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Posté le: 07 Mar 2004 10:08 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Dans son hommage ci-dessus R. Confiant fait référence à une divergence de fond avec Dany Bébel-Gesler sur le role majeur que devait jouer les mouvements nationalistes dans la promotion du créole selon cette dernière. Pour Le GEREC-F dont fait partie Confiant ce combat est l'affaire de tous et dépasse les clivages politiques.
De fait il fait référence la préface et à l'introduction d'un livre en créole de Dany Bébel-Gesler.
Dani Bébèl-Jilè, Kèk prinsip pou ékri kréyòl, L'Harmattan, Paris, 1975, 32 p.
Ce sont ces deux parties de cet ouvrage que vous retrouvez ci-dessous.
Préface
Ecrit après une mission du C.N.R.S. (Centre National de la Recherche Scientifique) en 1975 aux Antilles, ce livret entendait répondre au besoin urgent d'un système d'écriture du créole pour la Guadeloupe.
Je m'étais rendu compte au cours de mes enquêtes (sur les rapports entre les deux langues, le français et le créole, et sur les rapports des Antillais eux-mêmes au créole) qu'il n'était pas suffisant de critiquer le processus de refoulement de notre langue sans travailler
à sa promotion écrite.
La méthode que nous présentons ici a été élaborée au cours de nombreuses séances de discussion avec des travailleurs et divers groupes de jeunes qui ont appris en même temps à écrire le créole. Une première édition à faible tirage a permis à ces groupes de disposer d'un instrument de travail. De plus, nous avons eu à expérimenter cette méthode dans un travail d'alphabétisation qui dure depuis deux ans.
En dépit de certains problèmes restés encore en suspens - comme celui de la transcription de la vocalisation du r par le w, du son i+n comme dans lali-n ou lalin - cette méthode est basée sur des principes scientifiques suffisamment clairs et cohérents pour avoir amené une alphabétisation rapide.
Pour des adultes qui n'ont jamais été à l'école ou qui n'ont suivi qu'une ou deux classes en français, - c'est la situation de la majorité des travailleurs en Guadeloupe - ce livret vise un objectif pratique : le développement d'une culture écrite créole. L'orthographe phonologique, non conçue comme un moyen de passage au français, facilite cette tâche. Elle parvient à éviter la reproduction des défauts et incohérences de l'orthographe française réservée à une élite.
Il s'agit, par l'apprentissage de la lecture et de l'écriture de sa propre langue de se réapproprier sa culture, de conquérir son identité, et de lutter concrètement contre les préjugés diffusés contre le créole.
PROBLÈM KRÉYOL-FRANSÉ : YON PROBLÈM POLITIK
Adan tout sosiété, lang maché ansanm èvè problèm ékonomik, problèm édikasion fòmasion moun (lékòl légliz). Kréyòl épi fransé sé kòmsidiré dé fos ki ka goumé.
Fransé sé yon fòs ki dominan, yon fòs ki chouké adan yon pouvoua ékonomik yon pouvoua politik yon fòs ki an ro.
Kréyòl sé yon fòs pouvoua fransé trangré dèpi lésklavaj yon fòs yo chèché touféa n tout jan. Ka sa vlé di ? Dabo pou yonn : kozé chanjman sosiété Gouadloup kozé libérasion pèp Gouadloup, pa fouti maché san kozé Lang kréyòl.
Ni moun ki ka di : problèm la sizé anlè diférans ki tini ant kréyol épi fransé ant Lagouadloup épi Lafrans. Lè ou fouyé fan fon roté tout fèy ka kouvè problèm la sa sé kontradiksion ou ka jouinn.
Yon kontradiksion ki adan rasi-n sosiété Gouadloup ki adan sous a sosiété la.
Problèm kréyòl-fransé alé ansanm kon kinnèt jimo. Yo adan minm po la, yo taché ansanm : min yon kinnèt jimo sé
pa yon sèl grinn kinnèt sé pa dé kinnèt kolé ansanm. Sé yon kinnèt éspésial. Sé pou sa nou pa fouti ataké problèm dépandans a kréyol san ataké fòs politik ki ka koré fransé.
Istoua lang kréyòl sé istoua pèp Gouadloup, sé istoua èsklav kont mèt istoua mas pèp-la kont lèsplouatasion istoua rézistans a pèp-la.
Lè kolon blan fransé parèt an Gouadloup yo piyé tou sa ki té ni adan péyi-la. Richès péyi-la rélé yo chè mèt ladministrasion péyi-la rélé yo chè mèt, tout bitin adan péyi-la jis jouné jòdi-a ka rélé yo chè mèt, chè métrès.
Es pitit péyi-la pa ka vouè tout bitin la-sa ? Oui yo ka vouè. Yon madanm té di mouin : "Sé fransé ki koumandé tout bitin an péyi-la."
Alò poukisa tout moun Gouadloup ochan dèyè fransé ? Lésé mouin éspliké zòt : koté dlo pasé pou antré andidan (...).
Yo mété bayonn an gèl an nou. Pi rèd toujou fransé kon mové kinbouazè ki rivé koumandé tèt an nou léspri an nou. I rivé fè nou obliyé ki moun nou yé, ki koté nou sòti, ki péyi té manman nou. I rivé fè nou touné zonbi.
Ki moun nou yé ? Nou pa Fransé. Sé Antiyè nou yé. Péyi an nou sizé an mitan lanmè Karayib. Si nou vlé konprann sa nou yé, fo nou kolé asi tè Gouadloup. Ki lang pèp an nou ka palé ? Sé kréyòl. Kréyòl-la sé li ki grinn vant an nou, sé li ki vérité an nou.
Min yo fè nou kouè kréyòl sé yon lang "infériè" sé "fransé défòmé" sé lang pou nèg dèyè. Si ou vlé rivé anro fo ou palé fransé fo pitit a-ou aprann palé fransé. Sa ki pa konnèt palé fransé pa boujoua pa moun dèbyin.
Sé lékòl ti Antiyè ka ranmasé tout vié lidé-la sa. Lékòl an Gouadloup sé kon bòk-lavman ki ka vidé tou sa ki adan trip ti nèg.
Min nou tout sav près tout pèp-la sé èvè kréyol sèlman yo kapab boulé. É minm sé lézot-la, fransé kon brid ka chiré machouè a yo. Ès tout moun-la-sa pa ka konté an Gouadloup, péyi a yo ?
Travay pou kréyol sé pa yon travay asi lang-la sèlman, sé yon goumé pou roté baboukèt-la an gèl pitit a péyi-la. Evè
kréyol, zépon natirèl annou, nou ké goumé pou chanjé péyi-la. Baton-la ou ni an min a-ou la, sé li ka rédé ou monté mòn.
Posté le: 12 Mar 2004 13:52 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
up un petit texte de 1983 sur le créole.
Comme j'expliquais plus haut à Phylo ce qui comptait c'est qui a été écrit ou est écrit en créole ou sur le créole et "de faire vivre" ces écrits. Cette année là un numéro du Courrier de l'Unesco était consacré aux "Langues et langages".
Le Courrier de l'Unesco, "Langues et langages" N°7, juillet 1983.
Confiant, Raphaël et Prudent, Lambert Félix
Le créole, langue de la caraïbe
Vers 1615, quelques corsaires français
prennent pied sur un rocher
caraibe qu'ils baptisent Saint-Christophe.
L'archipel "appartient"
alors à la courone espagnole, mais les
puissances européennes rivales ont
décidé d'en découdre afin de s'y assurer
quelque profit interlope. Les tout
premiers Français qui s'établissent aux
Antilles sont donc des hommes de mer,
d'épée, et de peu de foi. Dérobant quelques
esclaves aux Castillans lors de débarquements
audacieux, ils parviennent
à s'entendre avec les Caraïbes qui
occupent les îles du Vent. Suivront
alors les établissements en Guadeloupe
et en Martinique (1635), à Sainte-Lucie
et à Grenade (1650), en Guyane (1660)
et à l'île de la Tortue, véritable tête
de pont pour la conquête de Saint-Domingue (1697).
Dans toutes ces terres,
on parle encore aujourd'hui une
langue créole qui, en dépit de quelques
spécificités régionales, présente une
relative homogénéité structurale.
Le terme créole, largement polysémique
en français, adopte également en
anglais, en espagnol, en portugais et
en hollandais des acceptions très mouvantes :
désignant tantôt le descendant
blanc du maître, tantôt au contraire
l'élément noir de lignée africaine,
il en arrive parfois à indiquer les stades
intermédiaires du métissage ethnique.
Une frontière sémantique radicale
apparait cependant des bayous de la
Louisiane aux confins de la Guyane :
créole s'oppose toujours à un mot ou à
une série de mots désignant l'élément
étranger, importé, émigré, introduit de
gré ou de force dans la société sans
avoir fait souche. Adjectif ou nom,
il signifie constamment la renaissance
symbolique ou l'intégration définitive
dans un nouvel écosystème. Les langues
créoles, que l'on rattache très souvent
- par commodité - à un tronc
européén sont toujours vécues comme
des hybrides, des mutants, des dérives
constestataires de leur prétendues sources.
Posté le: 12 Mar 2004 13:58 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Poser ainsi la question de la genèse
de la langue créole, c'est déjà prendre
parti dans l'interminable discussion qui
agite notre champ. Nous constatons en
effet que le créole est lié à la colonisation
française du 17e siècle, qu'il se diffuse
à grande vitesse, et qu'il apparaît
pour répondre aux besoins d'un nouveau
type de communication entre
des partenaires au statut inégal. Une
analyse plus attentive révèlerait en fait
que nègres et blancs ont dû collaborer
intensivement dans la construction de
ce nouveau système langagier, et
qu'avant l'arrivée des importantes
masses d'esclaves noirs, le créole était
le parler des habitants de l'archipel
toutes ethnies confondues. La découverte
de l'intérêt fabuleux du succès
pour les économies de Plantation
(1685) et le reflux des travailleurs
blancs « engagés» pousseront le créole
dans la négrerie dès le début du siècle
suivant, et c'est seulement à ce moment
qu'on parlera de créole langue nègre. Il
convient de savoir que jusqu'à
aujourd'hui les béké antillais (colons de
souche européenne) continuent
d'utiliser le créole, qu'ils n'ont jamais
complètement renié.
Refusant les hypothèses dialectisantes
(le créole langue fille du français)
néo-africanisantes (le créole relexification
d'un pidgin africain pré-existant
nous croyons devoir insister sur une
origine mixte, métisse, mulâtre en un
mot, d'un système qui reconnaît une
source française à quatre-vingt pour
cent de son lexique, mais dont certains
aspects de la morphologie, de la
syntaxe et de la rhétorique évoquent des
structures ouest-africaines, aux yeux
des autres observateurs.
Plus importante que la classification génétique
typologique, la fonction sociolinguistique
du créole s'impose. Langue de la
communauté rurale, coupée de l'écrit,
des énonciations officielles et des
« grandes inventions» technologiques,
elle a assuré l'essentiel de la
communication à l'intérieur de (relativement)
petites communautés fortement
imprégnées de traditions et de
coutumes garantissant la pérennité de
l'ordre social.
Posté le: 12 Mar 2004 13:59 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
En Haïti, le créole va trouver un terrain
de choix après la révolution de 1804.
Ayant rejeté violemment l'esclavage
en même temps que le colonisateur,
les Haïtiens donnent naissance à
un Etat isolé, sans tutelle, à l'intérieur
duquel les communications sont dificiles.
Avec une école ridiculement réduite
par rapport aux besoins théorique de
la population, des médias à l'audience
restreinte, la République d'Haïti est
une nation fondamentalement créolophone.
En dépit de l'absence de recensement linguistique
précis, les chercheurs s'accordent généralement sur un
pourcentage d'environ 80% unilingues
créolophones. Seule « l'élite » de
5% de privilégiés qui habitent Port-
au-Prince et Pétion ville, qui ont vraiment
suivi une scolarité complète peuvent
prétendre aujourd'hui à un
contrôle du français standard.
Aux Petites Antilles et en Guyane
demeurées françaises, la sociologie
sociolinguistique est différente
l'abolition de l'esclavage (1848) et les
luttes pour l'école laïque pour tous
(début du 20e siècle), le français s'impose
peu à peu dans de nouveaux
réseaux discursifs. Le nombre croissant
de postes à transistors, de récepteurs de
téléphone et de télévision, de journaux
et de magazines, la scolarisation massive
de l'après-guerre, et enfin l'augmentation
considérable des flux humains
entre « Métropole » et « Départements
d'Outre-Mer », ont contribué à un
indiscutable recul du créole dans ses
zones de légitimité conversationnelle :
on marchande de moins en moins le
prix des légumes en créole, on dit de
moins en moins de contes dans les campagnes,
on commente l'actualité sportive
ou politique de plus en plus
en français.
Un phénomène comparable est à
l'œuvre aux Antilles dont la France
avait perdu le contrôle au 19e siècle
(Dominique et Sainte-Lucie notamment),
mais c'est alors l'anglais qui
semble activer la décréolisation, et
occuper l'espace linguistique. Bien que
présentant encore une syntaxe et un
lexique très proches des langues de la
Guadeloupe et de la Martinique,
les créoles des ex-dominions britanniques
sont en train de s'angliciser de façon
accélérée.
Posté le: 12 Mar 2004 14:01 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Cette coexistence problématique
d'une langue populaire, rurale, fonctionnelle
et d'une autre langue officielle,
écrite et prestigieuse, a été étudiée
par la sociolinguistique nordaméricaine
sous le titre général de
diglossie. Mais des recherches plus
étayées ont invalidé récemment l'idée
d'une répartition harmonieuse
des discours au sein de nos communautés. Les
Antillais et les Guyanais ne sont pas de
parfaits bilingues « choisissant» le
créole ou le standard avant de parler,
chaque fois qu'ils ont à communiquer
quelque chose.
Au contraire, peu à peu se dessine
une espèce de troisième terme, créole
mâtiné de français ou d'anglais,
système extrêmement instable en apparence,
mais qui est en train de trouver
des zélateurs dans la chanson populaire,
la littérature et la presse de grand tirage,
et tout simplement dans les interactions
quotidiennes de tous les membres de la communauté.
C'est ce créole francisé ou ce français
créolisé que des études récentes baptisent
du nom d'interlecte. Pour certains
chercheurs, en fait, le créole ne fait là
que continuer son « cycle de vie », il se
re-pidginise avec une langue standard à
cause des modifications socioéconomiques
intervenues dans les dernières
années, et il devrait, à terme, se
fondre dans un large continuum avec sa langue mère.
Le créole disparaîtrait
progressivement, réabsorbé par la puissance
symbolique du standard, véritable
cible fixe pour les locuteurs déshérités
de la Caraïbe.
La sociolinguistique native, celle que
nous défendons dans le concert des
voix « autorisées », prétend qu'il ne
faut pas formuler trop tôt l'avis de
décès d'une langue. Certes, du point
de vue d'une certaine subjectivité antillaise
et guyanaise, le créole est mal en point.
Son socle campagnard, l'habitation,
a disparu de notre paysage, et les
couches jeunes de la population sont
extrêmement sensibles aux mots venus
d'ailleurs, de l'argot parisien aux formules
jamaïquaines, des chansons noires américaines
aux expressions des campus universitaires étrangers.
Posté le: 12 Mar 2004 14:02 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Mais le créole joue aussi un rôle
stabilisateur prépondérant chez ces jeunes.
C'est un facteur d'identité culturelle
et de contact avec une histoire
perpétuellement questionnée. Face aux
avantages évidents du français à
l'école, au travail, dans la vie internationale,
les jeunes Caribéens découvrent
la protection culturelle du créole.
Du coup, on ne peut plus se limiter
aux formules d'antan, créole langue
méprisée, dévalorisée, minorée par ses
propres locuteurs. Lorsqu'on pratique
des sondages, on découvre que les
réponses en provenance des groupes les
moins âgés de la population sont très
favorables à une standardisation, à un
équipement, à un enseignement scolaire
du «patois». Donc, le pessimisme
n'est pas nécessairement de mise
quant à l'avenir de la langue.
Outre ce changement d'attitude, on
constate peu à peu une inflation des
productions artistiques en créole qui
s'adaptent au nouveau marché d'énonciation.
Des disques et des cassettes en
provenance aussi bien de l'Archipel
que des diaspora nord-américaines ou
européennes, des livres de contes, de
proverbes, de récits, d'histoire et de
philosophie ; des pièces de théâtre et
de cinéma ; des recherches scientifiques de
valeur, enfin.
Dernier rempart officiel qui s'écroule,
les gouvernements concernés semblent
s'orienter vers une autre prise en compte
de la créolophonie de leurs sujets. En
Haïti, une réforme pédagogique hardie
est conduite depuis 1979, faisant du
créole la première langue de l'enseignement
dans le primaire. A Sainte-Lucie
et à la Dominique, sans avoir vraiment
pris de décisions de ce genre, les gouvernants
préparent des aménagements
contribuant à la reconnaissance du fait
créole linguistique et culturel : un
creole day est institué à la Dominique,
pays dont la devise est une phrase vernaculaire ;
d'autre part, des groupes de
recherches culturelles sont soutenus
officiellement, et des programmes de
radio sont dispensés à l'attention des
unilingues et des locuteurs partiels voulant
« se ressourcer ». A la Guyane, à
la Guadeloupe et à la Martinique, les
choses ont traîné en longueur. En dépit
du bon équipement en hommes et en
ouvrages, les autorités politiques ont
longtemps tergiversé. Mais il semble
bien qu'avec les dernières circulaires
concernant les langues régionales de
France, on soit maintenant en mesure
d'entamer des réformes dans la formation
des maîtres, réformes indispensables
à l'introduction progressive du
créole dans le système éducatif comme
langue de travail, et langue objet d'études.
Posté le: 23 Mai 2004 20:22 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Espace Créole N°2, 1977
Maximilien LAROCHE Université Laval
DEZAFI, de Frankétienne(1)
Frankétienne, écrivain haïtien, auteur de plusieurs ouvrages en langue française: Chevaux de l'avant-jour (poèmes) ; Mur à crever, (roman) ; Ultravocal (roman), 1972 ; et initiateur d'un mouvement littéraire, le spiralisme, a publié Dézafi, le premier roman en langue créole de la littérature haïtienne, en 1975.
A la vérité, étiqueter Dézafi comme un roman, c'est déjà classer cette œuvre qui déborde le cadre d'un genre précis. Mais comme le sous-titre de roman lui est accordé par l'auteur lui-même, cela nous permet tout à la fois de situer cette œuvre dans l'histoire de la littérature haïtienne et de saisir, en partie tout au moins, les intentions que poursuivait l'auteur en la rédigeant.
Ce « roman» n'est peut-être pas exactement le premier puisque avant lui il y a déjà eu des tentatives de ce type couronnées sans doute de fort peu de succès. Mais, sans remonter bien loin dans le temps, on peut signaler la publication en 1968, par Carrié Paultre, de Ti Jak, bref récit qualifié de roman, et d'une :adaptation en créole du Pilgrim progress de John Banyan. Et ceci sans parler des contes traditionnels haïtiens dont on fait paraître des versions en créole depuis déjà assez longtemps.
D'autre part, il convient de signaler que la parution de Dézafi a précédé de peu celle d'un autre roman en créole, Lanmou pa gin baryè d'Emile Célestin Mégie, que depuis 1975 d'autres romans créoles ont suivi Dézafi, et que surtout cette parution doit se situer dans un contexte personnel, en ce qui regarde l'auteur, et général, pour ce qui est de la littérature haïtienne, qui en explique l'importance et le succès.
En ce qui concerne Frankétienne, il convient de rappeler qu'après avoir publié en français plusieurs volumes de vers ou de prose, et en particulier un roman, Ultravocal, qui avait fait sensation, Dézafi est venu marquer une orientation radicalement nouvelle de sa démarche. Avec Ultravocal, Frankétienne présentait ce qui pouvait être considéré comme une forme de nouveau roman à l'haïtienne, conformément aux principes du « spiralisme », mouvement lancé par l'auteur et quelques autres ; écrivains. Dézafi a marqué une rupture de ce mouvement qui ne laissait pas d'avoir une certaine allure traditionnelle. Le spiralisme arrivant après le romantisme, l'indigénisme et le surréalisme haïtiens, déjà on commençait à parler, après la parution d'Ultravocal d'un autre mouvement qui lui se dénommait pluréalisme. Le cycle de ces mouvements en «isme» semblait devoir dérouler ses spirales, de manière tout à fait logique et prévisible. Dézafi est apparu comme une œuvre tout à fait originale devant bien plus créer une tradition nouvelle qu'en prolonger une déjà établie.
C'est que, et nous passons là sur le plan plus général de l'évolution de la littérature haïtienne, si l'écriture en langue créole n'a cessé de se développer aucune œuvre majeure en prose, et en particulier dans le genre du récit, n'avait encore été publiée jusqu'à présent.
Les origines d'une littérature en créole remontent à la période d'avant l'indépendance d'Haïti. Mais l'on peut tenir «Choucoune », du poète Oswald Durand (1840-1906), pour la première œuvre vraiment marquante. Et si après l'exemple de Durand, on peut citer un nombre de plus en plus grand de textes créoles importants, il convient de signaler qu'ils relèvent du genre lyrique. Oswald Durand, Georges Sylvain, Charles Fernand Pressoir, Félix Morisseau-Leroy, Franck Fouché, Claude Innocent, Rassoul Labuchin et Georges Castera fils peuvent être considérés comme des écrivains d'envergure en langue créole. Mais de la fin du 19e siècle, c'est-à-dire d'Oswald Durand, à ce troisième tiers du vingtième c'est-à-dire à Georges Castera fils, c'est le genre poétique qui a surtout connu la faveur des écrivains de langue créole.
En 1950 avec Félix Morisseau-Leroy et Franck Fouché, il y eut une floraison de pièces créoles qui a marqué la naissance du théâtre haïtien de langue créole. Ce théâtre, on doit le considérer comme étant encore à ses débuts puisque même chez les successeurs des dramaturges de cette première génération de 50, c'est-à-dire aujourd'hui encore, on s'efforce de mettre au point la formule définitive de ce théâtre créole. Nono Numa dont le succès le plus récent, Jénéral Rodrig, est une adaptation du Cid de Corneille, continue en quelque sorte le travail d'adaptation de classiques étrangers que ses prédécesseurs, Morisseau-Leroy et Franck Fouché, avaient commencé avec une Antigone et un Oedipe-Roi.
Il manquait donc à la littérature haïtienne de langue créole une œuvre majeure en prose. Et c'est cette absence que Dézafi est venu combler. De là son importance.
Mais il convient tout de suite de bien faire remarquer que cette importance du roman de Frankétienne ne saurait être uniquement attribuée à sa place, c'est-à-dire au fait qu'il soit venu, le premier, combler une absence. Nous avons d'ailleurs dit qu'on pourrait trouver des essais de romans antérieurs à Dézafi.
Si la poésie est liée à la personnalité individuelle, la prose, elle, l'est surtout à la personnalité collective. Autrement dit, un poème est une variation personnelle à partir d'un modèle de langue commun, mais une œuvre en prose est proposition d'un nouveau modèle de la langue commune. Il n'y a pas d'œuvre littéraire en prose, dans le cas d'une littérature qui commence comme la littérature haïtienne en créole, qui ne soit en même temps un travail de réflexion profonde sur la langue. Et c'est par là que Dézafi est une œuvre importante.
On peut en effet se demander si Dézafi est véritablement un roman. Les amateurs de sémiotique relèveront le fait que sur la page 4 de couverture, le sous-titre du roman est placé, par l'auteur lui-même, entre parenthèses. A l'intérieur du livre, on s'aperçoit que des formes diverses sont brassées et des genres différents mélangés. De par la disposition typographique (variété des caractères d'imprimerie, jeu des dispositions des mots, en phrases qui se suivent ou en vers qui s'alignent) tout autant que par les modes de référence à la réalité, (dialogues, chants lyriques, narration, proverbes) on voit ce roman se faire aussi bien narration donc description que commentaire lyrique ou explicatif des choses.
Cette œuvre ne peut donc être qualifiée de roman que dans la mesure où l'on se réfère à une idée du roman donnée par de telles œuvres écrites en français. Et c'est par là aussi que l'on s'aperçoit que le livre de Frankétienne est davantage un effort pour constituer un exemple de prose et de récit créoles que le reflet d'un modèle déjà existant et fourni notamment par la prose et le récit français.
Le succès de Dézafi s'explique donc par la réussite d'un effort qui a permis de se rendre compte que le créole était une langue qu'il fallait étudier comme toute autre langue. Autrement dit, le roman en créole (ou encore la poésie, le théâtre, l'essai) ne peut être écrit qu'après une réflexion sur la langue et les formes de la langue créole. Il existe en effet des contes, des proverbes, des devinettes, des chansons, des jeux de mots, des modèles en quelque sorte d'un travail de la langue sur elle-même. Et ses formes par lesquelles la langue se dédouble pour se retourner sur elle-même tirent leur principe de fonctionnement des structures mêmes de la langue que l'on doit essayer de découvrir jusque dans les mots.
Ainsi plusieurs lecteurs ont été déroutés déjà par le mot Dézafi lui-même qui sert de titre à l'œuvre. C'est qu'ils ignorent non seulement la réalité à laquelle renvoyait ce mot, mais plus encore le fait que les mots créoles, tout comme des mots français, anglais, allemands, ont un espace et une histoire, qu'il y a ainsi, alors même que cela ne serait pas fixé sur le papier, un dictionnaire du créole, une bibliothèque du créole, non pas à constituer, mais à révéler et à mettre à jour, qu'enfin l'on ne saurait, pour écrire en créole, se passer d'étudier et de connaître cette bibliothèque du créole.
Dans une entrevue accordée à Ulrich Fleischmann et parue dans la revue Dérives (n° 7, 1977) Frankétienne l'affirme:
« Nous ne devons pas, nous, Haïtiens, qui écrivons en créole, prêter le flanc aux critiques faciles, aux critiques destructives qui disent que le créole ne se prête pas à une expression esthétique élevée... Je considère qu'une langue est un organisme vivant qui a une histoire, qui passe par des âges différents, par des âges successifs ».
Dans cette histoire des mots créoles, et aussi de cette complexité du champ ou de l'espace sémantique que recouvrent ces mots, peu de livres peuvent encore donner une idée. Cela ne signifie cependant pas que ces livres ne pourraient pas être écrits.
Sur le mot dézafi, par exemple, qui avait dérouté quelques lecteurs et qui est un terme de gaguère ou de combat de coq, on peut signaler deux études de Milo Marcelin parues dans la revue Optique n°13 de mars 1955 et 20 d'octobre 1955. Dézafi, nous dit Marcelin est :
« un mot qui semblerait provenir du créole dominicain et signifierait fêtes orgiaques qui marquent la fermeture d'une gaguère. En moins de mots dézafi signifie dans son sens courant « fermeture de gaguère ». La durée du dézafi est variable : de trois jours à un mois. Il est organisé par l'entrepreneur de la gaguère pour clôturer la saison des jeux. Il a lieu entre février et avril. — Emmanuel C. Paul : La gaguère ou le combat de coqs (étude monographique), Port-au-Prince, 1952.
Et Milo Marcelin nous donne une liste, par ordre alphabétique, de plus de 75 de ces termes de combat de coqs avec leur signification qui devaient figurer dans un dictionnaire du folklore haïtien qu'il préparait. .
Que ce dictionnaire n'ait pas encore été publié, cela ne libère pas l'écrivain haïtien de langue créole, de l'obligation de le connaître. Frankétienne a su même tenir la gageure de montrer qu'avant même sa publication, on pouvait se servir avec imagination et brio de ce dictionnaire à venir du créole. Par là, Dézafi, premier roman créole, anticipe un devenir de la langue créole qu'il aide à constituer.
(1) Ouvrages disponibles sur le marché français depuis l'année 2000.
Genre: Homme Inscrit le: 26 Juin 2002 Sujets: 50 Messages: 658 Localisation: Paris
Posté le: 22 Sep 2004 05:03 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Meri de tout ce que tu fais
Ceoendant pour les derniers textes, il seraient judicieux de mettre des commentaires de ta part, c'est assez "impersonnel" comme cela.
En tout cas félicitations ! _________________ "Dude, we're glad you were with us on last night's raid and all, but... erm, after the raid... you've GOT to turn your mic off when you're having sex with your girlfriend."
Posté le: 22 Sep 2004 11:25 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Merci pour les encouragements.
Concernant les commentaires : Je peux difficilement en faire car je suis en phase de découverte comme toi.
Certes je suis actif. J'ai une démarche de recherche.
Etablir une bibliographie, rechercher les monographies, les articles de périodiques mais je découvre et essaye de m'y retrouver dans les écrits.
Le plus que je fais c'est que je passe certains de ces textes dans un logiciel de reconnaissance de caractères, et vous les fais partager.
Mais je suis encore incapable de faire des commentaires. Tout au plus je peux reconnaitre un texte qui renvoie à un autre comme le texte hommage de Confiant et l'introduction de Dany Bebel-Gisler cité ci-dessus.
Quand je serais un mapipi peut-être...
Bon pour l'instant j'ai plein de feuilles à recopier et de même que des scans...
Je donne du travail à qui veux...
Posté le: 28 Sep 2004 23:47 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
merci pour tous ces éléments, dont la complexité et la multitude n'ont d'égal que la pertinence et qui me submergent de regrets de n'avoir su dès une première approche confondre ma langue maternelle avec celle tant enviée.
Ceci etant, comment fait on pour apprendre juste quelques bribes, pour ne pas etre l'allemeand en Provence, le japonnais à paris? juste ce qu'il faut pour essayer d'entendre? non, non pas d'écouter ce serait indiscret ! juste effleurer l'idée qu'une culture doit se manger, se boire (jusqu'à là ca va)mais également s'entendre (comble ! c'set bien nous qui l'avons bien pendue et pourtant qu'est devenue la langue d'Oc ?), bref existe t-il autre chose qu'RFI pour nous aider à passer pour des zoreilles "mwins mové".
J'ai eu beau consulter de nombreux sites qui certes m'aident à faire tourner mon imprimante, l'age aidant, il me semble que des methodes audiovisuelles favoriseraient ce type de pietres tentatives. N'existe t-il vraiment qu'assimil et cela en vaut til l'achat pour un usage superficiel?
Merci à tous ceux qui auront pris la peine de lire mon message et mes cordiales salutations à la bibliothèque qui a émis le message d'origine _________________ GUADELOUPE
Posté le: 03 Déc 2004 10:28 Sujet du message: Matjé Kréyol, Sa Fasil Menm ! Tutoriel
Man kité teks-tala menm manniè yo sòti'y an lanné 2000;
(menm lotograf, menm ti défo teknik - coquilles -,
menm prézantasion).
ANTILLA N°910
10 Novembre 2000
Bobo kréyòl-la
Kilti Kréyòl : L'écrivain Raphaël Confiant inaugure ici, avec d'autres créolistes du
GEREC-F, une rubrique en langue créole qui paraîtra régulièrement
dans « ANTILLA ». Notre journal fut, est-il nécessaire de le rappeler,
l'un des rares organes de presse à avoir accordé une place au créole
écrit à une époque (années quatre-vingt) où on était loin d'imaginer les
avancées d'aujourd'hui. Notre supplément « ANTILLA-KREYOL », qui
pourrait redémarrer un jour, est encore dans tous les esprits.
Kréyòl-la sé an bobo. Chak lè
nou ka menyen'y, i ka fè nou
mal, kifè nou ka soté, nou ka
maté, nou ka djélé. Pa ni pyès lang
asou latè ki povotjé sitèlman rayi-
sans (haine) lakay moun ki ka palé'y.
Pyès lang ! Men lè nou ka gadé, nou
ka wè ki kréyòl-la sé an lang ki san
manman èk san papa, an lang sé
diféran krèy-sosyal (classe sociale)
nou an toujou rijété atravè sé twa
syèk é démi listwè-a nou za viv la.
Primyé moun ki fouté kréyol nan
razyé, sé Bétjé. Ant lanné 1625 èk
1670-80, kivédi adan sé primyé
lanné kolonizasyon sé zil-la, sé kolo-
nizatè blan-an pa té ni an lang inifyé
ki yo té pé enpozé sé djouk (escla-
ve) yo a davwè an lépok-tala, lang
fwansé-a poko té inifyé. Chak réjyon-
an té ka itilizé pwop modèl fwansé'y :
moun Normandi té ka palé norman,
moun Vandé vadéyen, moun
Pwatou pwatèven kisasayésa...
Majorité a sé kolon-an, sé té moun ki
té sòti Normandi èk dot koté nan
lwès Lafwans kifè yo pa té ka sèvi
kalté fwansé-a yo té ka sèvi Pari a
èk lakou Wa-a. Lè yo débatjé Matinik
oben Gwadloup, yo bité anlè Karayib
ki yo menm té za ni an lang migan-
nen (mélangée), an lang ki té fèt épi
arawak èk karayib. Titak pli ta, yo
chayé vini Nèg nan lwès Lafrik èk sé
Nèg-tala yo menm té ka sèvi dé lang
(éwé, fon, ibo kisasayésa...) éti yonn
pa té ka konpwann lot.
Sé kalté mélimélanj-tala ki pèmèt
an lang nèf tijé, sé chalbari langan-
nistik (linguistique)-tala ki fè lang
kréyol-la parèt èk prèmyé jénérasyon
a moun kréyol kivédi Blan èk Nèg ki
né nan sé zil-la, enben prèmyé jéné-
rasyon-tala, sé kréyol i palé. Kidonk
kréyol-la sèvi lyennay ant dé pèp,
Blan épi Nèg, ki pa té ni monyen
bokanté pawol ant yo. Men lè zot
wè, pa koté 1680, sik kann-lan kou-
mansé vann dri an Ewop, ki sé Blan-
an vini Bétjé kivédi yo wouvè gran
bitasyon èk yo fè vini chajman djouk
di Lafrik, enben a lè-tala, yo déklaré
ki kréyol sé pa lang yo. Yo déklaré ki
kréyol sé an lang a Nèg. Listwè ka
montré nou ki sa pa vré pyès : kréyol
sé kréyasyon ki Nèg ki Blan ki
Karayib.
Dézyèm krèy-sosyal ki tiré mépri-
zasyon ba kréyol èk ki chaché tou-
fé'y, sé sé Milat-la. Konmwa yo té
érisi trapé yonndé dwa adan sosyété
kolonyal-la, nan XIXè syèk-la, yo
koumansé rijété manman nègrès yo
èk, adan menm balan-an, lang li. Sèl
bagay sé Milat-la té ni nan tèt yo, sé
trapé rikonésans di sé Bétjé-a, sé
vini sitwayen égal-égo épi yo èk pou
sa, falé yo té fouté nan razyé tout
tras nèg yo té pé ni. Dayè, ni an vyé
tipawol (proverbe) kréyol ka di kon
sa : dépi an Milat ni an vyé chouval,
i ka di Négrès sé pa manman'y.
Twazyèm krèy-sosyal ki rijété
kréyol-la, sé sé nèg-la, nan finisman
XIXè syèk-la èk primyé lanmwatyè
Xxè la. Poutji ? Davwa gouvèlman
fwansé té aboli ladjoukann (esclava-
ge) an 1848 èk sé lidé Nèg té ni nan
tèt yo, sé vini sitwayen fwansé, sé
trapé menm dwa ki Bétjé èk Milat.
Pou érisi fè sa, falé yo tou, yo té ladjé
kréyol-la èk apwann fwansé an man-
nyè obidjoul (convenable). Annou pa
bliyé ki pannan dé syèk, Nèg pa té ni
dwa apwann li èk ékri kifè lè ladjou-
kann fini, Nèg té lib mé yo pa té ni
pyès lédikasyon. Adan sistèm fwan-
sé, sé an fwansé yo ka ba'w lédika-
syon, sé pa an kréyol. Kifè pou soti
adan chan kann-lan, falé té apwann
fwansé vitman-présé.
Katriyèm krèy-sosyal ki fouté
kréyol nan bwa, sé Kouli épi Chinwa.
Sé pèp-tala rivé o Zantiy, kon tout
moun sav, apré labolisyon ladjou-
kann pou té sa ranplasé Nèg adan
sé chan kann-lan. Okoumansman,
sé anni lang yo, yo té ka palé kivédi
tamoul pou sé Kouli-a èk chinwa pou
sé Chinwa-a. Apré yo sibi an patjé
tribil (tribulation), yo koumansé, an
mizi an mizi, anchouké (s'enraciner)
nan sé péyi nou a kivédi Gwadloup,
Matinik èk yonndé atè Laguiyàn. Sé
lang kréyol-la ki pèmèt yo vini
Matinitjé oben Gwadloupéyen é yo
pòté rèlijyon yo (Bondyé-Kouli) èk
latjuizin yo adan kilti kréyol-la, bagay
ki anrichi'y anlo. Men, pa koté sé
lanné 50-60 la, lè zot vwè, Kouli
chapé désann nan bouk èk an vil, lè
zot vwè yich yo ay lékol, trapé
diplom, vini mètlékol, doktè oben
antiprinè, sé Kouli-a fè menm
bagay-la ki Bétjé, Milat èk Nèg té fè
avan yo a : yo kraché anlè lang èk
kilti kréyol-la. Yo rijété'y tou.
Sentjèm krèy-sosyal ki ladjé
kréyol-la, sé sé Siryen-an. Yo rivé
nan koumansman Xx syèk-la, an
lanmen douvan an lanmen dèyè, ka
vann rad oben soulyé adan bourèt,
épi, an mizi an mizi, yo koumansé
plen poch yo : yo wouvè magazen
lari Arago oben lari Frébo èk a lè-
tala, yich yo koumansé ay adan lékol
fwansé-a èk yo koumansé ka twousé
nen yo anlè lang-la ki té pèmèt papa
yo èk manman yo anchouké nan
péyi-a.
BA KREYOL
Tablo-tala pé parèt rèd toubann-
man. I ka fè nou wè ki kréyol toujou
té an lang pèsonn pa jenmen
enmen, pèsonn pa jenmen pwotéjé.
Ek jik jòdijou, nou ka wè moun ka tiré
anlè sé kréyolis-la, ki moun ladwèt ki
ka pansé ki kréyol sé kouyonnad ki
moun nasyonalis kon Cabort
Masson ki ka rifizé konpwann ki nou
adan an sistenm fwansé èk ki nou
blijé asèpté yonndé règ. Lè Marc
Pulvar èk la-CSTM ka goumen pou
dwa travayè, yo ka rèspèkté « Code
du travail » fwansé a, lè Malsa èk
Louis-Régis ka défann laliwonday
(environnement), yo blijé apiyé anlè
« Code de l'environnement »
fwansé a. Kifè poutji Jean Bernabé
èk GEREC-F pé pa apiyé anlè
« Code de l'enseignement » fwansé
a ? Poutji ?
Epi fok sav ki toujou ni, adan
listwè nou, yonndé moun ki té an
favè kréyol-la oben ki ba'y an pal. Ni
yonndé matjè (écrivain) ki dépi mitan
XVIIIè syèk-la fè poèm, pyès téyat
an kréyol, ki tradui fab La Fontaine
an kréyol. An 1885, ni an Guiyanè
misyé Alfred Parépou, ki pibliyé prè-
myé roman an kréyol, « Atipa ». An
liv ki ni 250 paj enki an kréyol é ki ka
rakonté lavi Kayèn nan lépok-la. Lè
ou pwan Xxè syèk-la, nou ka wè ki
an Gwadloup, pa koté sé lanné 30-
50 la, ni dé moun kon Rémy
Nainsouta, Bettino Lara èk Gilbert de
Chambertrand ki mété doubout
« L'Académie Créole Antillaise » éti
objèktif li, sé té dévlopé lang èk kilti
kréyol-la.Nou tout la konnèt wol an
poèt kon Gilbert Gratiant épi « Fab
Konpè Zikak » ki i pibliyé an 1958 èk
ta Georges Mauvois ki ékri an pyès
téyat révolisyonnè yo ka kriyé
« Agenor Cacoul ». Apré, pa koté sé
lanné 70-la, vini jénérasyon a Hector
Poullet, Sony Rupaire, Raphaël
Confiant, Monchoachi, Joby
Bernabé, Max Rippon èk anlo dòt.
Kifè sé pa jodijou moun ka
défann kréyol. Poblèm-la sé ki yo té
toujou minoritè èk ki yo pa janmen
rivé konvenk moun. Sa ki chanjé
aprézan, sé ki apré 25 lanné travay
èk goumen, sé manmay GEREC-la
rivé èspitjé moun valè kréyol-la èk
nésésité pou i antré andidan lékol-la.
Sa pa té an bagay flouz (facile) men
GEREC réyisi fè'y èk sa ki ka tiré
anlè GERECdavwè i pa asé révoli-
syonnè , sé moun ki pa janmen fouté
an patat ba kréyol kifè yo pa ni dwa
ba moun lison.