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[FEUILLETON] - MAKEDA !
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  Littérature - Art - Culture:   Sujet: [FEUILLETON] - MAKEDA !

Woxinho
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 #1 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 19 Jan 2007 14:30

Hum, hum...

La loi de l'édition ouvre les droits d'auteur des oeuvres littéraires 60 ans après le décès de l'auteur. Ce qui fait que quiconque peut utiliser les oeuvres en question sans rompre les lois du copyright...

Je souhaite vous faire profiter d'une des plus belles histoires de l'Histoire avec un grand H, celle de la Reine de Saba, Makéda. Je vais dons recopier avec mes petits doigts velus, à un rythme qui dépendra de mes disponibilités, l'ouvrage référence en la matière :

Prince JACOUB, ancien conseiller de l'Empire d'Ethiopie.




M A K E D A


Reine vierge

Roman de la Reine de Saba.



Version française de Gabriel d'AUBAREDE.


(c) 1940 by société d’éditions et de publications.



Entre deux épisodes, vos réactions quelles qu'elles soient sont les bienvenues. Vous verrez qu'il y en a pour tous les goûts : histoire, aventure, zamour à l'eau de rose...

Allez, an nou vréyé sa...







INTRODUCTION



La Reine de Saba ! C'est toute la poésie d'un Orient disparu, que ces simples mots évoquent, avec son opulence, sa volupté, son mystère insondable. Mais qui était au juste cette reine énigmatique ? Naquit elle vraiment en Arabie comme on le croit communément, ou en Ethiopie, comme l'assurent les Abyssins ? Quels furent son caractère, sa politique, ses mœurs ? Le mobile authentique et privé de son voyage au roi Salomon ? Et celui ci fut il vraiment le grand amour de sa vie ? Autant de secrets que le prince Jacoub et M. Gabriel d'Aubarède ont entrepris de révéler au public européen, en écrivant en collaboration Makéda Reine vierge ?

Fils d'une princesse Abyssine, le Prince Jacoub possédait naguère une haute situation à la Cour impériale d'Addis Abeba. Mais c'est aussi un érudit pour qui les mystères du monde oriental antique n'ont pas de secrets. Longtemps attaché comme conseiller à la personne de l'Impératrice Zaouditou, il reçut de celle ci d'expurger des innombrables légendes, cantiques, traditions orales sur la Reine de Saba, qui circulent depuis des siècles en Afrique, pour en tirer une biographie de cette énigmatique souveraine qui s'approche le plus possible de la vérité historique. Quelques années plus tard, le prince remit entre les mains de l'Impératrice un mémoire de plus de deux mille pages, en langue amharique, et copié à la main en dix exemplaires.

Plus tard, émigré en Europe, il songea à faire profiter le public français du fruit de ses travaux. Ce fut l'origine de ses relations avec M. Gabriel d'Aubarède, tout de suite ébloui par la prestigieuse documentation de l'Abyssin.

Le choix du Prince Jacoub n'aurait pu être mieux inspiré, M.d'Aubarède se distingue des romanciers souvent un peu froids de l’équipe littéraire qui atteint aujourd'hui la quarantaine par son extrême sensibilité. Aussi devait il se signaler très vite comme un de ceux qui s'annoncèrent le plus avant dans l'analyse du cœur féminin. Né à Marseille qu'il devait quitter à dix huit ans pour aller faire la guerre – l'autre guerre ! – il débutait dans les lettres en 1925 par un récit poignant, l'ingrat, qui fut très remarqué à la Nouvelle Revue Française. Peu après, la Revue de Paris publiait Agnès, curieuse étude d'une jeune fille lyonnaise. Puis vinrent l'injustice est en moi, le plus humble amour, Amour sans paroles. Enfin il abordait le récit historique avec sa Prisonnière de Madrid, passionnant portrait d'une jeune reine d'Espagne. Dernier succès littéraire avant la grande tourmente ! C'est aux Armées, en effet, qu'artilleur pour la deuxième fois, Gabriel d'Aubarède devait mettre au point Makéda.
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Woxinho
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 #2 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 19 Jan 2007 14:43

PREMIERE PARTIE : LA VIERGE.


Quand, du haut de son trône aux pieds de lion, le pharaon vit s'avancer, d'un pas fier et léger, cette princesse de douze ans, celui dont le nom seul inspirait de Philae jusqu’à Héliopolis une terreur religieuse, celui dont nul être humain n'avait vu frémir la face de bronze, sentit un trouble étrange entrer dans son cœur.

Elle allait, toute menue mais déjà solennelle, précédée d'un cortège de musiciens jouant du tambour, du sistre et du tympanon ; elle allait, nullement intimidée par l'immensité de la salle dont les angles se perdaient dans des nuages de fumées odorantes (NDRockso : Chalice haffi bon), ni par la hauteur vertigineuse des piliers pourpres à cannelures, ni par la splendeur des fresques colossales gravées dans le granit des murailles.

Elle était nue sous une tunique de gaze diaprée. Et c’était un corps d'enfant déjà femme qui transpirait sous la mince étoffes que ses plis seulement rendaient visible ; c’étaient des seins déjà ronds qu'on voyait respirer calmement sous le gorgerin d’émail peint ; des hanches déjà formées que balançait sa jolie marche musicale.

Elle portait une coiffure compliquée simulant un oiseau noir. A ses jambes musclées et fines luisaient des cercles d'agate et de cornaline ; à ces poignets, des bracelets d'hématite, d’émail, de lapis lazuli ; à ses doigts, des bagues jetaient de tels feux qu'on ne pouvait les compter, et plusieurs lourds colliers d'or pendaient de son cou mince jusqu’à ce ventre rond et lumineux comme la lune.

Arrivée au pied du trône, et après avoir touché du front la marche sacrée toute en or massif, elle baisa le genou droit du pharaon, qui prit paternellement son visage sous le menton pour mieux le voir.

Et alors, le maître de l'Egypte fut confondu d'admiration, car l'ovale de cette jeune figure était d'une pureté véritablement divine. Le modelé de la bouche, petite mais charnue, du nez admirablement effilé, des oreilles délicates, avait une perfection qui coupait le souffle. Et dans les yeux brillants et sombres, le pharaon discernait avec stupeur une coloration dont il ne croyait pas que l'’ris humain fut capable ils étaient violet, comme deviennent les eaux profondes à l'heure où le soleil disparaît à l'horizon des mers.

Elle parla, et ce fut en un égyptien dont la pureté surprenait sur ses lèvres de cette petite venue des plateaux de l'Ethiopie :

- Je te salue, ô pharaon très illustre ! Je suis Mammété surnommée Makéda, fille du roi de Symiène Anguebo. Daigne accepter le respect de ta servante et ces présents que mes esclaves ont transportés pour toi de mon lointain pays !

Trois coffres d’ébène ormentés de broderies d'or et d'ivoire furent disposés devant le trône et ouverts tour à tour.

Le premier contenait douze lingots d'or et douze lingots d'argent.

- Ceci est le présent que te fait mon père. Avec ces précieux métaux, qu'on extrait des mines sans fond de son royaume, il souhaite contribuer à la décoration de ce merveilleux palais où tu veux bien me recevoir.

Le second coffre contenait des rouleaux d’étoffes aux colorations éblouissantes que les esclaves déroulèrent autour de la princesse immobile.

- Ceci est le présent que la reine Rachel, ma mère, destine à ton auguste mère, ô pharaon.

Le contenu du troisième coffre n'apparaît pas aussitôt, car, sous le premier couvercle, il y en avait un second, percé d'un petit trou.

A l'aide d'une clé minuscule, Mammété sortit de cette ouverture une longue, une très longue chaînette d'or, qu'avec un sourire malicieux elle se mit à enrouler alternativement autour de son bras gauche et autour de sa taille.

- Cette chaîne représente l'attachement du peuple d'Egypte et du peuple de Symiène. C'est pourquoi tu me vois liée par ces spirales d'or comme une prisonnière.
- Très bien ! mais quand viendra la fin de la chaîne ?
- Jamais.
- Et quel est le sens de ce nouveau symbole ?
- Puisque la chaîne est semblable à notre alliance, ô pharaon, c'est donc qu'elle n'a point de fin !
- Mais alors, quand donc apercevrai je le contenu du coffret ?
- Dans un instant.

D'un mouvement si rapide que l’œil avait peine à suivre les feux de ses bagues, l'enfant déroula la chaîne en sens inverse, la fit disparaître dans le tiroir secret, retira le faux couvercle, et l'on vit ruisseler entre ses doigts un long collier de perles d'une pureté, d'un orient ineffables.

- Ce collier sera mon cadeau personnel. Il est beau, n'est ce pas ?… Les perles qui le composent, je les ai fait pêcher pour moi même, et leur pureté recèle un symbole elle aussi, que je vais te dire… Mais permets d'abord…

Se glissant prestement entre les genoux du pharaon, l’étonnante fillette se haussa sur la pointe des pieds pour agrafer le collier autour du cou impérial.

Alors, quand il sentit s'appuyer ingénument contre lui, flexible comme le jonc du Nil, chaud comme l'oiseau, cet adorable déjà nubile, le pharaon, parcouru d'une flamme de désir, ne put se retenir d'enlacer la tentante créature et de la presser contre lui.

Mammété perdit tout à coup son enjouement. Elle s’écarta d'un mouvement brusque, descendit rapidement les trois degrés de l'estrade, et , postée toute rigide au pied du trône, les membres collés au corps :

- Je vois, ô pharaon, que j'aurai du t'expliquer la signification de ces perles avant de te les offrir, dit elle avec un accent de sévérité qui fit vibrer étonnement sa voix d'enfant. Elle est la même que celle de ce nom Makéda dont je fus revêtue sur les autels : Ma – ké – da, ou Celle Qui est Pure. Sache que j'ai prêté serment de rester vierge jusqu’à ma mort et que ma pureté appartient à mon peuple, sur lequel je régnerai un jour.

La soudaine gravité du ton et de l'attitude avait frappé le pharaon.

- Les dieux de l'Egypte soient avec toi ! Nul homme sur mon empire n’élèvera son désir vers celle qu'on nomme Makéda, dit il , touchant le front puéril de l'extremité de son sceptre en forme de fleur de lys, dont le contact conférait la protection impériale et divine.

Mais en lui même il songeait :

- Les dieux de l'Egypte soient avec toi ! Nul Râ, ni Typhon le redoutable n'auraient exigé d'une de leurs filles pareil serment ! En vérité, ces Hébreux sont incompréhensibles…
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Woxinho
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 #3 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 19 Jan 2007 15:00

C’était pour qu'elle y vînt parfaire ses études que le roi de Symiène avait envoyé sa fille à Thèbes aux cent portes, et elle devait y demeurer quatre années.

Où, mieux que dans cette métropole du monde civilisé, grande comme dix villes, et la plus fastueuse de l'univers, Makéda se serait elle préparée à devenir la reine d'un jeune peuple ambitieux ?

La pharaonne mère n'avait pas vu sans inquiétude l'installation de cette trop belle princesse à la cour de son auguste fils.

L'empereur était veuf, et sa mère avait en vue pour lui un second mariage dont les conséquences politiques devaient être considérables. Il ne fallait donc pas que son cœur s’éprît. Et qui sait si ce voyage de la fille du roi de Symiène, peut être à l'insu de l'enfant, ne faisait pas partie de tout un plan de séduction ?

L'oncle de Makéda, le prince Amram, qui était aussi son tuteur, et la princesse Nagguith, sa gouvernante, rassurèrent cette mère prudente : le serment de virginité dont avait parlé Makéda n'avait rien d'une légende. Il avait été exigé par le grand rabbin d'Axoum au jour où le roi Anguebo avait institué sa fille héritière de son trône. Jamais aucun homme ne pourrait épouser Makéda la Perle-Toute-Pure.

Et Makéda se mît à l’étude.

Son esprit n’était pas moins précoce ni moins agile que son corps étonnant. Sa promptitude à comprendre et son extraordinnaire mémoire firent l’émerveillement de ses professeurs.

La mécanique complexe de la fameuse administration des Egyptiens, les règles de leur art militaire , les méthodes de leur prodigieux architectes, n'eûrent bientôt plus de secrets pour elle. Bien mieux : à force de charme, de malice, elle sut arracher aux potentats du commerce et de la grande navigation certains secrets jalousement dérobés d'ordinaire à toute personne étrangère à l'Empire.

Elle devînt, en outre, l’élève la plus adroite de ces fameuses écoles d’élégance qui étaient une des gloires de la Thébaïde. L'apprentissage de la séduction – l’étude des soins privés – était considéré alors, à juste titre, comme un des articles les plus importants de l’éducation féminine.

Comment la femme peut faire de sa chevelure un oiseau chaque jour différent, (NDRockso : bah, avec des pony) et, des ongles de sa main, autant de rubis étincelants ; la science du maquillage, à l'aide de crèmes qu'on étend sur la peau à l'aide d'une spatule de sycomore ; et celles des parfums, et celle des attitudes, et celle des sourires, et celle des inflexions de la voix … - tout cela lui devînt bientôt comme un alphabet familier.

L'apprentissage du métier d’être femme allait plus loin encore : l'art des caresses était enseigné avec détail et précision aux princesses de la cour. (NDRockso : après on s’étonne que j'sois passéiste ! ! !)

La pharaonne mère y veillait très spécialement, tenant que l'experience de l’épouse en cette matière est la plus sûre garantie de la fidélité de l’époux.

Ces classes avaient lieu dans une salle spéciale du palais, où tout parlait de l'amour : mosaïques et bas-reliefs figurant des étreintes exemplaires, lits bas couverts des fourrures les plus douces à la peau, musiques sourdes énervant les sens, parfums aphrodisiaques répandus dans l'air. Au centre, une gigantesque statue d'Amarchis, déesse de l'amour, souriait à ses élèves.

Etait ce pour l’éprouver que cette femme pleine de ruse avait exigé de Makéda qu'elle reçût tout comme ses condisciples cet enseignement qui ne devait jamais lui servir ?

Durant les premières séances, Makéda avait pris grand intérêt aux démonstrations des moniteurs. Même, un jour, elle consentit à mimer avec l'un d'eux les premières figures du jeu charmant. Elle ne voyait là rien de périlleux : en quelque sorte un nouveau chapitre de cet art de la pantomime auquel elle était devenue si savante qu'un prince lettré en avait composé spécialement pour elle.

Mais l’étreinte du professeur se faisant plus étroite, une angoisse qu'elle ne connaissait pas s'empara d'elle. Ces effluves odorants qui flottaient, ces gémissements de vierges énervées, et, dans son propre corps, cette chaleur… Elle se raidit. Il voulait la retenir, croyant à quelque timidité de novice. Alors, de toutes ses forces, elle enfonça ses ongles dans ce bras d'homme qui ceinturait sa taille, le rejeta, s'enfuit.

La pharaonne mère l'avait suivie. Makéda se jeta à ses pieds.

- Ô mère très puissante ! Je ne peux pas… Je ne peux plus !
- Quel est ce trouble ? dit la pharaonne. Qu'est-ce donc qui n'est pas au pouvoir de l'ingénieuse Makéda ?
- Rester ici… Suivre ces leçons… Tout est si doux, en Egypte, si tentant !… Je ne peux plus… Je veux retourner là haut, dans le 93 (NDRockso : , ok j'arrete) sur mes plateaux… Auprès de mon père… Jeter le disque, courir en char, lutter, chasser la gazelle, voilà les exercices qui conviennent à Makéda, et non plus ces sciences trop délicieuses qu'on enseigne à Thèbes et qui me font souffrir d'une manière que je ne comprends pas…

La pharaonne caressa doucement la jeune fille :

- Calme toi, petite. Je te dispense désormais des leçons d'amour et t'autorise à ces exercices violents auxquels tu fais allusion. Mais ne parle plus de nous quitter, car ton éducation royale n'est pas achevée et tu m'est devenue trop chère.

La farouche pudeur de Makéda avait complétement rassurée la pharaonne en effet. Mais si elle croyait tout péril conjuré, elle avait tort.

Ce fût d'un œil paternel, amusé, que le pharaon daigna assister aux exercices virils auxquels se livra désormais la Symiènoise.

Mais son fils Domédo suivait les évolutions de Makéda d'un tout autre regard. (NDRockso : Reulou d’être une bombe en fait )

C'est que le prince Domédoétait devenu un bel adolescent cependant qu'elle devenait une jeune fille. Et ce regard n’était pas sans émouvoir parfois Makéda.

Un jour que l'empereur les avait autorisés à chasser la gazelle ensemble, s’étant égarés dans une forêt de mimosas, ils mirent pied à terre et s’étendirent à l'ombre des branches légères et dorées.
Pourquoi leur était il si doux de se sentir perdus ?

Une odeur plus capiteuse que tous les aromates du temple d'Armachis flottait dans l'air ; et la musique du vent à travers le soyeux feuillage était plus caressante que les sons de la harpe sous les doigts les plus légers.

Un long moment, ils ne se dirent rien. Mais soudain Domédo se pencha sur Makéda et la couvrit de caresses depuis ses paupières baissées jusqu’à ses seins.

Ils n’étaient guerre savants, les (...) précipités du prince Domédo ! Cette patience lascive et calculée qu'on enseigne dans les traités assyriens lui étaient totalement inconnue. Mais combien le naïf emportement de ses caresses était plus périlleux !

Ce ne fut pas, cette fois, avec colère que Makéda se déroba à l’étreinte interdite. Ce fut avec le gémissement d'une douleur qu'elle découvrait en même temps que l'amour.

Mais Domédo, dont la juvénile passion confinait à la folie depuis qu'il connaissait le goût des lèvres de Makéda, accourait dès qu'il la voyait paraître et la suivait partout. Et ce regard suppliant, du plus loin qu'elle se sentait touchée par lui, rappelait à Makéda la caresse interrompue et réveillait sa peine.

Le prince Amram se décida à faire parvenir au roi de Symiène un message où il l'informait que l’éducation mondaine et politique de sa fille était désormais accomplie et qu'elle sollicitait l'autorisation de regagner Axoum.

La réponse du roi fut affirmative.

Et donc Makéda quitta Thèbes-aux-cent-Portes. Une dernière fois, tandis qu'elle s’éloignait, étendue sur son alga porté par six noirs de Nubie, Makéda sentit se poser sur sa chair le regard éperdu du prince Domédo.

Et, longtemps, ce regard la suivit à travers les déserts.
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 #4 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 22 Jan 2007 09:50

Une terrible douleur l'attendait à Axoum.

Son père, le roi-prophète Anguebo, était tombé gravement malade durant son voyage. Et l'astrologue du palais venait de lire au fond du firmament l'approche d'une révolution astrale qui était présage de mort.

Après que Makéda eut un moment gémi au pied de sa couche :

- Relève ton visage, ma fille bien aimée, lui dit Anguebo, et tends ton oreille : C'est une princesse pleine de grâce et dont les yeux brillent d'intelligence, que je vois revenir de Thèbes aux cent portes… Te voilà instruite de tout ce qu'une fille destinée au trône doit savoir pour gouverner avec sagesse et régner avec prestige… Mais, les choses essentielles et secrètes, il te reste à les entendre de la bouche de ton père… C'est pour que je puisse te les transmettre, ô ma fille bien aimée, que l'Eternel a permis que tu devances l'astre fatal qui doit emporter l’âme de son serviteur dans l'espace…
« Sois donc attentive, ô Mammété, même si, parmi les événements dont tu vas entendre le récit, il en est que tu sais déjà. A côté de l'histoire connue des peuples, il y a celle que seuls connaissent les intelligents à qui Dieu confia leurs destins… Ecoute donc les deux histoires, et la notoire et la secrète, ô toi qui vas régner !

Anguebo, donc, commença ainsi :

- Quand Moïse le prophète emmena hors d'Egypte les Hébreux, plusieurs milliers d'Israëlites, ô Makéda tu le sais, ne voulurent point suivre et restèrent à Memphis. C’étaient les plus instruits d'entre les Hébreux soumis au pharaon : des tisserands, des orfèvres, des scribes. Tels furent nos ancêtres, ô ma fille !
« Mais la finesse de l'esprit engendre parfois le doute impie (NDRockso : IRIE ! ! !); voilà pourquoi nos pères ne voulurent point croire aux promesses du prophète.
« Ô ! Combien cruellement devaient il expier ce crime !
« Quand la nouvelle du miracle de la mer Rouge parvint dans la capitale des Egyptiens, ceux ci, fous de colère, se ruèrent vers le quartier des Hébreux. Et ce fut un massacre, qui dura toute une nuit.
« Quelques centaines d'Israëlites réussirent à se cacher. Mais quand revint le jour, ils furent pris, et, traînés devant un grand prêtre ulcéré s'entendirent condamner à être noyer dans la mer de Sang, là même où l'Eternel avait fait retomber les eaux sur Aménophis le deuxième.
« Or, c’était du haut d'un rocher redoutés des navigateurs que nos pères devaient être précipités.
« Ce rocher (NDL'AUTEUR : le Rocher dit « de la vengeance »), les bourreaux de nos aïeuls ne devaient jamais l'apercevoir ! Car l'Eternel souleva un vent terrible, et si haut dans les cieux s’élevèrent les sables en colonnes tourbillonantes, que toutes choses, six jours durant, devinrent invisbles.
« Alors, les Egyptiens se dirent entre eux qu'il devait être un dieu puissant, ce Jéhovah (NDRockso : Euh là vous r'marquerez keumêm ma parfaite neutralité dans le rendu du récit, pask’ à la place de ‘Dieu’ et ‘Jéhovah’, j'mettrai bien ‘Jah’ et ‘Jahoviah’ moi… Ouai bon je sow, je sow )(NDRockso : Z'avez r'marqué, Word reconnais l'orthographe de Jéhovah, pas celle de Jahoviah ! ! ! Tchhaaaa, complot ! ! ! ! ) ….
« Les Egyptiens se dirent donc ( ) qu'il devait être un dieu puissant, ce Jéhovah des Hébreux qu'on ne voit pas ! Et, pris d'angoisse, ils abandonnèrent les condamnés là où ils les avaient conduits malgré eux durant la tornade, c'est à dire assez profondément dans le désert.
« - Ils périront de soif ! croyaient les Egyptiens. Et qui ne l'eut crû, ô Makéda ?
« Mais l'Eternel voulut bien continuer sa clémence à ses enfants égarés.
« Parmi les rescapés, il y en avait un Isaac, qui avait servi de scribe à un riche négociant d'Egypte. C'est pourquoi la carte du monde était inscrite dans son esprit.
« - Ecoutez moi, frères, dit il. C'est vers le sud qu'il faut marcher. Non loin de l'endroit où nous sommes, coule une rivière. Trouvons la, suivons la, et nous atteindrons la contrée sise en Amont du Nil (NDRockso : Pour se rendre compte de la difficulté de l'entreprise, lire ‘MAGDALA’ de Géva Caban, et ‘L'Abyssin’ de Jean-Christophe RUFFIN), pays fertile où poussent toutes sortes d'herbes et d'arbres à fruits… Mon maître assurait même qu'il y a de l'or sous la terre… Marchons vers le sud, frères !
« Et nos pères suivirent le conseil d'Isaac.
« Des semaines et des mois, ils marchèrent.
« Et enfin ils arrivèrent là où nous sommes, ô ma fille, sur ce plateau de Symiène béni de Dieu, à l'est de la Nubie et à l'ouest du pays des Assaïmaras, à trois mille mètres au dessus des hauts de la mer.
« Et quatre siècles s’écoulèrent.
« Les descendants des esclaves d'Aménophis étaient devenus un peuple d'agriculteurs paisible, divisé en douze tribus. Et il y avait aussi parmi eux nombre d'orfèvres très habiles, dont l'art minutieux hérité des ancêtres était très apprécié des commerçants qui traversaient la contrée.
« Ton père, ô Makéda, fut un de ces orfèvres. Il le dit hautement, ne rougissant point de ses origines modestes.
« Ce dont il rougit, c'est d'avoir pratiqué dans ses jeunes ans l'idolâtrie dans laquelle était tombé notre peuple…
« Ô honte ! Maintenant que Jéhovah comblait de bienfait ses enfants, ils ne l'adoraient plus. C’était devant un serpent géant qu'ils se prosternaient désormais, parce qu'il les avaient terrifiés(NDRockso : S'agirait il de ‘ENKIL’ de la cosmogonie sumérienne ? Je pense que certains démons sont apparus à diverses époques de l'humanité pour nous dévier de la vraie foi… Celui qui œuvre de nos jours se nomme ‘SCIENCE’, devant qui tout le monde se prosterne).
« A chaque sabbat, ils venaient en grande cérémonie lui apporter un bouc au seuil de la caverne où le monstre avait son antre, et tant que celui ci demeurait visible, ces insensés se tenaient prosternés, la main droite touchant la terre et la gauche levée.
« Oui, ô Makéda, ton père fut un de ces insensés ! Sa main droite toucha la terre devant ce monstre ! Il crut, comme tous, que la gueule du dragon vomissait des flammes, et ses narines des fumées pestilentielles. Il crut avoir vu ce feu, il crut avoir respirer ces fumées !
« Mais l'Eternel, qui avait dessein de rétablir la vérité par la parole d'Anguebo, l'Eternel souffla dans l'esprit d'Anguebo le désir de partir sur les routes de l'univers…
« Un de ces négociants nomades qui parcourent le monde en grande escorte, transportant avec eux dans des chars des monceaux de draperies bigarrées où dorment de belles esclaves étendues, m'ayant proposé de faire partie de sa caravane, j'embrassai ma mère et parti.
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 #5 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 22 Jan 2007 10:27

Arrivé à ce point de son récit, Anguebo se tut un moment.

C'est que le souffle qui porte les paroles s'affaiblissait dans sa poitrine. C'est aussi qu'il lui plaisait d’évoquer en silence cette belle aventure de sa jeunesse.

… La longue descente des plateaux vers le bassin du Nil… L’éblouissante traversée de la Nubie, au fil du fleuve géant… Les cataractes… Transport des marchandises à dos de chameau jusqu’à un autre voilier qui attend en aval… Et enfin Thèbes, Thèbes aux cent Portes, capitale du commerce, des industries et des arts lumière du monde, but de tous les voyages…

Le protecteur d'Anguebo l'avait placé dès son arrivée chez l'orfèvre particulier du pharaon. Mais le travail n'absorba pas toute les forces du jeune Symiènois…

Il accoutuma de fréquenter les maisons de danse et de jeu, innombrables à Thèbes. Une nuit, Anguebo fut attiré dans un tripot où il avait entendu dire que les enjeux étaient des femmes.

Trois créatures éblouissantes s'offraient à la convoitise des joueurs. L'une était une jeune Grecque au teint pâle. La seconde fut une Nubienne noire et polie comme un ciel nocturne.

Mais quand parut la troisième danseuse, laquelle n’était ni blanche ni noire, quelque chose s'arrêta au fond du cœur d'Anguebo débordant tout à coup de tristesse et de douceur…

Que lui rappelait donc cette fille qu'il n'avait jamais vue ? Ce teint doré, ces longs yeux sombres, cette bouche au modelé mélancolique et sensuel… Elle dansait, et de tout son corps participait à la danse lascive (NDRockso : Gal wine ! ). Ses bras étaient des ailes, ses reins avaient la flexibilité du jonc, et ses seins la rondeur du fruit… Tout de suite, Anguebo la voulut.

Il joua pour l'avoir et tricha.

Le tenancier avait vu. Il n'en manifesta rien, mais s'approcha souriant du jeune homme, la main subrepticement ouverte…

Anguebo comprit le chantage. Il lâcha dans la main du proxénète une poignée d'or. Et celle qu'il voulait fut dans ses bras (NDRockso : Tu m’étonnes qu'il ne raconte pas ça à sa fille )

C'est alors qu'Anguebo connut le secret de cette nostalgie bizarre qui s’était emparée de lui à la seconde où il avait vu paraître la jeune danseuse .

- Quel est ton nom ? lui demanda t il.
- Ruth, fut la réponse
- Mais ce n'est pas un nom de ce pays !
- C'est un nom de Jérusalem où vécurent mes ancêtres et ma mère. Elle était courtisane, ma mère. Mon père était un riche négociant qu'elle conut à Joppé. Il nous emmena sur son voilier jusqu'ici, où, à quinze ans, je fus vendue par une servante à ce cabaretier chez qui, depuis, je me montre tous les soirs… Me trouves tu belle ? Tu ne me l'as point dit ?…
- C'est que je ne puis exprimer combien tu me plais avec des paroles !
- Serais tu Juif ? Chaque voit qu'un de ma race me voit, il me convoite aussitôt.
- Il y a donc beaucoup de Juifs à Thèbes ? demanda Anguebo, éludant cette question qui l'avait, inexplicablement, troublé.
- Oui beaucoup.
- Accepterais tu de me mener dans une de vos réunions ?
- Certes ! Avec joie. Mais toi, quelle est ta religion ?

Il lui expliqua le culte du serpent sacré, ce qui fit rire beaucoup la jolie Ruth.

- Je t'interdis de railler les croyances de mes frères, s’écria t il en colère. C'est un dieu redoutable que le notre. Il vomit du feu…

Alors, la petite courtisane passa son bras autour du cou du jeune homme, attendit un moment, puis, quand elle le sentit apaisé, elle lui parla du vrai Dieu.

Les paroles de Ruth fructifièrent dans l'esprit d'Anguebo durant la nuit. Quand, au matin, il s’éveilla, il sentit qu'il était devenu un autre homme entre les bras de Ruth la danseuse.

C'est ainsi qu'entra la sainte semence dans l'esprit d'Anguebo, au cours d'une nuit d'amour…

Mais, les choses de cette sorte, un père ne peut les conter à sa fille. Voilà pourquoi Anguebo se taisait.

Et il reprit son récit en ces termes :

- C'est à Thèbes aux cent Portes, ô Makéda, que ton père devait retrouver le chemin de la vérité, guidé par Azaria, le grand rabin de la ville, que m'a fait connaître une danseuse de Joppé nommée Ruth… laquelle était venue m'acheter un collier ...

« Ce vieillard profondément versé dans la science des Ecritures n'eut pas de peine à faire éclaté à mes yeux dessillés la sainteté de notre religion véritable, à savoir ceux que pratiquaient nos aïeuls sous Moïse.
« Et comme Azaria joignait à la connaissance des choses saintes celle des choses du négoce, je devins, sous sa direction, un commerçant expert et très riche.
« Comme, enfin, mon vieux maître joignait encore à tant de talents la divination des moyens par lesquels on conduit les peuples, il fit entrer dans mon esprit le désir de faire de grandes choses à Symiène.
« Et voilà comment, quatorze années plus tard, Anguebo revint d'Egypte avec l'intention de convertir ses frères à la religion de Jéhovah ; ayant fait cela, à prendre le pouvoir ; et, l'ayant pris à guider notre peuple dans le sens véritable : qui est de lier son destin à celui du peuple frère parti s’établir à Chanaan sur la parole de Moïse.
« Voilà pourquoi l'Eternel a voulu que ton père devint prophète à son tour, ô Makéda !
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 #6 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 22 Jan 2007 12:17

Anguebo se tut.

Il pensa à ces choses, cependant que sa main errait tremblante dans la belle chevelure odorante et nattée de sa fille très chérie…

Ô amertume au cœur de la puissance et de la gloire ! Anguebo avait toujours désiré un fils. Mais Dieu n'avait pas voulu que Rachel, sa femme, le lui donnât. Rachel était morte. Mammété restait la fille unique du prophète, et ce corps adorable, hélas ! ne recevrait jamais la semence de la vie ! Telle avait été la condition imposée par les prêtres du legs de la couronne à la fille du roi. Anguebo s’était incliné, mais avec quelle douleur au fond de ses entrailles paternelles !

Et voici que cette fille adorée s'en revenait de la terre d'Egypte tout épanouie et frémissante ! Jamais autant qu’à cette heure de la mort, la cruauté du serment qu'on avait exigé de son enfant ne s’était révélée dans son horreur à Anguebo !

Il sut pourtant maîtriser sa révolte intérieure. Après un long silence :

- Ma fille bien aimée, sais tu pourquoi les rabbins ont ordonné que tu prêtes serment de virginité sur le tabernacle ?

Makéda releva son beau front barré de ce pli précoce qui s'y gravait quand elle pensait à ces choses :

- Oui, mon père, je le sais. C'est pour que je reste ferme dans ma chair et dans mon esprit, dit elle fièrement.
- Mais encore ?
- C'est pour qu'un prince étranger ne puisse jamais prendre d'influence sur mes pensées, dit elle d'une voix un peu moins assurée, car elle venait de se souvenir du prince Domédo…
- Tu réponds bien, Makéda, mais il y a une raison plus profonde. Le trône où tu vas monter, mon enfant très chérie, n'est pas seulement celui d'une reine ou d'un roi de la terre. Il est surnaturel, il est sacré comme un autel. Car la gloire que je te transmets me vient de Dieu (NDRAK : Louez Jah ! ), et donc il serait impie que tu la partages avec un des rois connus, tous adonnés à l'idolatrie (NDRAK : Bon dem ! ! !)…

Anguebo se tut de nouveau. Ces arguments par lesquels l'avaient persuadés jadis les prêtres, sa raison ne l'avait jamais entièrement acceptés, et elle les refusait encore à cette heure suprême.

Du reste, un confus espoir l'avais toujours habité : Dieu, dans sa bonté, veillerait sur sa race et ne la laisserait point périr (NDRAK : Selassie I liveth every time)… Et la pensée voyageuse d'Anguebo s'en allait vers ce royaume de Chanaan dont les commerçants nomades vantaient la douceur et le ciel extraordinaire… Peut être un jour quelque étoile ?…

Cet espoir, il s'interdit de l'exprimer. Et il reprit :

- Sois pure Makéda, sois forte. Plus pure que la perle et plus forte qu'un homme !
- Je serai pure, je serai forte ! répéta Makéda galvanisée.
- Sois grande ! Montre au monde étonné ce qu'une femme peut faire d'un empire et d'un peuple, ce qu'elle peut faire d'elle même !
- Je serai grande !
- Ce royaume sacré que je remets entre tes mains, il le faut élargir encore ! Le regard d'une reine hébraïque ne doit pas s'arrêter aux frontières. Il doit s’étendre partout où vivent les hébreux. Regarde vers le nord Makéda ! (NDRAK : Capice ? Aucun gouvernement juif n’ a jamais tenté d'instruire le monde au judaisme. Le seul royaume dont c’était la vocation s'est vu diffamé et coupé de ses liens avec Jérusalem avec le temps. Merci le sanhédrin, merci le vatican…)
- Je regarderai vers le nord !
- Là bas s’étendent les terres heureuses sur lesquelles règne le roi David… David a étendu son territoire vers le sud, jusqu'au pays d'Edom… La reine de Symiène doit étendre le sien vers le nord… Vers le nord… Et par elle se fera la soudure, et Symiène et Chanaan réunis constitueront un immense empire, qui fera trembler l'univers !

Les yeux d'Anguebo fixaient avec passion un point invisible dans l'espace… Mais bientôt, ce regard de feu s'embua. La voix d'Anguebo devint faible et très douce :

- Viens plus près, Mammété… plus près encore… que je te dise… la pensée directrice… celle qui est gravée là bas, à Thèbes, sur nos temples… Il faut unir, Mammété, unir… ce qui fut divisé… N'avoir… plus qu'une pensée… plus…

Les mots étaient devenus presque indistincts. Anguebo fit un effort suprême. Il se dressa sur sa couche, il rassembla son souffle. Et Makéda put entendre très distinctement la maxime sacrée qui devait guider sa vie :

- N'avoir plus qu'une pensée. N'avoir plus qu'une seule âme ! (NDRockso : I'I s'en réjouit. Telle est la vraie Eglise, le reste n'est qu'illusion)

Mais, soudain, elle s'abattit sur le lit en hurlant et se déchirant les joues. (NDRockso : Doit faire mal keumêm )

Au ciel de Symiène venait d'apparaître la comète éblouissante descendue quérir l’âme du roi-prophète.
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 #7 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 22 Jan 2007 13:49

Et Anguebo, vêtu de la chamma (NDRockso : Toge habituellement blanche. Vêtement traditionnel des Ethiopiens, de nos jours encore) rouge des prophètes, s'en fut vers la demeures qu'il s’était fait creuser dans le roc, au nord d'Axoum.

Immédiatement derrière la funèbre litière, vient le cortège innombrable des rabbins de toutes les synagogues du royaume, et, immédiatement derrière eux, Makéda.

Elle a revêtu la robe jaune du grand deuil, dont l’étoffe en loques laisse apercevoir ses beaux seins déchirés. Elle ne porte aucun bijou. Ses cheveux flottent jusqu’à ses reins, dans un grand désordre noir. Le sang suinte de son visage frotté depuis deux jours d’étoffes rugueuses. Et les paupières de ses beaux yeux qui ont versés trop de larmes sont toutes bleues et gonflées. ( NDRockso : Gwo poèl session )

Les autres membres de la famille royale s'avancent derrière elle.

Ensuite les dignitaires, les lettrés, les scribes, les serviteurs. La garde. Et enfin le peuple, le peuple innombrable et gémissant.

Après deux longues heures de marche sous un soleil cruel, le pleurant cortège arrive au tombeau royal.

Et, tandis que la foule répète une litanie funèbre, on descend le corps dans une crypte aux murailles ornées d'inscriptions hiéroglyphiques.

Il est alors procédé à la longue cérémonie du dépôt des effigies saintes.

C'est d'abord, pieusement apportée par le grand rabbin, l'effigie même du défunt, sculptée dans le bois de cèdre, et où le roi est représenté dans l’éclat de sa jeunesse, tel que le peuple aime à évoquer ceux qu'il aima.

Puis, entre deux gerbes de fleurs fraiches, Makéda dispose sa propre image sculptée dans l'or pur.

Des soldats introduisent dans la crypte, le char du roi et la statue de son cheval préféré. Les agriculteurs apportent une charrue et du blé ; les pasteurs, des statuettes figurant naïvement leur bétail ; les commerçants nomades, des petits chameaux de terre cuite et les armateurs, des voiliers en miniature ; les orfèvres, des bijoux ; les marchands, du coton, de la laine, des étoffes…

C'est fini. Anguebo peut maintenant se présenter devant l'Eternel, avec ses œuvres.

… Et quarante jours plus tard, la fille d'Anguebo désignait les trentes ambassadeurs chargés d'aller annoncés aux rois vassaux et alliés que, dans cent vingt jours, auraient lieu à Axoum, les fêtes de son couronnement. (NDRockso : Ahhhh )

La cérémonie fut magnifique.

Un ciel artificiel avait été disposé à quelque distance du palais, soutenu par des mâts épais comme des chênes. Sous ce vélum gigantesque, une estrade de quatre-vingts coudées sur quarante avait été construite, couronné d'un trône élevé de cinq, tout en or massif constellé d’émaux et de pierreries.

Dès l'aube, la plaine environnant Axoum se couvrit de pèlerins marchant vers la capitale, en groupes si denses qu'on ne voyait plus la couleur du sol.

Les guerriers de la garde était au nombre de quatre mille. Ils se déployèrent tout au long du trajet que devait suivre le cortège. Et ce fut une double haie d'hommes splendides et tous exactement de la même taille, lance au poing, leur bouclier jetant sous l’âpre soleil de tels feux, qu'on les eût dits vêtus de flammes.

Vint la musique : tambours grondants et cymbales éclatantes, cistres et flûtes modulant leur sons aigus au rythme sourd des tympanons… (NDRockso : Inna NYABINGHI style, as in di psalms … Tchaaa)

Cent rabbins suivaient la fanfare. Puis s'avançait le tabernacle sacré, porté par douze grands prêtres. Et, derrière, cent rabbins encore.

C'est alors que parut le charmant cortège des douze vierges représentant les douze tribus, parmi lesquelles se trouvait Makéda, qu'aucun signe particulier ne distinguait des autres.

Toutes identiquement vêtues : sur la chemise de coton purifiée dans l'eau sainte et séchée à même la peau, une simple tunique de soie blanche. Une bande pourpre ceignait leurs reins et le chaste dirrib s'enroulait tout autour d'elles, de huit coudées de long sur trois de large. Elles allaient aussi humbles et pures, tête tonsurée (NDLAUTEUR : Car l'huile sainte ne doit toucher que l’épiderme.) et nues de bijoux, les douze vierge d'Israël…

Une longue suite multicolore et parée défila encore : les rois suivis de leurs esclaves porteurs des présents ; les dignitaires, les magiciens, les scribes, les hiéroglyphites, les grammates.

Quand tout le monde eut pris place, un héraut s'avança, et dit :

- Salut à toi, Jéhovah tout puissant !
« Salut à vous, nobles invités !
« Salut à toi peuple de Symiène !
« Et tous, écoutez :
« Que quiconque d'entre les assistants a quelque objection à formuler contre le sacre de notre régente Makéda, fille d'Anguebo, il s'avance et le dise ! »


Seul, un silence comparable au silence du désert fut la réponse.

Le héraut dit alors :

- J'ai constaté le consentement des seigneurs, des rabbins, des lettrés, des officiers, des guerriers et du peuple.
« Et, donc, je proclamme que Mammété, dite Makéda, se nommera désormais :
« Reine de Symiène et des états vassaux.
« Perle Toute Pure.
« Reine des rois.
« Lionne (NDRockso : conquérante) de la tribu de Juda (NDRockso : ou aussi Judah)
« Elue de Jéhovah.
« Maîtresse du jour et de la nuit.
« Donatrice des eaux fertilisantes.
« Dictatrice des mouvements célestes et des flots.
« Et ce, par la grâce de Jéhovah tout puissant. »


De quarante mille bouches, un cri formidable s’éleva :

- Mo’ faya ! ! ! ! nan c'est pas ça pardon

- Li ! Li ! Li ! Laoul Makéda ! Li ! Li ! Li ! (NDRockso : Laoul, ou léoul = prince, princesse)

Il fallut de longues minutes pour que la main du grand rabbin réussit à apaiser ce tumulte d'enthousiasme et d'amour.

Alors, il s'avança lentement vers les douze vierges agenouillées sur la dernière marche de l'estrade, et, s’étant arrêté devant Makéda :

- Entre les douze vierges des douze tribus d'Israël ici prosternées, Jéhovah, dans sa lucidité, a choisi pour régner sur ce peuple, celle qui est de la tribu de Juda (NDRockso : « Juda est mon bâton de commandant. » Psaume 60,7 ; « Le sceptre ne s’éloignera point de Juda, ni le bâton de commandant d'entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Schilo ; et à lui appartiendra l'obéissance des peuple. »Genèse 49,10 ; « Cesse de pleurer, voici le lion conquérant de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu de manière à ouvrir le rouleau et ses sept sceaux. »Révélations 5, 5 …) Makéda la Perle, fille d'Anguebo le prophète… Avance toi, Makéda.


Makéda obéis, toujours agenouillée.

- Je te sacre reine, Makéda, dit le grand rabbin en faisant couler au milieu de la tonsure quelque gouttes d'huile consacrée. Que Jéhovah bénisse ton règne et te communique sa sagesse.

Un nouveau tumulte éclata :

- Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li ! Li !

Mais la main du grand prêtre se leva une deuxième fois, et ce fut dans un silence religieux que Makéda gagna son trône prestigieux. (NDRockso : Tchaaaaa, ça d'vé et’ kek chose kd mm)

Elle apparut alors à tous les yeux dans sa beauté virginale.

Mais bientôt, ce corps mince et si fin, on le vît se charger des lourds attributs de la royauté, pieusement apportés par des princes adolescents.

Le front pur disparaît sous un couvre tête de soie rouge, sur lequel la couronne en or et constellée de sept perles est posée. On déploie sur ses jeunes épaules une cape de soie verte et, pardessus, une cape plus vaste de soie pourpre. Une ceinture piquée de pierres précieuses ceint la taille. Cependant qu'un serviteur placé derrière le trône déploie au dessus de la tête le double parasol brodé d'animaux sacrés, un esclave noir, debout à son côté, commence d'agiter le chasse mouches en poils de queue de girafe. Et enfin, tandis que le patriarche de la tribu de Juda introduit dans la dextre de Makéda un sceptre dont les doigts d’ébène tiennent pincée une perle de la grosseur d'une noisette, le grand rabbin lui tend, sur un coussin vert, une perle plus colossale encore, que la Perle vivante prend entre le pouce et l'index, comme font les doigts noirs du sceptre.

La toilette de la reine est achevée. Elle se lève, descend avec aisance et majesté l'escalier vertigineux, se dirige vers l'autel, et, la main étendue au dessus du tabernacle, prononce d'une voix ferme :

- Moi, Makéda, je fais serment de régner pour le bonheur de mes sujets, et d'observer les lois divines. Je réitère le serment de rester vierge jusqu’à ma mort, et je dis que la pureté de mon corps est un bien sacré qui appartient à mon peuple ! (NDRockso : Heureusement qu'elle était pas Maire de Vitry, paske là i lui sautaient tous dessus à coup sûr )
- Li ! Li ! Li ! Clame la foule à ces mots. Li ! Li ! Li ! Laoul Makéda ! Li ! Li ! Li !

Et ce cri, que la main rabbinale ne retenait plus, s’éleva, cette fois, si haut dans le ciel, il s’étendit si largement dans les campagnes, et tant de rochers le répercutèrent , que les bêtes fauves, étonnées, désertèrent les forêts des alentours. (NDRockso : Alors, Bambi appela son père, mais il était trop tard. Le feu…. Mais qu'est ce que j’ raconte moi ? ! )
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 #8 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 22 Jan 2007 15:47

Or, entre tous les rois et princes alliés venus assister aux fêtes du couronnement, celui qui éclipsait tous les autres par la superbe de son attitude, par l’éclat de son costume et par la somptuosité des présents apportés, c’était assurément le neveu de l'empereur de Babylone : Assadaron, prince de Tajara.

C’était avec une noblesse sans égale que le jeune ambassadeur de Salmanasar portait la robe de broderie portée à la mode imitée d'Egypte, sanglé à la taille par une ceinture de pierreries. Une cape verte à longs plis enveloppait obliquement son torse, rejetée ensuite avec nonchalance sur l’épaule. La sandale assyrienne à patins étincelait à son pied, à ses jambes des protège mollets faits de plaques d'or pur.

Son visage bronzé avait cette noblesse dure que donne l'habitude de braver les périls. Le regard des yeux sombres était presque insoutenable. La barbe très noire et savamment tressée.

Or, ce prince, dont la violence de caractère était connue, depuis que son regard avait distingué, entre les douze vierges, celle qui était Makéda, les cils de ses paupières n'avaient plus une seule fois battu, on eût dit que la foudre du ciel était tombée sur lui et l'avait pétrifié !

Mais quand son tour fut venu de déposer aux pieds de la reine nouvelles les cadeaux de Salmanasar : coffrets de parfums, boites de bijoux, fourrures d'animaux rares et rouleaux d’étoffes précieuses, alors, les paroles qui sortirent de sa bouche prouvèrent que sa réputation de témérité n’était point usurpée…

Après qu'il eut énuméré ses titres et récité les compliments de son oncle et maître :

- Ouech la Leupèr, bien ou quoi ?… (NDRockso : Bah quoi ? C un reubeu t'as vu )
- Ô Perle ! Un rocher s'est posé sur mon cœur au premier instant que mes yeux t'ont vue ! Par Bâal ! Ta grâce est unique au monde. Et permets, ô Divine, qu'Assadron scelle par un (...) l'amitié de l'Assyrie qu'il est venu t'apporter !

Et comme la petite main chargée de bagues s’élevait pour endiguer ce ténébreux flot d'hommages :

- Ne sois point offusquée, ô Perle ! Au pays d'où je viens, le (...) seul est signe d'alliance sans réserve. Ainsi donc, tu le vois, c'est ton refus qui serait offusquant !

Les rois choqués se regardaient entre eux, les rabbins murmuraient…

Le prince Amram intervint :

- Illustre Assadaron, tes paroles sont étonnantes. Quoi ? N'as tu donc pas entendu le serment de la Perle ?
- Je l'ai entendu.
- Et il ne t'a point donné à penser que peut être ce qui est selon les usages à la Cour du grand Salmanasar est impie sous nos cieux ?

Assadaron ne répond pas.
Chacun se tait.
Que se passe t il dans l'esprit de Makéda ? Son regard ne s'est posé sur l'Assyrien qu'un instant ; mais peut être que celui du téméraire est entré déjà dans son âme ? Cet étrange regard noir qui semble avoir les propriétés du feu ?… Ou bien c'est l'intervention de son oncle qui l'a blessée ? Elle n'aime guerre Amram, dont elle trouve parfois la tutelle indiscrète.

Insoucieuse de tous ces autres regards qui l’épient, inquiets, scandalisés ou jaloux, elle sourit, se penche un peu et dit :

- L'amitié d'un empereur tel que Salmanasar m'est trop précieuse pour que je refuse à son ambassadeur la faveur qu'il sollicite. J'accepte, Assadaron, que nous scellions notre alliance à la mode de ton pays.

Et la bouche de l’élue de Jéhovah se tendit au (...) de l'adorateur du dieu Baâl. (NDRockso : )

Le repas commença.
Quarante mille personnes furent servies.
Mille bœufs et deux mille moutons avaient été abattus. Et maintenant, toute cette viande arrivait baignée de sauce au poivre rouge, ou enveloppée dans des feuilles de figuier. (NDRockso : Le met favori des Cours Impériales Ethiopiennes fut de tous temps la viande rouge crue ! ! ! ) L'hydromel coulait à flots des énormes cornes de bœuf dans lesquelles l'apportaient les esclaves, aussitôt vidées que remplies, aussitôt remplies que vidées. Maints convives ne tardèrent pas à s’écrouler, assommés par les vapeurs du tedj. (NDRockso : Tedj = Hydromel d'Ethiopie) Au fur et à mesure qu'ils tombaient, des noirs vigoureux les transportaient dans la plaine, d'où montait vers les étoiles un énorme chant d'ivresse. (NDRockso : C'est à boire à boire à boireuuhh ! ! !)

Sur l'estrade royale, où présidait Makéda, des mets plus rares étaient servis aux princes et aux dignitaires : sauterelles frites au beurre de chamelle, côtelette de gazelle, viande blanche du chameau…

Cependant, des poètes improvisaient des cantiques à la louange de la Perle, des jeunes filles jouaient de la harpe, des acrobates volaient dans l'air, des nains faisaient leurs grimaces et des pitres leurs cabrioles, des animaux savants imitaient l'homme et des monstres humains l'animal.

Hélas ! Le prince Assadaron n'entendait rien, ne disait rien, et ce fut à peine si ses lèvres touchèrent à tous ces mets délicieux.

Maintenant que sa bouche connaissait le goût de la bouche interdite, nulle saveur au monde ne pourrait plus l’émouvoir.

Depuis que ses yeux avaient rencontré le regard violet, nul spectacle ne pourrait plus étonner ses yeux. (NDRockso : J'ai connu une fois Mais bon, elle avait des lentilles )

Depuis que son oreille avait entendu le son de la voix tentatrice, nulle musique ne pourrait plus charmer son oreille.

Depuis que ses narines avaient respiré le parfum de cette chair réservée, il n'y avait plus assez de roses embaumées dans la Perse, il n'y avait plus assez d'encens dans toute l'Arabie, pour charmer à nouveau les narines d'Assadaron !



_______________


Bon, j'vais pitèt allez bosser un peu moi

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 #9 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 23 Jan 2007 09:36

bijour :salut

_____________


Au festin du lendemain, car les fêtes devaient durer trois jours, quand vînt l'heure des récits d'aventures et de conquêtes, le prince Assadaron retrouva sa faconde.

Il conta son tout premier voyage, dans ces sauvages régions du Nord où tout est étonnant.

L'empereur, son oncle, dont les collections d'animaux rares étaient célèbres, et qui désirait offrir à Baâl un couple de ces lions à sabots que lui avaient décrits des voyageurs, avait accepter l'offre de son frère Nissar d'aller lui quérir quelques uns de ces monstres, et Assadaron, obtenu d'accompagner son père dans cette expédition périlleuse.

Longtemps, les explorateurs avaient fait voile vers l'ouest, et ensuite vers le nord. Ils avaient débouchés à l'embouchure d'un fleuve, qu'ils avaient remontés patiemment. Et ce furent de longues semaines de marche à travers des déserts plantés d'arbres noirs…

- Enfin, ô reine, nous apercevons des hommes, si toutefois il est permis de nommer ainsi les habitants arriérés de ces régions perdues. Ils sont ignorants de tout progrès, ils sont faméliques et peureux.
- Leurs femmes sont elles belles ?
- Elle sont d'une blancheur, dont la vue donne envie de vomir. Leur peau est claire comme du lait. Leurs cheveux sont jaunes comme une robe de deuil. Et leurs yeux si pâles qu'on pourrait presque voir le ciel au travers.
- Quelles sortes de robes portent elles ?
- Des fourrures, des peaux de bêtes mal taillées.
- Quelle abomination ! Mais pourquoi se vêtent elles aussi vilainement ?
- C'est qu'il fait un froid terrible dans ces contrées, ô reine ! Dés que vient l'hiver, une pluie blanche et glaciale se met à tomber. Cela ressemble à la laine du mouton. Cela tombe très lentement, très lentement, et reste ensuite sur la terre ! Sur cette couche d'eau blanche, le pied glisse d'une façon étrange.
- Quelle chose extraordinaire !
- La rigueur du climat engendre des phénomènes plus stupéfiants encore, ô Perle ! C'est ainsi que certains jours, ces arbres noirs dont je t'ai parlé, se vêtent de pierreries merveilleuses qui change de couleur sous les yeux quand tu marches. Les rivières s'immobilisent dans leur lit, le flot des cascades reste suspendu dans l'air, et quant à l'eau des lacs, elle devient si pure, si résistante, que l'homme peut y marcher !
- Ô merveille ! Tu l'as fait ?
- Je l'ai fait.

Makéda soupira. Il se fit un silence.
Mais, bientôt, Assadaron vit se poser le regard violet sur un des colliers qu'il portait à son cou.
Il sourit.

- Tu regardes mes perles jaunes, ô reine ! Elles aussi viennent des pays nordiques. Les sauvages nomment cette matière « la perle d'ambre ».

Il avait tendu le collier à Makéda, qui en soupesait les lourdes graines. Elle s'attendait à s'entendre dire de le garder. Il n'en fut rien. Quand, avec une lenteur voulue, elle tendit de nouveau le collier à l'Assyrien, il le lui reprit tranquillement des doigts pour le repasser avec une lenteur à son cou, en disant :

- Ô Perle entre les perles ! Je voudrais couvrir ton corps divin de toutes les pierreries du monde ! Mais ce présent, hélas ! je ne puis te le faire. Voici pourquoi : C'est par une nuit d’ébène que ce collier me fût offert. Une vertu nocturne lui est attachée. Ces glands d'or procurent le bonheur à qui les suspend à son cou, mais c'est à condition qu'ils soient offerts de nuit. Offerts de jour, ils font mourir. Si je les suspendais à ton cou charmant à cette heure diurne, tu les verrais s’évanouir un par un, et toi même, malheur inconcevable ! tu disparaitrais à nos yeux, ô Perles entre les perles…

Ces propos captieux, Assadaron les prononçait sur un ton de caressant badinage. Aussi Makéda en devinait le sens caché.

Or, le grand rabbin qui était présent, en avait percé le sens lui aussi :

- Garde toi, ô Perle, de rencontrer de nuit un faiseur de cadeaux qui n'est pas audacieux qu’à la chasse !

Il avait parlé à mi voix pour sauvegarder devant les autres seigneurs les égards dus à l'envoyé de Salmanasar, mais assez haut pourtant pour qu'Assadaron pût entendre.

Et alors, Assadaron rentra dans son mutisme.

Hélas ! Il était vain de tenter d’éblouir la reine des rois. Il était vain d'user de ruse. Il était vain, surtout, de l'aimer ! C’était un redoutable serment religieux qui interdisait à Makéda d’être une femme. Sans doute, la veille, elle avait semblé désirer braver la volonté de son tuteur. Mais, se dresser contre son grand prêtre et contre son dieu, ça, elle n'oserait jamais le faire !

Or, Assadaron venait à peine de regagner son camp au galop de son char, quand un messager accourait l'informer que la reine l'attendait au palais à la neuvième heure.

- Ô Istar ! (NDL'AUTEUR : Déesse assyrienne de l'amour.)(NDRockso : Oh ça va l'auteur, on savait … D'abord ça s’écrit ISHTAR … Isis en Egypte, Astarté des Grecs, Vénus des Romains …) Ô déesse ! Tu l'emportes ! s’écria t il en rugissant de bonheur.
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 #10 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 23 Jan 2007 09:38

Depuis plusieurs mois déjà, les longues caravanes des rois venus assister aux fêtes du couronnement s’étaient éloignées d'Axoum.

Mais le neveu de l'empereur de Babylone ne levait toujours pas son camp.
Presque chaque jour, la reine le convoquait au palais, et même, souvent, la nuit.
Elle usait pour l'inviter de ces procédés charmants de ces stratagèmes aux symboliques acceptations, que l'amour seul sait inspirer.

Par exemple, elle lui faisait envoyer par son trésorier un char taillé dans l’ébène, et ce dignitaire avait pour mission de l'offrir en ces termes :

- Noble prince, c'est en don d'amitié fraternelle que la Perle te fait don de ce char de course. Le bois d’ébénier dans lequel il fut sculpté viens du pays le plus chaud du monde, et, la nuit, devient invisible…

Ou bien c'est un splendide Tangari (NDL'AUTEUR : Sorte de perroquet.) au plumage ramagé, la tête enveloppée d'un capuchon de cuir rouge. Et sitôt qu'on l'avait délivré de ce capuchon , l'oiseau parleur, déployant ses ailes plus chamarrées que des fleurs s’écria :

- Na, na, fikéri, Aron ( NDL'AUTEUR : Viens, viens, mon amour Assadaron ! ) ( ( NDRockso : on peut traduire aussi : non, non, on a tué Christine Aaron ! ! ! )



Et Assadaron s'envolait vers son amour.

Souvent aussi, ils allaient chasser ensemble dans la campagne environnant Axoum.

Debout sur leurs chars à la souple suspension faites de courroies mobiles , lui casqué, elle tête nue et cheveux aux vents, ils allaient à travers forêts de sycomores et de mimosas géants, ils allaient au galop de leurs gazelles dressées, se grisant de vitesse, de parfums naturels et de la joie d’être ensemble.

Tous deux excellaient à la capture des animaux vivants. Presque toujours, ils ramenaient de ces expéditions nombre de gazelles et d'autruches prisonnières, de marabouts géants, de pélicans, de flamands roses…

Lui, cependant, regagnait son camps lentement et songeur.

Ses amis s’étonnaient de sa métamorphose. Ce guerrier au sang prompt, qui vivait à Tadjara environné de femmes, quel sortilège lui avait donc jeté cette vierge, pour qu'il se résignât si longtemps à soupirer ainsi sans espoir ?

Mais ils avaient une prédilection pour la chasse aux grands fauves.

Précédés des chiens cuirassés de cuir clouté, ils avançaient à travers les bouquets de palmiers, de dattiers, où se tiennent cachés, à l'affût des gazelles, le lion ou le léopard tacheté. Leur cœur s'arrêtait, de joie, dans leur poitrine, quand du haut des arbres, les singes chasseurs dressés pour signaler les fauves signalaient par leurs cris l'approche de la bête… Et quelle ivresse, quand les chiens traînaient jusqu’à eux quelque belle pièce ensanglantée, criblée de flèches et de morsures !

Mais il y avait un moment plus délicieux encore, plus douloureux aussi.
C’était l'heure de repos qu'ils savouraient ensuite, allongés côte à côte, sous quelque buisson de lauriers rose ou de mimosas.

Odeur des fleurs après l’âcre odeur du sang et des chairs déchirées, et, mêlée à l'odeur des fleurs, celle de ce corps merveilleux… Ils s’étreignaient. Leurs bouches se cherchaient. Et, quand elles s’étaient trouvées, les malheureux amants n'osaient plus interrompre le (...), par crainte d'oser désirer d'avantage ( NDRockso : Oh, trop mignon )…

Il fallait bien pourtant que ce moment vint.

Alors, quittant sans un mot son compagnon, elle bondissait sur son char et regagnait Axoum en fouettant ses gazelles, à une allure telle qu'on l'eut dite transportée dans l'espace par un nuage de poussière volant.
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 #11 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 23 Jan 2007 10:25

Au palais, Uziel, le grand rabbin, et surtout le prince Amram se tourmentaient grandement, redoutant que la vertu de leur souveraine ne finît par succomber.

En grand secret, ils convoquèrent les trois plus fameux magiciens d'Axoum : Ibra, le liseur de pensées ; Belocha, le grand exorciseur ; et Chapra, sorcier de Thèbes.


- Nous vous avons appelés, ô savants, leur dit Amram, parce que l’âme de notre reine vénérée se trouve en péril. Depuis qu'Assadaron l'idolâtre s'est emparé de ses pensées, le pire est à craindre. Il faut purifier l'esprit de la Perle de cette influence mauvaise.
- La Perle haïra l’étranger, répondirent d'une seule voix les trois magiciens, et l’étranger fuira couvert de honte !

Ce fut Ibra qui se mit au labeur le premier.
Ayant précautionneusement questionné Makéda sur ses songes, il réussit à lui faire avouer qu'un esprit visitait chaque nuit son sommeil.

- Vois tu son visage, ô Perle ?
- Non. Son visage est obscur et sans yeux. Pourtant, je ne le redoute point, ce fantôme. Il est aimable, il est doux. J'aime à le voir se tenir immobile devant moi, me tendant ses bras qui sont deux lueurs blanches…

Ibra courut trouver Belocha l'exorciseur. Il fallait maintenant identifier l'esprit et savoir par où il s'introduisait auprès de la couche royale.

Un jour que la reine chassait, Belocha suivi d'Ibra et d'un agent sûr, s'introduisit dans la chambre de la reine.

C'est une grande pièce aux murs ornés de peintures égyptiennes et percés de deux fenêtres en ogive. Des fourrures de guépards jonchent le sol sur toute son étendue. L'unique meuble du lieu est le lit monumental, auquel sept marches donnent accès. Le drap qui couvre ce lit est d'azur céleste.

Deux naines se tiennent assises sur la dernière marche, jouant avec les chats aimés de leur maîtresse, quatre magnifiques bêtes noires, grandes comme de jeunes tigres.

A l'entrée des magiciens, les deux petites gardiennes se lèvent, tremblantes.

- Fermez les rideaux, naines !

Et c'est la nuit.
On ne voit plus que huit cercles phosphorescents qui luisent : l'iris des chats qui vont et viennent, surexcités par l'approche des influences surnaturelles, que l'instinct animal pressent avant l'intelligence humaine.

- Ibra, je sens qu'un corps astral est dans cette pièce, murmure Belocha.
- Je le sens aussi, mais où réside sa présence invisible ?
- Assurément, dans un des objets qui nous entourent.

Soudain :

- Vite, donnez vos mains ! Formons le cercle des vivants.

Les mains en sueur des naines, les mains sèches et brûlantes des magiciens se cherchent et s'attachent dans la nuit.

- Esprit, fais un signe ! hurle Belocha. Esprit, révèle toi !

Aucune réponse.
Belocha rompt le cercle.

- Aucun mort n'a répondu. C'est donc que l'esprit qui habite cette pièce est celui d'un vivant.

Ses bras invisibles écartent ceux qui l'entourent.

- Collez vous tous contre les murs ! Naines, tenez les chats !

Et il reste seul au centre de la pièce, traçant dans le noir des lignes qui se croisent, en un mystérieux alphabet. L'air se charge d'orage et s'emplit d'influences. On dirait que de chaque objet se détyache une âme souffrante qui vient se jeter dans cette bataille obscure. Cependant, Belocha, concentré jusqu’à en perdre le souffle, prononce avec une extraordinaire vélocité les formules magiques. Il appelle à lui la Kabbale. C'est un tumulte rauque et plus rapide qu'un torrent, mêlé à son souffle oppressé. Soudain, tout se tait. Une seconde de mortel silence. Puis, le bruit mat d'une chute sur le sol.

- Faites la lumière, vociféra Ibra.

Un flambeau qui s'allume…
Près d'une des fenêtres en ogive, Belocha gît sur le sol, pâle, contracté, un filet de bave coulant de ses lèvres grises. Mais, de ses mains glacées, il presse contre sa poitrine une tenture de soie azur et brodée or, arrachée à une des fenêtres.

Là était le siège de l'esprit cherché.
Or, cette tenture était un cadeau du prince Assadaron…

Quand la reine fut revenue de la chasse, Belocha lui dit doucement :

- Ô Perle, excuse un zèle peut être trop empressé. Ton liseur de pensées m'a révélé qu'un fantôme hantait tes nuits, et j'ai découvert que cet esprit funeste pénètre dans ta chambre à travers les mailles de ta draperie bleue. C'est pourquoi j'ai ordonné à mon assistant d’ôter cette draperie de ta fenêtre, et de l'aller suspendre au seuil de ton vestibule d'honneur. De la sorte, elle ne gênera plus ton auguste sommeil. Au surplus, le noble Assadaron qui t'en fit présent sera flatter de la voir désormais placée en un lieu où tes invités pourront l'admirer, et, certes, elle est admirable…
- Ainsi l'amour ne viendra plus chaque nuit se renouveler dans ton cœur, ô Perle naïve, pensait l'hypocrite magicien.

Mais ces manœuvres très savantes demeurèrent sans effet.
Loin de le voir s'affaiblir, on vit l'amour des jeunes gens prendre des nouvelles forces, au point que plus un jour ne s’écoulait sans qu'Assadaron ne franchît le seuil du palais.
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 #12 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 23 Jan 2007 14:24

C'est alors que Belocha eut recours au plus ténébreux des stratagèmes : le cercle magique tracé autour de l'ennemi dont on veut anéantir l'influence.

Le thaumaturge choisit dans la ville une fillette de deux ans, à laquelle, au crépuscule, il fait parcourir un long trajet circulaire dont le centre est le lieu où demeure l'adversaire. Très vite, l'enfant fatiguée trébuche et tombe. On repère chacun des endroits où ses mains touchèrent le sol, et l'on y enterre un coq vigoureux, de manière que seuls émergent son corps et sa tête.

La nuit est venue durant ces manœuvres. Enfin, voici l'aube à l'orient rougissant. Le magicien et ses aides observent les coqs. Ceux qui trouvent la force de saluer le premier rayon de soleil seront conservés pour être enterrés de la même façon la nuit suivante, ceux qui succombent sont enterrés en sens inverse, bec dans le sol. Le crépuscule revenu, on réitère l'expérience , et ainsi de suite jusqu’à la mort du dernier coq. (NDRockso : Une fois j'ai esayé d'faire ça à un lascar de ma cité. Bon déjà c'est auch d'enterrer un coq dans l'bitume, pas facile de camoufler les bruits du marteau piqueur en pleine nuit. Et puis trouver des coqs à Paris … Alors j'ai pécho des perroquets sur les quais, et barbé trois cygnes au bois de Vincennes. La misère, impossible d'enterrer convenablement les volatiles qui se débattaient et balançaient des coups de becs en veux tu en voilà. Finalement, j'ai enterré des peluches et celles dont les piles lâchaient les premières fûrent ensevelies en sens inverse … Ouais … Me suis fait serré le deuxième jour, vu l'boucan qu'j'avai fait la veille toute la cité avait porter plainte. Lawonte, j'me suis affiché dans tout le quartier, et j'ai même pas eût le temps d'ensorceler le gars. Tchhiiiippp, les marabouteries c'est pas pour moi … Tcchhaaa ! ! ! !)Cependant, le cercle infernal, qui était au début d'un rayon de cent sept coudées, s'est progressivement resserré, resserré. Au moment où le dernier coq expire en exhalant son chant suprême, on peut considérer la volonté de l'adversaire réduite à néant.

Tandis que Belocha se livrait chaque nuit à ce ténébreux travail, Chapra, conseillé par le psychologue Ibra, opérait de jour, lui et ses procédés, plus simples, témoignaient d'une connaissance peut être plus perverse encore de cette chose vulnérable qu'est l’âme humaine.

Il aposta des serviteurs au seuil du palais, chargés, au moment où le prince s’élancerait sur son char, de cribler les flancs de son coursier de minuscules boulettes en bronze imbibées d'une matière corrosive.

Ainsi fut fait.
Les nobles bêtes avaient à peine parcouru quelques foulées que, folles de douleurs, elles s'emballèrent dans un galop furibond. On vit le char trop léger se soulever sur une roue, tandis qu'Assadaron projeté en l'air allait retomber évanoui dans la poussière.

Quand on eut rapporté cet incident à la reine, un grand trouble s'empara de son esprit.
Cette appréhension confuse devint une véritable angoisse quand une des naines lui vint apporter de la part d'Assadaron blessé les deux tanagaris par la voix desquels les amants se communiquaient leurs messages amoureux les jours où ils ne pouvaient se voir.

Hélas ! Plus jamais les oiseaux parleurs n'iraient dire à Assadaron : « Fikri, Fikri, Aron » ( NDL'AUTEUR : Je t'aime, je t'aime Assadaron ) Plus jamais ils ne reviendraient répondre à Makéda : « Fikri, fikri, Mak. ( NDL'AUTEUR : Je t'aime, je t'aime Makéda ). Une main criminelle les avaient étranglés !

Toute la nuit, Makéda réfléchit à ce meurtre abominable. Ne lui disait il pas clairement que les ennemis de son amour n'hésiteraient pas à tuer son amant lui même, s'il persistait à prolonger son séjour auprès d'elle ?

Ô peine ! La cruelle séparation s'imposait donc !

Tout son coeur se révoltait contre cette pensée : Elle se sentait prête à fuir avec lui, à quitter Axoum et son trône. Ou bien, elle souhaitait mourir avec lui, rêvait de s'en aller dans ses bras vers ce paradis du dieu Baâl dont il lui avait parlé parfois…
C’étaient là de ces pensées folles qu'inspirent l'exaltation nocturne. Aux moments elle où elle réfléchissait avec calme, elle se répondait que seul le départ d'Assadaron était la solution dictée par le devoir et par la raison.

Mais saurait elle le congédier ? Aurait elle, quand elle le reverrait, la force de prononcer des paroles si cruelles ?

Alors, voulant préparer Assadaron à prendre de lui même la difficile résolution, elle composa un message symbolique qui lui serait porté dès l'aube. Or, tel fut le message symbolique de Makéda : ( NDRockso : N'ayant pas de scanner, je ne peux malheureusement vous montrer ce rébus , on y voit deux mains serrant chacune un perroquet autour du cou, puis une paire d'yeux en larmes, une épaisse ligne noire horizontale, une reine traînant un soc de charrue avec ses bras et enfin un prince recouvert d'un quadrillage) ( NDL'AUTEUR : Les poètes Abyssins aiment à reproduire ce rébus et sa traduction dans leurs ouvrages sur Makéda. Ils l'intitulent habituellement : « Les cris du cœur incompris » )

Et voici ce que Makéda voulait dire à son amant par ces images :

- Ô Assadaron, des mains criminelles ont étranglé nos messagers d'amour.
« Voilà pourquoi je suis triste et je pleure.
« Il faut tracer sur notre amour la ligne de deuil des choses achevées.
« Laisse Makéda poursuivre solitaire sa dure tâche royale, plus dure que celle de l'esclave condamnée à défricher une terre rocheuse.
« Adieu, ô Assadaron ! L'heure est venue que je couvre ton image bien aimée du voile de l'oubli ! »

Or, quand Assadaron vint la voir le jour suivant, il ne fit aucune allusion au message.
Avait il été intercepté ?
Ou bien cet Assyrien peu subtil n'avait il pas su le traduire ?

Ô douleur ! C’était donc à elle, faible femme, de prendre la résolution atroce !

Elle fondit en larmes.

- Ô ma Perle, qu'as tu ?s’écria t il stupéfait. Pourquoi ce tremblement ? Pourquoi ces larmes ? Ton amant est sauf, tu le voies bien.
- Ô mon prince, il faut que nous nous séparions, s’écria t elle. Il faut que mes yeux renoncent à te voir…
- Nous quitter ? Ne te sens tu donc pas en sécurité près de moi ? Le bouillant Assadaron n'est il pas devenu chaste et réservé comme un frère ?
- C'est oti qui n'est plus en sécurité. C'est pour toi que je tremble… Assadaron, tes jours sont en danger, je le sens dans mon cœur…

Il se mit à rire, et la berçant dans ses bras :

- Mais quelle mauvais songe a donc fait cette nuit mon jeune frère ? Ô Makéda, comment peux tu t'imaginer qu'Assadaron consentirait à fuir devant des ennemis invisibles, lui que n'ont fait trembler ni les lions à sabots, ni les pluies blanches des pays du Nord ?

Et chaque fois qu'elle voulait parler de nouveau, il lui fermait la bouche d'un (...) rieur.
Or, le lendemain, le bruit se répandait dans Axoum que les Assyriens avaient levés le camp dans la nuit, qu'il n'en restait plus un seul dans la ville…
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 #13 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 24 Jan 2007 14:11

Quoi ? Sans un adieu ?
Lui qui, la veille encore, riait de ses craintes et jouait le rôle avantageux de celui que rien au monde ne peut effrayer ?
C’était donc là le courage indomptable auquel elle avait cru ? C’était donc là, son amour ?

Devant cette image diminuée que lui laissait en souvenir son amant, elle regrettait presque de l'avoir aimé. Elle maudissait ce reste de tendresse qui palpitait encore au fond de son cœur pour lui ? Non, elle ne l'aimait plus ! Elle ne voulait plus l'aimer !

Ah ! S'il était parti sur sa prière… Mais elle ne pouvait lui pardonner de l'avoir quittée ainsi brusquement sans rien dire.

Ainsi donc, il était vaincu, ce grand amour qui avait fait trembler les bases du royaume. Et chacun des magiciens s'attribuait le mérite de cette guérison subite.

Or, à quelque temps de là, deux brodeurs de perles étrangers commençaient à faire parler d'eux dans Axoum.

L'agilité de leurs doigts passait pour prodigieuse, et l'on vantait fort le chatoiement des tissus qu'ils savaient composer.

Ils avaient loué un modeste souk dans le quartier commercial, où bientôt affluèrent les belles acheteuses. A une course de chars officielle, nombre de princesses arborèrent des tuniques entièrement brodées de perles. Ce jour là , Makéda ne regarda guerre les coureurs.

Intriguée, la reine convoqua les deux brodeurs au palais.

C’étaient deux jeunes gens extrêmement beaux, - un surtout – le visage entièrement rasé, les yeux très noirs. Leur mise modeste et leur humble maintien contrastait de façon singulière avec la noblesse de leurs traits.

- Veux tu une tunique où soient assemblées toutes les nuances de l'aurore, dit l'un.
- Veux tu une robe de perles rouges ? dit l'autre. Ainsi tu apparaîtras toute vêtue de sang pur, du sang que chaque homme voudrait verser sous tes pas !
- Assez d'image, étrangers bavards, dit Makéda. Ce n'est pas une robe que je veux, mais votre secret.
- Ô reine des rois, ce que tu demandes est impossible, dit celui qui avait parlé le premier.
- Insolent ! Ignores tu qu'il n'y a pas une de mes fantaisies qui ne doive être satisfaite sur l'heure ?
- Ô Perle, la formule de notre art ne nous appartient pas. Elle nous fut transmise de génération en génération. Elle est sainte et sacrée.
- Tais toi ou je te fais décapiter ! Je veux savoir broder, te dis je, et aujourd'hui même, car je m'ennuie. Je m'ennuie, entends tu ?
- C’était vrai qu'elle s'ennuyait, la dictatrice des mouvements célestes et des flots. Depuis le brusque départ d'Assadaron, son humeur était devenue très irascible. Le moindre atermoiement devant un de ses caprices la mettait en fureur. C'est qu'elle cherchait à distraire son esprit d'un souvenir qu'elle jugeait indigne d'occuper ses pensées, et dont, malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à s'affranchir. Elle ne pouvait, elle ne pouvait haïr Assadaron !

Enfin, celui des deux brodeurs qui se taisait depuis un moment, et qui était le plus beau des deux, s'avança et dit :

- Pardonne à mon camarade, ô Perle toute puissante ! C'est vrai que notre formule est sainte, mon ami n'a pas tort de craindre la vengeance des dieux. Je la crains aussi, ô reine. Pourtant, je consens à t'enseigner quand même. Mais, je t'en conjure, que personne ne nous entende ! Ne pourrais tu, pour plus de sûreté, daigner recevoir ma leçon dans quelque pièce plus secrète ?
- Soit, viens avec moi dans ma chambre de prières.

C’était une étroite pièce obscure, seulement éclairée par une veilleuse rouge.

- J'ai peur que nous n'y voyions pas assez clair pour un travail aussi délicat, dit la reine.
- Il n'est pas besoin d'y voir clair, pour apprendre mon secret, ô Perle.
- Tes regards sont bien pénétrants, singulier étranger !
- Les tiens le sont assurément tout autant. Ne peux tu pas lire ce qui est écrit sur ce tissu perlé ?
- Non, je ne puis.
- Daigne t'approcher de la lampe.

Elle y consentit, amusée par ces mystères.

L’étranger se tenait derrière elle et tout près, si près qu'elle sentait son souffle chaud sur sa nuque. Mais elle ne s'en avisa pas dans son esprit, intriguée comme elle était…

- Et maintenant peux tu lire ?
- Je lis : Ma… Makéda !
- Et de côté, que lis tu ?
- Ass… Ass… Assad…

Elle était devenue toute tremblante.
Brusquement, elle se tourna vers l’étranger.
Alors, celui ci :

- Et voilà le secret du brodeur de perles, ô Perle du cœur d'Assadaron !
- Ah ! Je savais bien que tu m'aimais encore !… s’écria t elle… Et moi aussi je t'aime encore, Assadaron ! Pas un instant, je n'ai cessé de t'aimer…

Elle le croit, elle est sincère. Tout est oublié. Il n'y a plus dans cette pénombre que l'aimé ressuscité… Ô joie du revoir, allégresse sans pareille, si poignante, que presque rien ne te distingue de la douleur !

Un long moment, ils restèrent, ainsi collés l'un contre l'autre riant et pleurant.
Il fallut bien pourtant qu'il lui expliquât sa disparition et ce retour également mystérieux.

- Ce jour, tu t'en souviens, où tu me supplia en pleurant de m’éloigner d'Axoum, je ne voulus pas croire à tes craintes. Or, la nuit qui suivit, des songes atroces torturèrent mon sommeil. Quand, à l'aube, je m’éveillais, je sentis une force mystérieuse serrer mes tempes et mon front, au point que je me demandai si je n'allais pas perdre la raison. Tout près de ma tente, un coq chantait. Mais c’était d'une voix étrange que ce coq saluait le soleil, d'une voix pleine d'agonie. Je consultai Ninipalukin, mon magicien. Cet homme qui perce les secrets se montra fort inquiet. « Ma science t'as protégé jusqu'ici, ô maître, me dit il, mais à présent, je le sens, c'est un cercle que je ne puis briser qui se serre autour de toi. Sa formule est ignorée dans nos régions. Si tu tiens à la vie, fuis, ô prince, fuis sur le champ ! Voilà le conseil de Ninipalukin. » Fuir, un guerrier d'Assyrie ne saurait s'y résoudre, à moins que ce ne soit pour revenir et par feinte, comme à la guerre… Je partis et revint donc, accompagné de mon cher Nabanassar, qui, entre temps, m'avait enseigné l'art de broder les perles, en grande mode chez nous… Et me voici, ô ma reine, ô ma merveille et ma joie !
- Tu es donc capable aussi de ruse, ô mon fougueux ! s’écria Makéda transportée.
- Pour te contempler, pour être auprès de toi, de quoi ne serais je pas capable. Ne l'ai je pas été de dompter jusqu'au feu du désir, plus fort cependant que l'humaine volonté ?
- Je le sais, cher, cher Assadaron. Mais, maintenant, quitte moi. La leçon a été longue, et nous devons être prudents.
- Je te quitte, mais je reviendrai demain, n'est ce pas ?
- Oui, demain.
- Et tous les jours qui suivront ? L'aaprentissage de l'art de broder et long et difficultueux. Une leçon quotidienne est nécessaire, ô Perle !

Ils éclatèrent de rire et se séparèrent fous de joie.

Et le modeste brodeur revint chaque jour trouver Makéda dans sa chambre de prières.
Elle ne fit pas de rapides progrès.
Elle qui avait stupéfié tous se maîtres thébains par sa promptitude à comprendre et à retenir, elle fit preuve, en face de cet art nouveau, d'une étonnante maladresse. Après plusieurs mois de leçons quotidiennes, c'est à peine si ses doigts ingénieux furent capables de rassembler quelques rangs de perles d'une seule couleur.

C'est que le temps de la leçon s’écoulait tout entier en mignardises, tendres bavardages et caresses. Et les perles allaient se perdre entre les poils des peaux d'onagre. Et les mains se cherchaient. Et les lèvres se trouvaient. Et ils restaient ainsi, mêlant leurs soupirs, jusqu'au moment où, prise de peur à l'idée de se laisser glisser avec lui dans le délicieux abîme interdit, la reine vierge le repoussait. Elle le repoussait avec douleur, toute vibrante encore de ses (...)… ( NDRockso : Sont tarés quand même, moi y a longtemps que …. L’était forte Makéda hein)

Mais c’était ce temps de grâce que le Destin accorde aux amants qu'il s'apprête à frapper ( NDRAK : A bon entendeur…), tenant, par compassion, par respect pour le beau couple embrassé, son glaive un moment suspendu ( NDRockso : Je veux juste une dernière danse, avant l'ombre et l'indifférence )…

Un jour que Makéda et Assadaron se tenaient ainsi enlacés dans la chambre de prière, une des naines insista pour rentrer ( NDRockso : Elle en pouvait plus de les entendre gémir, voulait faire un truc à 3 la p'tite)

- Que veux tu, lui dit sa maîtresse ? Qu'y a t il, allons parle !

La naine semblait boulversée.

- Ô maîtresse, ils disent que le brodeur est le prince Assadaron.
- Qui ils ?
- Le prince Amram, Uziel, le grand rabbin. Je les ai surpris chuchotant entre eux ( NDRockso : Makrel) … On vous a entendus rire, et la voix du prince a été reconnue… J'ai même pu surprendre autre chose, ô maîtresse !
- Dis le !

La pauvre petite grelottait de terreur. Eclatant en sanglots :

- Que demain, des hommes armés seront postés au seuil du vestibule d'honneur, et que si le prince ose revenir…

Assadaron bondit :

- Sur la tête de ouam, j'vais les fonsder ! ! ! ( NDRockso : Oui je sais )
- Certes, Assadaron osera revenir ! Et sans déguisement, encore ! Avec sa cape verte, ses protèges mollets d'or et son bon poignard ( NDRAK : Peter pan style). Ces misérables s'imaginent ils m'intimider ? J'en ai assez d'agir dans l'ombre ? J'en ai assez de courber l’échine, de baisser la voix, d'imiter l'artisan sans naissance… C'est au grand jour que je viendrai désormais saluer la reine ! ( NDRAK : Que d'la gueule.)
- Je te le défends, dit Makéda.
- Tu me le défends ? (NDRockso : Ou pa tan'n ?)

Elle était devenue blême et toute froide.
Mais ce fut d'une voix qui ne tremblait pas qu'après l'avoir longtemps contemplé avec amour elle lui dit :

- Je ne veux pas que tu reviennes.
- Crois tu donc que j'ai peur de quelques hommes armés ?
- Assadaron, une femme douée d'intelligence apprécie le courage, mais pas la témérité. Quand bien même tu échapperais à cette première embuscade, nos ennemis ne désarmeraient point. Quitte moi, quitte la ville aujourd'hui même ! Celle qui t'aime ne veut pas que tu meurs. ( NDRockso : Oh .. Trop mimi)
- Mais moi, je veux mourir pour elle !( NDRockso : Encore plus mimi)
- Aies pitié de moi, Assadaron, n'affaiblis pas mon courage ! Il faut que tu t'en ailles ! Et puisque tu m'y forces, je te l'ordonne !
- Je ne puis, je ne puis t'obéir.
- En ce cas, je t'interdirai l'entrée du palais.

Il tomba à genoux en sanglotant. Et il resta ainsi prosterné devant elle, entourant de ses deux bras les jambes de Makéda, le front perdu à la divine place interdite. Et elle sentait se répercuter à l'intérieur d'elle même les coups de la fièvre qui battait derrière ce front d'homme.

- Et du reste, la joie véritable ne nous est elle pas interdite, ô mon frère, ô mon amour défendu ? C'est en vain que nous essayons de nous convaincre que nous nous donnons l'un à l'autre du bonheur. Je peux bien te le dire à présent, chaque fois que tu quittes ce palais, tu laisses entre ces murs une Makéda brûlante et désolée. Et toi aussi, assurément, c'est une fièvre mauvaise que te laissent nos vains embrassements ? Ô Assadaron, cher, cher Assadaron, tous les (...) que je pouvais te laisser prendre à la surface de mon corps, je te les ai permis. ( NDRockso : Tous ? ! ?) Je ne peux rien te livrer de plus… Cessons ce triste jeu et soyons l'un à l'autre en pensée sans nous voir.
- Ô ma Perle, quel triste amour fut le nôtre ! gémit il.

Elle resta un moment silencieuse, sentant qu'elle l'avait convaincu.

- Ce triste amour, je jure que je le vengerai ! Ces hommes qui m'ont interdit la joie des saintes épousailles, je les briserai, je les humilierai, je les accablerai de besognes viles comme des animaux domestiques ! Je materai l'orgueil de ce sexe arrogant, je le poursuivrai de ma haine et de ma rancune jusqu’à ma mort ! Pour toi seul, mon beau prince, ce cœur plein de fiel gardera de la tendresse… Jusqu’à l'heure de ma mort, il ne battra que pour toi ; tel est le nouveau serment de Makéda la Pure !
- Et moi, je jure de ne jamais connaître d'autre femme que Makéda, dit il.

Leurs lèvres se prirent, et se gardèrent longtemps.

Mais elle :

- Maintenant, laisse moi ! Ne nous amollissons pas en adieux vains. Quittons nous sans hésitations ni pleurs, comme il convient à deux êtres fiers. Va, retourne en ton pays, Assadaron ! Makéda ne t'oubliera jamais.

Tout son corps était devenu dur et froid. Gagné par la sombre exaltation de sa maîtresse, Assadaron sécha brusquement ses pleurs à sa robe (NDRAK : C'est dégueulasse !), se leva.

Une fois encore, ils s’étreignirent. Et ce fut une étreinte si étroite qu'on eût dit qu'ils voulaient se fondre l'un dans l'autre en un seul bloc de pierre.

Soudain, elle le repoussa.

Il la regarda longtemps, longtemps dans le fond de l’âme. Puis il s'enfuit (NDRockso : Ouf, bon débarras ! ! ! Vas cramer 2 ou 3 bestioles à Baâl et ça ira mieux ! ! ! Païen va, pouah)

Et c'est ainsi que la Perle pure et le prince Assadaron de Tadjara se séparèrent pour toujours. ( NDRockso : Ahhhh ! ! ! Enfin ! ! ! On va pouvoir rentrer dans le vif du sujet … )

FIN DE LA PREMIERE PARTIE
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 #14 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 26 Jan 2007 12:29

DEUXIEME PARTIE : LA FEMME.



On s'est longtemps demandé le secret de l'activité prodigieuse de la reine de Saba. On a diversement commenté son génie, son goût presque monstrueux du luxe et ce frénétique appétit de conquêtes qui allait faire d'elle, bientôt, l'impératrice la plus puissante de l'univers.

Il faut chercher ce secret dans sa souffrance profonde ; dans la douleur d'une séparation qui ne lui laissait même pas le souvenir d'un seul moment de bonheur accompli. Parce que des hommes l'avaient humiliée dans son sexe, elle voulut humilier ce sexe orgueilleux en montrant à la face du monde ce qu'une femme peut faire.

Et elle se jeta dans le travail avec une sombre furie.

Elle imposa sur toute l’étendue de son territoire une organisation de fer. Son empire divisé en quatre provinces, chacune administrée par quatre grands chefs soumis à son contrôle, devint comme une gigantesque toile d'araignée dont elle tenait les fils dans sa petite main constellée. ( NDL'AUTEUR : Ses représentants provinciaux ( il y avait dans chaque district un chef militaire, un premier magistrat, un gouverneur civil et un directeur du commerce) devaient se conformer en tous leurs actes à un code civil et militaire conçu par Makéda jusqu'en ses moindres articles, et qui, inscrit sur un parchemin, constitua le « Ye louol demb » (Loi de la Perle))

Cinq cent mille hommes, instruits par des moniteurs venus d'Egypte et d'Assyrie, constituèrent bientôt des forces guerrières redoutables, pourvues d'armes nouvelles, forgées dans un métal nouveau, dont un jeune homme, Adinram, avait vendu à Makéda la formule inventée en Asie.

Et ce fut l’« Armée de la Perle ».

Cependant, une équipe de trente mille ouvriers travaillait le jour et la nuit à la construction d'une flotte qui devait éclipser par sa puissance la fameuse marine phénicienne.

Et ce fut la « Flotte verte de la Perle ».

En même temps, elle activait l'exploitation de ses mines gigantesques. Et le sol de Symiène se mit à cracher l'or en quantité prodigieuses. Au fur et à mesure qu'il sortait de la terre, des artisans spécialisés le convertissait en écus ronds, percés d'un trou.

Et ce fut l’ « Or de la Femme ».

Cependant que ses navires s'en allaient jusqu'en Chine, en Malaisie, aux Indes, d'où ils revenaient chargés de soieries et de coffres de perles, ses armées redoutables élargissaient de tous côtés la périphérie de son royaume africain. Le territoire s’étendit bientôt au nord jusqu’à l'Egypte, au sud jusqu'au Willemandchara ; à l'ouest, il engloba la Nubie et, à l'est, s’élargit jusqu’à la mer Rouge.

Voici donc qu'elle possédait un territoire presque comparable à celui du pharaon, des comptoirs aussi loin que peuvent aller les navires, les plus belles pêcheries de perles du monde celles des côtes de la mer de Sang, celles de Zaïlon… Dans ses moments de loisirs, elle jouait à en comparer le galbe et les teintes, enfonçant ses mains dans les coffrets débordants. Et c’était le repos de ses yeux et de ses doigts.

Mais rien n’étanchait cette soif terrible qui la consumait. Elle osa jeter un œil ambitieux sur ce mystérieux continent qui s’étend de l'autre côté de la mer de Sang.

Le puissant Attara régnait sur le Yémen parfumé. Elle le défit après trois années de guerres ininterrompues. Et la terre des aromates se teignit de sang. Et le roi Attara mourut sur le champ de bataille.

Makéda voulut connaître cette Arabie nouvellement soumise à son sceptre. Elle s'y rendit en grande appareil et fut charmée.

Elle s’était faite escortée de ses principaux architectes.

- Je veux qu'une ville soit construite ici, leur dit elle. Elle se nommera Saba, du nom des habitants de cette région ( NDL'AUTEUR : Les sabéens), et je veux qu'il n'y en ait pas de plus belle dans l'univers.
« Je veux qu'au centre s’élève un triple palais en arc de cercle, dont chacun puisse contenir cinquante mille personnes, et je veux qu'au centre de cette triple circonférence monte, jusque dans les nuages, un quatrième palais qui sera ma demeure.
« Je veux qu'il y ait partout des jardins pleins d'espèces végétales diverses et d'animaux rares.
« Je veux que, dans ces jardins, coulent des rivières parfumées, que des lacs s'y étalent, avec des îles de fleurs, et qu'il en jaillissent des jets d'eaux colorés.
« Je veux enfin que, sur la toiture plate de ma demeure, s’étendent des terrasses qui soient aussi des jardins, plus beaux encore et dont on puisse apercevoir les splendeurs de très loin sur la mère.
« N'ignorez ni le dos des esclaves, ni l'or, ni vos veilles, architectes. Je veux que tout cela soit près à me recevoir dans un an jour pour jour. Je le veux, et j'ai dit.

- Ce que tu veux et ce que tu dis sera exécuté, ô Reine du Matin, répondirent d'une même voix tous les architectes.

Et la reine d'Axoum et de Saba regagna son bateau paon, qui aussitôt vogua vers Muttowa.
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 #15 Littérature - Art - Culture:   Sujet du message: [FEUILLETON] - MAKEDA !   Posté le: 26 Jan 2007 12:41

Ce fut durant cette dernière année passée à Symiène que la Perle paracheva sa législation par ce farouche système de décrets tendant à réglementer jusqu’à la vie privée de ses sujets, dont aujourd'hui encore on trouve des traces profondes dans les mœurs des peuples d'Abyssinie.

Maintenant qu'elle n'avait plus de contrées à soumettre, c’était à l'amour qu'elle entendait faire la guerre, elle qui ne le pouvait connaître ! Car cette femme qui possédaient un Empire que lui enviaient tous les rois connaissait les tortures d'une envie cruelle…

Elle s’était contentée, les année précédentes, de rendre égaux en droits les deux sexes : la femme avait tout comme l'homme le droit de tester et d'hériter. Elle pouvait commercer et diriger des entreprises. L'enseignement était obligatoire pour les filles comme pour les garçons. Les dispositions relatives au mariage et au divorce étaient même nettement favorables à la femme. ( NDL'AUTEUR : L'un comme l'autre se contractait devant un tribunal féminin. L’éducation des enfants était le privilège exclusif de la mère jusqu’à l’âge de sept ans. Passé cet âge, elle conservait un droit de tutelle exclusif sur les filles.)

Mais, à sa surprise profonde, une enquête personnelle lui avait révélé que les femmes se souciaient peu d'user de ses prérogatives. Devant les tribunaux, elles feignaient de se targuer d'user de leurs droits, mais dans le secret de la vie conjugale elles prenaient, en toutes choses, l'avis de l’époux, et n'avaient de joie qu’à recevoir ses ordres et ses coups.

Révoltée, Makéda donna tout à coup à ses réformes un caractère beaucoup plus radical : les mâles furent purement et simplement spoliés de tout droit. L'héritage devint le privilège des femmes, ainsi que le droit de négocier. Les filles purent acheter des maris comme on acquiert des esclaves, en aussi grand nombre qu'elles pouvaient en nourrir. En un mot, le sexe qui se dit fort fut réduit à une servitude humiliante et cruelle.

En même temps, par une réformation audacieus des vêtements et de la coiffure, Makéda supprimait les signes distinctifs des deux sexes. La jupe coupée à mi cuisse devint la seule tolérée (). Les jeunes filles composant sa garde d'honneur durent porter autour du torse une sorte de fourreau capitonné rendant invisibles les rondeurs des seins ( ). La coupe de cheveux à hauteur du cou devint obligatoire.

Quelques mois après que la nouvelle loi eut été promulguée, Makéda, voulant juger de ses effets par elle même, alla rendre visite en secret à une riche commerçante nommée Zicri.

- Je sais, Zicri, que, mettant à profit mes récents décrets, tu viens d'acheter quelques époux. Montre moi où tu les loges, je te prie.
- Avec joie, ô Reine, car je sens que tu vas être contente. Je n'ai rien épargné…

Et Zicri précède la reine au long d'un profond vestibule à l'extrémité duquel s'entre bâille une draperie.

Makéda demeure stupéfaite.

Dans une grande pièce ornée de peintures lascives, toute tapissée de peaux moelleuses et parfumée d'effluves, une dizaine d’êtres masculins épilés, vêtus d’étoffes fines, se tiennent mollement étendus, mangeant des choses douces et riant entre eux. Quelques uns se baignent dans une piscine aux eaux parfumées. Et tous, des esclaves les servent avec respect, les essuyants, les massant, disposants des coussins bourrés de plumes sous leurs têtes paresseuses…

Makéda contient sa fureur. C'est qu'elle veut poursuivre avec fruits son enquête. Comme Zicri est restée parfaitement inconsciente de l'immoralité de sa conduite – ne s'est elle pas conformé fidèlement aux lois ?- elle répond sans méfiance. Et c'est ainsi que Makéda apprend que de semblables harems sont en train de s'organiser dans tous les quartiers élégants de la capitale…

Elle sortit profondément troublée de la maison de Zicri.

C’était donc là le résultat de ses décrets !
Elle s'entretint longuement, le soir même, avec Lévy, son conseiller privé.

Ce dignitaire était le seul dont elle daignât parfois écouter les avis. Lévy avait été châtré jadis par un marchand d'esclaves. Cette mésaventure de sa jeunesse, qui avait fait de lui un être dont les jugements ne s'inspiraient d'aucune passion, n'avait pas été sans contribuer à sa rapide fortune auprès de la vierge reine.

- Daigne souffrir que je te le dise, ô Perle, lui dit il, il fallait s'attendre à cet effet de tes ordonnances. Tu as inconsciemment encouragé la débauche. Les hommes fiers déserteront ton empire, et ceux qui resteront, tes sœurs, qui n'ont pas ta vertu, les pervertiront de plus en plus
- Mais c'est au contraire la volupté que j'entendais proscrire. Aide moi à trouver un autre moyen, astucieux Lévy ! Je veux, je veux chasser l'amour de mes Etats !
- Chasser l'amour ! Ô Reine ! Autant vouloir assécher la mer ! De moins pures que toi, et donc plus averties de la malignité du sexe, se heurtèrent vainement à ce problème insoluble. Jadis, en Mésopotamie, une reine qui avait à se plaindre de l'amour crut le proscrire de ses Etats en parquants ses sujets hommes sur une rive du Tigre, et sur l'autre ses sujettes. Qu'arriva t il ? Hommes et femmes vinrent se joindre la nuit sur des barques, et jamais fleuve ne fit entendre aussi musical murmure sous la voûte des cieux ! Que veux tu, ô Perle, il faut que les desseins de la nature s'accomplissent.
- Ton histoire est répugnante et stupide, Lévy. Je ne veux pas l'extinction de ma race, tu le sais bien, mais seulement celle du plaisir, de l'impur plaisir. Eh quoi ! J'ai fait de plus grands miracles. Ne pourrai je résoudre cette petite énigme obscure ? Qu'on m'y aide ! Voyons, j'ai des magiciens, j'ai des savants, j'ai des grammates, des chirurgiens…

Un éclair de joie mauvaise traversa les yeux de l'infirme :

- Tu viens de prononcer le mot ô Reine ! S'il existe un moyen d'empêcher le plaisir impur sans nuire à la sainte procréation, c'est à tes chirurgiens qu'il appartient de le découvrir.
- Eh bien ! Convoque les d'urgence et parle leur. Je veux qu'avant que le soleil se soit levé trois fois, le moyen que tu dis soit trouvé !

Et Lévy convoqua les chirurgiens.
Et les chirurgiens trouvèrent le moyen.
Et la chose qu'il fallait faire aux enfants fut notifiée par courrier royal à tous les rabbins et à toutes les sages femmes de l'Empire.

Et ce fut la plus terrible et la plus étrange des Lois de la Perle.

Cependant, Makéda n'avait pas négligé ses préparatifs de départ pour Saba.

Elle décida que désormais Symiène serait administrée par un haut fonctionnaire nommé chef de l'Ouest (Wak Chaour) et par un juge suprême qui porterait le titre de Bouche de la Reine (Wak Néguist).

Axoum et Saba resteraient d'ailleurs en constantes relations au moyen de tourelles de signalisation qu'elle fit édifier de montagne en montagne. Les deux métropoles pourraient ainsi communiquer, dans un langage spécial, de façon presque instantanée.

Et donc, à la date qu'elle avait dite, la Perle Pure s'en fut en grand appareil hors d'Axoum, sa ville bien aimée.

L'embarquement se fit à Muttowa, dans un grand concert d'hymnes et d'ovations qui accompagna longtemps la reine sur la mer.

Et la Flotte Verte traversa la mer Rouge.

Des milliers de torches brillent sur les grands voiliers de guerre aux douze ponts superposés qui escortent le navire royal, trouant les ténèbres d'une lueur dorée qui se reflète sur les flots.

Et elle se reflète aussi sur la coque ocellée d'or et d’émaux du bateau royal, immense barque sculptée en forme de paon, sans mâts ni voiles, manœuvrée par cent quatre-vingts rameurs. Les yeux de l'oiseau navire sont deux fameux énormes qui projettent loin en avant leurs rayons verts. Tout près de la proue, dans la gorge du paon, s’érige le trône, sur lequel la reine est assise, vêtue de la robe du sacre, coiffée de la couronne aux perles géantes, le sceptre d’ébène à la main. Des jeunes filles jouent de la harpe à ses pieds. Sur les degrés du trône, les grandes chattes noires ronronnent entre les bras nus des naines. La fumée de l'encens monte vers le ciel…

Et Makéda resta ainsi, immobile et méditant, à la proue du navire, jusqu'au moment où parut dans le rose de l'aurore, pareil à une montagne de fleurs, ce quadruple palais qu'elle avait conçu en esprit une année plus tôt, et qui lui apparaissait maintenant, là bas au bout de la mer, exactement pareil en sa qualité merveilleuse !

Alors, elle ne put se retenir de se dresser toute droite dans le premier rayon du soleil, sentant qu'elle était véritablement la reine du Matin !
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