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Nos ancêtres les Arawaks


 
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 Nos ancêtres les Arawaks
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 #1 Posté le: 14 Nov 2006 14:23    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

le 10 et le 12 Sep 2005
6klôn a écrit:
Dans la série "Nos ancêtres..." (...) très bientôt: * Nos ancêtres les Arawaks http://www.volcreole.com/forum/sujet-21350.html et http://www.volcreole.com/forum/sujet-21402.html
et le 06 Oct 2005
Snaïka' a écrit:
Dans la série "Nos ancêtres..." (...) très bientôt: * Nos ancêtres les Arawaks http://www.volcreole.com/forum/sujet-21888.html
Un an après...c'est quand au juste, pour vous, très bientôt?


Allez...courage et bonne chance...et pour vous lancer je vous fais même l'intro :

Citation:
La légende de l'extermination des arawaks par les caraïbes
Les enjeux économiques de la colonisation expliquent en grande partie que se soit forgée une histoire largement légendaire où des populations "caraïbes", terme qui pourrait venir de l'espagnol et ayant donné lieu à notre mot cannibale, sauvages mangeurs d'hommes, auraient exterminé d'hypothétiques populations arawaks pacifiques enlevant et réduisant en esclavage leurs femmes. De nombreux travaux récents tendent à démontrer que ce schéma a souvent été évoqué dans l'histoire pour justifier l'extermination d'une population par une autre. Il s'agit en quelque sorte d'une auto justification : Certes les européens ont exterminés les "caraïbes", mais ce n'est qu'un juste retour des choses, ces populations étant censées avoir fait de même avec leurs prédécesseurs !
Ce schéma se retrouve toujours plus ou moins développé par les chroniqueurs et perdure jusque dans de très sérieux ouvrages récents et est encore enseigné dans les écoles. Il n'est pas lieux ici d'entrer dans les détails de la discussion de ces problèmes. Il faut simplement remarquer que la polysémie des termes arawaks et caraïbes, recouvrant aussi bien des populations amazoniennes, des familles linguistiques et les protagonistes du "pseudo" drame des chroniqueurs, fait que les archéologues évitent de les employer pour se cantonner aux caractérisations purement archéologiques des différentes cultures mises en évidence dans les Antilles.
source originale : http://archeonavale.org/martinique/pages/martiniq.html
retranscrite par la suite sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Peuple_Caraïbe#Caraïbes_et_Arawaks
Mais sur une idée originale de Tony Mardaye du CollectifDom que vous pouvez contacter à cette adresse omer62@rocketmail.com pour de plus amples informations :
Citation:
En toute franchise, face à toutes ces interprétations, nous devons reconnaître que nous n’avons pas affaire à des évidences apodictiques. Une analyse socio-politique nous conduirait à formuler que la thèse prônant l’extermination des Arawaks par les Caraïbes infère une justification morale pour les colonisateurs concernant leur attitude envers les Caraïbes, qu’ils ont massacrés allègrement par dizaines de milliers et l’atténuation de leur responsabilité face à l’histoire ou une auto-justification pour leurs contemporains : nous n’avons rien fait, qu’ils n’aient eux-mêmes fait auparavant. Ce qui induit que cette thèse peut être perçue - à raison - comme une légitimation de la colonisation : cette terre n’est pas la leur puisse qu’ils l’ont volé aux gentils Arawak (Ygneris, Inibi, Igniri, Igneri ou Iniri) après les avoir tous tués. Evidemment, c’est cette version, celle des chroniqueurs, que les colonisateurs ont exploitée le plus sûrement, afin d’assurer leurs desseins politiques et les enjeux économiques de la colonisation. Mais devons-nous la réfuter pour autant, même si elle a servi de caution morale aux esclavagistes et aux tenants coloniaux ? Les Caraïbes ont-ils réellement massacrés les populations qui les devançaient dans les îles des Petites Antilles ? Les Caraïbes appartiennent-ils à une même et seule ethnie ? A toutes ces questions, les réponses apportées par les historiens, les archéologues, les linguistes ne sont pas concluantes, dans la mesure, qu’elles s’opposent, se contredisent, et surtout les historiens qui affichent leurs désaccords.
Tony Mardaye
http://www.pyepimanla.com/mise_septembre/histoire_des_caraibes_aux_ameriques.html


EDIT

Dans la série "Nos ancêtres...", consultez aussi:

* Nos ancêtres les Garifunas

* Nos ancêtres les Yorubas
* Nos ancêtres les Mandingues
* Nos ancêtres les Kongos
* Nos ancêtres les Karibs
* Nos ancêtres les Wayanas

et très bientôt:

* Nos ancêtres les Macuas


Note de la modération: Merci à SXMSBH d'avoir repris cette série ô combien enrichissante pour ceux qui cherchent des informations sur les populations autochtones des DOM-TOM. Nous espérons qu'un autre membre aura l'idée de reprendre le flambeau en présentant d'autres peuples disparus (ou en voie d'extinction) des DOM-TOM, ou celles qui y ont été amenées.
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 #2 Posté le: 15 Nov 2006 15:46    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

Woxinho a écrit:
Sinon, le "J'ai lu" sur "Les civilisations pré-colombiennes" est sympa.

"J'ai lu" propose de la science-fiction, du fantastique, du policier, des romans sentimentaux, de l’ésotérisme, du bien-être et des mangas...pas de l'histoire...vous devez probablement confondre avec le "Que sais-je?" dont la dernière et 12ème edition date de 2001
http://www.puf.com/Book.aspx?book_id=006743

et quitte à intervenir ici sur ce topic, et pour que ces interventions soient enfin constructives : pourriez-vous nous en faire un bref exposé? pour ce qui se rapporte aux Arawaks bien entendu!
et plus précisémment à ce fameux épisode de "l'extermination des Arawaks par les Caraïbes"...
Merci d'avance
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Woxinho
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 #3 Posté le: 16 Nov 2006 09:02    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

Houlà, effectivement je parlai du 'Que sais je'

Euh un exposé sur l'extermination des Arawaks par les Karibs ça va être dur parceque j'ai pas mes sources sur moi, mais en gros le premier peuple était pacifique et cultivateur, le second guerrier et chasseur. Ces peuples se regroupèrent en Amazonie lors des invasions espagnoles, puis se regroupèrent autour de la mer des Caraïbes, avant de s'approprier les îles.

En arrivant aux petites antilles, les Karibs furent reçus chaleureusement par les Arawaks, qui se virent en guise de remerciements réduits en servitudes (les femmes) et anéantis (les hommes). Je n'ai pas eut le temps de consulter tous vos liens, mais effectivement, si la version de l'histoire que je dévelope ici est erronnée, c'est celle qui est communément admise.

Je reviens vers vous quand j'aurai tout lu, et quand je pourrai citer plus précisémment mes sources que ce que ma mémoire me permet.
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 #4 Posté le: 17 Nov 2006 13:05    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

Comme j'ai entendu une roche tomber dans mon jardin, je réponds rapidement. Je suis descendant de Karib par mon arrière-grand-mère maternelle, métisse noire et caraibe, dans le volet martiniquais de ma famille. Il y avait en Guadeloupe jusqu'à la fin des années 1850 une réserve Caraibe en Guadeloupe, pas loin de la Pointe de la Grande Vigie. Le site est désaffecté, mais "on dit" que les populations autochtones se sont soit mêlées aux noirs, soit ont disparu. En d'autres termes, certains antillais ont des ascendants caraibes.

message édité par la modération

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Jârvis
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 #5 Posté le: 17 Nov 2006 13:19    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

Puisque tu en parle 6klôn, je me suis toujours demandé comment des populations avaient pu vivre traditionellement dans le Nord-Grande-Terre: en effet je comprend qu'on puisse vivre dans la foret, dans les montages, mais autour de la Pointe de la Grande Vigie il y a ... Rien
C'est des cailloux, des petits buissons généralement epineux, rien de nourissant, rien d'utile pour la construction d'un abri donc si qeulqu'un avait des informations sur le type d'habitat, ce qu'ils cultivaient, le mode de vie de ces derniers Caraibes dans la reserve qui me semble si inhospitalière je suis prenneur.

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 #6 Posté le: 17 Nov 2006 13:23    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

à ton avis, pourquoi on les a parqué là?

une idée de réponse... soit ils mourraient, soit ils sautaient

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 #7 Posté le: 17 Nov 2006 14:58    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

J'vais faire mon malin là, parceque y'a un chapitre entier dans l'ouvrage que je lis actuellement sur la ségrégation géographique. C'est pratique, j'ai pas a fouillé chez moi, lé dans mon sac là

Les libres de couleur ont été délibérément écartés des plateaux sucriers de l'est et du nord de la Grande Terre et installés dans les régions les plus sèches. Nous ignorons si les libres de couleur installés dans la Côte-sous-le-vent et dans les grands fonds ont bénéficié de concessions, mais force est de constater qu'ils se retrouvent à nouveau dans des terroirs difficiles à exploiter qu'ils partagent avec de petits blancs. Dans les Grands-Fonds, 202 habitations de culture secondaires appartiennent à des libres de couleur et 624 à des blancs. Les recoupements faits entre les actes notariés, les registres paroissiaux et le recensement nous ont permis de constater que les propriétaires d'habitations qualifiés de rouges ou de noirs sont tous d'anciens libres de couleur. Le plateau du nord de Grande-Terre occupe les quartiers d'Anse-Bertrand, Port-Louis et Petit-Canal. La Côte-sous-le-Vent regroupe ceux de Deshaies, Pointe-Noire, Bouillante et Vieux-Habitants. Du fait de la médiocre qualité et aussi de la faible quantité de terres qu'ils possèdent, les libres de couleur se consacrent aux cultures secondaires. Cependant, nous ne pouvons pas parler de ségrégation géographique, les habitations des libres de couleur étant souvent limitrophes avec celles des blancs. La localisation des exploitations des libres de couleur est davantage liée à leur situation économique qu'à une forme de ségrégation géographique. Les libres de couleur ont la possibilité juridique d'acheter les terres qu'ils veulent, mais ils n'ont ni les moyens financiers, ni le crédit pour acheter des manufactures à sucre, c'est surtout pour cette raison qu'ils se concentrent dans les zones de cultures secondaires.



Source : Esclavage, métissage, liberté. La révolution française en Guadeloupe 1789-1802. Frédéric REGENT.
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whitey
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 #8 Posté le: 18 Nov 2006 02:38    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

bon ben on comprend qu ils ne cultivaient pas la canne, mais je me demande ce que pouvait bien etre les cultures secondaires
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Si l'image que renvoie le miroir ne te plait pas, change l'image plutot que le miroir, car il pourrait bien refleter encore et toujours la meme chose...
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 #9 Posté le: 20 Nov 2006 09:02    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

En fait c'est pas super clair. Le livre dit que les cultures secondaires étaient les vivres, l'indigo, le coton et le café. Mais en considérant la carte des cultures, on voit qu'en traçant une ligne séparant l'Anse Bertrand en deux, et Petit Canal d'un tiers à l'Est et deux tiers à l'Ouest, on a une culture de coton à l'Est de cette ligne, et du sucre à l'Ouest. Avec des marais sur l'extème Ouest.

Donc peut être que la culture de la canne de ces régions était considérée comme secondaire car elle ne s'effectuait pas de manière industrielle, via des grandes manufactures, mais de mnière artisanale.

C'est mon interprétation, mais dans les faits bruts, il y avait une partie du Nord de Grande Terre centrée sur le coton, l'autre sur la canne en petites exploitations.
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 #10 Posté le: 21 Nov 2006 02:35    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

faudrait-il s'en remettre au "Mythe de Sésé"?

Citation:
Il y avait jadis un Indien Arawak qui recommanda à sa fille Sésé de ne pas se baigner dans un bassin de la rivière quand elle n'était pas bien portante. Un jour, Sésé, oubliant le conseil, alla s'y baigner alors qu'elle était indisposée. Or, dans ce bassin vivait un serpent " tête chien " qui, s'emparant de la fille, la rendit mère. Cependant, cet animal se transformait en homme chaque nuit, et la fille pris l'habitude d'aller le rejoindre près de la rivière, à l'insu de ses parents, lorsque le jour était tombé. Sésé mit un enfant au monde dans la case de sa mère et bientôt, chaque nuit, ce petit pris ses ébats dans le bassin avec son père. Lorsque le jour paraissait, tous rentraient au carbet, le serpent étant caché dans le ventre de Sésé.


Le frère de celle-ci se demandait depuis longtemps pourquoi Sésé avait des graines de balata sans hache pour couper. Un soir, il la suivit: elle se dirigea vers un gros pied de balata où elle s'arrêta, alors le serpent sorti de son ventre, monta à l'arbre, puis, soudain transformé en homme, secoua les branches pour en faire tomber des graines. Tout ceci fâcha le jeune home qui décida de tuer le serpent, ce qu'il fit le lendemain au moment où l'animal montait de nouveau dans l'arbre; Il le coupa en mille pièces. Sésé, toute peinée, ramassa jusqu'aux plus petit morceaux; elle les enterra et les recouvrit de feuilles.


Quelques lunes après, tandis qu'il chassait de ce côté, son frère entendit venir un grand bruit qui s'arrêta où le serpent était enterré; s'étant approché, il trouva là quatre cases pleines d'indiens: c'était les fils du serpent de Sésé qui furent les premiers Caraïbes. Ceux d'une case étaient content de voir leur oncle Arawak, mais ceux des trois autres cases étaient fâchés parce qu'il avait tué le serpent. Toutefois, les chefs conseillèrent de ne pas tuer leur oncle.


Caraïbes et Arawaks échangèrent des cadeaux et vécurent comme des amis jusqu'au jour où Sésé , devenue vieille et toujours inconsolée, dit aux Caraïbes ses fils de tuer un petit Arawak pour venger le serpent. Ainsi fut fait. Mais les Arawaks tuèrent un petit Caraïbe. C'est comme cela que commença la guerre entre les Caraïbes et les Arawaks qui sont ennemis jusqu'à aujourd'hui.


Extrait de J.B. DELAWARDE, Les derniers Caraïbes, leur vie dans une réserve de la Dominique.
In: "Journal de la Société" des Américanistes, Tome XXX.



http://www2.cg972.fr/mdap/m-sese.htm
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 #11 Posté le: 24 Nov 2006 19:06    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

L'origine du texte "La légende de l'extermination des arawaks par les caraïbes" qui circule sur internet peut-être bientôt élucidé sur http://www.archeonavale.org/forum/viewtopic.php?t=206&sid=e3aa251d6e31a41c4c88d821eccca957
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 #12 Posté le: 26 Nov 2006 23:26    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

lire aussi :

Citation:
Peuplement amérindien

Des populations nomades en provenance d'Amazonie ont peut-être pris contact avec l'île entre 5000 et 2000 ans avant J-C. Mais ces pêcheurs cueilleurs n'ayant laissé aucune trace, la datation est délicate. Les preuves archéologiques d'une présence sur l'île ne remontent, elles, qu'au début de l'ère chrétienne. A cette époque, des indiens Arawaks s'installent à proximité de la montagne Pelée au nord de la Martinique (site du Vivé). Pêcheurs Cueilleurs mais aussi agriculteurs, ils ont sans doute été attirés par la fertilité de cette zone volcanique. Plus tard, de 800 à 1600 ans après J-C, une deuxième vague de peuplement colonise le sud de l'île (site du Diamant). Colportant pendant longtemps la vision des premiers chroniqueurs, les historiens ont opposé ces deux populations. Gentils Arawaks "mangeurs de farine" d'un côté, méchants Caraïbes cannibales de l'autre. Ces derniers exterminant et dégustant les premiers. Aujourd'hui, les progrès de l'archéologie, de la linguistique et de l'anthropologie infirment cette thèse. Nous savons désormais, que ces peuples n'étaient pas si éloignés l'un de l'autre. Provenant tous deux d'Amazonie, leurs langues sont proches, leur mode de vie également. Nous savons aussi, et surtout, que les premiers récits les décrivant, même s'ils ne manquent pas d'intérêt, sont le fait d'européens souvent religieux dont les écrits serviront à justifier l'extermination d'un peuple.

http://www.zananas-martinique.com/martinique-patrimoine/culture-pre-colombienne.htm

avec mention :
Citation:

En savoir plus...

--------------------------------------------------------------------------------
GRAN
Groupe de recherche archéo-navale de martinique...dont nous attendons une réponse
--------------------------------------------------------------------------------
A.I.A.C.
Association internationale d'archéologie de la Caraïbe...A EXPLORER
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 #13 Posté le: 28 Jan 2007 01:15    Sujet du message: Nos ancêtres les Arawaks Répondre en citant

Un travail de compilation des recherches archéologiques sur les Amérindiens proposé par Frédéric Parmentier.
Les extraits en bleu correspondent à des affirmations contestées.
L’auteur sollicite l’avis des collègues intéressés par ce sujet.
Son e-mail : cortofred@wanadoo.fr



500 ans d'Histoire, 5000 ans de Préhistoire Amérindienne.


Dès les années 1960 les archéologues se rendent compte que les récits des chroniqueurs espagnols et français (XVIe-XVIIe siècles) ne peuvent être utilisés exclusivement pour expliquer la préhistoire des Antilles : ils retranscrivent en effet les traditions orales des Amérindiens qui vivaient aux Petites Antilles au moment de l’arrivée des Européens. Une tradition orale du XVe ou du XVIe siècle n’est pas toujours apte à rendre compte de plusieurs milliers d’années de préhistoire. La colonisation ayant entraîné la disparition ou l'assimilation des populations indigènes, elle a supprimé toute possibilité d’étude ethnologique (mises à part les chroniques des premiers colons, mais eux-mêmes décrivent des sociétés amérindiennes transformées par les contacts avec les Européens). Même si la comparaison avec des groupes de la zone amazonienne s'avère dense en informations, l'archéologie est notre première source d'informations aujourd'hui.



I. Lontaines Origines

Les premiers « Américains » traversent le Détroit de Béring vers 70000-40000 av. JC (peuples proto-sibériens). Ils se mêlent au sud du Continent à des populations d'origine australo-mélanésienne venues par la mer : de nombreuses ethnies naissent de la rencontre de ces peu­ples d'origine circumpacifique.


- A. Les voies probables du premier peuplement des Antilles (Paléolithique américain)

Les basses terres tropicales de l’Amérique du Sud (Vénézuéla notamment) sont habitées depuis au moins dix mille ans. Le premier peuplement des Antilles semble bien plus récent.
Actuellement, les sites [1] les plus précoces sont localisés dans les Grandes Antilles (Cuba et Hispaniola) et sont datés du IVe ou du Ve millénaire av. J.-C. Ils correspondraient à la présence de groupes humains paléolithiques, pratiquant la chasse, la pêche et la cueillette et maîtrisant les techniques de navigation en haute mer.
L’origine de ces peuples précéramiques est encore inconnue : ils peuvent avoir abordé Cuba par la Floride ou par l’Amérique Centrale. Mais s’ils sont passés par les Petites Antilles, aucune trace n’en a été trouvée jusqu’ici.


- B. Les Précéramiques (Méso-Indiens) investissent les Antilles

Probablement issus de l'intérieur du Vénézuéla, des groupes de chasseurs précéramiques s’installent sur le littoral vers –6000/-5000 (à la suite probablement d’une longue sé­cheresse consécutive à la dernière période glaciaire). Peu à peu, ils deviennent pêcheurs et ramasseurs de coquillages, polissent la pierre et les coquillages.
De nouvelles techniques de navigation permettent à ces Méso-Indiens de peupler les îles antillaises, en suivant les courants marins depuis Trinidad [2] (présence attestée dans les Iles Vierges dès le IIIe millénaire).
Tournés vers la mer pour leur survie, ils construisent des villages sur le rivage qu'ils abandonnent quand les ressources se raréfient (les petites îles offrent des réserves limitées). Certains de ces Méso-Indiens auraient élaboré des techniques de pêche avancées, construit des maisons sur pilotis (barbacoa)…

Norman Estate (Saint-Martin) est le seul site méso-indien et donc le plus ancien de l’archipel guadeloupéen (entre 2400 et 1900 av. J.-C.). Les fouilles ont révélé une industrie de galets et d’éclats de silex (outils tranchants) importés du Continent, d’Hispaniola ou d’Antigua. Les artefacts en coquillage, comme des gouges ou ciseaux à bois en lambi (servant à fabriquer les pirogues) sont nombreux. Les restes alimentaires montrent la consommation de nombreux coquillages et de poissons pêchés (avec probablement des bateaux en bois) de préférence dans les mangroves et zones de récifs. Pas de trace d’habitat : sans doute occupaient-ils des abris provisoires construits avec des branches.

Dans les Grandes Antilles, la présence de peuples précéramiques est rapportée par les premiers colons européens :
# les Calusas : installés en Floride (ils attaquent la flottille de Ponce de Léon), probablement issus de la route de peuplement Floride-Bahamas-Cuba, ils entretiennent longtemps un commerce régulier avec La Havane. Chassés de Floride par les Creeks, ils occuperont les keys.
# les Tekestas : chassés vers la Floride par les Arawaks, leur présence est attestée à Aïs (Cap Canaveral), à l'ouest de Cuba (appelés Guacanabibes ou Guanahabibes ou encore Guanahatebeyes, ils sont décrits comme un peuple très frustre, vivant dans des cavernes), à Porto Rico (où des crânes ont été retrouvés).
# les Yucayos ou Lucayos : peuple des Bahamas, ils accueillirent Colomb à Guanahani. Petits, pacifiques, ils pratiquaient un aplatissement du crâne esthétique.
# les Ciboneys : à Cuba et Haïti




II. Les « Horticulteurs saladoïdes » ou Arawaks

Au IIe Millénaire av. J.-C., l’agriculture apparaît dans le Bassin de l’Orénoque (culture des tubercules, manioc notamment). Ce changement économique majeur ouvre la période du Néolithique américain qui s’accompagne de l’apparition de céramiques du style saladoïde [3] .


- A. Le peuplement céramique
Vers –1000, les Igneris (peuplade arawak) franchissent le delta de l'Orénoque et atteignent la côte nord du Vénézuéla où ils apprennent les techniques de navigation au contact des Méso-Indiens (sur de grandes pirogues).

Suivant la « voie de pénétration trinidadienne », ils occupent peu à peu les Antilles entre 560 et 300 av. J.-C. à bord de grandes pirogues pouvant contenir jusqu’à une centaine de personnes : on trouve leurs traces vers –560 à Saint-Martin (Hope Estate), puis en Guadeloupe (Morel I) et à Porto Rico, puis le peuplement s'intensifie au début de l'ère chrétienne.

Forts de leur supériorité culturelle, ils repoussent les Méso-Indiens ou plus généralement les assimilent : les hommes sont massacrés alors que les femmes et les enfants sont conservés. Cette pratique fréquente explique l'exceptionnelle homogénéité biologique rencontrée chez les Amérindiens.

L’expansion de la culture saladoïde (depuis les côtes du Vénézuéla jusqu’à Cuba) semble liée à l’existence de communautés structurées et organisées qui établissent leur emprise sur toutes les îles. Leurs liens restent très forts avec le Continent (circulation d’objets de prestige, représentations iconographiques d’animaux continentaux) [4] . L’hypothèse d’une institution sociopolitique et idéologique forte expliquerait l’homogénéité attestée de la culture saladoïde dans l’espace et le temps ainsi que la qualité artistique de ses productions.
Les Arawaks introduisent aux Antilles l'agriculture sur brûlis et la culture du manioc (qui fournit l’essentiel de la subsistance avec la chasse et la pêche. C’est le début de la vie sédentaire en villages de carbets aux Antilles.

L'évolution de la céramique (associée à l'étude de l'outillage lithique et aux pétroglyphes) nous renseigne sur la diffusion de la civilisation arawak et sur son évolution. Les Arawaks sont des « maîtres potiers » : ils produisent des céramiques très fines aux décors variés. Les poteries retrouvées dans tout le bassin caribéen sont fabriquées selon la technique du colombin (superposition de boudins d’argile) et sont souvent ornées d’adornos (figurines zoomorphes ou anthropomorphes pour la prise en main des vases).
Au fil des recherches, la culture matérielle de ces groupes néo-indiens a été subdivisée. Le premier type, ronquinan saladoïde, le plus ancien, apparaît d’abord dans la région du moyen Orénoque.


- B. le style cedrosan saladoïde (ou insulaire) (-500/-400 ? à 600/850):

Au début du Ier Millénaire av. J.-C., un nouveau style saladoïde se différencie progressivement du précédent sur les côtes orientales du Vénézuéla et le littoral guyanais. Les poteries sont recouvertes d’une peinture blanche sur rouge et sont fabriquées selon la technique du colombin (superposition de boudins d’argile). Elles sont ornées de symboles géométriques incisés, hachurés ou peints en blanc et rouge, et de figurines modelées à caractère religieux (adornos [5] ).
Dans les derniers siècles avant l’ère chrétienne, les horticulteurs gagnent l’arc antillais [6] et y diffusent rapidement les céramiques de ce style. La décoration des poteries atteint des sommets artistiques et esthétiques. Apparaissent les "trois pointes" ou trigonolithes (pierres de forme triangulaires à base plate) liées au culte naissant des zemis (personnages mythologiques de la religion taïno, culte originaire des Petites Antilles).
Les peuples saladoïdes ont aussi gravé des pétroglyphes [7] représentant probablement des dieux que les Arawaks priaient à l’occasion de cérémonies dirigées par un chamane (ou homme médecine) [8] .
Cette période s'accompagnerait d'un accroissement de la population.


- C. Le type huecoïde [9] ou huecan saladoïde (-550/-400 à 100/200):

A Porto Rico (sites de La Hueca et Punta Candelero) et dans les Petites Antilles [10] , des découvertes de céramiques d’un style différent dénommé huecan saladoïde ou huécoïde [11] , perturbent ce schéma classique d’une expansion homogène de la culture cedrosan saladoïde depuis le Venezuela.
En effet, les poteries de ce style offrent une variété de formes limitée : formes simples, sans point d’inflexion (mis à part des plats de forme ovoïde représentant le corps d’une créature zoomorphique, la tête et la queue modelées sur chaque côté du plat), parois minces (3 à 5 mm), surface luisante de couleur marron. Les décorations sont rares : motifs décoratifs curvilinéaires, remplis de pointillés (ponctuations) ou d’incisions croisées (hachures), petites papules, étonnante symétrie des dessins, des adornos zoomorphiques. Elles sont associées à une industrie d’amulettes en pierre semi-précieuse. Les figurines modelées en forme de chiens, les amulettes en forme de condor, suggèrent une lointaine origine andine de ces populations, qui après avoir traversé les forêts jusqu’en Guyane, seraient remontées vers le Venezuela puis d’île en île. Les archéologues pensent que ces peuples huécoïdes parlaient une langue proche de l’Arawak.

Le rapport chronologique et culturel entre ces deux ensembles (saladoïde et huécoïde) est l’objet de nombreux débats dans la communauté archéologique :
- plusieurs sites [12] ont livré des céramiques des styles huecan et cedrosan. Le site de Morel a livré du mobilier céramique de ces deux styles au même niveau stratigraphique (entre -300 et 300). La coexistence et l’apparente contemporanéité des deux styles de poterie pourraient expliquer, selon certains archéologues, une différence de fonction symbolique et religieuse (encore indéterminée) au sein du même groupe.
- d’autres archéologues (de plus en plus nombreux) avancent l’hypothèse d’une occupation antérieure des îles par les populations huécoïdes (alors premiers peuples céramiques). Les saladoïdes les auraient rejoints ensuite.

Les découvertes sur le site de Hope Estate suggèrent une arrivée aux Antilles dès -560. Les sites de La Hueca et Punta Candelero, remontant respectivement à -75 et -170, laissent penser que ce style a perduré pendant quelques centaines d’années. Les hachures gravées par zone, les papules et les représentations d’animaux auraient été adoptées par les populations cedrosan saladoïde qui ajoutèrent les dessins peints en blanc et rouge [13] .


- D. Les influences barrancoïdes ou saladoïde modifié (300 à 500) :

De nouvelles influences culturelles affectent vers 300-500 la culture cedrosan saladoïde. Elles sont portées par des peuples originaires du Vénézuéla qui occupent Trinidad et Tobago (populations dites barrancoïdes) On ne les trouve que dans les îles au Vent (au sud de l’arc antillais) et elles ne paraissent pas avoir dépassé au nord la Guadeloupe. La céramique change : la couleur rouge est plus foncée et plus brillante mais les formes restent en partie semblables à celles de la période précédente (vases en forme de cloche). On trouve aussi des formes originales, ce qui amène à parler d’une phase « baroque » du saladoïde (décorations modelées et incisées très élaborées). Cette culture reste encore l’un des phénomènes les moins étudiés de l’archéologie caraïbe.

Les lieux d’implantation commencent à changer et la priorité est donnée à la mer (site de Dizac au Diamant en Martinique). La pêche (poissons, coquillages, lambis), associée à l’agriculture, est devenue une source majeure de l’alimentation. Les coquilles de lambis sont converties en haches ou en parures (perles et petites figurines).


- E. la phase terminale cedrosan saladoïde (400-700)

Elle est marquée par une simplification des poteries, alors qu’on observe l’apparition de peintures polychromes et un développement de la complexité du dessin.

De nombreux sites se rapportent à cette période tardive [14] . L’ensemble du mobilier céramique découvert au pied des roches gravées de Trois-Rivières (Guadeloupe) appartient à cette période. Dans les îles Sous-le-Vent, les poteries du saladoïde terminal se rencontrent tardivement (jusque vers 850 à Friar’s Bay (Anse des Pères) à Saint-Martin).



III. L’émergence de cultures proprement antillaises (600-1200)

Vers les VIIe-VIIIe siècles, avec la multiplication des habitats, la (présumée) unité culturelle saladoïde se désagrège. C’est une étape (600-1200) importante de l’histoire de la Caraïbe, les descendants des groupes saladoïdes ont développé des cultures insulaires proprement antillaises.
Au-delà d’un sensible recul de la technologie céramique (parfois perçu comme une décadence après l’éclat de l’art saladoïde), ces groupes amérindiens apparaissent comme de grands pêcheurs parfaitement adaptés à leur environnement maritime. La fabrication d’outils et de parures en coquillage ou en corail révèle une grande maîtrise artisanale, et les matières premières lithiques témoignent de larges réseaux d’échanges. D’importantes maisons collectives, lieux de rites funéraires complexes, sont enfin les indices de relations sociales et de pratiques religieuses élaborées.


- A. Dans les Grandes Antilles : les Taïnos

En découvrant les Grandes Antilles (vers 600), les Arawaks saladoïdes s’organisent peu à peu en grands villages et divisent les îles en territoires gouvernés par un cacique. Autour de l’an 1000 émergent de véritables hiérarchies, prélude aux chefferies taïnos des siècles suivants. C’est l’avènement d’un pôle culturel et politique majeur dans les Grandes Antilles qui contrebalance les influences venues du Continent. Mais des rivalités apparaissent et les cultures locales se différencient.

La culture céramique ostionoïde [15] se subdivise ainsi en ostionan (Hispaniola), meillacan [16] (est de Cuba et Jamaïque), elenan [17] (Porto Rico et Iles Vierges). Mais vers 1000-1200, la culture chican [18] ostionoïde les remplace jusqu’à l’arrivée des Européens.
Entre les XIIe et XVe siècles s’épanouit donc la culture chican ostionoïde dans les Grandes Antilles ; elle correspond aux sociétés dénommées « taïnos » par les Européens. Apparue à Hispaniola, elle se répand vers 1200 de l’est de Cuba aux Iles Vierges.
Le style céramique et surtout l’art de la pierre, du coquillage et du bois sont remarquables. Les trigonolithes sculptés en forme de volcan apparaissent, ils sont parfois ornés de visages ou de motifs géométriques symbolisant le Dieu suprême Yocahu, « le donneur de cassave ». Les ceintures de pierre associées au jeu de balle, les guaizas (visages humains sculptés sur un coquillage), les duhos (sortes de trônes ouvragés des caciques) sont parmi les objets les plus spectaculaires de cette société hiérarchisée.

Si des sites chican ostionoïdes sont connus depuis longtemps dans les îles Vierges, la découverte récente de céramiques de ce type à Kelbey’ Ridge [19] (Saba) et à Baie Rouge [20] (Saint-Martin), bouleverse les schémas culturels admis jusqu’ici. Ces sites ont livré un mobilier céramique avec des décorations incisées et modelées, daté entre 1350 et 1450. Ils révèlent une expansion des caciquats taïnos vers les Petites Antilles à partir de la fin du XIIIe siècle.


- B. Dans les Petites Antilles

L’histoire des Petites Antilles demeure confuse entre 600 et 1200. Par commodité, on rattache à une vaste entité troumassoïde [21] les ensembles culturels découverts.

Dans les Iles au Vent (au sud de la Guadeloupe), la culture troumassan troumassoïde est associée à une forme de déclin de la technologie céramique : la proportion de céramiques décorées baisse, les céramiques sont plus grossières, épaisses (même si on trouve encore une petite quantité de céramique de qualité). Les décors polychromes blancs et rouges disparaissent ainsi que les décors grillagés (surfaces rayées par grattage, peintures combinées avec des incisions curvilinéaires et quelques modelages). Pas d’invasion, pas de rupture mais une transition douce et des populations qui ont évolué sur place.
Les sites d’habitat se modifient et sont installés dans les zones de mangrove ou les baies peu profondes. L’exploitation plus intense de la mer se fait aux dépens (probablement) de l’agriculture sur brûlis. L’habitat devient permanent puisque l’occupation agricole est moins intense.

Les Iles Sous-le-Vent (au nord) sont rattachées au mamoran [22] troumassoïde : à l’Anse à la Gourde (Guadeloupe), cette culture offre, du VIIe au IXe siècles, des éléments de transition issus du saladoïde (peinture polychrome, grande variété morphologique des récipients) puis entre 900 et 1200, des récipients céramiques aux formes simples (souvent recouverts d’une englobe rouge), les rares décors sont des motifs linéaires incisés, larges, accompagnés de quelques adornos zoomorphes.

Il pourrait s’agir de petits groupes isolés taïnos redescendus vers les Petites Antilles. Vers 800, à Saint-Martin, ils amènent leurs zémis (idoles trigonolithiques) : plus de 20 sites renferment les vestiges archéologiques [23] de ces Arawaks tardifs (au nord de l’île).



IV. Un hypothèse contestée : l’invasion des Caraïbes

Parallèlement, la culture suazan [24] troumassoïde occupe les îles au Vent entre 1200 et 1450/1500. Le mouvement entamé à la période troumassoïde s’amplifie : la céramique de ce style figure parmi les plus frustres des Antilles (moins de céramiques décorées, surfaces rayées ou raclées, vases épais de forme simple, de grand diamètre).
S’agit-il d’une régression culturelle ? Cela signifie peut-être seulement que les populations attachent moins d’importance à la céramique. Le rôle symbolique (expression des croyances et des mythologies) dévolu auparavant à la céramique se porte sans doute sur d’autres éléments : tissus peut-être (des indices montrent le tissage du coton), décors corporels ou parures. La céramique est devenue purement utilitaire. On retrouve des platines tripodes avec des surfaces moins lissées et des décors indentés faits au doigt.

Cette culture a parfois été attribuée à des groupes amérindiens nommés « Caraïbes » ou « Callinagos ». Cette hypothèse induirait l’arrivée de groupes guerriers nouveaux venus du Continent vers 1200, hypothèse très contestée…


# Du point de vue archéologique, nous n’avons pas d’indice d’apport de nouvelles populations venant de l’extérieur ou de traces de villages détruits mais les signes d’une continuité.
La découverte récente à Saint-Vincent de céramiques (définissant le style de Cayo) présentant des ressemblances avec celles du site de Koriabo (côtes guyanaises), ancêtre probable de la tradition céramique moderne des groupes caraïbes des Guyanes (appelés Kalinas), relance le débat. La céramique cayo a été attribuée aux Callinagos et datée approximativement de 1250.
En revanche, la découverte au Morne Cybèle (La Désirade) de l’une des occupations les plus récentes de toutes les Petites Antilles (1440-1460) témoigne d’une continuité dans le peuplement : les fouilles ont livré un mobilier céramique correspondant à un développement tardif du style suazan troumassoïde (décorations modelées, rehaussées de pointillés). Une tête humaine sculptée sur un lambi démontre d’évidentes relations avec la culture chican ostionoïde des Grandes Antilles. De tels objets cérémoniels taïnos en pierre, en céramique ou en coquillage, ont été retrouvés dans les îles plus méridionales. Ils traduisent peut-être l’acculturation ou l’intégration des groupes suazan des Petites Antilles dans l’aire économique et politique des chefferies taïnos.
Force est de constater qu’aucun site archéologique ne peut être rattaché avec certitude aux Callinagos. Leur culture matérielle reste inconnue. La date de leur éventuelle arrivée dans les Petites Antilles est incertaine… Peut-être venaient-ils seulement d’arriver dans la région quand surgirent les Espagnols ? Ce qui expliquerait la rareté de leurs occupations. Cette « question caraïbe » est l’un des enjeux majeurs de l’archéologie amérindienne aux Antilles.
Il reste aux archéologues à fouiller des sites datant de la période du contact avec les Européens pour confirmer s’il y a continuité dans le peuplement (on retrouverait alors des objets de la période suazoïde) ou une véritable rupture qui viendrait corroborer les récits des chroniqueurs selon lesquels des Amérindiens seraient arrivés du continent sud-américain pour remplacer les populations qui vivaient alors dans la Caraïbe.


# Du point de vue ethnologique, la figure du « Caraïbe » se dessine très clairement. Cannibales et Caraïbes sont synonymes. Ce sont des hommes qui font peur. Lors de son premier voyage, Christophe Colomb retranscrit ce que lui racontaient les Amérindiens des Grandes Antilles. « Il y avait des gens qui n’avaient qu’un œil sur le front et d’autres qui étaient appelés cannibales qui leur inspiraient une grande frayeur et quand ils apprirent que je me dirigeais vers cet endroit ils restèrent fortement frappés de stupeur car ces gens fortement armés les dévoraient ».
Cependant un chroniqueur comme le Révérend Père Breton se montre méfiant (il parle de « songes et de mensonges ») sur la crédibilité de la tradition orale amérindienne pour raconter de façon fiable leur histoire. Breton comprend que les Amérindiens donnent un récit mythologique de leur histoire. C’est donc sur des aspects non scientifiques que s’est basée la détermination ethnique des habitants de la Caraïbe.


# Du point de vue linguistique, se pose le problème du langage des femmes et du langage des hommes qui était différent chez les Amérindiens des Petites Antilles. Les femmes parlent un langage entièrement arawak et les hommes parlent un langage dont la structure grammaticale est arawak mais dont le lexique comporte de nombreux mots caraïbes.
Cela ne signifie pas qu’une population « caraïbe » aurait pris des femmes « arawaks » mais que les hommes avaient des relations (guerre, commerce) avec les populations (Kalinas) du Continent et parlaient un langage mixte (un pidgin), une langue de commerce qui permet de se comprendre entre les populations des Antilles et celles du continent. Les différences entre langue des hommes et langue des femmes correspondraient aux divisions internes de la société et à la complexité des rapports entre les sexes (ce pidgin devient un marqueur de prestige de la différenciation entre les sexes).
Donc au niveau de la langue, la rupture entre Caraïbes et Arawaks n’est pas claire du tout.


# Du point de vue historique, la différenciation ethnique repose sur une définition politique et économique de ces populations :

- Politiquement et militairement, le Caraïbe, c’est avant tout celui qui a résisté le plus fortement aux Espagnols dans les Antilles. Chez les Taïnos des Grandes Antilles, si l’on prend le pouvoir sur le chef, le reste de la société suit. C’est impossible dans les Petites Antilles où les populations forment des sociétés de type égalitaire. Si un chef de guerre est éliminé, un autre chef de guerre est désigné par les siens. Les Européens de cette époque n’ont pas les éléments intellectuels pour comprendre ces sociétés égalitaires.

- Il y a aussi une définition économique de l’amérindien caraïbe : c’est avant tout l’amérindien que l’on peut réduire en esclavage. Cela permet de comprendre pourquoi les Espagnols désignent telle île comme arawak ou comme caraïbe. En 1503, la reine Isabelle autorise les colons espagnols à réduire en esclavage exclusivement les Caraïbes qui sont cannibales (« anthropophage, idolâtre, infidèle et (...) ») donc à peine humains.
La classification « île caraïbe / île non caraïbe » change en fonction des visées économiques des Espagnols. Ainsi la Guadeloupe, promise comme colonie en 1496 à l’ambassadeur de Venise, et Sainte-Croix, d’abord colonie privée donnée à Juan Ponce de Leon, ne sont pas considérées comme « îles caraïbes » alors qu’elles sont en plein dans la zone dite « caraïbe ». Quand ces deux projets sont abandonnés, la classification change et les deux îles sont à nouveau peuplées de Caraïbes ! Ce phénomène fut observé ailleurs dans les Antilles. Trinidad et Margarita ne sont plus classées caraïbes lorsqu’on y découvrit respectivement de l’or et des perles. Les Espagnols avaient besoin de garder la main d’œuvre indienne sur place.
Enfin, au moment de l’invasion de Porto Rico, les Espagnols, confrontés à une très forte résistance, observèrent une migration des Taïnos vers le nord des Petites Antilles. Il serait curieux que les Taïnos se soient réfugiés chez des Caraïbes, censés être des ennemis effrayants !



V. Amérindiens et Européens

En 1492, les Amérindiens des Antilles entrent dans l’Histoire européenne. Lors de l’arrivée des Européens, l’espace antillais amérindien se présente ainsi divisé :


- A. Un grand ensemble culturel taïno

Il englobe les Grandes Antilles de l’est de Cuba aux Iles Vierges (influence sur le nord des Petites Antilles). Appartenant au tronc linguistique arawak, les sociétés taïnos vivent sous le modèle du caciquat qui relève du système de la chefferie. Sociétés hiérarchisées avec régions spécialisées (exploitation du sel, fabrication d’objets d’art). L’unité économique est la région, pas le village. Les échanges sont dirigés par une aristocratie : les Taïnos.
Ces hommes accueillent Colomb lors de son premier voyage en criant « Taïno ! Taïno ! », ce qui signifie ‘homme bon’ ou ‘homme en paix’. C’est pourquoi les Espagnols les baptisent de ce nom.
La période de contact avec les Européens a été très brève aux Grandes Antilles, aux Bahamas et dans le nord des Petites Antilles : entre 1492 et 1550, les populations amérindiennes sont totalement anéanties.


- B. Des groupes amérindiens baptisés « Callinagos » par les conquérants

Les Petites Antilles du sud (au moins jusqu’à la Guadeloupe) sont occupés par les « Callinagos », baptisés aussi du nom ambigu de « Caraïbes insulaires ». On ne retient souvent que leur caractère belliqueux et leur anthropophagie mais il s’agit avant tout de groupes de pêcheurs-horticulteurs, vivant comme leurs voisins.

Les Petites Antilles connaissent des sociétés égalitaires et l’unité économique est le village. C’est au niveau du village que sont fabriqués le carbet, la céramique, le bateau, les outils en pierre. Cela n’empêche pas des échanges de perles ou des échanges matrimoniaux entre les villages. Dans le village, tous les individus ont un statut égalitaire : il existe des chefs de guerre mais ils ne conservent pas une position dominante dans le village après la bataille. Même remarque pour celui qui dirige les opérations de pêche.
Des rituels élaborés et des règles d’ascension sociale complexes ponctuent le fonctionnement de leur société où, effectivement, la pratique guerrière joue un très grand rôle. Des coalitions puissantes mais temporaires leur permettent de mener des raids jusqu’à Porto Rico ou sur le Continent pour l’acquisition de biens matériels, le rapt de femmes et la capture de prisonniers destinés à certains rites anthropophages. Ces expéditions sont conduites par des chefs de guerre, appelés ‘capitaines’ (au XVIIe siècle), dont le pouvoir repose sur des faits d’armes, le clientélisme et leur capacité à redistribuer les biens acquis, notamment lors de grandes fêtes de ‘boisson’ qui scandent la vie collective.
Une certaine cohésion existe donc entre les groupes insulaires des Petites Antilles qui formeraient une ‘nation’, liée par un réseau d’alliances matrimoniales et politiques. Les « ennemis héréditaires » des Callinagos (et de leurs « frères » Kalinas du Continent) seraient, selon les sources des chroniqueurs, les Arawaks des Grandes Antilles, du Venezuela et des Guyanes.

Dans les Petites Antilles (surtout méridionales), les Callinagos ont résisté plus longtemps aux colons que les Taïnos. Suite à des raids violents menés par les Callinagos contre les Taïnos et les Espagnols fraîchement établis à Porto Rico (1520-1525), des expéditions punitives et exterminatrices sont organisées par les conquérants vers le sud, jusqu’à la Dominique.

Affaiblis par les guerres espagnoles au XVIe siècle, ils ne résistent pas longtemps à la colonisation nord européenne qui s’engage au XVIIe siècle. Quand les colons s’installent dans les Petites Antilles, les populations sont déjà modifiées par près de 150 ans de contacts et échanges avec les flibustiers [25] . Nouveaux colons et Callinagos pensent s’utiliser mutuellement contre les Espagnols. En fait les ‘bonnes’ relations sont limitées et seuls les chroniqueurs français tentent un véritable travail d’approche et d’analyse digne d’ethnologues contemporains [26] .
En 1660, le traité signé au fort Saint-Charles de Basse-Terre entre les représentants français, anglais et une quinzaine de chefs amérindiens, entérine une situation de fait et consacre la quasi disparition des Callinagos. Officiellement chassés de Guadeloupe et des Petites Antilles, seules la Dominique et Saint-Vincent leur sont alors accordées comme « réserve ». Mais cet accord est régulièrement violé par l’installation de nouveaux colons… jusqu’à ce que finalement, en 1763, les Anglais prennent officiellement possession de ces territoires.

En Guadeloupe, les confins de la Grande-Terre (restés en friche) constituent jusqu’au XVIIIe siècle un refuge pour quelques familles d’Amérindiens, finalement assimilées au XIXe siècle. [27]
Dans la réserve insulaire de Saint-Vincent, les Callinagos se métissent peu à peu au cours du XVIIIe siècle avec des Noirs marrons, donnant naissance au peuple particulier des « Caraïbes noirs ». En 1795, ils sont déportés par les Anglais dans l’actuel Belize [28] où vivent aujourd’hui leurs descendants Garifunas (ou Karifunas).
A la Dominique, refoulés au nord-est, à l’abri dans les montagnes et sur une côte déchiquetée, les Callinagos plus nombreux ont mieux résisté aux agressions. En 1903, le gouvernement britannique leur accorde une réserve de 1500 hectares. Trois mille de leurs descendants vivent encore sur ce « territoire caraïbe », avec la volonté, en 2004, de se réapproprier leur culture amérindienne…



Frédéric Parmentier

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[1] On y a retrouvé quelques assemblages lithiques et de grandes lames de silex.

[2] Possibilité d’une autre voie de peuplement depuis la Floride (?)

[3] Du site de Saladero au Venezuela.

[4] Ils effectuent des échanges avec le continent ou les autres îles : on retrouve des perles et des parures dont les matériaux ne viennent pas de la Martinique mais du Venezuela, de Grenade, de Saint-Martin ou de Porto Rico.

[5] Figurines anthropo-zoomorphes modelées sur les bords.

[6] Extension de Trinidad jusqu’à l’est d’Hispaniola soit plus de 1500 km : sites de Cedros à Trinidad, Black Point à la Grenade (vers –200), sites de Hope Estate (-200 à 450), site de l’Anse des Pères (735-790) à Saint-Martin.

[7] Sites de Trois-Rivières (Guadeloupe), pierres de Hope Estate et Moho (Saint-Martin)

[8] Le chamane entrait en communication avec les esprits à l’aide de narcotiques.

[9] Du site de La Hueca (île de Vieques à Porto Rico) découvert en 1977.

[10] Sites de Pearls (Grenade), de Chatham et de l’île de Union (Grenadines), d’Arnos Vale (Saint-Vincent), de Fond Brûlé (Martinique), de Morel (Guadeloupe), de Talisseronde et Folle Anse (Marie-Galante) mais le contexte stratigraphique de la découverte de ces céramiques est inconnu...

[11] Ce s