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Paroles d'esclavage
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  Actualités:   Sujet: Paroles d'esclavage

Anksu-Amon
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 #16 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 18:05

Tout a fait .

Et puis une des nombreuses définitions de l'histoire nous apprend qu'elle a pour objet l'homme dans ses réalisations et dans ses moeurs.

Ce qui est transmis par les ascendants et qui relève de la mémoire collective en fait partie, car c'est à travers ce prisme que l'histoire peut comprendre la vision du groupe dans son actualité, de ses projets de ses intérets etc ...
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zephyrin
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 #17 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 18:16

Anksu-Amon a écrit:
 
Tout a fait .

Et puis une des nombreuses définitions de l'histoire nous apprend qu'elle a pour objet l'homme dans ses réalisations et dans ses moeurs.

Ce qui est transmis par les ascendants et qui relève de la mémoire collective en fait partie, car c'est à travers ce prisme que l'histoire peut comprendre la vision du groupe dans son actualité, de ses projets de ses intérets etc ... 
 


Tu n'es pas historienne.

Le probleme n'est pas que tu crois ou pas, que vous croyez ou pas et que vous accordez....
Le crédit de cette initiative sera donné par les historiens, les sociologues, les gens de cet acabit.
De mon côté, je n'accorde pas de valeur à ce travail : c'est du journalisme.

Que ceux qui sont en manque de repères, qui ne connaissent pas leur histoire et qui ont besoin d'une parole controuvée pour exister cela les regarde.

Je n'accorde aucun crédit, toutefois un sociologue pourrait en "le dégrossissant" en tirer quelque chose.
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Tishka
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 #18 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 18:27

zephyrin a écrit:
 
Anksu-Amon a écrit:
 
Tout a fait .

Et puis une des nombreuses définitions de l'histoire nous apprend qu'elle a pour objet l'homme dans ses réalisations et dans ses moeurs.

Ce qui est transmis par les ascendants et qui relève de la mémoire collective en fait partie, car c'est à travers ce prisme que l'histoire peut comprendre la vision du groupe dans son actualité, de ses projets de ses intérets etc ... 
 


Tu n'es pas historienne.

Le probleme n'est pas que tu crois ou pas, que vous croyez ou pas et que vous accordez....
Le crédit de cette initiative sera donné par les historiens, les sociologues, les gens de cet acabit.
De mon côté, je n'accorde pas de valeur à ce travail : c'est du journalisme.
 
 


Est-ce que seule la démarche de l'historien ou du sociologue est capable de donner une valeur à un travail qui ne se réclame pas ni de l'histoire ni de la sociologie ?
Est-ce qu'un travail qui n'a pas de valeur historique n'a pas de valeur tout court?
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zephyrin
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 #19 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 19:18

Citation:
 
Tishka
un travail qui ne se réclame pas ni de l'histoire ni de la sociologie ?  
 


Nous sommes d'accord ce n'est ni un travail historique, ni sociologique : c'est de l'évènementiel à l'approche du 10 et 23 mai (abolition, commémoration de l'esclavage etc et bref...).

Un coup de pub pour un journaliste-essayiste, c'est ce que je dirai, si je devais entrevoir les intentions de l'auteur.
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Anksu-Amon
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 #20 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 19:34

zephyrin a écrit:
 
Anksu-Amon a écrit:
 
Tout a fait .

Et puis une des nombreuses définitions de l'histoire nous apprend qu'elle a pour objet l'homme dans ses réalisations et dans ses moeurs.

Ce qui est transmis par les ascendants et qui relève de la mémoire collective en fait partie, car c'est à travers ce prisme que l'histoire peut comprendre la vision du groupe dans son actualité, de ses projets de ses intérets etc ... 
 


Tu n'es pas historienne.

Le probleme n'est pas que tu crois ou pas, que vous croyez ou pas et que vous accordez....
Le crédit de cette initiative sera donné par les historiens, les sociologues, les gens de cet acabit.
De mon côté, je n'accorde pas de valeur à ce travail : c'est du journalisme.

Que ceux qui sont en manque de repères, qui ne connaissent pas leur histoire et qui ont besoin d'une parole controuvée pour exister cela les regarde.

Je n'accorde aucun crédit, toutefois un sociologue pourrait en "le dégrossissant" en tirer quelque chose. 
 


En effet, je ne suis pas historienne, je n'ai pas précisé, a dessein, le domaine dans lequel j'exerce.
Quoiqu'il en soit, cela doit il m'interdire d'ennoncer que cela fait partie des outils auxquels ils recourent ? ?
Dans ce cas, je ne puis etre autorisée a dire que le chirurgien manie de scalpel alors ?
Allons donc ....

D'autres part, nul ici ne conteste que le recueil de ces données est realisé par une equipe de journalistes, et qu'a ce titre il entre dans cette catégorie.
J'ai souligné que le travail des historiens consiste également a utiliser en temps "qu'outils a croiser avec d'autres sources", les éléments de la presse et ce type de témoignage.
Car quoique tu en dises c'est aussi une base de données de la mémoire de l'Histoire.

Ce que je souligne c'est que cela ne peut constituer en soit une référence (ces éléments doivent etre croisés avec d'autres données).

Je rapelle également que ce travail n'a jamais eu pour ambition (vu l'introduction qui est faite sur le site ) de remplacer ou de réécrire l'histoire.
Juste d'apporter une parole a propos de cet épisode douloureux, de la façon dont il est digérer (dit et gérer ) dans les générations qui ont suivi.
Ce qui peut expliquer les moeurs de la population actuelle et dans ce cas participer dans une certaine mesure, a l'Histoire.
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Anksu-Amon
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 #21 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 19:39

zephyrin a écrit:
 
Citation:
 
Tishka
un travail qui ne se réclame pas ni de l'histoire ni de la sociologie ?  
 


Nous sommes d'accord ce n'est ni un travail historique, ni sociologique : c'est de l'évènementiel à l'approche du 10 et 23 mai (abolition, commémoration de l'esclavage etc et bref...).

Un coup de pub pour un journaliste-essayiste, c'est ce que je dirai, si je devais entrevoir les intentions de l'auteur. 
 


Nul n'est dupe je pense du fait que l'altruisme pur relève du domaine de l'utopie.

Je te rejoins sur ce qu'il en est des intentions probables de l'auteur.

Mais bon, serais je tenter de dire ...et alors ? Un autre y aurait pensé avant, cela n'aurait il pas été du pareil au même?
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Anksu-Amon
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 #22 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 19:57

zephyrin a écrit:
 
Tu sais j'avais une discussion avec des maitres de conférence antillais et justement on parlait de ce manque de rigueur au niveau de la production scientifique des nôtres.
Ex : Des historiens qui écrivent et oublient d'établir une bibliographie, pleins d'erreurs de ce genre que l'on retrouve chez les sociologues aussi et ailleurs...
L'histoire, la sociologie = (corpus et une méthodologie) qu'on la respecte !


Je dis que le travail qui est proposé n'est pas un quelque chose de sérieux, ou d'abouti.
C'est le point de vue d'individus et rien de plus.

Ces gens n'ont pas été esclaves, leurs pères et mères non plus, dans le "meilleurs" des cas ce fut leurs grands parents, autrement c'est leurs arrières grands parents, et ces gens ne sont pas dépositaires du vécu de leurs ancêtres.


(a propos des aborigènes) Dans ces sociétés seuls quelques personnes sont dépositaires du savoir du groupe, pas tout le monde : Nous avons le griot, le sorcier, l'homme médecine, etc. Ce savoir est légitimé par une fonction au sein du groupe. Ce ne sont pas tous les aborigènes qui sont détenteurs de l'histoire des aborigènes, ou tous les africains détenteur de l'histoire de l'Afrique.

Je n'ai pas à spéculer sur les intentions de l'auteur, il lui est loisible d'expliquer sa démarche dans une introduction, il y a une manière de faire, il n'a qu'à la respecter. Le fait d'être sous les cocotiers n'exonère pas d'être rigoureux.


... 
 

Je n'avais pas vu ce post.

Questions et remarques diverses :

=> personne n'a sembler prendre les choses autrement que comme des témoignages indirects- moi y compris.D'ou mes remarques.

1)Un aborigène qui n'appartient pas aux groupes cités) qui parlent du role de chacun y compris des détenteurs du savoir offre un matériel qu'il faut jeter ?
Je ne dis pas qu'il est le plus pertinent qui soit hein .

2)Je me suis sans doute mal exprimée, et tu as raison de le souligner. A bien regardé ce ne sont pas tant les intentions propres de l'auteur que j'ai exprimé que celles que je lui pretais et qui a ce titre ne sont que le reflet de la compréhension que je fais de ce travail.

=> Cette réponse est a mettre en amont de mes deux posts précédents.Cela devrait mieux t'aider a comprendre mon point de vue.

NB: concernant la rigueur du travail de recherche et l'application stricte de la méthodologie en Martinique, je n'y connais ps grand chose, mais si cela peut te rassurer, on trouve également des errements de ce genre (peut etre en moindre proportion ) ailleurs ...
Si la situation est elle que tu la decris ce serait sans doute quelque chose a changer si nous voulons avoir du poids et enrichir la pluralité indispensable a la recherche.
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MadininaUK
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 #23 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 20:04

luigi972 a écrit:
 

Sur ce site, les témoignages vidéos d'arrière-petit fils et filles d'esclaves qui témoignent de ce que leur ont raconté leurs aïeux.  
 

... je croyais que l'on avait tres peu de recit en francais de ce que vivait les esclaves par les esclaves ...

Ici en angleterre, avec la commemoration de l'abolition de commerce d'esclaves (1807) ils ont beaucoup parle du livre d'Olaudah Equiano publie en 1789, ou il raconte sa vie d'esclave et son affranchissement. A-t-on des equivalents en langue francaise?
Parce que faut pas croire, des recits, des publications, des temoignages, il y en a eu!
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Anksu-Amon
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 #24 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 25 Avr 2007 20:39

MadininaUK a écrit:
 
livre d'Olaudah Equiano publie en 1789, ou il raconte sa vie d'esclave et son affranchissement. ! 
 


Il existe en traduction française ?

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zephyrin
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 #25 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 26 Avr 2007 19:41

Anksu-Amon

Je vais jouer à l'historien !

A) Il faut distinguer la traite de l'esclavage :

1) L'esclavage a été aboli en Martinique et Guadeloupe en 1848.
2) la traite cesse officiellement en 1807 pour les Anglais et 1815 (Congrès de Vienne) pour les autres nations européennes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_de_Vienne

Il y aura une traite clandestine, et la persistance de cette traite sera un alibi pour la colonisation de l'Afrique.

Quand cette traite a réellement cessé, la France fait venir des Japonais (800) et des Chinois Aux Antilles. On les retrouve à Saint Pierre...

Citation:
 
Les frais d'introduction d'un Indien au Natal comprennent les dépenses dans l'Inde (90 roupies), celles du voyage (154 roupies), enfin celles au Natal (42 roupies), ce qui représente un total assez élevé de 470 francs. Mais ce qui caractérise cette émigration c'est que l'Indien partant avec femme et enfants, se réengage ; le Chinois, presque jamais. Les rapatriements n'ont pas été de plus de 10 pour cent dans nos trois anciennes colonies, à l'expiration des contrats. Le salaire de 12.50 francs par mois stipulé dans la convention diplomatique de 1861 était pourtant un salaire dérisoire. On calculait le prix d'introduction à 400 francs par tête pour nos Antilles et 350 francs pour la Réunion. Le coût de la journée moyenne de travail était évalué à 2 francs pour l'Indien et à 3 francs pour le Chinois, dont l'introduction a cessé après l'arrangement conclu avec la Grande-Bretagne. Les récents contrats passés avec des Célestes fixent un gage mensuel de 37.50 francs ; pour les japonais de 40 francs : c'est à peu près le double des salaires de l'immigrant hindou.

http://www.zananas-martinique.com/immigration-indienne/indiens2.htm
 
 

En guadeloupe les document de l'époque font des Chinois, la pire espèce que l'humanité ait conçue, ils ont tous les défauts de la terre, menteurs, (...), lascifs, bagarreurs, fainéants, ne veulent faire que du commerce et refuse travailler la terre (Maryse Condé dans son roman Célanire cou coupé aborde cette présence.)
http://stellamaris.blog.lemonde.fr/2005/08/01/2005_08_clanire_coucoup/

Puis les békés "opteront" pour une immigration sous contrat exclusivement indienne.
La panse du chacal de R. Confiant raconte cette histoire.
http://www.pyepimanla.com/mise_a_jour_2/La_panse_du_chacal.html

Toutefois, les békés feront venir des Neg du Congo en tant que travailleurs libres.
On les trouvera principalement dans le sud de la Martinique.
Il est resté une expression : ou led kon an neg Sin-tann ou bien ou nwé kon an neg Sintann.
http://www.potomitan.info/travaux/heritage.html

B) Il convient de distinguer les populations :

1) les créoles
2) les Africains

Dans un tel système où les droits sont fonction de la couleur de peau ou de la proximité avec le maître, il faut savoir que les Créoles (esclaves nés dans l'île) et les Africains, individus provenant de la traite n'avait pas les mêmes fonctions, ni la même liberté.

Les Africains étaient attachés à la terre, c'est eux qui trimaient dans les champs principalement. Les créoles avaient des fonctions autres, charpentiers, menuisiers, ébénistes, dresseurs de coqs, il se retrouvaient au raffinage du sucre, etc, etc..

Entre les esclaves créoles ils existaient des réseaux de solidarité, un exemple : ce procédé qui consiste a verser tous les mois un peu d'argent afin de pouvoir être enterré dignement ( c'est une initiative née de l'esclavage) vous avez une caisse en Martinique qui est la continuité de ces mutuelles créés par les esclaves.


Les esclaves créoles bien souvent avaient un profil disons métissé. Parce que les Blancs et Nègres faisait du wine même en plein marché. Il soulevait la robe d'Etinnise et la winait en pleine journée devant tout le monde.
A lire : Une nuit d'orgie à Sain-tPierre : http://jacbayle.club.fr/livres/archCreol/FGH.html

Tout ce petit monde forniquait allègrement ce qui donna une population en Martinique : Jaune
A lire : Aux vents caraïbes (deux années dans les Antilles françaises)
http://www.bief.org/?fuseaction=C.Titre&Tid=3852

Sans l'éruption du pelée le profil de la population martiniquaise eut été différent.


C) Il convient aussi de distinguer les époque et les îles :

1) les époques
2) les Iles

Dans les premiers temps de l'esclavage (FR) les relations entre les Noirs et les Blancs ne sont pas ceux que l'on va retrouver au 18 e siècle, au moment de l'expansion de la canne à sucre, ni au 19 e.

Au début les Noirs sont armés, ils portent l'épée, ils sont considérés comme des compagnons, Noirs et blancs dorment dans la même pièce, dans la même habitation, et devant faire face aux mêmes menaces : Caraïbes.

L'économie entraïnera une distanciation des groupes, un habitat séparé et mettra fin aux mariages entre les négresses et les blancs.

Ben bon une autre fois pour la suite.
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luigi972
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 #26 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 26 Avr 2007 22:15

zephyrin a écrit:
 
luigi972 a écrit:
 
zephyrin a écrit:
 
Cette initiative me pose problème.

Voila des gens qui parlent de choses qu'ils n'ont pas connu, ni même leur père ou leur mère, mais leurs grands parents ou arrières grands parents.

Tout ceci n'est pas très sérieux.

Quelle est la légitimité de leur propos ?

Nous sommes dans les on dit, ce travail ne présente aucun intérêt scientifique, mais franchement aucun intérêt scientifique ou historique.

Ces gens ayant été témoin d'une époque il eut été plus à propos de les questionner sur leur vie et leur époque, qu'ils parlent de ce qu'ils ont vu et vécu...

ps : j'ai juste commencé à voir une video, mais ce j'ai entendu m'a laissé croire que l'homme racontait une histoire (disons que sa mémoire et ses connaissances s'ajoutaient, amplifiait, dramatisait le récit.) bref je n'ai pas poursuivi.  
 


Très bien Zéphirin! Donc l'esclavage n'a pas existé c'est ça?! Ben oui, qui prouve que ces vieux ne sont pas fous!  
 


En tant qu'historien je te dis que ces témoignages ne valent rien !
En tant que juriste je te dis que de tels témoignages sont sans valeur (des on-dit), ils seront récusés.

Nous avons des gens qui nous parlent de ce qu'ils n'ont pas vécu, pas connu, mais qu'indirectement leurs arrières grands parents ou grands parents leur auraient raconté.
Tout ceci n'est que parole rapportée ou inventée, qui n'a aucune valeur scientifique ou historique. Peut être un intérêt journalistique ou sociologique tout au plus.

Qu'un historien ou un juriste sur ce forum vienne me démentir. 
 


Dans la mesure ou au deux (ou plus de deux) personnes qui ne se connaissent pas racontent le même incident arrivé pendant l'esclavage, on peut en déduire que c'est une preuve scientifique
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Anksu-Amon
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 #27 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 27 Avr 2007 12:56

zephyrin a écrit:
 
Anksu-Amon

Je vais jouer à l'historien !

A) Il faut distinguer la traite de l'esclavage :

1) L'esclavage a été aboli en Martinique et Guadeloupe en 1848.
2) la traite cesse officiellement en 1807 pour les Anglais et 1815 (Congrès de Vienne) pour les autres nations européennes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_de_Vienne

Il y aura une traite clandestine, et la persistance de cette traite sera un alibi pour la colonisation de l'Afrique.

Quand cette traite a réellement cessé, la France fait venir des Japonais (800) et des Chinois Aux Antilles. On les retrouve à Saint Pierre...

Citation:
 
Les frais d'introduction d'un Indien au Natal comprennent les dépenses dans l'Inde (90 roupies), celles du voyage (154 roupies), enfin celles au Natal (42 roupies), ce qui représente un total assez élevé de 470 francs. Mais ce qui caractérise cette émigration c'est que l'Indien partant avec femme et enfants, se réengage ; le Chinois, presque jamais. Les rapatriements n'ont pas été de plus de 10 pour cent dans nos trois anciennes colonies, à l'expiration des contrats. Le salaire de 12.50 francs par mois stipulé dans la convention diplomatique de 1861 était pourtant un salaire dérisoire. On calculait le prix d'introduction à 400 francs par tête pour nos Antilles et 350 francs pour la Réunion. Le coût de la journée moyenne de travail était évalué à 2 francs pour l'Indien et à 3 francs pour le Chinois, dont l'introduction a cessé après l'arrangement conclu avec la Grande-Bretagne. Les récents contrats passés avec des Célestes fixent un gage mensuel de 37.50 francs ; pour les japonais de 40 francs : c'est à peu près le double des salaires de l'immigrant hindou.

http://www.zananas-martinique.com/immigration-indienne/indiens2.htm
 
 

En guadeloupe les document de l'époque font des Chinois, la pire espèce que l'humanité ait conçue, ils ont tous les défauts de la terre, menteurs, (...), lascifs, bagarreurs, fainéants, ne veulent faire que du commerce et refuse travailler la terre (Maryse Condé dans son roman Célanire cou coupé aborde cette présence.)
http://stellamaris.blog.lemonde.fr/2005/08/01/2005_08_clanire_coucoup/

Puis les békés "opteront" pour une immigration sous contrat exclusivement indienne.
La panse du chacal de R. Confiant raconte cette histoire.
http://www.pyepimanla.com/mise_a_jour_2/La_panse_du_chacal.html

Toutefois, les békés feront venir des Neg du Congo en tant que travailleurs libres.
On les trouvera principalement dans le sud de la Martinique.
Il est resté une expression : ou led kon an neg Sin-tann ou bien ou nwé kon an neg Sintann.
http://www.potomitan.info/travaux/heritage.html

B) Il convient de distinguer les populations :

1) les créoles
2) les Africains

Dans un tel système où les droits sont fonction de la couleur de peau ou de la proximité avec le maître, il faut savoir que les Créoles (esclaves nés dans l'île) et les Africains, individus provenant de la traite n'avait pas les mêmes fonctions, ni la même liberté.

Les Africains étaient attachés à la terre, c'est eux qui trimaient dans les champs principalement. Les créoles avaient des fonctions autres, charpentiers, menuisiers, ébénistes, dresseurs de coqs, il se retrouvaient au raffinage du sucre, etc, etc..

Entre les esclaves créoles ils existaient des réseaux de solidarité, un exemple : ce procédé qui consiste a verser tous les mois un peu d'argent afin de pouvoir être enterré dignement ( c'est une initiative née de l'esclavage) vous avez une caisse en Martinique qui est la continuité de ces mutuelles créés par les esclaves.


Les esclaves créoles bien souvent avaient un profil disons métissé. Parce que les Blancs et Nègres faisait du wine même en plein marché. Il soulevait la robe d'Etinnise et la winait en pleine journée devant tout le monde.
A lire : Une nuit d'orgie à Sain-tPierre : http://jacbayle.club.fr/livres/archCreol/FGH.html

Tout ce petit monde forniquait allègrement ce qui donna une population en Martinique : Jaune
A lire : Aux vents caraïbes (deux années dans les Antilles françaises)
http://www.bief.org/?fuseaction=C.Titre&Tid=3852

Sans l'éruption du pelée le profil de la population martiniquaise eut été différent.


C) Il convient aussi de distinguer les époque et les îles :

1) les époques
2) les Iles

Dans les premiers temps de l'esclavage (FR) les relations entre les Noirs et les Blancs ne sont pas ceux que l'on va retrouver au 18 e siècle, au moment de l'expansion de la canne à sucre, ni au 19 e.

Au début les Noirs sont armés, ils portent l'épée, ils sont considérés comme des compagnons, Noirs et blancs dorment dans la même pièce, dans la même habitation, et devant faire face aux mêmes menaces : Caraïbes.

L'économie entraïnera une distanciation des groupes, un habitat séparé et mettra fin aux mariages entre les négresses et les blancs.

Ben bon une autre fois pour la suite. 
 


Euh ....

Pourquoi tu m'adresses ce post?
Je suis un peu a l'ouest aujourd'hui alors je ne comprends pas trop le pourquoi du comment ... dsl

Ceci dit merci pour ces petits rappels, je trouve que c'est une très bonne chose.
J'avoue que je ne suis pas toujours au fait de mon Histoire alors de temps en temps ca fait plaisir d'en savoir un peu plus.
Merci

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jypense
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 #28 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 27 Avr 2007 15:38

en tout cas c'est très interessant; vivement la suite!
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zephyrin
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 #29 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 30 Avr 2007 15:16

Les Noirs en France

Nous poursuivons nos échanges... Nombreux sont ceux a penser que la présence des Noirs est récente dans ce pays (France), il n'en est rien. Sans remonter à la Rome antique dont les légions noirs de César ont conquis, notamment la Grande Bretagne et la présence attestée d'éthiopiens en Gaule, de sarrasins vaincus par Charles Martel (qui ne sont pas repartis, mais sont restés en France, la toponymie de certains lieu de certains lieux indique leur présence (Jacquou le croquant (1815) est un de leurs descendants et il raconte un peu leur histoire (le périgord noir)....

Il y a un historien qui s'est attaché à l'histoire de la présence des Noirs en France :
Extrait


On prétend qu'en 1413 Anselme d'Ysalguier aurait ramené la fille d'un roi du Niger et l'aurait épousé (Hoffmann, le Nègre romantique, p.2

Vers la fin du siècle sous le règne de Henri IV, les premiers actes de baptême de noirs apparaissent dans les archives portuaires. Peu à peu au XVIIe siècle il devient de bon ton chez les souverains africains d'envoyer un de leurs fils à la cour de France. Là on les regarde avec curiosité, puis on apprend que « les Noirs ne diffèrent des blancs que par la couleur, qu'ils sont des hommes et que l'esprit ne leur manque pas 1 ».

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En 1738, on en voit plusieurs se marier, tandis que les maîtres en affranchissent d'autres, si bien que la crainte d'une vague migratoire suscite des réactions racistes. En 1740 Maurepas ne mâche pas ses mots aux officiers de l'Amirauté qui n'ont pas l'air de réagir alors que, dit-il, « ces Nègres se multiplient tous les jours de plus en plus dans les différents ports du royaume 2

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Le 3O juin 1763 Choiseul écrit à Bernier, Intendant de Dunkerque, qu'au cours de ce conflit « un si grand nombre de nègres esclaves que les habitants des colonies ont emmenés soit en qualité de domestiques, soit pour leur apprendre des métiers que le Roi a jugé indispensable de les faire tous sortir du Royaume non seulement pour les rendre aux cultures qui souffrent de leur absence, mais encore pour faire cesser le désordre qu'occasionne leur communication sur les blancs dont il est résulté un sang mêlé qui augmente tous les jours 3 ». Les officiers ont trois mois et demi pour rembarquer tout ce petit monde.

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Le duc de Penthièvre, grand Amiral de France, parle d'un « déluge de nègres ». A l'en croire Paris est devenu un marché public où on a vendu des hommes au plus offrant et dernier enchérisseur, il n'est pas de bourgeois ni d'ouvrier qui n'ait eu son nègre esclave 4 »

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On trouve à Nantes en 1768, sur une affiche placardée par les soins de l'Amirauté « Le plus grand nombre des esclaves qui sont à Nantes est inutile et même dangereux. On voit dans les places publiques et sur les ports que nègres attroupés, qui poussent l'insolence jusqu’à insulter les citoyens, non seulement le jour mais pendant la nuit.5 »

Les Nantais dénoncent « l'abus porté au point que ces esclaves se marient ensemble et forment même des unions mixtes qui répugnent à nos mœurs et dont le fruit ne peut manquer d’être entaché des vices d'une espèce d'homme qu'on aurait jamais dû permettre d'introduire dans ce climat 6. »

Toutefois des recensements assez précis en ont toujours montré le caractère marginal, limité à Paris et aux grands ports français. Le dénombrement de 1777-1778 relève cinq mille Noirs pour toute la France.

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L'ordonnance du 5 avril 1778 interdisant aux Blancs d’épouser des Noirs restant toujours sans effet on essaye de contrôler la présence des Noirs pour mieux l'endiguer.7


J-M. Deveau est l'auteur de la France au temps des négriers

*******************************************************
1 - Chambon, Traité général du commerce de l'Amérique
2 - J. Valin, Nouveau commentaire, t. I, p. 438
3 - Archives de la Marine Cherbourg 3 P2 2O.
4- Archives départementales de Charente-Maritime B 5592.
5 - Gaston-Martin, L'Ere des négriers, p.162
6- idem
7- Merlin, Répertoire, t I, p.474

http://www.pyepimanla.com/mise_a_jour_5/la_france_au_temps_des_negriers.html
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 #30 Actualités:   Sujet du message: Paroles d'esclavage   Posté le: 16 Mai 2007 02:07

Les derniers esclaves
LE MONDE | 10.05.07 | 13h24 • Mis à jour le 10.05.07 | 14h29

C'est là une autre manière d'aborder la mémoire, alors que se déroule jeudi 10 mai la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage. Serge Bilé, journaliste à RFO, et le cameraman Daniel Sainte-Rose ont recueilli auprès de vieux Martiniquais les souvenirs de l'asservissement, tels que leur famille les leur a transmis. Les entretiens ont été mis en ligne sur un site ouvert fin avril, Paroles d'esclavage (www.parolesdesclavage.com).


Les personnes interrogées ont connu qui une grand-mère, qui un arrière-grand-père esclave. Elles avaient entre 6 et 10 ans quand leur aïeul leur a légué ce douloureux héritage. Elles sont à leur tour devenues des personnes âgées. Mais ces histoires d'enfance restent "gravées, indélébiles", comme l'explique l'un d'eux. La longévité d'anciens esclaves qui ont vécu jusqu'aux années 1920, celle de leurs descendants qui sont entrés dans le XXIe siècle permettent ainsi d'établir, à saute-générations, un lien presque direct avec une pratique qui fut pourtant abolie en 1848, à l'initiative de Victor Schoelcher.

Les historiens tiqueront sur cette démarche journalistique, discuteront la pertinence de ces témoignages de seconde main. Dans les îles ou au Centre des archives d'outre-mer, à Aix-en-Provence, les écrits ne manquent pas sur l'esclavage et ont déjà permis des travaux scientifiques d'envergure. Mais registres, livres, actes de vente, minutes de procès donnent souvent le point de vue de celui qui savait écrire : le maître. Aux Antilles, la tradition orale a parallèlement véhiculé dans l'intimité des familles une autre vision, celle de l'homme asservi, généralement illettré. Certains interlocuteurs ont exhumé des documents, notamment des actes d'affranchissement, qui étayent les dires des anciens.

D'où l'intérêt de fixer cette mémoire individuelle volatile avant qu'elle ne s'efface ou ne se dilue dans les légendes locales. Plusieurs milliers de personnes ont déjà visité Paroles d'esclavage, attestant le regain d'intérêt des jeunes générations aux Antilles, mais également dans les banlieues. Le site recense une trentaine de témoignages. Extraits.

Gaston Jean-Michel, né en 1911

J'ai connu ma grand-mère qui a vécu l'esclavage puisqu'elle est née en 1841. A l'établissement de l'état civil, on lui a donné le nom d'Héléna Prian. Ma grand-mère était en réalité la fille du maître. Vous savez comment ça se passait en ce temps-là. Le maître disait à une esclave : "Couche-toi là !" et puis la suite. Si bien qu'il y a eu pas mal de jeunes qui étaient en réalité les enfants du maître. Il ne les considérait pas de la même manière. Peut-être parce qu'elle lui ressemblait, ma grand-mère était traitée avantageusement et, à cause de cela, elle était respectée par les autres (esclaves) si bien qu'elle se vantait de s'être mariée vierge, ce qui était relativement rare en ce temps.

Ma grand-mère avait un demi-frère qui avait le surnom de Kaïs. Il était réputé pour sa fierté. Lorsqu'il faisait quelque chose, on lui donnait des coups de fouet. Mais quand ce n'était pas lui le responsable, il ne demandait pas pardon, si bien que le maître disait (au bourreau) : "Donne-lui encore." Alors Kaïs disait au maître : "Mange la chair mais les os resteront."

Quand il a appris vers 1835 que les Anglais avaient libéré leurs esclaves à Saint-Lucie, Kaïs a manigancé une fuite vers (cette île). Un beau jour, le contremaître sonne les cloches pour que les gens viennent au travail. Personne ne vient. Le contremaître va rapporter ça au maître qui dit : "Ça, c'est un coup de Kaïs." Il a armé une goélette avec des gens libres (les "libres de couleur" étaient des Noirs affranchis). Car, il faut s'en rappeler, c'était les gens libres qui poursuivaient les "marrons" (esclaves en fuite). Mais les canots (des évadés) étaient déjà arrivés à Saint-Lucie.

Ce qu'il y a de cocasse, c'est qu'au moment de la vraie libération, par la France, en 1848, mon Kaïs retourne en Martinique et se met à narguer le maître en répétant (d'une voix mielleuse) : "Bonjour maître ! Bonjour maître !"

Léopold Zami, né en 1913


Tima était une esclave. C'était mon arrière-grand-mère. Je l'ai connue, je me souviens d'elle, elle était très noire, la figure ronde. Tima m'a dit que souvent elle recevait des coups. Ils étaient traités comme des bêtes. Elle a travaillé dans des champs de canne à sucre et de manioc. C'était difficile de la faire parler. Il fallait lui arracher ce secret. L'essentiel pour elle était d'être vivante et de pouvoir me faire ces confidences.

Marius Bussy, né en 1924

Mon arrière-grand-père était esclave. On mettait des personnes dans des barriques avec des clous à l'intérieur, on les montait sur un morne (un mont) et on les faisait rouler en bas. On frappait les personnes dos nu. Ils avaient (parfois) les jambes attachées avec des chaînes. Les personnes avaient beaucoup de misère.

Yvonne Gaspard, née en 1916

J'ai connu ma grand-mère qui était fille d'esclave. Son papa était esclave, sa maman aussi. Elle a grandi comme ça jusqu'à l'âge de 16 ans. Ils étaient sur l'habitation à la Rivière-Salée. Elle m'a dit qu'elle regardait les patrons frapper son père ou sa mère et elle pleurait. Quand les patrons avaient fini de manger, on donnait les restes aux esclaves. Ils travaillaient dur dans les champs, portaient de lourdes charges, nettoyaient tout ce qu'il y avait autour de la maison. On les mettait nus pour les battre. Ma grand-mère me disait : "Travaille à l'école pour ne pas devenir esclave." Tous ces gens qui ont fait fortune sur le sang des malheureux... Et puis alors, vive Schoelcher !

Marcelle Demousseau, née en 1920

C'est notre arrière-grand-mère qui nous a parlé de ça. Sa mère, qui était esclave, est morte lors de l'accouchement. Son père a allaité l'enfant avec un cabri (une chèvre, en créole). Le père ne voulait pas que sa fille soit esclave. Alors il est allé voir le maître et lui a demandé s'il pouvait la racheter. Alors le maître lui a vendu sa (propre) fille. Après ça, on a aboli l'esclavage. Elle est morte officiellement à 100 ans, mais elle avait peut-être plus de 100 ans, car, à cette époque, on ne déclarait pas les naissances.

Paul Hannibal, né en 1937

Le premier à avoir donné son nom à la lignée Hannibal s'appelait Emilien. C'était un chaufournier, c'est-à-dire qu'il fabriquait de la chaux. J'ai une tante, Aurore, qui l'a connu et qui m'en a parlé. Il s'est fait affranchir. J'ai (retrouvé) l'acte aux archives. Il a été fait le 21 juillet 1849. Il dit qu'Emilien, âgé d'environ 23 ans, fils de feu Joséphine, et inscrit précédemment au registre matricule des esclaves sous le numéro 2504, a reçu les nom et prénom d'Hannibal Emilien. Je ne sais pas si le nom Hannibal, c'est lui qui l'a choisi ou bien si on lui a donné ce nom-là. Il était quasiment illettré. Il signait avec une petite croix. Mais c'était un gars intelligent. Il est devenu un petit commerçant.

Martine Edouard, née en 1918

Mon arrière-grand-père était un colon, je crois qu'il venait de Bretagne. Mon arrière-grand-mère était une femme de tête. Son mari étant mort très jeune, elle s'est armée de courage, aidée de ses deux fils et elle a fait fructifier sa propriété. Elle fouettait les chevaux et elle fouettait aussi les esclaves. Mon grand-père ne nous a jamais raconté ça. C'est une cousine qui nous l'a dit. Nous étions écoeurés.

Mon grand-père est un mulâtre (métis) et il ne se prenait pas pour rien. Nous, les jeunes, on ne comprenait pas son attitude. Il jouait aux cartes avec un voisin qui s'appelait Maxime. Chaque après-midi, Maxime descendait chez lui pour jouer aux cartes, mais il n'allait jamais chez Maxime. Il se considérait comme supérieur. Maxime était noir.

Alice Mario, née en 1923

J'avais 7 ans quand maman m'a parlé pour la première fois de l'esclavage. Elle m'a parlé de papa Lantic. Les Noirs l'aimaient beaucoup, c'était un Blanc, mais un bon Blanc de l'esclavage. Il ne frappait pas ses esclaves, alors ils l'aimaient. (Au moment de l'abolition), papa Lantic les faisait chanter et danser. Mais il y en a un, un (autre) Blanc, on lui a coupé les (...) parce qu'il était méchant.

Guy Arrouvel, né en 1935

Mon arrière-grand-mère avait 6 ans quand elle a été libérée. Elle ne savait ni lire ni écrire. Elle vivait dans une case en paille, dans les bois. Elle a confié ses enfants aux prêtres qui ont fait d'eux des nègres instruits. Ils leur ont donné une mentalité que je comprends difficilement. Ils ressentaient mal le fait d'être noir. Ils rejetaient la pensée même d'être descendants d'esclaves. (Mon grand-père) était un homme très instruit, mais on lui a enlevé tout ce qui pouvait faire de lui un homme digne. On a réussi à mettre dans sa tête qu'il pouvait être inférieur. (Il refusait de se considérer comme Noir.) Il disait : "J'aide les nègres à porter leur peau."

Emmanuelle Gauthier, née en 1933

Du côté du mari de ma grand-mère, nous trouvons des esclaves. Ils ont été affranchis en 1848. (Il y avait notamment Aline.) Aline a subi la capture en Afrique, a subi le voyage, a subi l'esclavage et elle a pu être affranchie.

J'ai toujours su que j'avais des ancêtres esclaves. Mais pour moi c'était de l'histoire. Quand j'ai retrouvé son acte d'individualité (attestation prouvant une identité), j'ai été glacée, c'est là que j'ai senti que ce n'était plus seulement de l'histoire. C'était quelqu'un, quelqu'un de ma famille, c'était quelqu'un qui avait vécu cette souffrance.

Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 11.05.07

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-908476@51-908574,0.html
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