'une direction...
- l'ile Seguin, c'est le site des usines Renault, temple des ouvriers immigrés des colonies
- un projet de musée (fondation Pinault) a échoué récemment pour prendre la place de ces usines rasées.
Cela nécessiterait un monument important : un monument aux victimes de l'esclavage et de la traite paraît nécessaire. Les hommes aiment se rassembler devant une construction qui les dépassent. Le palais de la Porte Dorée est trop "intellectuel", trop "centre documentaire pour étudiants attardés". La commémoration nécessite que monsieur tout le monde se sente interpellé par un lieu fort.
Bon j'arrête là mon délire urbanistique... Mais les français, je crois, aiment les symboles qui se répondent, trop éduqués à comptempler les champs élysées, l'axe solaire de Versaille, etc. Un axe a l'avantage de lier plusieurs lieux investis chacun d'un symbole. L'axe crée donc une phrase, un message. Et lier des lieux différents, c'est lier des hommes différents. Ce qui est le principe même de la Cité.
Galak, désaxé _________________ quelques grammes de finesse dans un monde de brutes ?
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Posté le: 01 Fév 2006 05:19 Sujet du message: Polémique sur la commémoration de l'Abolition de l'esclavage
non je pense pas que c'est un délire galak, au contraire, moi qui m'intéresse de près à l'urbanisme, cette idée ne m'était jamais venu à l'esprit
mais comme on dit en anglais "it makes sense" !
effectivement d'une île à l'autre, cet endroit semble tout designé
et puis plus excitant que les choses ronflantes dont on parle jusqu'à maintenant pour compenser l'échec de la fondation pinault : genre un jardin contemporain ou bien une cité de l'art et du savoir...
de toutes les manières l'ile est asssez grande pour plusieurs projets !