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Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.
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  Au coeur des Dom-Tom:   Sujet: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.

arablack
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 #1 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 13:45

Encore un petit tour de l'histoire des Antilles.
Je m'intéresse cette fois à la période 1939-1945.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE EN MARTINIQUE
Alors qu'encore une fois les Antillais ont participé à la mobilisation de 1939, la défaite de 1940 et l'instauration du régime de Vichy voient un régime autoritaire s'installer aux Antilles. Envoyé par le Maréchal PÉTAIN, l'Amiral ROBERT va dissoudre les conseils municipaux pour les remplacer par des équipes nommées.
L'absence de commerce avec la métropole produit une disette chronique en Martinique. Les produits comme la farine, la viande salée, le savon, le tissu manquent, et sont remplacés tant bien que mal par des productions locales. Tout fait défaut et la mortalité infantile croît de manière dramatique. L'époque dont les aînés se rappellent en disant 'An tan Robè' (du temps de Robert) voit l'île survivre en autarcie.
De nombreux jeunes, bravant la surveillance des côtes, rejoignent l'île voisine de la Dominique, possession anglaise, par où ils passent aux États-Unis et se joignent aux troupes de la France Libre. Ce sont les dissidents.
La proximité des Américains fait que, dès Juin 1943, les Antilles rejoignent le camp de la France Libre.

LA SECONDE GUERRE MONDIALE EN GUADELOUPE
An tan Sorin
Les personnes qui parlent de la période 1940-1943 disent "an tan So-
rin ", du nom du gouverneur (Constant SORIN) de la Guadeloupe de l'é-
poque. C’était une période assez particulière de l'histoire de la Guade-
loupe où se mêlent la dissidence, le travail, la créativité, la débrouillar-
dise, l'autosuffisance mais aussi, le rationnement, la pénurie. "Pitit a
manman, an tan sorin sété mizè" disait une grand-mère. Né en 1901,
Constant SORIN a une formation militaire (Saint-cyr 1923). Après
une courte carrière militaire, il choisit l'administration civile (concours
de l'inspection des colonies). Il arrive en Gpe en avril 1940.
Sorin a été diversement apprécié selon le côté où l'on se place. Pour la
population, il symbolise la misère, le rationnement, bref la source de
leurs problèmes quotidiens.D'autres (dont les dissidents ) lui reproche-
ront son ralliement à Vichy (en juillet 1940) et surtout la façon dont il
appliquait, parfois avec rigueur et aveuglement, les directives de Vi-
chy. Cependant beaucoup reconnaissent que sous Sorin les gpéens s'é-
taient, nécessité oblige, remis au travail, développant comme jamais au-
paravant leur créativité, leur courage et par conséquent leur produc-
tion. Sorin avait encouragé cette évolution comme le montre un dis-
cours publié au journal officiel du 14 mars 1942 intitulé :
" Appel aux agriculteurs et aux industriels guadeloupéens.
L'évolution de la situation internationale me conduit aujourd'hui à vous
mettre à nouveau en garde contre les dangers de la monoculture...
Avant de compter sur les autres, comptez sur vous-mêmes. L'heure est
venue de vous mettre courageusement au travail, et avec acharnement.
Il faut produire. Hier vous avez fait un effort pour vos cultures vivriè
res et pour la culture du manioc...maintenez de toutes vos forces les
cultures d'exportation à leur potentiel actuel, mais ne les développez
pas. La prudence l'exige, car nul ne sait de quoi demain sera fait.
Intensifiez au contraire les cultures de consommation. Que ce pays de-
vienne, grâce à vous, un pays d'arachide et vous aurez votre huile, den-
rée de première nécessité. Plantez du ricin, plantez des cocotiers, et
vous aurez votre savon. Plantez du sisal et vous aurez de la corde et
de la ficelle...il s'agit aujourd'hui de la vie de votre pays et de son
avenir".
Pour soutenir ce programme, Sorin prit plusieurs arrêtés comme par
ex. celui interdisant l'abattage des arbres fruitiers (arbres à pain,
manguiers etc).


sources : http://www.chez.com/madinina1502/histoire/unpeudhistoire.htm#guerre39
http://www.guadeloupe-panorama.com/histoire3.htm

Des liens intéressants :
http://www-peda.ac-martinique.fr/histgeo/adapt2gm.shtml
à noter la baisse de la production locale et la hausse des prix

Bibliographie : http://perso.wanadoo.fr/yekrik.yekrak/ouvrages.htm

Si vous souhaitez compléter avec d'autres infos, ça sera avec plaisir.
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soan
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 #2 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 13:52

Merci pour ce petit cours d'histoire...
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Kimany
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 #3 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 13:56

Très bonne initiative Ara! Moi qui me posais des questions sur les Antilles à cette époque...
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6klôn
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 #4 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 13:59

Super Ara !

Citation:
 
Durant la seconde guerre mondiale, la Guadeloupe (an tan Sorin) et la Martinique (an tan Robè) connurent, elles aussi, des temps très difficiles.
C'était le temps de la restriction comme en Métropole. Avec le blocus continental, aucune denrée alimentaire n'arrivait de France.
Il fallait se débrouiller avec les moyens locaux ce qui développa l'ingéniosité des Antillais.

La préoccupation majeure était de remplir les ventres affamés. On mangea beaucoup de racines (ignames, patates douces, dachines/madères, choux/malangas), de ti-figues/ti-nains, de poyos, de bananes plantain, de riz, de légumineuses (lentilles, pois boukoussou, pois savon/chousse ...), de fruits à pain. Comme chair, il y avait la morue salée. La viande et le poisson étaient rares, réservés aux plus aisés.

Chacun possédait un petit jardin où était cultivé de quoi améliorer les repas : giromons, gombos, épinards, piments, oignons-pays, ti-concombres, tomates, laitues ...

Il n'y avait pas beaucoup d'huile qui était, comme beaucoup de denrées, rationnée. On en fabriquait donc avec la noix de coco sèche. Pour cela, on râpait la chair de la noix sèche, on en extrayait le lait auquel on additionnait un peu d'eau et on laissait reposer. On recueillait la matière grasse remontée à la surface et on la faisait bouillir avec un peu de sel jusqu'à évaporation de toute l'eau. Un dépôt se formait au fond de la poêle tandis que l'huile de coco remontait à la surface.

Parfois, lorsque l'on n'avait pas le temps de confectionner de l'huile de coco, on arrosait le manger directement avec du lait de coco ce qui relevait excellemment les aliments.

Les allumettes étaient rares, donc précieuses. Afin de les économiser, on ne laissait pas mourir son feu de bois ou de charbon. On l'entretenait précieusement, jour et nuit. Si malencontreusement il s'éteignait, avant de penser à craquer une allumette, on se dépannait chez une voisine (dont le feu était allumé puisqu'on en voyait la fumée) en lui empruntant quelques tisons. On transportait les braises dans une écale de noix de coco sèche ou un vieux morceau de poterie.

Pour avoir du sel, on faisait bouillir l'eau de mer jusqu'à évaporation. 10 litres d'eau donnaient environ 150 g de sel. Ce sel n'était pas de très bonne qualité et il donnait un léger goût amer aux aliments.

La farine-France (farine de froment venant de la mère patrie) était extrêmement rare et elle était remplacée par la farine de manioc faite avec le tubercule qui porte le même nom. On faisait également de la farine avec le fruit à pain.

Les gens qui vivaient au bourg ou qui vivaient au bord de la mer échangeaient des produits avec ceux qui avaient des jardins : du poisson et/ou de la morue contre des légumes, du lait ou encore du savon.
C'était la grande période du troc.

Comme en Métropole, le marché noir s'était développé avec une flambée des prix.

Pour bénéficier de certaines choses, il fallait aller voir Monsieur le maire pour obtenir un bon. Par exemple, il fallait un bon pour obtenir du tissu (pour les vêtements de la rentrée des classes ou pour un pyjama pour une personne à hospitaliser).

On se fabriquait des chaussures avec la paille des cocotiers ou le caoutchouc de vieux pneus.

Avec certaines plantes, on fabriquait du savon pour laver le linge à la rivière. Avec le manioc, on faisait de l'amidon pour le linge : la moussache.

A l'école, les plumes en acier avaient été remplacées par des plumes de coq, de poule ou de canard, taillées en biseau. On fabriquait de l'encre avec le coeur du bois de campêche que l'on faisait bouillir ; on recueillait l'eau devenue violette. Les cahiers étant rares, on récupérait soigneusement le papier des sacs de ciment pour en faire pour les écoliers : les feuilles propres étaient découpées et cousues ensemble par le milieu. Pour apprendre à compter, on utilisait des souches de feuilles de cocotier coupées en petits morceaux. Chaque enfant devait avoir ses bûchettes, attachées par dizaine pour la leçon d'arithmétique dans son sac en toile.

On tressait la paille de canne pour en faire des chapeaux ou encore des tapis. Du karata, on tirait des lanières, de la ficelle ou du fil pour la couture. On récupérait le fil des sacs de farine pour tricoter, à l'aide de souches de coco en guise d'aiguille, des ceintures. La toile de ces mêmes sacs était utilisée pour confectionner des vêtements, des draps ...

On fabriquait des timbales avec des boîtes de conserve sur lesquelles on soudait une anse. Une petite calebasse coupée en deux donnait deux kouï qui servaient d'assiette. Les grandes calebasses donnaient des grands kouï et on s'en servait pour tout. Il y avait un kouï pour chaque chose : un pour faire mariner le poisson, un pour la vaisselle, un pour l'amidon, etc.

Le soir, on s'éclairait de lampions fabriqués à partir de boîtes de conserve. Ces lampions dégageaient beaucoup de "noire fumée" qui salissait tout.


Source: Antanlontan 
 
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arablack
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 #5 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:09

Paradoxalement, j'ai l'impression que les Antilles de 1939 se sont bien mobilisés au côté des alliés. Comme quoi, dans l'adversité, on trouve un terrain d'entente...
Point positif dans cette horrible guerre, comme le signale 6klon : le développement des productions locales et la débrouillardise. Les Antilles étaient déjà dépendante à la métropole à ce point là
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Diamant Noir
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Localisation: je pose juste en haut...
 #6 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:23

Merci pour ces sujets les gars...Grâce à vous, on connait un peu mieux notre histoire et on cesse de ressasser les mêmes sujets d'histoire.
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6klôn
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 #7 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:24

J'ai trouvé un lien excellent, très riche et très complet. Je vous en donne un extrait, mais il faudrait s'assoir pour lire ça avec attention.

Citation:
 
Les colonies françaises à la suite de la France sont jetées dans la guerre. La métropole pour soutenir un effort de guerre qu'elle pressentait sans doute difficile mobilise leurs ressources humaines et économiques. Dès que fut connue la nouvelle de la déclaration des franco-anglais à Hitler, des motions de fidélité affluèrent de tous les milieux, de toutes les organisations professionnelles. Il régnait donc en Guadeloupe une sorte d'union sacrée. Le Conseil Général croit faire écho au sentiment unanime de patriotisme et d'attachement de la population lorsque le 15 septembre il déclare dans une motion au Gouvernement Daladier "la Guadeloupe, indissociablement unie à la France pour la défense de la civilisation occidentale avec laquelle elle identifie son avenir, met au service de la France tous ses enfants et tout son potentiel économique." (4)

Pendant tout le mois de septembre de nombreux Guadeloupéens se portèrent volontaires pour aller combattre aux côtés de soldats dont ils parlaient à peine la langue. Même des jeunes femmes demandèrent à être engagées comme infirmières aux armées. Le commandant du Camp de Saint-Claude ne put accueillir tous les mobilisés et les réservistes rappelés tant était ample le mouvement spontané de soutien. Aussi des centaines de soldats après avoir été déclarés bons pour le service armé durent être envoyés en congé illimité. Pourtant les conditions de mobilisation sont difficiles. Les recrues de la classe 1938, qui partirent pour cette terre inconnue où déjà l'hiver s'apprêtait à succéder à la douceur de l'automne sont très mai équipés. Leur formation militaire qui normalement s'étendait sur 3 mois fut en réalité très rudimentaire. Certains jeunes inscrits n'eurent même pas le temps d'aller au feu. De plus, les moyens de transport qui devaient les ache- miner en France sont quasi inexistants. Dans les rues de Pointe-à-Pitre, de Basse-Terre' et dans les cars qui les conduisaient au casernement de Saint-Claude, les soldats guadeloupéens, drapeau tricolore brandi, scandaient un chant surprenant par son ridicule "Nou kay rantré Bio, blo, blo en tchiou lklè". Aussi, les 620 soldats coloniaux qui, le 16 novembre 1939, embarquèrent sur le "Flandre" dans l'ordre parfait et au milieu de manifestations patriotiques' (5) ignoraient-ils, sans doute que la guerre à laquelle ils étaient invités ne serait plus la simple répétition de celle de 1914. La France avait à affronter une puissance militaire autrement plus redoutable, construite pour servir les visées expansionnistes de Hitler.
Comment expliquer un tel élan patriotique dans un pays pourtant fort éloigné des théâtres futurs des opérations militaires ? . Résulte-t-il du sentiment d'attachement indéfectible à la France "éternelle" ou de la conscience que ce pays constituait un rempart naturel contre les idées racistes du national-socialisme ?. A ce sujet, le gouverneur Pierre-Alype fournit, un premier éclairage "j'ai la ferme conviction que c'est avec le sentiment qu'ils allaient défendre leur propre patrimoine que les mobilisés de cette vieille terre française ont répondu à l'ordre d'appel" (6).
Mais les cœur des ressortissants de l'Empire colonial ne battaient pas à l'unisson de ceux des Français. Dans ce pays qui avait déclaré la guerre mais ne la faisait pas régnait un étrange état d'esprit fait de pacificisme voire de défaitisme. "L'esprit de MunicH' ne s'était pas totalement dissipé. De plus, les souvenirs de l'effroyable boucherie de la grande guerre avaient fait prendre conscience aux uns et aux autres du caractère absolu de la vie. L'idée que la guerre qui se préparait était absurde et inutile commençait à s'enraciner dans l'opinion publique.
A l'instar de L.F. Céline rejetant dans Voyage au bout de la nuit, 1932, la vision héroïque de la guerre, celle-ci lui apparaissait comme le mal suprême : tout accord avec le dictateur allemand lui était évidemment préférable. Ainsi les premiers soldats guadeloupéens qui, au milieu de l'allégresse générale, quittèrent leur île au cours de la première quinzaine du mois de septembre 1939, furent-ils frappés par l'état d'impuissance politique et militaire de la "Mère-patrie".
Le Ministre des colonies, de son côté, pour défendre les territoires français des Antilles contre d'éventuelles incursions de la Marine Allemande nomma un obscur amiral Chef du théâtre d'opérations de l'Atlantique Ouest".
Il s'agissait de Robert. Celui-ci embarqua dans la nuit du 1er au 2 septembre 1940 sur le croiseur le"Jeanne d'Arc" commandé par le Capitaine de Vaisseau Rouyer.

Le navire entra dans l'admirable baie de Fort-de-France le 15. Robert qui cumulait également les fonctions de Haut Commissaire de la République aux Antilles et en Guyane décida d’établir, dans cette ville coloniale, son quartier général. Les pouvoirs politiques et militaires dont il était investi allèrent singulièrement diminuer l'autorité du gouverneur Pierre-Alype. Celui-ci reçut, dès le 16, un télégramme qui ne laissait d'ailleurs subsister aucun doute sur son autonomie "En raison menaces dont nous sommes avisés, Amiral Robert doit prendre immédiate- ment, Haut Commissariat. Je prends mes fonctions avec la certitude que je peux compter sur votre entière collaboration" (7).
Le gouverneur de la Guadeloupe, quant à lui, finit par être rappelé à Paris, le 26 janvier 1940. L'intérim du gouvernement fut assuré jusqu'au 30 avril par l'administrateur Poirier issu de l'oligarchie coloniale. A cette date débarqua à Pointe-à-Pitre un jeune inspecteur des colonies, Constant Sorin nommé à Paris depuis le 7 mars ( ...)


Source: An tan Sorin 
 
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6klôn
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 #8 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:39

Voici un (long) résumé de cette sombre partie de l'histoire des Antilles.

Citation:
 
I- La Guadeloupe au lendemain de la défaite: entre acquiescement et révolte intérieure

1- le régime de Vichy

Dès le début de juillet 1940 une partie de la classe politique coloniale acquise aux valeurs de la République affiche son hostilité à l'évolution autoritaire du nouveau régime instauré en France à la faveur du vote des pleins pouvoirs à Pétain. Une première fracture s'opère quant à l'attitude à adopter face au problème de la légitimité du régime de Vichy.
Les notables antillais présents en France et les néo-esclavagistes soutiennent dans l'ensemble le nouveau régime. Le sénateur martiniquais Henry Lémery , le député Lagrosillière et les députés Gratien Candace et Maurice Satineau pour la Guadeloupe qui pourtant, appartenaient à des courants politiques différents, votent , le 10 juillet 1940; les pleins pouvoirs à Pétain. Le Conseil Général de Guadeloupe dans sa session extraordinaire prend position en faveur de l'homme du 18 juin donc se prononce pour le ralliement à la France Libre. L'avocat mulâtre de tendance socialiste, Paul Valentino développa la thèse originale de l'illégitimité de Vichy. Il fait valoir que l'armistice signé avec l'Allemagne nazie était nul et non avenu en vertu d'une loi de 1872 conférant le pouvoir au Conseils généraux, si une pression extérieure venait à être exercée sur l'Assemblée nationale.... Les débats passionnés prennent la forme d'un véritable défi lancé à Robert et Sorin. Ceux-ci considéraient que le statut légal des Antilles n'était en rien menacé pas plus que les rapports raciaux. Les valeurs du régime de Vichy pouvaient faire craindre une remise en cause du décret émancipateur appliqué en Guadeloupe au mois de mai 1848. La révolution nationale a reçu l'adhésion des néo-esclavagistes Békés, des commerçants, employés de bureau toutes couleurs confondues
C'est dans le contexte d'un éventuel retour en arrière qu'il convient d'apprécier la réalité de cette crainte.
Vichy s'inscrivait dans le temps de l'histoire coloniale comme un régime autocratique et réactionnaire dans la lignée de celui du Premier et du Second Empire. Les autorités vichyssoises aux Antilles renforcèrent le sentiment d'un retour au paternalisme et à la répression d'antan. Les travailleurs devaient se pourvoir d'un livret de travail....
La normalisation politique touche à son tour les colonies.
Les conseils généraux furent dissous le 27 octobre 1940. Les maires démocratiquement, élus sont destitués,. Le suffrage universel est de fait aboli. Les ressortissants coloniaux deviennent des sujets et des colonisés . Des notables sont appelés à gérer les intérêts des communes en bons pères de famille. Le député maire de Fort-de France Victor Sévère préfèrent démissionner que de cautionner la nouvelle législation. La vie, comme en Métropole, était rythmée par les restrictions, le marché noir et les tickets d'alimentation. L'important blocus maritime britannique, interrompt brutalement les échanges avec la Métropole. Les stocks de vivres s'épuisaient.
la pénurie s'installait.

Le nouveau régime exporta aux Antilles les mêmes valeurs, le même puritanisme et paternalisme qu'en France. Les péchés sociaux étaient prétendument les mêmes : l'esprit de jouissance l'aurait emporté sur le sens du devoir, le désordre sur la hiérarchie. Plusieurs manifestations typiquement locales sont mises à l'index Sorin et Robert s'attaquèrent au carnaval, aux bals populaires. La chasse à l'alcool et aux fêtes populaires n'avait qu'une efficacité relative. L'interdiction des réjouissances étaient justifiée par le deuil qui, depuis la défaite de 1940, frappait la France. Mais la vraie raison était ailleurs. Les autorités vichystes craignaient qu'elles ne constituent des lieux de rencontre clandestins (absence de liberté de réunion et d'association) et ne nourrissent une certaine opposition à Vichy. Les loges locales de la Franc-maçonnerie sont dissoutes par la loi du 13 août 1940,

2_ Les premières oppositions

Le débarquement, en novembre 1942, des Alliés en Afrique du Nord, l'invasion de la zone Sud, le retour de Laval au pouvoir changent en France comme dans les colonies les données du problème. La France est définitivement coupée de ses colonies antillaises.. On assiste à un certain raidissement des autorités vichystes.
Les opposants sont arrêtés et incarcérés: Paul Valentino, arrêté le 21 juillet 1940, est envoyé à l'île du Salut en Guyane. La majorité des dissidents est internée au Fort Napoléon des Saintes.
- L'opposition n'était pas le fait des seuls dirigeants locaux de la Troisième République. Le refus du pouvoir de Vichy s'exprimait de manière bien plus banale dans la vie quotidienne.
- La grande majorité des populations antillaises affichait de plus son hostilité à la politique de Pétain et de Laval appliquée par l'amiral Robert et Constant Sorin pour ce qui a trait à la Guadeloupe.
- Si la résistance ne fut amorcée qu'en 1943, on ne peut parler, pour autant, de passivité des Antillais face au régime de l'amiral Robert.
- Nombreux sont ceux qui exprimaient leur opposition au régime vichyssois par des méthodes discrètes déjouant la censure et la vigilance d'un régime autoritaire appuyé par un important dispositif militaire et policier.
- Refus de se découvrir pendant l'exécution de la Marseillaise, ( Fanon),
- Mutilation des affiches pétainistes ( d'après André Breton lors de son passage à la Martinique), janvier 1941,
- Des Incidents éclatent lorsque la Place de la Victoire allait être rebaptisée » Place du Maréchal Pétain » la nouvelle plaque fut souillée


Tous ces actes, aussi symboliques, soient-ils avaient une signification éminemment politique. A un certain niveau ces formes d'opposition s'inscrivaient dans une tradition de non coopération et un esprit d'opposition des populations au pouvoir central. Des Intellectuels antillais employèrent des formes de dissimulation, de détournement et d'adaptation. L'exemple connu: la Revue Tropiques inaugurée en Martinique sous Vichy par Aimé Césaire et Aristide Maugée. L'accent mis sur l'exotisme lui permit de déjouer la censure et surtout tenter de faire passer un sentiment d 'opposition au régime en place.
Des francs- maçons, persécutés par le régime, s'illustrèrent dans des courants résistants guadeloupéens comme le mouvement Pro-Patria. Parmi les forces politiques qui luttèrent contre le régime vichyssois aux Antilles nous avons le communisme et le gaullisme. Ces courants idéologiques sont actifs dans des associations comme : Groupe France-combattante de Basse-Terre ou le Comité martiniquais de libération nationale.






3_Le passage à la dissidence

Entre 1940 et 1943 mais surtout en 1942 et 1943, on estime à 4000 à 5 000 le nombre des Antillais et Guyanais qui réussirent, au péril de leur vie. à rallier les îles anglaises voisines, Dominique, Sainte-Lucie. Là, ils rejoignirent les forces françaises combattantes, en passant auparavant par un stage de préparation aux États-Unis, au Canada ou en Grande-Bretagne.
Ce flux grandissant de départs alerte le pouvoir vichyssois dès 1942-
"je n'ignore pas qu'un certain nombre de jeunes guadeloupéens ont quitté la Guadeloupe pour une île anglaise voisine. Les raisons qui les ont amenés à s'enfuir ne sont pas toujours des plus honorables et très rares sont ceux qui ont agi par patriotisme, croyant servir la France et leur petite patrie. Il n'y a donc pas lieu de s'inquiéter outre mesure de ces départs. Il est bon que la population soit renseignée et sache, d'ores et déjà, que ceux qui sont partis ne reviendront plus en Guadeloupe. La cause est entendue pour eux. Ils ont émigré définitivement. Ils comprendront vite... Car la patrie comprend le village natal, le cimetière où dorment ceux que l'on a chéris de leur vivant, les parents, les amis... "l -. - Appel aux maires Basse-Terre, 18 mai 1942.

-Il s'agit d'une tentative de Sorin d'exercer une pression dissuasive sur une population attachée à sa terre, à ses ancêtres et surtout à ses traditions, Les trois valeurs mises en avant constituaient des principes cardinaux de la Révolution nationale et de l'État français.- Plusieurs professions apportèrent des contributions notables au mouvement de Dissidence.
- Il est à relever le rôle des indispensables passeurs vers la Dominique ou Sainte-Lucie. Les Dissidents devaient s'acquitter, au départ de la Martinique d'une somme qui pouvait varier de 500 à 1 000 francs en 1943)

-Les effets de la dissidence se manifestaient à deux niveaux
Niveau militaire :en Martinique, mars 1943
-L'amiral Robert déplore l'accroissement du nombre de départs clandestins vers les possessions britanniques voisines. Des mesures administratives sont envisagées pour arrêter l'hémorragie des forces vives des colonies.: (enlèvement pendant la nuit des agrès, voiles, etc.). Une surveillance plus efficace des côtes de ces deux îles est décidée. L'administration de Vichy condamne les vols de canots qui privent la colonie de précieux moyens de transport et d'acheminement des marchandises et autres denrées coloniales-( moyen de prévention: multiplication des rondes de nuit)
conséquences sociales immédiates: 1943 pénurie de main d’œuvre pour assurer la récolte de cannes et de café et la fabrication de sucre..

Quelles étaient les motivations des Dissidents ?
Elles sont fortement discutées. On admet comme raisons :
Le patriotisme ; Le départ en dissidence s'apparente à un choix politique volontaire. La dissidence s'alimente d'autres motivations: désœuvrement et difficultés alimentaires frappent certains antillais lesquels individuellement s'en allèrent vers Sainte-Lucie ou à Dominique où ils pouvaient trouver un lieu d'accueil.
D'acteurs facteurs engendrèrent la Dissidence ou plus précisément, les dissidences. :
facteurs économiques- (chômage et misère). Le blocus britannique autour des Antilles françaises de plus en plus efficace en 1942- 1943 provoque une sérieuse pénurie dans les deux îles.
En somme, facteurs politiques et idéologiques (hantise du racisme hitlérien), psychologiques ou raisons de base, la faim et la misère étaient des motivations non négligeables pour ceux qui partirent rejoindre les îles anglaises avoisinantes. La Dissidence s'alimentait également de la tradition du marronnage de l'ère esclavagiste surtout après l'émancipation intervenue en 1838 dans les colonies anglaises.

3-La résistance armée

La Martinique fut la première colonie des Antilles à s' être libérée du régime vichyssois.
La résistance armée commença toutefois en Guadeloupe: mai 1943 Paul Valentino, libéré à la suite du ralliement de la Guyane à la France libre, rentre clandestinement en Guadeloupe. Sous son impulsion deux actes de résistance contre le régime de Sorin sont perpétrés:
- Le 30 avril 1943 à Port-Louis, 60 à 80 individus attaquèrent un poste de police. Il faut y voir une double réaction: l'opposition au régime oppressif de Sorin et la conjoncture économique et sociale difficile.
- A Basse-Terre, quelques jours plus tard, une compagnie de gendarmerie ouvrit le feu sur des manifestants
On déplore la mort de Serge Balguy, un jeune de 17 ans,.Le conseil municipal de la ville pourtant mis en place par Sorin donne sa démission..
- En Martinique, on distingue deux phases: une grande manifestation le 24 juin, interdite se déroula sur la place de la Savane, «Vive la France, Vive de Gaulle », 27 juin mutinerie d'une compagnie commandée par Tourtet ( 70 soldats européens et 22 soldats africains): le 14 juillet arriva à la Martinique le Plénipotentiaire de la France libre: Henri Hoppenot, chargé d'opérer la passation de pouvoir.

II -La Guadeloupe dans l'immédiat après- guerre, 1945-1947

1- Une remise en marche difficile de l'économie coloniale

L'interruption du flux d'échanges avec la métropole entretient la pénurie de produits alimentaires.
- La rareté des biens manufacturés rendait l'entretien des machines aléatoire.
Le manque d'engrais pénalisait la production sucrière.
-L'économie de pénurie se maintient au-delà de 1946. Les biens importés proviennent majoritairement des États-Unis.
Il en résulte une aggravation de la conjoncture sociale:
- Forte augmentation des prix, grèves pour des augmentations de salaires)
La situation au début de l'année 1946, quand fut prise la mesure de la départementalisation, était donc loin d'être dépourvue de facteurs d'inquiétude pour la population des deux colonies des Antilles.:
- Une économie en grande partie délabrée,
Une situation sociale tendue, autant d'éléments paraissant annoncer un avenir encore difficile pour les colonies.
1945 marque la fin de ces terribles épreuves. Un espoir de renouveau se manifeste aux Antilles comme du reste en France. Il se fonde sur l'esprit de la libération.
La démocratie politique et sociale devait succéder au régime déconsidéré de Pétain et de Robert. Il est porteur de programmes ambitieux pour les colonies comme pour la Métropole (conférence de Brazzaville, Programme du Conseil National de la résistance prévoyant des réformes de structures au plan social, économique et politique.)

Dans ce climat de renouveau perceptible également aux Antilles, les populations donnèrent aux hommes chargés de les représenter à l'Assemblée nationale constituante un mandat impératif. Les élus doivent obtenir l'érection de ces territoires en départements français et un alignement sur la norme juridique et institutionnelle de la Métropole.
-La situation politique ne s'est stabilisée qu'en 1947 avec la nomination du premier préfet. De nombreux gouverneurs sont nommés à la tête de la colonie entre 1945-1947 
 


Léon DANQUIN, Avril 2003
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 #9 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:50

C'est fou comme ce sujet m'inspire... Voici un extrait du magazine Historia

Citation:
 
Evacuation d'une partie du stock d'or de la Banque à la Martinique


En juin 1940, à une époque où les Français fuyaient l'invasion, où les troupes battaient en retraite devant un ennemi bien supérieur en armement, on s'occupa. en hâte, d’évacuer les réserves en or de la Banque de France. Deux cargaisons furent embarquées à Brest,. l'une atteignit la région de Dakar. l'autre la Martinique. C'est du rapatriement de l'Or de la Martinique que nous entretient l'amiral Lepotier qui, il a quelque temps, publia un ouvrage intitulé Cherbourg. port de la Libération, aux Editions France-Empire.


Ne pas se laisser intercepter par les Anglais


" Ordre au Montcalm de faire route directe sur Cherbourg. "

Nous reçûmes ce message à la Guadeloupe, le dernier jour de février 1946. Il précisait l’étape finale d'une mission confiée à notre croiseur, un mois plus tôt à Toulon, et consistant à rapatrier le fameux " or de la Martinique ".

Il s'agissait des 350 tonnes d'or fin embarquées à Brest le 10 juin 1940 à bord du croiseur Emile-Bertin et que les événements tragiques des quinze jours suivants avaient conduites dans ce port.

Ce bâtiment, commandé par le capitaine de vaisseau Battet, futur amiral chef d’état-major de la Marine, était, en effet, arrivé à Halifax le 18 juin 1940... Vu la demande d'armistice faite par la France et constatant l’évolution des relations anglo-françaises qui en découlait, le commandant Battet avait cru bon de demander à l'amirauté française s'il devait y débarquer son chargement, ou attendre de nouvelles instructions.

La réponse était arrivée le 21juin sous la forme " Ralliez Fort-de-France avec votre chargement précieux. Stop. Accusez réception. "

A ce moment l'amiral anglais commandant la base — après plusieurs prétextes " cousus de fil blanc " — lui avait avoué avoir reçu de Londres l'ordre d'empêcher l'appareillage des navires français. Aussitôt le commandant Battet avait rendu compte à l'amirauté française :

" Autorités navales anglaises me font savoir que, par ordre de leur gouvernement, elles s'opposeront par la force à mon départ. Stop. Ai informé ambassade de France à Washington et amiral Antilles. Stop. Je prends vos ordres pour sortir par la force. Stop. Chances de réussite une sur trois. "


Que feriez-vous à ma place?


L'amiral Robert, commandant en chef aux Antilles françaises était intervenu près de l'amiral Purvis, commandant en chef anglais de l'Ouest-Atlantique, et l'amirauté française avait prié l'amiral Odend'al, chef de la Mission navale française à Londres, de protester près de l'amirauté britannique.

Sur place le commandant Battet était revenu à la charge près de l'amiral anglais Bonham-Carter :

— Mettez-vous à ma place, amiral lui avait-il dit. Si vous receviez, de votre amirauté, l'ordre d'appareiller et que l'autorité étrangère locale veuille vous empêcher de le faire... que feriez-vous ?

Avec une grande émotion l'amiral anglais lui avait répondu :

— Je ferais comme vous !

Puis, après un instant de silence, il avait ajouté vivement :

— Allez ! Partez vite.., avant que je reçoive confirmation formelle d'ordres qu'il me serait impossible d’éluder...

C'est ainsi que, pris en filature, dès sa sortie d'Halifax. par le croiseur lourd Devonshire jusqu’à la hauteur des Bermudes, le Bertin avait rallié Fort-de-France, avec son " chargement précieux " le 24 juin 1940.


Plus de 350 tonnes d'or!


A notre arrivée à la Martinique M. de Katov, représentant de la Banque de France, nous avait expliqué que le gros de cette cargaison consistait initialement en environ 4.000 sacs et sacoches remplis de pièces et médailles d'or et était complété par 800 caisses de lingots de même métal, le tout représentant douze milliards de francs 1940.

Ce trésor avait été stocké dans une casemate du fort Desaix, mais, sacs et sacoches étaient déjà usés et risquaient de se détériorer rapidement sous le climat tropical. Aussi avaient-ils été remplacés par des caisses en bois local cerclées de feuillards et manipulables à bras, c'est-à-dire pesant environ 35 kilos — comme les premières grenades anti-sous-marines.

Il y en avait 9.766, ce qui, avec les caisses de lingots de 50 kilos, représentait un total de plus de 350 tonnes.

Naturellement ce dépôt d'or, en ce lieu, avait été un des sujets des propagandes opposées des belligérants.

Dès l'entrée en guerre des Etats-Unis, la presse américaine avait fait pression sur son gouvernement pour qu'il " en assure le contrôle " dans l'intérêt futur de fa France " et le gouvernement allemand " s'inquiétait ", vertueusement, de cette mainmise éventuelle.

Pour calmer les soi-disant inquiétudes américaines, l'amiral Robert avait admis la présence, à la Martinique, d'un " observateur " américain qui — entre autres " contrôles " — pouvait vérifier, de visu, lorsqu'il le désirerait, que l'or était toujours dans la casemate du fort Desaix.

De son côté — comme il le faisait pour " l'or de Dakar " (2) — le gouvernement allemand ne cessait d'insister près du gouvernement français pour " qu'il ramène son or... en métropole " on devine pourquoi ! Ce que Vichy déclarait impossible vu la maîtrise maritime alliée...


2) La Banque de France avait également fait transporter une cargaison d'or à Dakar en juin 1940.

Manoeuvre délicate

Au printemps 1943, après la rentrée de l'Afrique française entière dans la guerre... avec " l'or de Dakar " ! aux côtés des Alliés, le gouvernement américain avait décrété le blocus des Antilles françaises afin de les contraindre à rallier le Comité français de libération d'Alger et, bien entendu, le gouvernement allemand —fort du précèdent de Dakar — avait obligé le gouvernement captif de Vichy à ordonner à l'amiral Robert — s'il se voyait contraint de céder au blocus — d'opérer à temps " le sabordage des navires et l'immersion de l'or par grands fonds " !

C'est alors que s’était déroulée une partie serrée de " double-jeu " - par télégrammes— entre l'amiral Robert et Vichy sous le " contrôle " impitoyable de l'occupant.

Dans ses Mémoires, l'amiral a écrit " Faire attentivement la lecture de mes messages ne permet pas de douter —par la graduation même de leurs arguments — de la manoeuvre politique par laquelle je m’étais proposé d’éluder les ordres de sabordage et d'immersion de l'or— évidemment dictés par l'occupant— sans que cette décision entraîne des représailles de ce dernier contre la métropole. Bien que cette manoeuvre ait été éventée au dernier moment, son résultat n'en a pas moins été atteint... "

Ledit occupant ne manqua d'ailleurs pas d'en marquer son dépit... à Wiesbaden.

Après ces luttes politico-psychologiques, notre tâche n’était plus que " bassement matérielle ".

Trois cents soldats antillais amenèrent, par camions, les fameuses caissettes et caisses du fort Desaix jusqu'au quai du Carénage où les hommes en shorts kaki et calots bleu foncé à l'ancre d'or de l'infanterie de marine les passèrent aux marins à pompons rouges échelonnés depuis les hublots jusqu'aux soutes de 152 mm... ce qui, pour les vieux marins, rappelait les anciennes " corvées de charbon " en briquettes.


Faudra-t-il payer les Américains, cash?

Le Montcalm arborait alors la marque du contre-amiral Jaujard ayant sous ses ordres la division composée de notre croiseur, du Georges-Leygues et de la Gloire, qu'il commandait depuis les opérations de débarquement en France.

Avant notre départ de Toulon on l'avait informé que nous irions, peut-être, débarquer une partie de cet or à New York. Au reçu du message nous prescrivant de faire route directe sur Cherbourg je demandai à M. Préaud — autre représentant de la Banque de France chargé d'accompagner ce " magot " sur notre croiseur — si les Etats-Unis renonçaient à nous faire payer en or ou en dollars les produits dont nous avions un besoin urgent pour vivre et reconstruire.

— Hélas non ! me répondit-il. Le lendlease n'est plus en vigueur depuis la fin des hostilités et nous sommes pratiquement revenus au Cash, sinon au Carry. de 1939-1941

Ces mots anglais nous étaient familiers, mais sachant qu'ils n’évoquent absolument rien — et c'est bien naturel — pour les nouvelles générations, je m'excuse, près des " anciens " d'expliquer, qu'en septembre 1939, lorsque s'ouvrirent les hostilités de la Deuxième Guerre mondiale en Europe, la loi de neutralité en vigueur aux Etats-Unis interdisait aux firmes américaines et à l'Etat de vendre du matériel de guerre à " tous belligérants "... ce qui était catastrophique pour la France et la Grande-Bretagne qui — vu leur retard de réarmement par rapport à l'Allemagne — avaient espéré recourir à ce que leur presse appelait, pour les besoins psychologiques, " l'arsenal des démocraties ".

Le président Rossevelt était bien conscient de la gravité, pour nous, de cette loi, aussi parvint-il — par un tour de force psychologique intérieur — à faire voter par le Congrès, dés le 4 novembre 1939, la loi Cash and Carry, ce que l'on peut traduire par " payez comptant et transportez par vos propres moyens " s'agissant de matériel de guerre dans le sens le plus général du terme.

C’était, en fait, une première entorse —et de taille — à la neutralité classique, en notre faveur, puisque seules parmi les belligérants en cause, à ce moment-là, en Europe, la France et la Grande-Bretagne disposaient de dollars ou de réserves d'or, donc pouvaient payer cash, et avaient la maîtrise de la mer leur permettant de transporter à travers l'Atlantique tous tonnages de matériel de guerre ainsi acquis... à " prix d'or ".



Mais, il était évident que, la guerre se prolongeant, la Grande-Bretagne, restée seule en ligne après juin 1940, avait vu ses réserves d'or et de dollars s’épuiser rapidement et c'est alors qu'en mars 1941, le président Roosevelt avait fait voter par le Congrès une nouvelle loi dite lend-lease, c'est-à-dire prêt-bail, qui permettait, en pratique, la cession gratuite de matériel de guerre à la Grande-Bretagne — et, plus tard, aux autres alliés des Etats-Unis — sous réserve de restitution —de ce qui n'aurait pas été détruit ou consommé — à la fin de la guerre


Nos réserves d'or en mauvaise posture


D'où la réponse que me faisait le représentant de la Banque de France, à bord du Montcalm, au début de mars 1946.

— Alors! lui fis-je remarquer, puisqu'il nous faut payer de nouveau, en utilisant les réserves d'or que nous avons pu conserver, pourquoi ne laissons-nous pas — comme il était prévu initialement — une " provision " à nos créanciers d'Outre-Atlantique étant donné que nous passons prés de chez eux ?

— Le gros de notre cargaison, m'expliqua M. Péjaud, étant composé de pièces et de médailles d'or de toutes sortes —y compris de dollars-or qui, d'après la loi monétaire américaine, sont comptés à la valeur du dollar-papier — la direction de la Banque, pour éviter toutes contestations sur les taux d'or fin et les cours de ces différentes pièces et médailles, a décidé de faire ramener tout ce chargement à Paris où pièces et médailles seront remises à la Monnaie qui les transformera en lingots ayant les dimensions, le poids et le taux d'or fin prévus par les règlements internationaux et, par suite, ne pouvant prêter à aucune discussion.

Il était bien évident que ce qui restait de nos " réserves d'or " allait fondre à vue d'oeil devant le brasier de nos besoins, alors que nous n'avions pratiquement rien à offrir en échange, comme produits d'exportation.

Autrement dit l'Europe entière, dévastée et ruinée par la guerre, se trouvait, en 1946, dans une situation comparable à celle de la Grande-Bretagne en 1941 et, comme alors, seuls les Etats-Unis pouvaient l'aider..., ce qu'ils firent à nouveau, sous la forme du fameux " Plan Marshall ", dès 1947.

Contre-amiral (CR) LEPOTIER

Article du Contre-Amiral Lepotier paru dans Historama de juillet 1973 d'après son ouvrage "La Bataille de l'Or" aux Editions France-Empire (Avec l'aimable autorisation de l'Editeur).

Source: http://www.anac-fr.com/2gm/2gm_19.htm 
 
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 #10 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 14:53

j'ai ctrl + P le site
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 #11 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 15:03

Merci Arablack pour ce sujet..Ma mère qui n'est plus toute jeune me parle souvent de cette période où ils étaient obligés d'aller chercher l'eau à la mare, d'aller dans la forèt afin de ramasser du bois pour faire du charbon et toutes ces choses qui sont expliquées dans le post de 6klon. Je crois savoir que c'était encore plus dur pour les saintois (et certainement pour les autres insulaires) car ils étaient coupés de tout.
Pourtant malgré toutes les privations elle ne regrette pas ce temps la et a un regard critique sur les jeunes d'aujourd'hui

Encore merci..
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 #12 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 15:06

floup_koko a écrit:
 
Merci Arablack pour ce sujet..Ma mère qui n'est plus toute jeune me parle souvent de cette période où ils étaient obligés d'aller chercher l'eau à la mare, d'aller dans la forèt afin de ramasser du bois pour faire du charbon et toutes ces choses qui sont expliquées dans le post de 6klon. Je crois savoir que c'était encore plus dur pour les saintois (et certainement pour les autres insulaires) car ils étaient coupés de tout.
Pourtant malgré toutes les privations elle ne regrette pas ce temps la et a un regard critique sur les jeunes d'aujourd'hui

Encore merci.. 
 


Que pense-t-elle des jeunes d'aujourd'hui? Trop fainéants?
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 #13 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 15:15

lolo971 a écrit:
 
floup_koko a écrit:
 
Merci Arablack pour ce sujet..Ma mère qui n'est plus toute jeune me parle souvent de cette période où ils étaient obligés d'aller chercher l'eau à la mare, d'aller dans la forèt afin de ramasser du bois pour faire du charbon et toutes ces choses qui sont expliquées dans le post de 6klon. Je crois savoir que c'était encore plus dur pour les saintois (et certainement pour les autres insulaires) car ils étaient coupés de tout.
Pourtant malgré toutes les privations elle ne regrette pas ce temps la et a un regard critique sur les jeunes d'aujourd'hui

Encore merci.. 
 


Que pense-t-elle des jeunes d'aujourd'hui? Trop fainéants? 
 


t connnais les personnes agées..en fait elle trouve que nous plaignons pour pas grand chose..et que nous sommes un peu trop fainéants.
Tu connais ce discours "moi de mon temps..."
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 #14 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 15:24

Ah ok! Style " vous n'avez pas vécu an tan sorin..."...
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 #15 Au coeur des Dom-Tom:   Sujet du message: Les Antilles pendant la Seconde Guerre Mondiale.   Posté le: 10 Sep 2003 15:29

MDR Floup K

moi j'ai entendu, petit, mon père et surtout ma grand mère paternelle parler de cette époque "An tan Sorin". Ca ne voulait rien dire pour moi puisqu'on ne m'a jamais appris ça à l'école (encore une fois.... ). Mais j'ai su que ma grand mère habillait ses enfants avec des vêtements confectionnés avec de la jute (le matériau synthétique avec lequel on fait les sacs de sucre de 25 et 50 kg). Les chaussures ou plutôt les sandales, on les appelait des Michelines (de Michelin, la marque de pneus) parce qu'elle étaient taillées dans des pneus, avec une corde. Elles ressemblaient à des Tong.
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