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Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 148 Messages: 13657 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 13 Jan 2005 00:09 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
Après le concours photo,voici le concours d'écriture,sauf que là,aucun materiel n'est necessaire,
alors personne n'a d'excuses pour ne pas participer!
pas besoin de créer un chef d'oeuvre,pas besoin d'écrire 5 pages,ça pourra être tout aussi bien une nouvelle qu'un poème,une maxime,un Haiku ...
Comptage des points ouverts de mercredi minuit à vendredi minuit,postage des nouveaux textes de vendredi à mercredi minuit et annonce du nouveau thème dès que possible.
Tout ça aux heures de métropole
Pour la troisième semaine,vous pouvez poster dès maintenant vos production
le thème de la semaine est:
CHOCOLAT !
Les commentaires et les votes se font dans ce sujet : [concours d'écriture] commentaires
à partir de cette page
Posté le: 13 Jan 2005 00:13 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
(Pitié, ne le censurez pas !!!)
Fantasme chocolaté (Bel fanm chokola mwen)
« Choko, choko, la, la !!! »
La voix d’Alan Cavé, caressant les écouteurs, faisait doucement l’amour à mes oreilles. La vibration acoustique, sensuelle, à la limite de l’extasogène, me permettait d’oublier les violents crissements du train à chaque fois que l’on rentrait en gare, le braillement inutile de cet enfant malpoli et ce mec chelou qui me dévore, indécemment, des yeux depuis que je suis montée à la Défense.
Beurk…non, mais ! Tu t’es vu ? Arrête de me regarder !
Aaah, Alan, ta voix me fait vibrer…
« …mwen té manjé yon chokola… »
Tiens, je crois qu’il me reste un dernier snickers dans mon sac à main. Béa me prendrait certainement pour une tarée si elle me voyait dans cet état quasi extatique. Il m’en faut peut ; la voix d’Alan et un snickers, légèrement fondant, juste comme il le faut. Que le caramel caresse, se répande doucement, dans une onde sucrée, sur chaque millimètre carré de mes lèvres et de mon palais.
« …choko, choko, la, la… »
Quelle brute ce chauffeur ! J’ai failli atterrir sur l’autre pervers ! Beurk ! get ouf the way, man !
« …bel fanm chokola mwen… »
Oh, my God ! Je rêve ? Subitement, un doux et suave parfum, léger, de cacao…je reconnais là une habituée du lait hydratant de Black Opal. Bon choix ma fille. Elle est juste à côté de moi, elle vient de monter…
Comme c’est comique, elle déguste aussi un snikers, très fondant celui-là.
Sourire.
J’ose regarder plus longuement…d’habitude, je préfère éviter le regard des gens dans le RER…mais, elle a un truc, son parfum, le snickers et puis, un je-ne-sais-quoi…
« …choko, choko, la, la… »
Sa peau scintille sous le néon fade de la rame. Du chocolat amer à l’état pur.
Ses cheveux ondulés et frisottants me fascinent…ils sont longs et lui donnent un aspect presque fauve…Ils ont l’air d’être faits pour l’amour. Hum…Des petits seins bien fermes jaillissent sous son débardeur orange.
Elle a quelque chose d’envoûtant.
Un quelque chose qui me donne envie de mordiller ses petits seins chocolat. Ou, même mieux, les tartiner, du bout de mes doigts qui, dansant langoureusement sur son nombril, oasis dans un désert de Kholer, atterriraient sur une magnifique forêt noire dans laquelle je me perdrais avec une délectation infinie.
Du chocolat au lait et aux noisettes sur du chocolat amer qui lui procure un goût d’ivresse, de puissance et d’euphorie dionysiaque. Seule de la divine ambroisie pourrait me désaltérer, après ces folies chocolatées, sans pour autant m’arracher leur goût.
« …mwen té mangé yon chokola ! »
Triste retour à la réalité. On devrait interdire les chauffeurs de train brutaux ! Zut ! Je me suis mis du caramel partout !
Elle en rit ! Nous voilà parties dans un fou rire sur le quai.
Elle humecte légèrement sa lèvre inférieure : « Laissez moi donc vous enlever ce caramel qui cache vos si jolies lèvres chocolatées… » _________________ >>COCONUT-NEWS<<
Genre: Femme Inscrit le: 09 Juin 2004 Sujets: 39 Messages: 2201 Localisation: au paradis, 3eme porte a droite
Posté le: 13 Jan 2005 09:13 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
mmmh...ces morceaux de chocolat qui fondent dans le bol en pirex qui est au bain marie, et qui se melange au beurre tout doucement,c'est un pur bonheur visuel et olfactif...
mettons le sucre de canne...ouala...oups! un peu trop rapide la! il faut que je fasse attention a ce que ca ne fasse pas des blocs quand meme....remuons remuons...
qu'est ce que je peux rajouter... un peu de cannelle...un zeste de citron vert...du grand arome qui vient direct de l'usine...some vanille..l'annulaire plonge dans l'extase a l'etat pur....le liquide epais tapisse le palais, les glandes salivaires declenchent le branle bas de combat, taiaut taiaut! vite vite mettons en memoire ce qui donne autant de plaisir à mamzelle! quand le melange salive-preparation chocolatée arrive a la gorge, le frisson se declenche en bas de la nuque et court tout le long de la colonne vertebrale, ou il se transforme en multiples petites bouches qui soufflent delicatement au creux des reins et a l'interieur du ventre. la fontaine qui se declenche la fait se precipiter avec le bol dans la chambre.
Il est la, son corps somptueux offert au coucher du soleil qui donne un couleur si chaude a sa peau. La piece est baignée dans l'or pur du soleil rasant de 6 heures, le vent soulève avec prudence les rideaux de voile blanc. Elle repousse delicatement le drap pudique qui recouvre encore ses hanches, plonge son index dans la preparation, et commence a le laisser courir sur ses fesses si parfaites. Il bouge, se retourne, lui sourit avec ce regard si plein d'amour. Elle continue son chemin, petite fourmi folle sur cette etendue si douce. Elle ne s'habituera jamais a la douceur de l'interieur de ses cuisses..d'ailleurs elle ne s'y habitue pas plus en cette fin d'apres midi, son tracé chocolaté est suivi de près par sa bouche vorace avide de happer a la source le moment exact autant qu'ephemere de la rencontre entre le gout toalement spirituel de cette peau cherie, et celui totalement concret de ce chocolat fondu. le plaisir est trop fort, trop puissant, elle se sent partir, elle va s'evanouir de plaisir...il la rattrape au bord du goufre "viens mon amour, viens que j'explore a mon tour les traces de tes montagnes" _________________ "La croyance catholique est, comme toute croyance, une falsification de la nature, une maladie que contractent tout à fait consciemment des millions de gens, parce qu'elle est l'unique salut pour eux, pour l'homme faible..."
Posté le: 13 Jan 2005 12:27 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
L'histoire de Ruben-Blades de Oliveira do Nacimiento dit "chocolat".
Ruben était l'un de ces nombreux gamins des favelas de Rio qui avaient eu pour seul horizon la misère et la violence que les somptueux paysages de son pays natal avaient eu peine à masquer. Depuis toujours, se famille, ses amis et même de simples connaissances de quartier le surnommaient "chocolat". Sans connaître l'origine véritable de ce surnom, il avait été, néanmoins, repris par des générations d'hommes et de femmes dont le destin avait voulu qu'ils croisent un jour la route de ce jeune homme alors âgé de 27 ans.
"Eh! Chocolat! Comment vas tu? Donne nous de tes nouvelles!", "Chocolat à table!" Aussi loin qu'il s'en souvienne, on ne l'avait jamais désigné autrement à tel point qu'il en oubliait sa véritable identité: Ruben-Blades (prénom composé en hommage au salsero de légende qui avait rythmé la première rencontre de ses parents) de Oliveira do Nacimiento. Si la genèse de ce sobriquet était difficile à déterminer, sa mère lui avait souvent raconté qu'enfant Ruben vouait une passion sans bornes à la fève de cacao surtout lorsqu'on la lui servait sous la forme d'un breuvage épais, onctueux et sucré agrémenté d'un zeste de citron et d'un bâton de cannelle. Dès lors le liquide se transformait en de la véritable ambroisie pour ce petit garçon divin, qui avant même de savoir dire "papa" ou "maman" prononçait déja avec aisance et facilité ce mot complexe qui résumait à lui seul la somme de ses aspirations et de ses désirs: "CHO-CO-LAT!"
Ruben avait été un enfant au regard malicieux et au sourire irrésistible qui ne laissait indifférent aucun des membres de son entourage. Mais au- delà de son charme tout infantile il était aux yeux de beaucoup l'être le plus doux, le plus drôle et le plus chaleureux que la terre ait porté. En de nombreuses occasions, il avait fait preuve, pour son jeune âge, d'une délicatesse absolue et d'une grande maturité, apportant ainsi du réconfort aux siens.
A l'enterrement de sa grand- mère paternel ces qualités si rares chez les individus du genre humain ne s'étaient pas démenties. Voyant son père brisé et anéanti, le petit chérubin n'avait rien trouvé de mieux que d'apporter une tasse de chocolat chaud à celui qu'il n'avait jamais vu pleurer jusqu'ici. Il avait ajouté ces mots qui devaient rester graver jusqu'à son dernier souffle en l'homme qui l'avait éduqué:"Tiens papa! Le chocolat guerrit tout."Ces paroles d'une candeur et d'une ingénuité folles renfermaient une vérité que seul Ruben pouvait véritablement percer.Mais cette morale simple avait été prononcée avec une telle tendresse, une telle suavité et une telle intention d'apaiser que le père ne put s'empecher de sourire et d'étreindre son fils longuement en signe de reconnaissance et d'affection.
Rien, donc, ne laissait présager le jeune adulte tourmenté et triste qu'allait devenir "Chocolat". A 27 ans comme nombre de ses amis il avait connu l'enfer de la drogue, une vie faite de petits larcins mais aussi de délits plus graves et il n'avait pas tété rare de le voir se prostituer dans les grands clubs de Rio, que certains touristes avides d'expériences sexuelles perverses fréquentaient avec assiduité. A 20 ans il avait déjà fait 3 séjours à la prison réputée la plus rude du Brésil: "Modelo" et en était sorti transformé à jamais. Il était difficile de reconnaître en ce colosse d'1m85 qui s'était musclé quotidiennement pendant des mois (survie oblige) le petit bonhomme affectueux et tendre qu'il avait été autrefois. Tout chez lui n'était plus que rudesse, aspérité et rugosité mais pour ses amis, ses connaissances et surtout sa mère (son père avait péri dans un sombre réglement de compte dans lequel il n'était même pas impliqué) il restait "Chocolat". Les coups durs de la vie, les affres de l'âme et les moqueries du Destin n'avaient,en effet, pas eu raison de l'addiction sans faille du jeune homme pour cette douceur culinaire. Et chaque week end lorsqu'il n'était pas fourré dans un mauvais coup ou en prison il se rendait dans la demeure familiale pour déguster la boisson chaude que sa mère avait préparé avec soin et amour dans l'hypothèse de ne plus jamais le revoir.
La vie de "Chocolat" prit une tournure inespérée un de ces dimanches de mai où, à Rio, le vent enveloppe les hommes d'une douce chaleur et où le soleil n'accable ps encore les êtres qui évoluent sous son joug impérieux. En route pour l'une de ses visites dominicales, Ruben était loin de se douter que sa passion pour le chocolat allait trouver une concurrente de taille en ce qu'il appellerait dans ses vieux jours:"une beauté auréolée d'or et de lumière". Une intuition profonde, qui releavit de l'inconscient, l'avait poussé presque machinalement à faire un effort vestimentaire ce matin là: "Après tout un fils se doit d'être beau pour sa mère" s'était il dit avant de partir. Mais ce sursaut de coquetterie et d'élégance n'était pas parvenu à effacer cette mine morose et triste qui caractérisait le jeune "truand"depuis kil avait perdu son innocence dans un coin sombre d'une prison brésililenne.
Lorsque, comme à l'accoutumée, Ruben pénétra dans sa maison du quartier "El sabor"après avoir embrassé sa mère, il eut l'imprssion comme par enchantement, que l'intérieur avait changé. Tout était plus lumineux, plus clair, plus beau. Sa mère en tant qu'hôte et selon un rituel immuable le guida jusqu'à la cuisine. Mais avant d'y entrer elle s'interrompit pour s'adresser à "Chocolat": "J'ai oublié de te prévenir. Aujourd'hui nous avons de la visite. Vanilla Fernandes Da Silva nous accompagnera. Elle a perdu sa mère il y a trois semaines et nous avons décidé avec kelkes voisines de nous relayer pour ne pas la laisser seule."
Bien qu'un peu agacé, cet élan de solidarité féminine avait parlé au brin d'humanité qui croupissait encore quelque part en Ruben. Ce n'était donc ps totalement ravi mais préparé qu'il fit irruption dans l'antre du péché culinaire. Au moment où "Chocolat" Ruben-Blades de Oliveira do Nacimiento croisa pour la première fois le regard de Vanilla Fernandes Da Silva il sembla qu'une pluie d'étoile s'abattit sur l'âme et le coeur du jeune homme, balayant tout sur son passage. "Une beauté auréolée d'or et de lumière", qui en réalité avait troqué ses habits de deuil contre une robe jaune soleil, le temps d'un apres midi, venait de dynamiter les sentiments d'un homme qui jusqu'alors ne savait plus s'il était vivant ou mort. Cette rencontre emplit Ruben d'un bonheur sans égal et redonna un sens à son existence. Dès lors il harcela sa mère pour tout savoir de l'enchanteresse qui en une apparition avit conquis et dompté tout ce qui vivait en lui. La découverte la plus étonnante kil fit, fut de réaliser que le jeune fille agée de 25 ans avait tjs vécu au quartier "El sabor" dans une maison tres proche de la sienne.Ms il n'avait ps le souvenir de l'avoir vu, ni au petit commerce du Vieux Victor à kelkes encablures de là, ni à la messe du père Coraçao, ni à l'école du Saint Suaire où il avait fait sa courte scolarité, ni même dans la rue de las delicias dans laquelle tous deux vivaient. Planait donc un parfum de mystère et d'intrigue autour de cette demoiselle qui l'inspira comme nulle autre au moment d'écrire les plus belles lettres d'amour qu'un homme ait écrit à une femme. Chaque jour il puisait au plus profond de son etre pour retrouver les qualités qui avaient fait de lui un enfant sucré et chaud comme le chocolat. Il réapprenait à chaque mot, à chaque ligne, à chaque page la tendresse, le don de soi, l'amour: en un mot tt ce que le sentiment a de plus noble.
Vanilla lisait ses lettres avec frénésie et un bonheur indescriptible qu'elle n'avait que trop rarement ressenti. Depuis l'âge de 5 ans elle avait veillé sur sa mère atteint d'un mystérieux mal auquel aucun medecin ou guérisseur aux herbes magiques n'avaient pu remedier. La moribonde transpirait par ts ces pores le poison qui la rongeait et s'emparait d'elle chaque jour un peu plus. Seul un thé à la vanille et un carré de chocolat lui apportait un éphémère soulagement au cours duquel la complicité filiale, qui malgrè les circonstances, était restée intacte comme un feu de joie au milieu du néant, se transformait en une osmose sereine ou mère et fille échangeaient des paroles pudiques: condensés essentiels des conversations qui n'avaient pu etre tenues. L'agonie avaient duré 20 longues années faites de dévotion de souffrances mais aussi de petites victoires sur le quotidien.
Quand "Chocolat" connaissait les tourments d'une descente aux enfers qui devait le mener jusqu'au cellules sordides de Modelo, Vanilla depuis sa prison dorée d'El Sabor vivait les mêmes peines, les meme inquiétudes et le même mal de vivre. Peut être un soir de pleine lune avaient ils lancé, à l'unisson, un SOS depuis leurs abîmes de sollitude pour finalement se rencontrer des années plus tard lors d' un joli dimanche de mai.
La jeune fille qui avait passé sa vie en recluse et qui lors de ses rares sorties n'avait jamais attiré l'attention ( passant pour un modèle de vertu, de reserve et de retenu auprès des rares personnes qui la connaissaient) n'était pas habituée à de tels égards. Elle n'avait jamais connu d'hommes ni chastement ni bibilquement et se sentait vide et transparente.
Le jour où elle accepta l'invitation de "Chocolat" à boire sa boisson favorite sur le bord de mer la face du monde changea pour ces 2 individus solitaires. Vanilla se mit à exister et "Chocolat" revint à la vie. Ruben acquit la certitude de ne jamais s'être senti autant aimé sous la douceur du regard de celle qui deviendrait sa femme. Quant à Vanilla elle s'était fait du temps un précieux allié qui lui offrait chaque jour des instants d'éternité: un (...), une caresse, un sourire...Lorsque des amis témoins de leur amour les interrogeaient sur les secrets de leur bonheur Vanilla ne pouvait s'empecher de répondre avec une résolution teintée de malice: "Que voulez vous?! Le chocolat guerrit tout!" _________________ "Sin ser esclavo, tampoco está en libertad."
Genre: Femme Inscrit le: 25 Sep 2002 Sujets: 113 Messages: 7698 Localisation: da hataz basement aka the nice part of hell
Posté le: 13 Jan 2005 14:00 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
elle se réveille doucement. elle ne reconnait pas sa chambre, et puis elle jette un oeil sur ses poignets, elle voit les bandages et se dit "ah oui, c'est vrai. j'ai voulu mourir."
de toute évidence ça n'a pas marché. elle est couchée dans un des lits de la clinique des sikrié qui est tenue par monsieur audibert, un ami de sa mère. il s'agit d'un centre d'accueils pour adolescents en difficulté. anorexiques, drogués et suicidaires, comme elle.
les sédatifs ne font plus effet. elle a la bouche pâteuse et les muscles fatigués. c'est une sensation qu'elle a déjà vécue et qu'elle n'a jamais réussi à apprécier.
elle mérite bien sa place dans cette institution. elle en est à sa troisième tentative de suicide, une par overdose de paracétamol, une par overdose de cocaïne et une en se coupant les veines. elle n'avait pas prévu que sa mère rentrerait plus tôt qu'elle ne l'avait dit. elle avait pensé qu'elle aurait la maison pour elle seule un peu plus longtemps que ça.
elle ne sait pas quelle heure il est mais il fait jour derrière les volets. elle se lève. ses affaires sont au pied de son lit. des vêtements, et puis une enveloppe. il y a une lettre à l'intérieur.
te revoilà dans ce sordide hopital suite à tes conneries, une fois de plus. j'en ai vraiment marre de tes histoires, je t'assure. ton beau père et moi nous donnons tout le mal du monde pour que tu aies la vie rêvé de tous, et toi, ingrate que tu es, tu t'évertues à nous donner rides et cheveux blancs.
je sais que tu m'en veux d'avoir quitté ton père, mais essaye de comprendre que j'ai donné ma vie pour vous deux ! toute ma jeunesse a été aspirée dans un effort vain de vous prodiguer l'amour que vous réclamiez de moi. mais ce n'était jamais assez !
aujourd'hui, avec edward, je me sens revivre, et ça, tu ne le supportes pas. il te faudra apprendre à comprendre que tu ne seras pas mon centre du monde toute ta vie !
j'aurais vraiment préféré que tu sois droguée, vraiment. c'est beaucoup plus reluisant que d'être une maniaco-dépressive, et surtout, ça ne m'aurait pas fait passer pour une mauvaise mère aux yeux de tous. j'aurais pu rejeter la faute sur tes mauvaises fréquentations ! alors que là, c'est sur MOI que tu jettes le discrédit ! c'est de MOI qu'on dit du mal dans le dos parce que ma fille avale des cachets comme si c'étaient des bonbons !
et encore heureux pour moi que ma cystite m'ait reprise hier soir et que j'ai persuadé edward de rentrer plus tôt à la maison, malgré le fait qu'on s'amusait à ce cocktail. cette cystite, qui d'ailleurs, m'enquiquine par intermittence depuis que je t'ai mise au monde !
je te préviens déjà, kayla, tu resteras dans cette clinique très longtemps, et tu y retourneras aussi souvent que nécessaire mais il faudra que tu arrêtes tes bêtises. je vais t'apprendre à vivre, moi ! j'ai déjà assez donné pour toi, tu n'es plus le centre de mon univers.
elle lit tout ça sans sourciller. elle n'a même pas envie de pleurer. elle continue de fouiller dans le tas d'affaires qui se trouvent au pied de son lit et trouve un bloc note et un stylo. elle arrache une feuille et commence à écrire.
me revoici une fois de plus. j'avais espéré que cette fois serait la dernière mais je me suis ratée, encore. à croire que je ne saurai jamais rien réussir dans ma vie, pas même ma mort.
tu sais quoi, journal volant, je souffre d'une maladie très rare et très handicapante. je souffre de persistance épidermique exacerbée. chaque fois qu'on me touche, la moindre petite brise qui m'effleure, et ma peau s'en souvient pour toujours. et je dois vivre tous les jours avec ces brulures qui me parcourent le corps et qui me rappellent pourquoi mon âme souffre.
toutes les nuits je revis le même cauchemar. toutes les nuits, la porte s'ouvre doucement, il rentre délicatement dans ma chambre et brutalement en moi en prenant bien soin de me plaquer les bras le long du corps...
j'ai les poignets en feu ce soir, ce ne sont pas les lames de rasoir qui m'ont fait mal. ce sont ses mains, ses affreuses mains, celles avec lesquelles il touche aussi ma mère, celles avec lesquelles il me tend de gros billets et autres cadeaux pour acheter mon silence... comme si j'allais parler... comme si je pouvais trouver la force au fond de moi pour dire l'indiscible... comme si je pouvais un jour mettre de vrais mots sur les vraies douleurs qui me parcourent.
mon cher journal volant, j'espère que tu ne crains pas la chaleur parce que je te mettrai le feu une fois que j'aurai fini de te raconter ma vie. ne m'en veux pas, je veux juste que tout ça reste entre toi et moi.
elle reste un moment à regarder le mur en face, les volets sont fermés mais elle entend que la vie continue dehors. elle se dit qu'au fond, elle a de la chance, si elle réussit à rester dépressive, elle ne rentrera jamais chez sa maman...
la porte s'ouvre, une infirmière entre et lui sourit comme on sourit à un bébé qui s'est cogné la tête contre le rebord d'une table.
"ça va petit lapin ? tu as bien dormi ? tu veux manger quelque chose ?
-non, j'ai juste soif.
-tu aimes le jus de poire ? on en a plein dans la cuisine.
-oui, je veux bien.
-avec des glaçons ?
-non, sans glaçons.
-j'espère que tu mangeras plus tard...
-moi aussi, j'espère."
elle resort en refermant la porte tout doucement derrière elle. kayla a envie de lui courir après et d'enfouir sa tête dans sa poitrine, de pleurer toutes les larmes de son corps et de lui dire "sauvez-moi ! sauvez-moi !" mais elle n'en fera rien. elle laissera l'infirmière sortir. et quand elle reviendra avec le jus de poire, elle la laissera repartir une seconde fois, sans un mot mais avec plein de sourires.
les sourires, les vrais, les sincères, ceux qu'on ne fait pas pour sauver les apparences, c'est ce qui lui manquait le plus.
kayla a envie de pleurer maintenant. la douceur toute naturelle et professionnelle d'une parfaite inconnue la touche dix mille fois plus que la froideur sadique de sa propre mère.
elle regarde ses poignets. deux petits filets de sang tâchent les bandages juste à l'endroit où elle se souvient avoir passé les lames de rasoir. elle se rappelle très bien de tout. elle s'était assise en tailleur sous la douche et ne savait plus trop si c'étaient ses larmes ou l'eau qui lui coulait sur la tête qui lui brouillaient la vue. de toutes les façons, à cet instant précis, plus grand chose n'avait d'importance. elle se souvient de la douleur et puis ensuite d'avoir regardé le rouge s'en aller par petits ruisseaux avec l'eau du bain. c'était presque joli à regarder, s'était-elle dit.
elle se décide après de longues minutes à sortir de son lit et de sa chambre. elle cherche du feu. briquet, alumette, n'importe quoi, pour faire disparaître le petit mot, son journal volant, qui lui brule la cuisse dans la poche de son jean. il y a plein de monde dans la cour, des gens qui ressemblent plus ou moins à des zombis ou à des somnambules. elle voit une personne au sexe indéterminé qui fume dans un coin. elle s'approche et lui dit "excuse-moi, t'aurais du feu ?
-oh, la gosse de riche t'approche pas de moi ! lui aboie la personne, qui de plus près ressemble à une jeune femme. je t'ai vue arriver dans ton ambulance de type limousine, en pleine nuit pour que personne ne te voie, avec ta momon qui pourrait se payer mon loyer pendant deux mois avec l'argent qu'elle a claqué pour les fringues qu'elle portait. les gens de ta race, je les connais. tous ces petits gosses friqués qui ne savent pas gérer leur petite crise d'adolescence de gamins pleins de thunes. tu t'es ouvert les veines, c'est ça ? papa n'a pas voulu te payer une porsche pour ton demi-anniversaire, c'est ça ?
-ah non... j'en ai une de porsche. une boxster rose fushia metallisé.
-pfffff ! et en plus t'es conne ! ça promet ! allez, dégage ! j'ai pas de feu pour toi."
kayla s'éloigne, un peu étonnée de cette accueil, mais pas plus déphasée que ça. elle finit par trouver quelqu'un qui lui donne une boite d'alumettes, elle s'isole derrière un batiment et met le feu à son petit papier. alors qu'elle était accroupie à regarder les mots disparaître dans les flammes, kayla entendit des pas dans les graviers derrière elle. elle se retourne et retombe nez à nez avec la jeune femme qui lui avait refusé du feu précédemment. elle la regarde méchament, un mégot de cigarette coincé au coin de la bouche.
"qu'est-ce tu fous la gosse de riche ? y'en a qui ont essayé de f.outre le feu ici bien avant toi et tous les murs de cette clinique de m.erde sont encore debout alors te fatigue pas !
-je ne voulais pas mettre le feu ici... je voulais juste détruire quelque chose."
elles se jaugent du regard.
"tu t'appelles comment, la gosse de riche ?
-je m'appelle kayla.
-quel nom de chiotte ! hahahahahahaha !
-et toi ? c'est quoi ton nom ?
-ici, on m'appelle l'hallu. mais mon vrai nom c'est joan. ça s'écrit comme johan mais ça se prononce jone. mes parents n'avaient pas de fric mais ils avaient des idées bizarres des fois. comme le jour où ils ont décidé de m'avoir. ils auraient pu m'épargner. tu vois ça ? lui dit-elle en lui montrant des dizaines de cicatrices sur ses bras, c'est ma mère qui m'a fait ça. elle me battait avec tout ce qui lui tombait sous la main. une fois, elle m'a balancée à travers une vitre ! je me souviens même plus ce que j'avais fait pour mériter ça ! hahahahahaha ! et quand elle a su que je carburais à la blanche, elle m'a foutue à la porte ! j'ai fait p.ute, j'ai volé, j'ai braqué des mémés qui sortaient de la poste, j'ai vécu dans des cartons, je me suis bastonnée avec des gars grands comme des échelles ! j'te jure, j'ai plus peur de rien maintenant ! alors quand je vois des gosses de riches arriver ici avec leurs faux problèmes et leur anorexie de m.erde, ça me fait rigoler ! alors c'est quoi ton faux problème à toi ?
-je n'ai pas de faux problème.
-ils t'ont mise sous anti-dépresseurs et anxiolitiques, j'ai vu.
-tu en sais des choses...
-je sais tout ce qui se passe ici. j'y viens tellement souvent que j'ai même mis des posters au mur ! hahahahahaha ! alors, c'est quoi ton "problèèèèmeu" ?"
kayla hésite. elle n'a jamais dit à personne quel était ce mal qui la rongeait... et pourquoi pas à cette espèce de fille un peu folle ?
elle n'a pas vraiment eu le temps d'y réfléchir, à peine avait-elle ouvert la bouche que toute l'histoire en sortit... avec force détails... et beaucoup de larmes. joan s'assit auprès d'elle après un moment et l'écouta parler sans dire un mot. une fois l'histoire finie, elle la regarda de la tête aux pieds et lui dit "c'est ben la première fois que je vois une gosse de riche qui a de vrais problèmes..."
ensuite elle lui prit la main et lui dit "tu sais, kayla, le prozac ne fera rien pour toi. essaye plutôt le chocolat." _________________
Posté le: 14 Jan 2005 18:29 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
Didico a écrit:
EU SEI QUE VOU TE AMAR
Dites le moi !
Dites-moi que vous m’aimez ! Mais ne le dites point avec des roses
Ni quelque autre bouquet de fleurs odoriférantes
Leur frêle parfum ne peut suffire à embaumer les replis de la passion
Dites-moi que vous m’aimez ! Mais ne le dites point avec de l’or.
Toutes ces perles, ces boucles et ces bagues ne sont que trop ternes
L’éclat des mille reflets irisés des âmes en transe irradie bien plus encor.
Surtout, ne le dites pas avec des mots ! Les hommes ne savent pas dire ces choses là comme il le faut
Votre voix, trop grave, n’a jamais su délivrer la sérénade des élans de l’amour
Les sonorités gutturales qui émanent de votre corps peinent à exhaler les émois du cœur
Dites-moi que vous m’aimez ! Je vous en conjure, dites-le moi !
Dites le moi avec du chocolat !
Que mes pupilles s’illuminent à la vue de leur robe brune !
Que leur arôme enivre mes sens !
Que je les effleure de mes doigts fébriles !
Que je les croque du bout des dents !
Que l’alcool réchauffe mon palais orphelin !
Qu’il parcourt mes chairs endeuillées !
Genre: Homme Inscrit le: 19 Aoû 2004 Sujets: 63 Messages: 6552 Localisation: Jamais bien loin ...
Posté le: 14 Jan 2005 20:16 Sujet du message: [concours d'écriture n°3] CHOCOLAT !
Ile de Guanaja, vers l’an 3000 avant notre ère.
Il règne une atmosphère étrange, dans la forêt, ce matin. Tout semble comme à l’accoutumée pourtant. Les singes hurleurs rythment de leurs cris sourds la symphonie faunesque, composée de chants d’oiseaux variés, des beuglements de ces étranges bovidés qui, chaque jour, transument depuis les vallons, où le fourrage est abondant et tendre, jusqu’aux hauts plateaux, résidence des lacs clairs, où l’eau et si fraîche et dépourvu d’alligators voraces que l’on peut retrouver dans les marécages boueux, pourtant plus près des vallons. Symphonie enrichie également des cris de ces terribles reptiles. Symphonie à laquelle chaque espèce contribue, par ces sons qui manifestent autant de dialogues, autant d’émotions. Le chef d’orchestre en est la Vie, cette Vie qui fait mouvoir le soleil, et dont les dieux ont le secret.
C’est l’esprit de Vie qui a parlé à Timitonga cette nuit, en songe. Manifesté sous les traits d’un gigantesque serpent ailé, l’esprit a parlé au sorcier du village. Timitonga a déjà vu 24 printemps. Tout son savoir, il le tient de son père. Mais jamais rien auparavant ne l’avait préparé à la vision qui le tourmente depuis son réveil. Il est perturbé, il doit entrer en communication avec les ancêtres pour comprendre. Il part en quête de l’herbe sacrée, qui lui permet d’accéder au Royaume des visions, d’où il invoque les anciens. L’arbre sacré pousse près du village, à l’orée de la forêt. Son fidèle compagnon, un chien jaune pourvu d’un œil vert et d’un œil rouge, le suit comme son ombre. Il va, la queue entre les jambes, émettant de petits jappements craintifs, et cherchant dans l’attitude de son maître un signe rassurant. Timitonga sourit en constatant que son animal a déjà compris que quelque chose d’anormal était en train d’arriver. Durant le trajet, le sorcier observe les plantes, les arbres, écoute attentivement chaque note de la symphonie de la jungle, les disséquant à l’affût du moindre indice lui permettant de corroborer son inquiétude. Mais rien. Tout semble normal. Seul lui a reçu cette terrible révélation, et il sait que désormais, il ne percevra plus la quiétude de son environnement. L’atmosphère est lourde, dans la forêt, ce matin. Et seul lui, Timitonga, semble en être conscient.
Ile de Xymaka, Mars 1660.
Binta se cache pour pleurer. Elle ne comprend pas comment le petit maître, qui semblait différents des autres blancs, a pu laisser une telle fureur se déchaîner en lui. Tout ça parce qu’il l’a vu plongée dans le Livre. Elle se souvient de heures passées à flâner avec lui, pendant que le reste de la famille souffrait mille supplices. Durant ses heures bénies, le petit maître, James, lui apprenait aussi à parler l’Anglais tel qu’il se pratique à la Cour. Pas ce sabire qui sert d’interface entre les colons britanniques et les esclaves Ashanti. Il lui avait aussi enseigné les secrets de l’écriture. Elle n’imaginait pas que derrière cette bonté apparente, se cachait un être aussi démoniaque que son horrible père. Pourquoi ? Pourquoi avait il réagit ainsi en l’entendant chanter les Psaumes ? « Enfant du diable, c’est ainsi que tu me remercie ? Sache que ceux de ta race sont dépourvus d’âme, et qu’il ne vous est pas permis d’adorer notre Dieu ! Vous devez nous adorez nous, comme les bons animaux domestiques que vous êtes. Parce que la Nature vous a doté de la parole, vous pensé être nos égaux ? Et moi qui t’enseignait, comme on apprend des tours à un singe savant, quelle ingrate tu fais ! »
Les brimades, elles avait appris à les encaisser depuis sa tendre enfance. Aujourd’hui, à 14 ans, c’est une femme. L’affection que lui a toujours manifesté James lui a valu de ne point être vendu à un autre exploitant, comme le sont souvent les filles de 10 ans. Elle aidait aux travaux ménagers depuis l’âge de sept ans, et ses talents de cuisinières étaient loués par tous depuis quelque temps. Ce n’est pas tant ce que lui a dit James qui la fait souffrir ainsi, mais la manière dont il l’a dit. Et surtout, il l’a dit, tout simplement !!! Elle aurait du écouter son père.
« Binta, ma fille, il ne peut y avoir d’amour entre nous et les blancs. Je vois bien avec quel regard tu envisages le petit maître. Mais oublie ces chimères, à ses 18 ans il épousera une congénère, et il ne pourra jamais s’enticher de toi. Tout au plus, il souhaitera te culbuter dans un champs de canne.
- Mais Papa, il est si gentil avec moi.
- Oui, parce qu’il est jeune, et que son père ne lui a pas encore transmis les vrais valeurs qui font la force de leur peuple : la domination et la violence. Regarde cette île, elle appartient aux Rouges, mais les Blancs l’ont colonisés avec leur fusils et leurs molosses, et nous ont extrait de notre terre, où nous étions pourtant près à avoir des relations cordiales et commerciales avec eux, pour nous réduire en servitude sur ce sol maudit. Je t’ai déjà conté maintes fois les horreurs de la déportation, que ton arrière-grand-père à vécu.
- Oui mais nos maîtres acceptent que je porte mon nom Ashanti, et James…
- James est un blanc. Il appartient à une famille qui vit de l’exploitation de la canne. Son seul amour est le profit, qui ne peut se satisfaire que de nos larmes et de nos cris. Et crois moi, il t’obligeront bientôt à n’utiliser que le nom que le maître t’a donné : Kate. »
Mais le mal est fait. James lui a repris le Livre qu’elle a appris à aimer, et elle n’a échappé au fouet que par la grâce des hurlements du maître, qui cherchait son fils.
« Tu ne perds rien pour attendre, tu devras me rendre des comptes sur la manière dont tu t’es procuré le Livre », dit il avant de disparaître à la rencontre de son père. Et depuis ce matin, elle est caché dans le sellier qui juxtapose le bureau du maître, et elle pleure. Epuisée de tristesse, elle finit par s’endormir à même le sol. Des pas empressés et la voix forte du maître la réveille. Elle a peur qu’il ne la cherche, et qu’il ne pénètre, furieux, dans sa cachette d’enfance. Mais elle se rassura en entendant la porte voisine crisser. Elle entend un autre homme, dont la voix lui est inconnue, s’adresser au maître. Elle reconnut le fort accent avec lequel James s’exprimait lorsqu’il lui parlait Anglais :
« Henry, Henry, tu ne comprends pas que la canne ne fera pas ta fortune.
- Mais bon sang, mon grand père est venue ici pour la cultiver, et c’est tout ce que nous savons faire. Comment réorganiser ma plantation pour y cultiver des graines ? Tu es fou !!!
- Ces graines seront bientôt la denrée la plus prisée d’Europe, crois moi. Le roi de France, Louis, a en sa Cour des religieux qui en font la base d’une boisson succulente et raffinée.
- Cette amande indigeste et répugnante que tu m’as montré ? Comment la nommes tu déjà ?
- Cacao.
- Cacao, Cacao, on dirait un nom barbare des indigènes de notre île ! D’où vient elle ?
Des Amériques, d’où elle a conquit toutes les cours d’Europe.
- Mais comment les nobles et les clercs, que l’on dit délicats, peuvent ils s’adonner à la consommation d’une si pitoyable graine ? L’arachide est bien meilleure !
- Tu ne m’as pas compris. Grillée, torréfiée et mélangée à une mixture aqueuse à base de cannelle et d’anis, elle donne un breuvage exceptionnel, que l’on nomme « eau amère ». Les indigènes américains le nomme « Chocolat ».
- Et tu crois vraiment que sa culture remplacera celle de la canne, ici, en Jamaïque ?
- J’en suis persuadé : le roi Louis a livré patente à un certain David Chaillou pour qu’il en fasse commerce, à Paris. Sa boutique, « la chocolaterie », connaît déjà un vif succès. Je suis certain que sous peu, ce Chaillou n’aura plus le monopole du commerce de chocolat, et que les grands gagnants seront les producteurs de la matière première qu’est le cacao.
- J’ai une petite exploitation, je ne peux consacrer la moindre parcelle à l’expérimentation d’une nouvelle culture…
- Henry, abandonne la canne, cultive le cacao. Je t’avancerais les frais de transports des premiers cacaoyers, en provenance des Amériques. Je m’occuperait de l’exportation des graines de cacao vers l’Europe. Nous n’aurons même pas besoin de les vendre chez nous, les navigants hollandais avec lesquels j’opèrent sont déjà au fait des principaux circuits menant aux marchés de Paris, Madrid et Florence. Crois moi Henry, notre fortune est assurée. »
Cour d’Espagne, Juin 1535.
« Je l’affirme, un jour je mettrai Paris sous mon Gand !!! Foi de Charles Quint.
- Sir, vous faîtes fausse route. Le roi de France, François le Premier, est un fervent défenseur de la foi catholique. Le danger vient des Princes Germains, tous sensibles à la fausse doctrine enseignée par Luther, le fourbe. Nous gagnerions à les anéantir définitivement, pour agrandir le Sait Empire jusqu’aux portes Ottomanes, ou le Turc ourdi des intentions guerrières. Qui sait si ces chiens de Réformés ne s’allieront à lui, pour renverser Rome, et bientôt l’Empire tout entier ? Une alliance avec François 1er me semble préférable à une guerre qui affaiblira en premier lieu l’Eglise, dont la France est la fille aînée.
- Il suffit ! J’entends inversé cette tendance et donner à l’Espagne la place qui lui revient. Tes princes Germains sont affaiblis par des années de luttes internes, où le moine Luther suscita des vocations qu’il ne pût lui même contrôler. La diffusion de Saintes Ecritures en Allemand, rendue possible par cette invention démoniaque qu’est l’imprimerie, a fait naître une multitude de prêcheurs qui sont à la base des jacqueries de la dernière décennie. Thomas Müntzer, le premier d’entre eux, ouvrit la voie de la révolte aux paysans. Ils commencèrent par brûler les images saintes dans les Eglises, puis s’attaquèrent aux nobles, qui pourtant partageait leur foi hérétique, prétextant que le Seigneur était venu pour que les pauvres et les humbles du Monde instaurent Son Royaume. Ils voulurent l’Apocalypse, ils l’eurent. Cette fièvre anabaptiste est maintenant éradiquée de Münster même, la ville où le peuple pris le pouvoir.
- Mais l’on dit qu’en Hollande…
- Les hollandais me sont déjà assujettis, et mon ami Gianpietro Carafa, éminent chef de l’inquisition à Rome, m’aide à y maintenir l’ordre en débusquant les derniers apostats. Non, pour étendre mon Empire et faire régner la puissance de la très sainte Eglise de Rome, je dois annexer la France. Mais silence, n’est ce pas ce bon Boniface que je vois traverser l’esplanade comme si le diable lui même le poursuivait ? Laisse moi, je brûle d’apprendre quelle nouvelle recette ce sympathique chanoine m’a concocté.
- A votre aise Sir, votre gourmandise vous jouera également des tours.
- Insolent ! Tu es mon conseiller, rien de plus, ne l’oublie jamais… »
Guanaja.
Timitonga est de retour, avant que le soleil ne se couche. Il va pouvoir consulter les ancêtres, grâce au rite de la danse inspirée. Il commence par préparer le foyer en terre cuite de sa pipe, en réduisant en poudre les têtes résineuses de l’arbre sacrée. Il retire méticuleusement branches et graines, qui ne sont pas consommables, et hache très fin l’herbe sacrée. Elle est grasse, et il l’assèche en la faisant réchauffer quelques instants dans le four qui lui sert aussi bien à confectionner ses potions secrètes qu’à cuire sa nourriture. Le rite de la petite fumée, telle qu’il le nomme, a de multiples vertus. Il galvanise les chasseurs et les guerriers, apaise la douleur que les femme éprouve chaque mois quand le signe de leur fécondité s’écoule hors d’elle, unit tous les membres du village dans une même pensée lors des réunions nocturnes… Pour lui, ce rite prépare un autre rite, celui de la danse sacrée, qui le transporte aux pays des ombres et des esprits, à l’antichambre du royaume des morts. C’est là que ses ancêtres se manifestent chaque fois qu’il a besoin d’eux. Ce soir, il leur fera part de son rêve terrifiant, dont la violence l’intrigue encore. L’herbe est prête, Timitonga enflamme sa pipe, et se délecte de la fumée qui ne tarde pas à emplir ses poumons. Il la retient le plus longtemps possible, et visualise le chemin qu’elle emprunte en son sein, pour regagner son cerveau, siège de la pensée et des émotions, avant de ressortir par les narines. Sa perception du monde commence à se modifier quand il entame la danse sacrée qui l’amène lentement vers l’état de transe que lui seul maîtrise. En quelques instants, il se retrouve au pays des esprits, et il ne tarde pas à trouver celui de son père, qui a quitté le monde des vivants l’hiver dernier.
« Père, je suis heureux de te voir ce soir.
- Tu sembles soucieux mon fils.
- Père, j’ai eut des visions la nuit dernière, et je souhaite t’en faire part tant elles m’ont perturbées.
- Tu es le garant de la santé spirituelle du village depuis mon départ, et tu dois apprendre à interpréter tes visions tout seul.
- Je le sais. Mais ces visions ne me sont pas venu au cours d’un rite incantatoire. L’esprit de Vie m’est apparu en songe, pendant mon sommeil.
- Impossible, l’esprit de Vie ne se manifeste qu’aux âmes pures qui se sont humilier par le jeûne et la méditation. Tu as été victime d’un esprit néfaste, qui t’aura joué quelque tour.
- Les esprits néfastes se contentent de t’inoculer des maux divers, ou te transmettre des messages mensongers. Le serpent ailé m’a pris sur son dos, et m’a fait voyagé hors de mon corps. J’ai vu mon esprit sortir de son enveloppe, chevaucher le serpent, et se mouvoir à une vitesse ahurissante vers des terres inconnues. Sur ces terres, j’ai vu des images horribles, et l’esprit de Vie m’a dit qu’il m’était donné de voir ce qui allait advenir bientôt.
- Qu’as tu vu de si terrifiant ?
- J’ai vu des hommes étrangement vêtu, dont la peau était pâle, comme du lait de chèvre, et dont les cheveux étaient rouges. Ces hommes jetaient du feu avec leurs bras, et exterminaient notre peuple. Ils montaient de grands animaux, étaient accompagnés de chiens énormes, si bien que nos plus valeureux guerriers ne pouvaient rien contre eux. Je me vis échapper à ce massacre, en laissant aller ma pirogue jusqu’à des terres vierges, où j’établis une nouvelle tribu, qui devint un nouveau peuple. Mais une fois que les hommes à la peaux laiteuse nous eurent exterminés, je les vis occuper toute nos terres, y établir des camps où les tentes furent dressés avec le bois de nos forêts. Et j’entendais la forêt pleurer, hurler de douleur. Ils éventrèrent la terre mère pour y planter de nouvelles plante. Et ils amenèrent un peuple servile, à la peaux noire comme la nuit, à qui ils faisaient subir les pires atrocités. Ensuite, l’esprit de Vie m’emmena sur une terre par delà les eaux, peuplée par ces hommes-lait. Et je vis qu’ils savaient préparer aussi bien que moi l’ eau amère !
- L’ eau amère est un secret que seul les sorciers connaissent. De plus, sa consommation apaise l’esprit, de sorte qu’il est impossible qu’un peuple guerrier tel que tu me le décris en soit friand.
- Je le sais. Mais je sais aussi ce que j’ai vu. Que dois je faire ?
- D’abord, tu dois avertir le chef du village, et lui décrire tes visions sans l’alarmer inutilement. La peur n’est pas une bonne conseillère. Tu dois néanmoins lui faire comprendre l’extrême nécessité d’initier tout le peuple à la guerre, y compris les femmes. Peut être ton songe n’est il qu’un avertissement de ce qui pourrait arriver si nous ne préparons pas. Tu dois lui demander d’envoyer des messagers dans toutes les tribus voisines, pour que celles ci se préparent, et qu’elles envoient aussi leurs messagers vers nos frères plus éloignés. Tu lui demandera enfin de te donner sa fille aînée en mariage, car c’est de son union que naîtra la nouvelle race que tu as vu. Le secret du xocolatl, tu l’emportera avec toi sur les hauts plateaux, où tu iras t’installer avec ta femme, de sorte que notre famille seule en possède la connaissance. C’est là haut que tu cultiveras les fèves de cacahuatl, nécessaires à sa préparation.
Quand Timitonga revint à lui, il rendit visite au chef du village, et lui prodigua ses conseils.
« Je t’écouterai, Timitonga, je te donnerai même ma fille, alors qu’elle était destiné au Prince d’une tribu jadis ennemie, en signe de réconciliation. Mais qui nous protègera des mauvais esprits, si tu te terre sur les hauts plateaux ?
- Je resterai le sorcier du village, il me faut simplement protéger mon savoir de mon propre peuple. Si les évènements que je pressens, et dont je ne peux te délivrer toute la teneur, n’arrivent pas à notre génération, je veux simplement que mes fils et mes filles ne s’accouplent qu’avec des rejetons de ton sang. De cette sorte, je créerai une tribu dont le but sera de protéger la tienne, dont le rang sera justifié par le savoir que je détiens, dont mes fils profiterons, et par le sang qui coulera dans leur veines, qui sera ton sang.
- Cela me semble juste. Qu’il en soit ainsi. »
Les années s’écoulèrent, mais Guanara vivait toujours en paix. Timitonga passa, et son esprit rejoint celui de ses pères. Son secret fut transmis de générations en générations aux hommes de sa famille, qui était maintenant une tribu. Mais au village, l’éloignement des sorciers commençaient à irriter le peuple, qui mit en place un nouveau sorcier, et le nouveau chef refusait d’offrir ses enfants à la tribu Timitonga . Au cours des 4500 derniers printemps, quelques 12000 générations s’étaient succédés, sans que la vision de Timitonga, qui donna son nom à sa tribu, ne se réalisent. Comment blâmer les villageois, qui ne voulaient plus nourrir des protecteurs au nom d’une tradition en laquelle ils ne croyaient plus. Mais personne alors n’imaginait que le cours de leurs vies allait être perturbé par un événement beaucoup moins anodin qu’il n’y paraissait.
Xymaka.
Binta reste immobile. Il ne faut pas que le maître l’entende. Elle, en revanche, n’a rien perdu de la conversation qu’elle surprit malgré elle. La fortune, l’appât du gain, le profit… Son père a raison, les blancs ne pensent qu’à cela. L’exploitation s’apprête donc à vivre une grande transformation, et à cultiver une nouvelle graine consommable. Les mots et les idées fourmillent dans sa tête. Si le maître se prépare à gagner une richesse, cela se fera encore vraisemblablement aux dépends de sa famille. Car son père et ses frères savent combien le désir d’expansion des maîtres passe par un redoublement des coups de fouets et des cadences de travail. Ce travail, il commence souvent un peu avant le chant du coq, et ne s’arrête qu’après le coucher du soleil. Les blancs ne travaillent jamais eux. Contremaître, exploitant, pasteur… Ce ne sont pas des travailleurs, mais des profiteurs. Seul son peuple travaille vraiment, et elle doit l’informer des changements qui s’annoncent. Sa pensée s’obscurcit instantanément, malgré elle, de l’image de James. Elle ne se remet toujours pas de sa méchanceté. Se justifier à son retour ? Mais comment lui dire que chaque jour, pendant le déjeuner, elle se faufile des cuisines à la bibliothèque qu’elle sait vide le temps d’un repas, et qu’elle y consulte divers ouvrages ? Comment lui expliquer l’appel irrésistible qu’exercent les Psaumes sur son âme ? Peu importe, elle se doute que l’information qu’elle détient, sans en comprendre pourtant toutes les incidences, et d’un ordre supérieur à l’importance du châtiment qui l’attends. Mais sa tristesse est essentiellement nourrie par la conscience de ce qu’elle avait toujours nié : James ne l’aimera jamais, rien ne sert de nourrir de l’affection pour lui. Le bureau est vide à présent, elle peut regagner sa case en attendant le retour du petit maître. Mais elle veut d’abord passer par le champs, pour informer son père de ce qu’elle a appris. Le contremaître, qui apprécie Binta, comme tout le monde à la plantation, lui accorde quelques instants d’intimité avec son père, à condition que celui ci garde un rythme de travail soutenu.
« Que fais tu là ? Tu n’est pas affairé à la cuisine des maîtres pour ce soir ? Et qui à troubler ton cœur, au point d’assécher tes yeux ?
- Je n’ai pas pleuré !
- Alors quels sont ces sillons qui creusent tes joues luisantes ?
- Papa, je t’en parlerais plus tard. Laisse moi te dévoiler un secret que j’ai entendu de la bouche de maître Henry… »
Yassou est inquiet. Ce que lui a appris sa fille n’augure rien de bon. Il est las des coups de fouets et des brimades, et l’agitation qui s’annonce semble propice à la réalisation d’un projet qui occupe son esprit depuis des années, bien avant la naissance de Binta. Un Dimanche de 1638, où une famille voisine rendait visite aux maîtres, il s’entretint avec leur cocher. A l’époque, il était jeune et avait le privilège de ne pas travailler aux champs. Il s’occupait des écuries du maître. Ils échangèrent leurs impressions et anecdotes sur la vie en plantation, quand le cocher lui fit un récit qui allait changer sa vie.
« Comment ton père t’a t il appelé ?
- Yassou.
- Et ton maître ?
- Charly.
- Quel nom préfères tu ?
- Yassou, bien entendu. Mon père me racontait souvent l’histoire de notre peuple. Nous vivions dans un véritable royaume, d’où mon grand père fut emporté…
- Je connais bien l’histoire de notre peuple. Mais si tu préfère ton nom Ashanti, c’est que tu aimerais un jour retourner sur nos terres.
- Oui, mais c’est impossible.
- Il y a un moyen. Si on ne peut revenir sur nos terres, on doit s’accaparer les terres où on nous a introduits, et qui n’appartiennent pas à nos bourreaux.
- Mais c’est impossible, ils ont des fusils, des canons, des chevaux. Nous n’avons rien de tout cela. Comment un nègre peut il s’accaparer un territoire en Jamaïque ?
- D’abord, en s’accaparant sa propre culture. Et le fait que tu portes un nom qui honorent nos ancêtres va dans ce sens. Mais il faut aussi que tu veille à entretenir en toi la flamme de l’insurrection. Un jour viendra, où nous rejoindrons les nègres évadés.
- Tous les nègres évadés sont rattrapés, puis estropiés ou tués.
- Non. Ca c’est ce que veulent te faire croire les blancs. Saches que la plupart de ceux qui sont pris sont partis sans aucune organisation. Et ceux ci, lorsqu’ils échappèrent aux limiers, succombèrent à la fatigue et la faim.
- Alors comment faire ?
- Il faut organiser des villages au cœur de l’île, où vivent les Arawaks.
- Les quoi ?
- Les rouges. Leur nom est « Arawak ». Ils habitent les collines depuis que les blancs ont envahi l’île. Si tu ignore leur nom, tu dois aussi ignorer qu’avant d’être rebaptisé Jamaïque, notre île s’appelait « Xymaka ». Nous devons former le peuple noir de Xymaka, et vivre en harmonie avec les Arawaks.
- C’est impossible.
- Qui ne tente rien n’a rien. Mon frère s’est enfui. On le reprit, et il m’a conté son périple. Il croisa dans les collines un groupe de nègres évadés organisé. Il les quitta pour chercher un port, où il espérait rejoindre la cale d’un navire pour l’Europe. C’est là qu’il fut pris. Il m’appris que ces nègres s’étaient nommés eux mêmes les « Marrons », et qu’ils attendaient d’être assez nombreux pour fondre sur les plantations et libérer notre peuple. »
Le cœur de Yassou est serré lorsqu’il repense à sa jeunesse. Marronner. Toute sa vie, il y a pensé. Mais il est trop fier pour souffrir l’échec, et il ne veux pas exposé sa famille à la vengeance des maîtres. Les maîtres. Leur cupidité sera leur perte. Il est évident que les changements qui s’annoncent vont générer une période de relâchement sécuritaire. L’heure a peut être sonné, où lui et sa famille pourront gagner les collines, et devenir des nègres marrons.
La Cour d’Espagne.
L’exhaltation de Boniface se lit sur son visage. Il court à en perdre haleine, ivre de joie. Depuis onze ans maintenant, il travaille sans relâche à l’élaboration d’une boisson royale. Son Altesse Charles Quint imagina, à cette époque, une compétition opposant les confréries religieuses manifestant un grand talent dans la confection de mets raffinés. Le roi était alors saisi d’une excitation indicible au sujet de fèves exotiques, qui se consomme sous forme de pâte, ou mélangé à de l’eau vanillée. Le goût en était âcre, et très amer, mais néanmoins fort appréciable. Charles Quint eut l’idée de transformer ce cacao en quelque chose de plus doux, digne d’une grande Cour Impériale. Tel était l’enjeu de la compétition, dans laquelle la congrégation Dominicaine de Boniface s’était jeté corps et âmes. Des milliers de combinaisons furent testées. De la vanille mais point trop, du sucre d'agave en suffisance, des touches de fleurs d'oranger, un soupçon de musc, un rien de poivre, des cuillérées de miel, des épices nouvelles en très petite quantité. L’alchimie s’opèrerait par le choix des bons ingrédients, et des bonnes proportions. Après toutes ces années, Boniface sait qu’il a trouvé la bonne formule.
Charles l’observe, attendri. Il connaît bien Boniface, il sent à son empressement qu’il a enfin trouvé quelque chose de très intéressant. Sa mémoire est intacte, il revoit avec émotion cette missive, reçu il y a quinze ans des Amériques. Elle évoquait la découverte d’une fève nommée « cacao ». Ce mot l’avait tout de suite enchanté. Il ne but du « xokolalt » que quatre ans plus tard. Excellent, mais trop amer. Il voulait pourtant en faire une boisson appréciée de toute l’Elite du Royaume. Mais à la première dégustation, il su qu’il tenait un produit fabuleux. Il voulait que les plus prestigieux cuisiniers du Palais s’appuient sur les expériences des religieuses et des moines, pour offrir lors de ses réunions, à l’aristocratie et au clergé, un nectar capable de saisir les corps d’une forme de ravissement, de régénérescence. Un nectar que l’Europe entière lui envierait. Cette idée, brique supplémentaire à l’édifice de sa mégalomanie, le hantait au même titre que la plus part de ses sanglantes conquêtes. Il éclate de rire devant Boniface qui fait une entrée fracassante, et manque de s’effondrer devant lui.
« Alors mon ami, y sommes nous cette fois ci ? », dit il en souriant, comme si la réponse était évidente.
Boniface repris son souffle, en sortant une fiole contenant le précieux liquide, encore chaud.
« Oui Sir, cette fois ci, nous y sommes. »
Guanaja, Novembre 1502.
Youmikas, le patriarche des Timitonga, connaît l’histoire de sa dynastie, avec une précision aussi stupéfiante que si les évènements qu’il narre aux nouvelles générations appartenaient à sa mémoire propre. La tradition a survécue aux siècles, dans cette tribu où tous les premiers mâles sont sorciers, et initiés aux différents rites sacrés. L’enseignement oral est le plus petit vecteur culturel, alors qu’il occupe une place centrale dans la vie clanique. Il n’égale pas le pouvoir des transes de la danse inspirée. Ces nombreuses transes où chacun a pu parler à l’esprit de Timitonga en personne, ainsi qu’à ceux de tous ses descendants, ont permis de ne jamais se laisser gagner par le doute, et d’entretenir le songe de Timitonga cœur de la conscience populaire, comme on attise le foyer matinal à partir des braises de la veillée.
Jeune, Youmikas a vu en songe qu’il lui naîtrait un fils, et que ce fils serait celui par qui la prophétie s’accomplirait. L’exil des Timitonga, c’est lui qui le mènerait. Aussi le nomma t il Timitonga.
« Père, étant jeune, j’ai douté du destin que tu m’accordais. J’avais du mal à porter le nom du fondateur du clan. Aucun autre Timitonga ne l’a jamais porté avant moi. Mais dès les premières réunions avec nos ancêtres, j’ai vu la ferveur qui les animait. Durant tous les rîtes que j’ai vécu, vous m’avez formé et préparer à accepter et reconnaître le signe lorsqu’il se présentera. Et pourtant, nous ignorions tous sous quel forme il se présenterait.
- Ignorions dis tu ?
- Je parle au passé, car ce signe, je l’ai vu. Ce matin, une immense pirogue s’est postée près de la côte sud, et cinq petites pirogues ont rejoint le rivage. Leurs pagayeurs étaient des hommes au teint de lait. »
Youmikas prépare un calice en écoutant Timitonga apporter la nouvelle que tout son peuple était conditionné à recevoir.
« As tu vu ces hommes de tes propres yeux ?
- Oui, ils ont un interprète de notre sang, qui parle les différents dialectes de notre île, mais qui n’en est pas natif. Je les ait rencontré alors que leur chef échangeait des présents avec le chef des Xueranga. Ceux ci voient d’un très bon œil l’arrivée de ces voyageurs atypiques, personne ne croit à la prophétie de nos jours.
- Ont ils manifesté un intérêt pour nos graines de cacao, ou pour l’eau amère.
- Son interprète m’a confié que de toutes les victuailles, il n’a apprécié que les fruits sucrés. Il connaît le cacao, mais pas l’eau amère. Il semble pacifique, et l’on dit qu’il vient de terres lointaines, à plusieurs lunes d’ici.
- Il est étrange qu’il accorde si peu d’importance au cacao. Toutefois, nous devons préparez le peuple au départ. Nous devons fuir, et emporter le secret de l’eau amère. »
Ce fut un déchirement que de quitter l’île, seuls les vieillards et les malades restèrent. Ils ne devaient pas ralentir la dynamique de l’exode, et celui ci étant prévu pour durée de longues lunes, il aurait eut de toute façon raison d’eux. Timitonga n’avait jamais pensé que son père ne l’accompagnerait pas. Il est livré à lui même, et doit faire face à son destin seul. Cette nuit, il partirait de la côte Nord, dans des dizaines de longues pirogues, en quête d’un nouveau territoire. Quelques semaines plus tard, ils arrivèrent au Mexique. Les premiers contacts avec les clans locaux furent étranges, ils ne voulaient alarmer personne en expliquant les raisons de ce débarquement, et se renseignèrent sur les différentes populations en place, cherchant à savoir si l’hospitalité leur serait accordé. Ils trouvèrent des terres vierges, et au bout de deux années, acquirent la certitude qu’aucun homme à la peau de lait n’avait foulé ces contrées. Timitonga était heureux, mais les esprits lui rappelait à chaque transe ce fait étrange : la vision parle de l’eau amère sur les terres des hommes blancs, comment ont ils pu ignorer le cacao en arrivant à Guanaja ?
Le chef des hommes à la peau de lait ne s’intéressait effectivement guère à ces amandes. Il envisageait Guanaja uniquement d’un point de vue stratégique. Il était bien à la hauteur de la réputation que dressa l’interprète. A la hauteur des abominations que le rêve de Timitonga l’ancien avait annoncé. De Guanaja, Christophe Colomb allait étendre ses conquêtes des Amériques encore plus au Sud.
Xymaka, Avril 1660.
Le maître a payé les exploitants voisins pour louer quelques uns de leurs esclaves. La tension est palpable ces dernier jours, on travaille d’arrache pied. Cette nuit, toute la famille de Yassou prendra la route de la fuite perpétuelle. Cette nuit, il n’y aura pas de place pour l’approximatif, les détails du plan sont ficelés, ont été soigneusement étudiés depuis ces quatre longues semaines. Maître Henry, dans sa grande avarice, n’a pas juger utile d’employer de nouveaux contremaîtres. Le seul contremaître surveille surtout les nouveaux esclaves, qu’il ne connaît pas.
« On le neutralisera facilement, ce soir la lune sera réduite à un croissant de la taille la plus infime qui puisse être, réduisant considérablement son éclat lumineux. On travaille tard dans la nuit actuellement. Les cacaoyers sont tous plantés, et la proximité du but qui a été fixé rend les blancs euphoriques, dont encore moins méfiant. Il faudra ensuite se faufiler dans l’écurie et s’emparer du grand chariot, auquel j’attellerai les six chevaux. Personne ne pourra nous suivre.
- Papa, tu es sûr de ton fait ?
- Binta, le livre que tu nous a déchiffré indique les cartes de tous les recoins de l’île, sauf les collines enfouies à l’intérieur des terres. Il est inscrit qu’on y trouve uniquement de la végétation, des animaux sauvages, des rouges et des maladies. Les villages marrons doivent s’y trouver. Nous les chercherons où les blancs ne se sont jamais aventuré. »
Les heures passent. Binta a préparé de quoi tenir trois semaines dans la forêt, pour elle, ses parents et Kita, son petit frère. Elle a également récupéré la Bible. Yassou a prévenu les autres familles d’esclaves, mais aucune n’a voulu se joindre à sa folie. On sait trop se qu’il en coûte de s’enfuir d’une plantation. Binta a peur, mais ne voit pas comment elle pourrait faire revenir son père sur sa décision. Sa mère et Kita semble déterminés. Quels dangers réserve la fuite ? Les marrons existent ils vraiment ? Comment être sûr de les trouver ? Tant de questions troublent son esprit, mais elle sent que quel qu’en sera le prix, la liberté l’attend. « L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien », se répète t elle sans cesse.
Yassou ne pensait pas qu’il serait si facile d’égorger un homme, il n’a pu voir le regard effrayé et surpris du contremaître à l’instant ou la lame lui sectionna l’aorte. Aucun son ne sortit de sa gorge, et Yassou disparut aussi vif que les éclairs qui tonnaient en cette nuit d’orage. Il fallut trois bonnes minutes aux esclaves loués pour s’apercevoir que plus personne ne les surveillait, et que le corps de la sentinelle gisait près d’eux. Ils coururent immédiatement alerter le maître. Mais le temps de rejoindre la maison, le chariot avait déjà atteint le portail de la propriété. Le maître eut juste le temps de voir l’attelage remonter le sentier et disparaître au loin. Plus aucun cheval n’était disponible, il ne restaient que deux ânes.
Les fugitifs exultent. Cela fait trois heures qu’ils suivent l’itinéraire convenu. Tous les chemins s’ouvrent sous les sabots des destriers, aussi limpidement qu’ils s’offrent à la lecture de la carte. La pluie redouble d’intensité, et Yassou décide d’effectuer une halte pour la nuit. Il sent la forêt des collines toute proche, et il veut gravir celles ci à la faveur des premiers rayons du soleil, après quelques heures de sommeil bien mérité. Kita, onze ans, dort sur les genoux de sa maman quant l’arrêt du chariot le réveille. Son père a trouvé refuge sous une petite grotte, où il allume un feu. Un bon repas, quelques regards tendres, mêlés de satisfaction et d’inquiétude, mais peu de paroles seront échangés. Chacun ressasse les derniers jours en son for intérieur. On s’endort près du feu.
Au petit matin, l’allégresse est revenue. Au pied des collines, qui seront atteintes dans moins d’une heure, on se met à imaginer dans quelles conditions peuvent bien vivre les marrons. Sont ils chasseurs ? Cultivateurs ? De quoi sont faites leurs habitations ? Le retour su soleil motive également ce regain de confiance et d’énergie, jusqu’à ce que le premier coup de feu retentisse. Henry et James ont gagné une plantation voisine à dos d’âne dans la nuit, et ont emprunté un cheval chacun. La balle a atteint l’épaule de Yassou, les enfants et leur mère crient, terrorisés. Les six chevaux ont beaux être rapides, le chariot est un terrible handicap sur ces chemins broussailleux et escarpés. Les deux cavaliers fondront bientôt sur eux. Les coups se rapprochent, et tout le monde est couché dans le fonds du chariot. La mère protège les petits, en les recouvrant de son corps, et expose par la même son front, d’un rien, à la furie des balles. D’un rien trop important pour n’être pas fatal. Yassou hurle de douleur en entendant Binta crier. « Ils ont tué Maman, ils ont tué Maman. » Kita pleure, Binta le sert très fort, et prie. L’épaule de Yassou le brûle. Soudain, il arrête le chariot. Et lève les bras en signe de rémission.
Henry et James se rapproche, et n’entendent pas ce qu’il dit à Binta. Yassou descend du chariot. Il s’avance vers eux. « Reste où tu es ! Que tes enfants nous rejoignent les premiers. » dit Henry en posant pied à terre. James tiens Yassou en joue avec son pistolet. Binta marche, la tête droite, le regard planté dans les yeux de l’assasin de sa mère. Henry se jette sur elle, exactement comme Yassou l’avait prévu. Suivant son conseil, elle se décale légèrement, se saisit de son poignet, dirige le canon de son arme vers la tête du cheval de James, et le mords de toutes se forces. Le coup part, le cheval s’effondre, et Yassou surgit en hurlant. James a tiré en l’air, et se trouve coincé sous son cheval, les jambes brisées. De son bras valide, Yassou arme un terrible coup, qui fracasse le thorax d’Henry, l’expédiant et le clouant au sol. Faire vite, monter tous les trois sur le cheval d’Henry, avant que celui ci ne se relève et recharge son arme. Ou plutôt, faire grimper ses enfants sur le cheval, et se ruer sur Henry avant qu’il ne pense à se relever, se venger des années de sévices, en étranglant celui qui ne serait plus jamais le maître de ses propres mains. Binta et Kita sont en selle, quand Yassou s’empalle sur le poignard d’Henry, grisé par la vengeance. James a eut la présence d’esprit de recharger son arme , alors qu’il gît à moitié inconscient, sans l’usage de ses jambes. Il tire et loupe de peu Binta.
« Fuis ma fille, rejoins les collines, fuis… »
Telles furent les dernières paroles de Yassou. Binta est désemparée. La voici orpheline, responsable de Kita, et James lui a tiré dessus. Pourquoi le Seigneur a t il permis une telle injustice ? Elle n’a rien pu emmenée dans sa fuite, si ce n’est la précieuse carte, et sa Bible, qui ne l’ont pas quittées du voyage. Après des heures d’errances, elle perçoit de la fumée et entend des chants inconnus. Elle se rapproche, et distingue des huttes. Un village. Son cœur est serré, son père était si près de toucher son rêve du doigt. Il avait donc raison, au cœur des collines, la vie s’était organisé sans les blancs. Elle allait intégrer un village de marrons.
Paris, Octobre 1622.
Henri Legrand savoure l’honneur qui lui est fait. Il repense à ces années passées sur le pont neuf, au milieu des bonimenteurs et de leurs onguents magiques, des arracheurs de dents, des jongleurs, des montreurs d’ours, et des comédiens de rue comme lui, qui reprenaient à leurs comptes les farces de la comédia dell’arte. C’est là qu’il fonda sa troupe, avec ses compères Robert Guérin et Hugues Guéru, dits Gros-Guillaume et Gaultier-Garguille. Il était loin de penser qu’un jour, il intègrerait la troupe royale, celle de l’hôtel de Bourgogne. Cette extraction de la rue, cette ascension culturelle, il la due à une interprétation inégalable de Turlupin. Comme si un bonheur n’arrivait jamais seul, il fut invité par Louis XIII en personne, à venir déclamer quelques vers à la cour, et à partager le nectar des rois avec les nobles et le clergé. Quelle belle revanche sur sa condition natale. Il y voyait comme un début de revanche des Gaulois sur les Francs, des damnés de la terre sur les nantis. Depuis le mariage du roi avec Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, l’aristocratie française était tombée sous le charme d’une boisson chaude et sucrée, que Charles Quint avait fait venir des Amériques, et dont il avait organisé un monopole à l’usage exclusif de la cour d’Espagne. Ce n’est qu’après sa mort, que cette boisson nommée « chocolat » allait voyager dans toutes les cours d’Europe, en commençant par l’Italie. Le chocolat était la marque du raffinement des grands de ce monde, il ne se dégustait qu’à la cour. Mais les privilèges des acteurs royaux sont considérables, et lui, un roturier, allait poser ses lèvres sur les gobelets d’or finement ciselés qu’on utilise presque religieusement pour se délecter de la potion divine. Cette force alliée à tant de douceur, cette amertume rendue agréable par l’apport du miel, faisaient du chocolat le plus efficace des filtres d’amour, inspiraient les sonnets les plus originaux. Comme si la suave haleine qui s’accrochait au palais appelait les mots les plus doux du plus profond de l’imaginaire, et les rythmait de la fougue passionnée qui réside dans les tripes. En dégustant son chocolat, il devenait l’égal des vicomtes, des cardinaux, et même plus que cela puisqu’il prolongeait leur plaisir à tous par l’hommage qu’il rendait à ce mets à travers ses vers. Henri Legrand, chef de la troupe des Valleran-Lecomte, représentait sans le savoir à lui tout seul les espoirs futurs d’autres Gaulois, qui plus d’un siècle et demi plus tard, réussirait à faire chuter, temporairement, la tyrannie des rois Francs et Burgondes.
Mexique Août 1519.
Durant les quinze derniers printemps, les jours furent paisibles pour les Timitonga. Ils trouvèrent de nombreux cacaoyers de qualités, et transmirent leur savoir aux sorciers des différents clans qui les avaient accueillis. Timitonga ne voyait pas cela d’un œil très favorable, lui qui savait que la vision n’était pas encore accomplie, mais il était trop vieux pour s’opposer à l’optimisme de la nouvelle génération. Curieusement, depuis leur arrivée, les anciens restaient sourds aux appels de la danse inspirée. Les nouveaux sorciers s’étaient donc convaincus que le péril annoncé était une simple allégorie, et s’était également convaincus que le peuple Mexicain était trop puissant pour subir un revers militaire. Guanaja était trop petit pour lutter certes, mais si les blancs nourrissaient quelque intention conquérante ici, ils subiraient une c