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Sa moun ékri an kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup
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  Langue locale:   Sujet: Sa moun ékri an kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup

Koutcha
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 #136 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 07 Jan 2005 17:41

An kon lalwiziàn.
Traduksion-an an jou, lè man ké las fè fenyan.

Eugène Rolland, Faune populaire de la France, Tome 5-6,
Les mammifères domestiques, 2eme partie les oiseaux domestiques,Paris,1882.

COMPÈRE LAPIN ET COMPÈRE BOUKI

Ain jou bon matin, comper Lapin lévé é li senti la faim apé ga-
gnin li. Li charché tou côté dan cabane, li pa trouvé aïen pou
manzé. Li parti couri côté comper Bouki. Tan li rivé, li oua
comper Bouki apé guignoté ain dézo.
« Hé, comper Bouki, mo té vini dijiné avé toi ; mo oua to pa
gagnin famé kichoge pou donne moin.
« Tan dir, comper Lapin ; na pi ration dan cabane, jiche dézo
cila ki rété. »
Comper Lapin zonglé tan.
« Hé ben ! comper Bouki, si to oulé, na couri la chaché dézef
torti.
« Topé ! anon, nou couri tousouite. »
Comper Bouki pranne so pagnin avé so lapioce, é yé parti couri
coté bayou dans diboi.
Comper lapin, mo pas souvan couri la chache dézef torti ; mo pa
boucou konin trivé yé ben.
« Pa kété, comper Bouki ; mo tou tan trivé place coté torti pondi
dézef. Toi, ta fouyé yé. »
Can yé rivé au ra bayou, comper Lapin marcé douceman, apé
gardé ben, côté ci, coté là. Bento li rété drette.
« Comper Bouki, torti cré li malin. Li graté la té avé so gro pate
é li pondi so dézef dans trou ; pi li mété ti brin sabe on yé, é pi li
parpillé feille on so ni. To oua (...) cilà ? Oté feille layé, é graté avé
to lapioce ; sir ta trivé dézef. »
Comper Bouki fè ça comper Lapin di li, é yé oua ain ta dézef
apé cléré dan trou là.
« Comper Lapin, to malin passé moin ; mo ben contan gagnin toi
pou mo zami. »
Comper Lapin patagé dézef yé, li donin la moké à comper Bouki.
« Comper Bouki, mo boucou faim, mapé manzé porté mo kenne dézef
tousuite.
« Fé com to oulé, comper Lapin, moin mapé porté mo kenne cote
mo fame, pou fè yé tchi. »
Yé couri plin enco é yé trivé plin dézef. Comper Lapin touzou
manzé so kenne ; comper Bouki pa lémin dézef cri ; li mété yé tou
dans so pagnin. »
« Comper Bouki, mo comancé lasse ; mo cré tan nou tournin.
« Mo gagnin acé dézef pou zordi, comper Lapin ; anon, nou
tournin. »
Tan yé té apé couri divan, comper Lapin zonglé li même :
« Comper Bouki pa conin trivé dézef torti ; cé moin ki trivé yé,
yé té doi tou pou moin. Fo mo fé mékié pou gagnin yé. »
Tan yé proche rivé divan, comper Lapin di :
Comper Bouki, mo blié porté dézef pou mo vié moman. To té doi
ben prété moin ain douzaine ; ma ranne toi yé ain lotte foi. »
« Comper Bouki donne li ain douzaine, é yé couri chakenne so
chimin. Comper Lapin couri mété vo douzainne dézef dan so ca-
bane, pli li parti couri coté comper Bouki. Tan li procé cabane com-
per Bouki, li comancé plène, apé tchombo so vante. Comper Bouki
sorti dihor.
« Ça to gagnin, comper Lapin ? samblé comme to pa gaya. »
« Oh ! non, comper Bouki, dézef torti yé poisonnin moin.Tan pri,
vité courir charché melcin. »
« Ma couri tan vite mo capa, comper. »
Si vite comper Bouki parti, comper Lapin couri dan kisine é
tombé manzè dézef torti.
« Mèci bon dgié, ma manzé mo vente plin zordi. Melcin là rété
louan, mo gagnin tan manzé tou avan yé vini. »
Tan comper Lapin proce fini manzé dézef, li tendé comper Bouki
apé parlé dihor.
« Doctor Makak, mo ben contan mo contré vou on chimin ; mo
zami boucou malade. »
Comper Lapin pa perdi tan ; li ouvri la finète é sorti dihor. Com-
per Bouki rentré dans cabanne, li pas oua comper Lapin. Li couri
dan kisine ; kokille dézef parpillé tou partou. Comper Lapin dijà
rendi dans clo. Comper Bouki raché so chivé, tan li colair. Li parti
galopé apé comper Lapin. Comper Lapin si tan manzé dézef, li pa
capa galopé vite. Tan li oua comper Bouki sofé li trop proce, li fouré
dans trou di boi. Comper Bouki pélé comper Torti ki té apé pacé
dan chimin.
« Comper Torti, tan pri, vini guété comper Lapin ki volé tou to
dézef. Ma couri charché mo lahache pour bate di boi là.
« Couri vite, comper Bouki, ma guété cokin là ben »
Tan comper Bouki parti, comper Lapin di :
« Comper Torti, gardé dan trou là, ta oua si mo gagnin to dé-
zef. »
Comper Toti lévé so latête : comper Lapin voïé boi pouri dans so
ziés. Comper Torti couri lavé so ziés dans bayou ; comper Lapin
sapé tou souite. Comper Bouki vini bate di boi ; li oua comper
Lapin dijà sapé. Li té si tan colair li couri trivé comper Torti o ra
bayou, é li coupé so latchié avé so lahache. Cé cofer latchié Torti
coute com çà jika zordi.


(1) La lapine peut-être pleine et allaiter des petits tout à la fois. La
superfétation lui est habituelle.
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Koutcha
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 #137 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 10 Jan 2005 15:54

Traduction.

COMPÈRE LAPIN ET COMPÈRE BOUKI

Un jour, de bon matin, compère Lapin se leva et sentit la faim
le gagner. Il chercha de tous côtes dans sa cabane, et ne trouva
rien à manger. Il alla du côté de compère Bouki. Quand il arriva,
il vit (lui voir) compère Bouki grignotant un os (après grignoter
un os).
— Hé ! compère Bouki, je venais déjeuner avec toi ; je vois (moi
voir) tu n'as pas quelque chose de fameux à me donner
— Les temps sont durs, compère Lapin ; il n'y a plus de ration
dans la cabane, il n'y a juste que cet os qui soit resté.
Compère Lapin songea (jongla) un bout de temps.
— Hé bien ! compère Bouki si tu veux nous irons à la chasse des
œufs de tortue.
— Tope ! allons, partons tout de suite.
Compère Bouki prit son panier avec sa pioche, et ils allèrent du
côté du bayou dans le bois.
— Compère Lapin, je ne vais pas souvent à la chasse des œufs de
tortue, je ne sais pas beaucoup les trouver.
— Ne t'inquiète pas, compère Bouki ; je trouverai toujours l'en-
droit où les tortues pondent leurs œufs. Toi, tu les fouilleras.
Quand ils arrivèrent au ras du bayou, compère Lapin de marcher
doucement, regardant bien, par ici, par là. Bientôt il s'arrêta tout
court.
— Compère Bouki, la tortue se croit bien fine. Elle gratte la terre
avec sa grosse patte, et elle pond ses œufs dans le trou ; puis elle
met un peu de sable sur eux, et puis elle éparpille des feuilles sur
son nid. Tu vois cette butte ? ôte ces feuilles et gratte avec ta pio-
che ; sûr tu trouveras des œufs.
Compère Bouki fit ce que compère Lapin lui dit, et ils virent un
tas d’œufs briller dans ce trou là.
— Compère Lapin, tu es plus malin que moi ; je suis bien content
de t'avoir pour ami.
Compère Lapin partagea les œufs, il en donna la moitié à compère
Bouki.
— Compère Bouki, j'ai beaucoup faim, je vais manger mes œufs
(mes miens œufs-mo kenne dézef) tout de suite.
— Fais comme tu voudras, compère Lapin : moi je vais porter les
miens près de ma femme pour les faire cuire.
Ils coururent beaucoup encore, et trouvèrent encore beaucoup
d’œufs. Compère Lapin mangeait toujours les siens ; compère Bouki
n'aimait pas les œufs crus ; il les mit tous dans son panier.
— Compère Bouki, je commence à être las ; je crois qu'il est
temps de nous en retourner.
— J'ai assez d’œufs pour aujourd'hui, compère Lapin ; allons, re-
tournons-nous-en.
Tandis qu'ils allaient de l'avant, compère Lapin songea en lui-
même :
Compère Bouki ne sait pas trouver les œufs de tortue, c'est moi
qui les ai trouvés, ils doivent être tous pour moi. Il faut que je fasse
métier (que je trouve moyen) pour les avoir.
Quand il furent près d'arriver, compère Lapin dit :
— Compère Bouki, j'ai oublié de porter des œufs pour ma vieille
maman. Tu devrais bien m'en prêter une douzaine ; je te les rendrai
une autre fois.
Compère Bouki lui en donna une douzaine, et ils s'en allèrent
chacun son chemin. Compère Lapin alla mettre sa douzaine d’œufs
dans sa cabane, puis il s'en alla du côté de compère Bouki. Quand
il fut près de la cabane de compère Bouki, il commença à se plain-
dre, tenant son ventre. Compère Bouki sortit.
— Qu'as-tu, compère Lapin ? on dirait que tu n'es pas gaillard.
— Oh ! non, compère Bouki, ces œufs de tortue m'ont empoisonné.
Je t'en prie, vite va chercher le médecin.
— J'irai aussi vite que je pourrai, compère.
Dès que compère Bouki fut parti, compère Lapin alla dans la cui-
sine et se mit à manger les œufs de tortue.
— Dieu merci, je mangerai plein mon ventre aujourd'hui. Ce mé-
decin-là demeure loin, j'ai le temps de manger tout avant qu'ils
arrivent.
Comme compère Lapin était près de finir de manger les œufs, il
entendit compère Bouki parler dehors.
— Docteur Macaque, je suis bien content de vous avoir rencontré
sur mon chemin ; mon ami est bien malade.
Compère Lapin ne perdit pas de temps ; il ouvrit la fenêtre et
sortit. Compère Bouki rentra dans sa cabane, il ne vit pas compère
Lapin. Il alla dans la cuisine : les coquilles d’œufs étaient éparpillées
partout. Compère Lapin était déjà rendu dans le clos. Compère Bouki
s'arracha les cheveux, tant il était en colère. Il se mit à courir
après compère Lapin. Compère Lapin avait tant mangé d’œufs qu'il
ne pouvait pas courir vite. Quand il vit que compère Bouki le
chauffait de trop près, il se fourra dans un trou d'arbre. Compère
Bouki appela compère Tortue qui passait sur le chemin.
— Compère Tortue, je t'en prie, viens guetter compère Lapin qui a
volé tous tes œufs. J'irai chercher ma hache pour abattre cet arbre.
— Va vite, compère Bouki, je guetterai ce coquin-là bien.
Quand compère Bouki fut parti, compère Lapin dit :
— Compère Tortue, regarde dans ce trou, tu verras si j'ai tes
œufs.
Compère Tortue leva la tête ; compère Lapin lui envoya du bois
pourri dans les yeux. Compère Tortue alla laver ses yeux dans le
bayou ; compère Lapin s’échappa tout de suite. Compère Bouki vint
abattre l'arbre ; il vit que compère Lapin s’était déjà échappé. Il
était si en colère qu'il alla trouver compère Tortue au bord du bayou
et il coupa sa queue avec sa hache. Voilà pourquoi la queue de la
tortue est courte comme ça jusqu'aujourd'hui. »

Conte créole de la Louisiane, com. par M. Alfred MERCIER.
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 #138 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 10 Jan 2005 17:07

Hola Koutcha !!!

Je ne sais pas quelles sont tes sources, mais les contes en créole "guyanais" sont bourrés de fautes non seulement dans la conception même des phrases mais aussi dans l'orthographe ... sans parler de l'invention pure et simple de certains mots

Enfin ... sé pa fòt aw
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Koutcha
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 #139 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 10 Jan 2005 23:24

Regarde de quand date ces textes.
Je les ai recopié à l'identique. Je ne me permet pas de les corriger pour ne pas ajouter du désordre au désordre s'il y en a.

Ils sont tirés d'une des premières revues françaises qui récoltaitent à tour de bras les contes, devinettes, proverbes, us et coutumes, de la France des régions et du monde entier.

Se sont des pionniers. Tout n'est pas parfait loin de là. Il y a des erreurs des approximations, des préjugées mais un grande ouverture d'esprit des correspondants et des dirigeants de cette revue pour cette époque. Ce sont des témoignages inestimables d'une époque à prendre avec précautions mais se sont les rares contes relevés fin XIX.

Ce travail a été fait un jour il y a 200 ans. Je ne suis pas sur qu'aujourd'hui à l'heure des mangnétophones, des camescopes numéréques - ou il y a tout pour enregistrer - que ce travail soit fait et pérénisé à la Guyane en ce debut du XXI siècle.

Quels trace pour demain pour les génération future
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Koutcha
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 #140 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 11 Jan 2005 18:57

in Mélusine, Paris, 1878

Conte de la Guyane Française.

Papa Tigre et Papa Mouton.

Il y a longtemps, le Mouton était redouté
de tous les animaux de la savane et des grands bois.
Quand il passait le long du chemin, marchant lentement,
la figure grave et sévère, avec sa grande barbe et ses
cornes recourbées, on était saisi de terreur et les ani-
maux qui le rencontraient lui faisaient de grand saluts,
puis se sauvaient à toutes jambes. — Avait-il jamais
mangé quelqu'un de ses voisins ? Les commères du pays
n'osaient l'affirmer, mais il avait l'air si terrible que
comme on dit : mieux valait le croire que d'aller y voir.
A force d'entendre répéter qu'il était redoutable, il
avait fini par le croire pour tout de bon. Même une fois
s'étant penché sur un ruisseau pour y boire, il aperçut
son image dans le courant et sauta de frayeur à trois
pas en arrière à la vue de sa barbe et de ses cornes.

Un tigre, qui demeurait non loin de la case de papa
Mouton, s'arma un jour de tout son courage et résolut
de faire une visite de politesse à son voisin. Il emmena
avec lui son fils, petit tigre déjà haut sur pattes. — Du
plus loin qu'il aperçut papa Mouton il le salua très
humblement et quand il fut près il lui demanda des
nouvelles de toute sa famille. — Voisin, je suis venu
pour vous rendre hommage et ma femme se fût fait un
plaisir de rendre ses devoirs à madame Mouton, si elle
n'avait été retenue chez elle par une indisposition. Papa
Mouton invita papa Tigre et son fils à entrer dans sa
maison. Pendant que les deux pères causaient gravement
des affaires du pays, petit Tigre alla jouer dans le jardin
avec petit Mouton. Sois bien poli avec petit Mouton, lui
dit son père, car sans cela il te mangerait.

Voilà les deux enfants qui se mettent à jouer ; au
bout d'un instant petit Tigre saute sur petit Mouton et
le culbute. Et petit Mouton de rire ! — Tiens, comme
tu as de petites dents ! lui dit petit Tigre. — C'est
comme cela dans ma famille ; celles de papa sont tout
pareilles, reprend petit Mouton. — Cette répartie fit
réfléchir petit Tigre et quand, la visite finie, le père et
le fils eurent quitté leurs hôtes, petit Tigre n'attendit
pas que papa Mouton eût fermé la porte de sa case pour
dire à son père : Papa, papa, petit Mouton a des dents
toutes petites et il m'a dit que celles de son père n'é-
taient pas plus longues que les siennes. — Tais-toi donc,
tais-toi donc, gamin si papa Mouton nous entendait,
il nous mangerait tous les deux.

Papa Tigre résolut pourtant de savoir à quoi s'en
tenir sur ce sujet. Vraiment, papa Mouton lui avait
semblé fort gras, et, rien que d'y songer, il en passait
sa langue sur ses moustaches. Comment voir les dents
de papa Mouton ? Ce n'était pas facile. Papa Mouton
ouvrait à peine la bouche pour parler et sa barbe lui
cachait en outre la lèvre inférieure et le menton. L'oc-
casion vint pourtant au Tigre comme à ceux qui savent
l'attendre. — Le jour où papa Mouton et son fils lui
rendirent visite, pendant que les enfants jouaient au
dehors, il les fit toutes sortes de politesses à Mouton, et lui
servit une bouteille de son meilleur vin, puis une
seconde et une troisième. Papa Mouton devint d'une
gaieté folle, et, perdant son sérieux, il ouvrit la bouche
toute grande afin de rire à son aise. Papa Tigre vit alors
les petites dents de son convive. Sans hésiter, il sauta
sur le Mouton et l’étrangla. Entendant crier son père,
petit Mouton se sauva au plus vite et put rentrer chez
lui avant que Tigre, acharné à sa première proie, eût
songé à le poursuivre.
Ce ne fut le long du jour que pleurs et gémissements
dans la case du Mouton. Maman Mouton et son enfant
criaient que c'était pitié de les entendre. Au bruit qu'ils
menaient, la Reine des Oiseaux accourut du grand bois
voisin et se perchant sur le toit de la case, elle demanda
à maman mouton la cause de on chagrin. — Hélas,
charitable dame, papa Tigre a mangé mon pauvre mari !
nous n'oserons plus sortir mon enfant et moi, car il va
venir rôder de ce côté pour nous manger aussi. —
Émue de sa douleur, la Reine des Oiseaux la consola
de son mieux et lui promis une vengeance éclatante.
Puis, en quelques coups d'ailes, elle atteignit bientôt la
forêt prochaine. A son appel répondirent tous les oiseaux
des grands bois : les plus gros Haras aux plumes éclatantes,
les Cacatoës à la huppe blanche, des milliers de Perru-
ches émeraudes au bec de corail, les petits Colibris et
les Oiseaux-Mouches qui ont l'air de pierres précieuses
auxquelles le bon Dieu aurait donné des ailes. La Reine
leur raconta la mort de papa Mouton. Jurons de venger
notre voisin s'écria-t-elle. Nous le jurons ! piaillèrent,
sifflèrent, crièrent, les oiseaux, chacun dans son langage
A ce bruit assourdissant, les Caïmans coururent se
cacher dans les grandes herbes, les Boas et les Serpents
à sonnettes rentrèrent précipitamment dans les fentes
des arbres. — Ayez confiance, dit la Reine des Oiseaux !
Demain, c'est dimanche, je donnerai une grande fête
dans la forêt. Aussitôt que la grande messe sera finie, je
veux que tous les oiseaux des bois se rassemblent. Mes
gentilles perruches, volez de tous les côtés faire des
invitations. Disposez tout pour la fête ; soyez exactes à
l'heure dite et obéissez-moi en chaque chose. Pour moi,
je vole inviter papa Tigre. Flatté de la visite de la Reine
des Oiseaux, papa Tigre promit de venir au grand bal
dans la forêt. Il mit ses plus beaux habits, frisa ses
moustaches et, avant de partir, il embrassa sa femme sur
la bouche et son fils sur les deux joues.

Dès qu'on le vit qui arrivait, la Reine des Oiseaux
cria à tous ses sujets : prenez vite vos rangs, formez
les quadrilles et que chacun de vous se mette à danser
en cachant sa tête sous son aile. Musique, jouez ! Et
l'orchestre joua :

Tig, tig, malinboin
La chelema che tango
Redjoum
La chelema che tango !

La Reine des Oiseaux vola au devant de papa Tigre
et lui souhaita la bienvenue. Comme c'était beau, la
fête ! Papa Tigre en était ébloui ! De longues files d'oi-
seaux aux riches plumages se faisaient vis-à-vis. Le qua-
drille commence seulement, dit la Reine, vous serez
mon cavalier; Papa Tigre se mit à coté de sa danseuse
et l'orchestre joua :

Tig, tig, malinboin, etc.

Aussitôt les oiseaux, la tête sous les ailes, se mirent
à sauter en cadence. La Reine cacha aussi sa tête, et
quand, tout glorieux et marchant la tête haute, papa
Tigre voulut faire les premiers entrechats, elle s'écria :
“ Mais, papa Tigre, vous n'y songez pas ! L'étiquette
à ma cour est que pour prendre part à la danse, il faut
n'avoir pas de tête. Voyez plutôt tous mes invités ; ils
croiraient manquer aux manières de la haute société,
que dis-je ? à la plus simple politesse, s'ils osaient lever
la tête devant leur souveraine. Allez, mon mai, faites
comme eux et vous pourrez figurer avec honneur dans
le quadrille de la Reine des Oiseaux. Papa Tigre devint
rouge de honte ! — Ma reine, s'écria-t-il, je vous de-
mande humblement pardon de mon manque d'usage;
Je suis chasseur sauvage, habitué à passer des nuits
entières à l'affût, et j'ignore tout à fait les coutumes des
cours. Veuillez me promettre une contredanse et je re-
viens à l'instant dans le tenue que vous demandez.

En quelques bonds, papa Tigre fut chez lui. Il dit à
sa femme : Ma femme ! pour avoir l'honneur de danser
chez la Reine des Oiseaux, il faut n'avoir pas de tête ;
j'ai vu tous les invités qui dansaient de cette façon.
C'est l'étiquette de la cour. Prends cette hache et coupe-
moi la tête. — Tu l'as déjà perdue, mon pauvre mari, lui
répondit maman Tigre. Au lieu d'aller danser avec des
reines, tu ferais bien mieux de rester chez toi tranquil-
lement avec ta femme et tes enfants. Je n'aime pas les
maris qui plantent là leur femme pour passer la nuit
au bal. — Si tu ne veux pas m'obéir, hurla le Tigre en
fureur d'être querellé par sa femme, je t’étrangle à
l'instant. Alors maman Tigre saisit la hache, et d'un
coup trancha la tête de son mari. Il en mourut bel et
bien, comme vous pensez.
Des perruches placées en embuscades partirent aus-
sitôt à tire d'ailes porter la nouvelle de la mort du
Tigre à la Reine des Oiseaux. Les oiseaux retirèrent
alors leur tête de dessous leur aile ; on fit entrer
tous les animaux de la forêt ; chacun voulut embrasser
à son tour maman Mouton et son fils. Ensuite on s'ali-
gna pour la danse, et l'orchestre se mit à jouer :


Tig, tig, malinboin
La chelema che tango
Redjoum
La chelema che tango !

Vous dire comme on sauta, comme on se trémoussa !
n'est vraiment pour croyable. Enfin il fallut bien s'en
aller, car tout finit en ce bas monde, mais auparavant
on fit une quête dont on remit l'argent à petit Mouton
et à sa mère.
Moutons et vous enfants qui m'écoutez, que la mort
de papa Mouton vous serve de leçon : mieux vaut ne
pas ouvrir la bouche que de rire avec les gens qu'on
ne connaît pas.

Loys Bruyère
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 #141 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 17 Jan 2005 19:04

Eugène Rolland, Faune populaire de la France,
Tome 5-6, Les mammifères domestiques,
2eme partie les oiseaux domestiques, Paris,1882.

COMPÈRE LAPIN ET COMPÈRE ÉLÉPHANT.

« Compère Lapin c'est le héros madré des fables nègres. Il va un
matin voler dans le jardin du roi et y est surpris par le jardinier
qui lui tend un piège en façonnant un bonhomme de glu, lequel tient
à la main le plus exquis des bonbons. Compère Lapin est gourmand,
il voit le bonbon, vient saluer le bonhomme et finit par lui deman-
der un petit morceau de ce qu'il a dans la main. Irrité de n'obtenir
aucune réponse, il le menace, lui donne un soufflet et reste englué.

Se croyant retenu par un bonhomme vivant, il le menace encore,
lui donne un second soufflet : le voilà pris des deux pattes. Menace
nouvelle, coups de pieds ; les quatre pattes sont prises à leur tour ;
sa colère est telle qu'il donne à son adversaire un coup de ventre
qui le rend définitivement prisonnier (1). Le jardinier survient et
court chercher le roi pour le faire assister à l'exécution du lapin
qu'il attache d'abord solidement avec de bonnes ficelles. Compère
Lapin pleure, compère Éléphant passe et lui demande ce qu'il a.

— C'est que le roi, dit compère Lapin, m'a condamné à manger
un bœuf tout entier.

Compère Éléphant se dit que le bœuf lui serait peut-être d'une
digestion plus facile qu'à un chétif petit Lapin. L'idée de ce mets
inconnu le séduit peu à peu. Il en est arrivé à envier le sort du mal-
heureux et lui propose tout bonnement de se mettre à sa place.
Compère Lapin, délivré de ses liens, garrotte à son tour l'imbécile
glouton. Le roi cependant accourt à l'appel du jardinier, et, sans
s'étonner de la substitution, ordonne qu'on passe à l'éléphant un fer
rouge au travers du corps. La chose faite, on débarrasse l'éléphant
de ses liens, et, tandis que la pauvre bête se sauve en hurlant, avec
sa broche, l'ingrat lapin lui lance, du haut d'un arbre qu'il a choisi
pour observatoire, force quolibets. »

Antilles, Th. BENTZON. Yette (roman) 1880.

(1) cf. Mélusine, colonne 497.
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 #142 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 21 Jan 2005 08:03

An istwa ki yo pibliyé an lanné 1895. I red, pa pé fè moun plézi an siek-tan apré. Mé bon... Sa sé osi istwa nou an.


Louis Garaud, Trois ans à la Martinique, Études de mœurs – Paysages et croquis – Profils et portraits, Paris, Alcide Picard et Kaan Éditeurs, Deuxième édition revue et augmentée, 1895.

Louis Garaud
Vice-Recteur de la Martinique.



Plaisant conte

Où l'on voit un nègre, un mulâtre et un blanc se rendant au ciel.
— Comment se calma la mauvaise humeur de saint-Pierre. —
Patience et bonté de Dieu envers le blanc. — Familia-
rité du mulâtre à l'égard des hôtes du paradis. — Pourquoi
Dieu éclata de rire et cède aux prières du mulâtre. — Timidité
du nègre et colère de Dieu. — Le bienheureux Labre dans le
paradis. — Le bon Dieu fait au nègre un don inattendu. —
Morale de cette histoire.

A la Martinique, d'après la légende, les blancs,
les mulâtres et les nègres ont un caractère différent,
opposé presque. On prétend que l'esprit d'initi-
tive, la pondération, l'économie sont le lot du blanc,
et que la fierté, l'outrecuidance et la prodigalité sont
celui du mulâtre. Le nègre, dit-on, est paresseux,
timide, humble même, se souvenant, si on lui tient
tête, ou si on le menace, qu'il était esclave hier en-
core. Et en effet, on le traite avec rudesse, parfois
avec mépris ; on lui jette à la face, comme suprême
injure, qu'il est un nègre et rien de plus.

Cette différence entre les races qui habitent La
Martinique est plaisante plutôt que vraie. Selon moi,
il y aurait plus d'une restriction à formuler. Mais ces
réserves une fois faites, je cède à l'attrait de vous
répéter la légende qu'en langage créole nous a
dite hier, avec un ton de malicieuse bonhomie, un
mulâtre dont le cœur est aussi large que l'esprit.
Voici cette légende, dont la traduction affaiblira
certainement la vivante originalité.

Par un soleil brûlant qui avait desséché l'herbe
de la grande savane, vers l'heure de midi, trois pau-
vres diables, un blanc, un mulâtre et un nègre, les
dents longues, les bras ballants et l'air déconfit,
étaient assis sur le même banc, tournant le dos à la
mer, et regardaient tristement devant eux. Ils
n'avaient ni sou ni maille et n'auraient pu, en se
cotisant, réunir de quoi acheter un acras de morue
ou une chopine de tafia. Le blanc songeait, le mu-
lâtre maugréait, le nègre ne parlait ni ne pensait.

— « Notre ventre est creux, dit le blanc en se
levant tout à coup, notre gosier est sec, notre
poche est vide. Les temps sont durs et les gens
avares ; la terre n'est pour nous qu'une marâtre sans
cœur : la saison des mangots est encore loin ; il ne
nous reste, pour unique ressource, que d'aller au
ciel frapper à la porte du bon Dieu. »

Le mulâtre était déjà debout :
— « Partons, dit-il, je passe devant. »

Mais comme il ne connaissait pas le chemin, il
fut obligé, non sans regret, de céder le pas au blanc.
Celui-ci s'orienta et pris par le sentier raide qui
monte à la chapelle du Calvaire et se perd ensuite
dans les nuages. Le mulâtre releva ses cheveux,
brossa son paletot d'un revers de main, mit son cha-
peau sur son oreille et le suivit. Le nègre silencieux
emboîta le pas derrière ses deux camarades, mais
d'un peu loin. La pauvreté de ses vêtements, ca-
chant mal sa nudité, le préoccupait. Il se démenait
avec inquiétude si le bon Dieu des blancs voudrait
recevoir un nègre si mal accoutré, baragouinant le
français, ayant les pieds nus, crevassés et poudreux.

Ils suivaient un chemin étroit, caillouteux et
brûlé, couvert de ronces, selon l'expression des
Saintes Écritures. Ils allaient l'un derrière l'autre, à
la file, le blanc combinant son plan, le mulâtre par-
lant à une haute voix, mimant avec de grands gestes le
discours qu'il adresserait à Dieu, le nègre se grattant
la tête par un geste familier à ceux de sa race, pour
tâcher d'en faire sortir quelques idées.

Ils arrivent enfin au ciel. La porte était fermée.
Le blanc s'avance et frappe. Saint-Pierre, de fort
méchante humeur, ouvre brusquement :

— « Que viens-tu faire ici, dit-il ? Ne sais-tu pas
que le ciel est interdit aux vivants ?

— Grand saint, répondit le blanc sans se décon-
certer, je m'appelle Pierre Bontricot. Vous êtes mon
patron. Vous ne me laisserez pas traîner ma vie
dans la misère noire. Permettez-moi de voir le bon
Dieu et je ferai brûler un cierge de six livres en
votre honneur. »

Le saint se laissa gagner, d'autant plus que son
autel était un peu délaissé et que la ferveur de ses
fidèles allait en se refroidissant, même dans sa bonne
ville de Saint-Pierre :

— « Suis ce corridor, traverse la cour, prends
» la première porte à gauche. Mais ne sois pas
» long ; car le bon Dieu va se mettre à table avec
» la Sainte Famille. »

Notre homme, sans perdre de temps, s'engage
dans un couloir, arrive dans la cour et pénètre sans
frapper dans une vaste salle dont la porte était
entr'ouverte. C’était la salle à manger. Le couvert
était mis fort simplement, comme il convient chez
le bon Dieu. Quelques anges approchaient les
chaises et mettaient la dernière main à la table. Il
aperçoit un grand vieillard, à barbe blanche, à l'air
vénérable, debout près de la fenêtre, au grand jour,
et lisant un journal. Il reconnaît le bon Dieu à
l'auréole qui lui entourait le front, comme sur les
images de son paroissien. Il s'approche de lui et
respectueusement, il lui fait un émouvant tableau
de ses souffrances et de ses misères.

— « Enfin, que veux-tu ? » lui dit le bon Dieu
d'un ton paternel, en relevant ses lunettes d'or sur
son front et en croisant ses bras sur sa poitrine
après avoir déposé son journal sur l'appui de la
fenêtre.

— « Ah ! Bon Dieu, vous le savez bien, vous
qui savez tout. Accordez-moi trois mille francs, don-
nez-moi votre bénédiction et je me tirerai d'affaire. »

Le Père Éternel sourit. Il trouva la demande mo-
dérée et faite en bons termes. Il était du reste pré-
disposée à la miséricorde, car l'article qu'il venait de
lire dans les Antilles lui avait plu. Il s'approcha d'un
petit secrétaire, s'assit dans un grand fauteuil, prit
une feuille de papier avec en-tête, data du Paradis,
ce troisième jour après l’Épiphanie, écrivit quel-
ques mots d'une grosse écriture, signa d'une ma-
nière assez illisible et tendit ensuite le papier au
solliciteur.

— « Tiens, voilà un bon de trois mille francs.
Passe à la caisse et sois béni. »

Notre homme prit le bon, se retira à reculons, se
rendit à la caisse et demanda à l'archange, à travers
le guichet, de le solder en billets de banque. Après
avoir soigneusement compté et recompté les billets,
il les mit dans sa poche et enfonça son mouchoir par
dessus. Ensuite il passa devant la loge, salua poli-
ment saint Pierre et aborda le mulâtre :

— « J'ai obtenu trois mille francs, lui dit-il.
Tâche d'en avoir autant. »

Le mulâtre courut à l'entrée du ciel et frappa à
son tour :

— « Encore un ? cria saint Pierre. »

Le mulâtre se redressa comme piqué part une
vipère :
— « Saint Pierre, dit-il avec hauteur, je suis
homme de couleur, je suis né à Fort-de-France et
par conséquent, il vous est interdit de me con-
fondre avec….

Le saint l'interrompit.

— « Assez de phrases, que veux-tu ? »
— « Je veux voir le bon Dieu. Au reste, il
m'attend. »

Il dit cela avec tant d'assurance que saint Pierre
le laissa passer.

Il dit cela avec tant d'assurance que Saint Pierre
le laissa passer.

Le mulâtre, d'un air délibéré, entra dans la salle
à manger, en faisant résonner ses talons sur les
dalles. La Sainte Vierge, Jésus-Christ et Saint Joseph
étaient déjà assis à table. Dieu le Père allait prendre
sa place. Malgré son indulgence infinie, il ne peut
s'empêcher de froncer les sourcils en voyant le sans-
gêne familier de ce mortel qui faisait le tour de la
table saluant chacun des célestes convives et qui
s'avançait vers lui la main tendue :

— « Que veux-tu, lui dit le bon Dieu ? »
— « Mesdames, messieurs, commença le mu-
lâtre en scandant ses mots, et vous, bon Dieu,… »

Dieu, voyant qu'il allait entamer un discours,
coupa court à sa faconde, d'un ton qui n'admettait
pas de réplique.

— « Abrège, que te faut-il ? »
— « Vous avez donné trois mille francs à ce
béké-là ; il me faut à moi, homme de couleur, six
mille francs, car je… »

— « Deux mille écus ! s’écria Dieu. Tu veux
donc ruiner le Paradis ? Tu te contenteras d'une
somme égale à celle de ton compagnon. »

— « Est-ce possible ? répondit le mulâtre. Que
ne dirait-on pas à Fort-de-France si je n'obtenais
pas plus que le blanc ? D'ailleurs, pouvez-vous me
refuser, vous qui êtes avant tout le bon Dieu de La
Martinique ? »

En entendant ces mots Dieu se mit à rire bruyam-
ment et toute la table rit avec lui.

L’Éternel, ayant ri, se trouvait désarmé. Il lui
donna un bon de trois mille cinq cents francs. Le
mulâtre sortit triomphant non sans avoir présenté
ses devoirs à toute la société, et il se rendit à la
caisse.

— « Payez-moi en pièces d'or ! » dit-il au
caissier divin. Il reçut son argent sans compter, le
mit dans sa poche et il le faisait sonner en marchant.
Il passa d'un air délibéré devant saint Pierre, le
salua de la main, sortit et s'approcha du nègre qui
attendait patiemment, assis sur le revers du fossé
longeant le chemin.

— Ah foutt ! lui dit-il en lui frappant sur
l’épaule. Le bon Dieu est un brave homme, oui.
Allez, mon chè ; bon Gué ka baille lagent toutt moun,
ou tann ? (1) » — Et il le quitta en faisant tinter ses
pièces d'or.

Le nègre, laissé seul, se sentit plus intimidé que
jamais. Cependant, après y avoir réfléchi, le succès
de ses deux compagnons l'enhardit un peu. Il s'ap-
procha de la porte entrebâillée. Il n'osa pas frapper.
Il poussa un battant, et passa sa tête timidement.
Saint Pierre était rentré dans sa loge et il était
occupé à faire reluire les clefs de son trousseau. Le
nègre se glissa dans le vestibule, fit un pas, puis
deux, gagna l'entré du couloir, et, à tout au hasard,
le cœur battant, il pénétra dans le ciel. Ses pieds nus
ne faisaient aucun bruit. Il arriva sans encombre
dans la cour. Il entendit un bruit de fourchettes
dans la salle à manger ; il s'en approcha, s'arrêta à
deux pas du seuil, puis s'adosser contre l'un des
montants de la porte, en dehors, attendant que
quelqu'un l'aperçut.

Le bruit confus de la conversation arrivait jus-
qu’à lui. Il crut entendre le nom de Martinique pro-
noncé par l'un des convives. Cela lui donna du cou-
rage. Il se décida à entrer. Mais sur le seuil, il s'ar-
rêta étonné de son audace, regardant la table avec
ses gros yeux blancs, sa bonne figure luisante, son
rire béat qui fendait sa bouche jusqu'aux oreilles.
Comme son grand corps intercepta brusquement la
lumière qui venait de la porte, la Sainte Vierge leva
les yeux, poussa un petit cri de frayeur et fit le signe
de la croix. Tous les convives se signèrent aussi.
Pour le coup, le Père Éternel perdit patience :

— « Qui t'a permis d'entrer ici ? dit-il avec co-
lère. Que viens-tu chercher au ciel ? »

Le pauvre nègre était décontenancé. Sa mémoire
s'embrouilla. Il ne retrouva plus ni ce qu'il venait
faire ni ce qu'il fallait dire. De son geste familier
il se gratta la tête longuement, puis il répondit :

« Moin vini épi sé missié là (2). »

— « Eh bien ! qu'attends-tu, vas les rejoindre, »
lui dit le bon Dieu. Puis, faisant réflexion, il s'a-
dressa à un ange : « Allez chercher saint Labre. »

Quelques instants après, le bienheureux Joseph
Labre se présenta, aussi pouilleux et aussi loque-
teux que sur terre. Dieu lui dit :

— « Donne à ce nègre deux boîtes de ta collec-
tion. Je veux qu'il emporte aussi quelque chose. »

Le nègre reçut des mains de Labre deux petites
boîtes, et après avoir balbutié je ne sais quels remer-
ciements, il s'esquiva, passa rapidement devant la
loge avec la crainte de recevoir quelques rebuffades
et gagna la porte.

Quand il se crut hors de danger, il ouvrit avide-
ment les deux boîtes ; l'une était pleine de bêtes
rouges et l'autre de chiques.

Ces bêtes se répandirent sur lui, et il y en eut
assez pour peupler toute La Martinique.

Le blanc, béni de Dieu, a acheté une habitation.
Ses cannes poussent à merveille. Le mulâtre a
donné son argent à tout venant, à pleines mains.
faisant des heureux. Il est aussi pauvre et aussi fier
qu'autrefois. Le nègre est toujours enclin à l'inaction.
Il passerait sa vie entière étendu au soleil s'il n’était
éveillé de temps à autre par les bêtes rouges et les
chiques.


(1) Allez, mon cher, le bon Dieu donne de l'argent à tout le monde,
vous entendez ?
(2) Je suis venu avec ces messieurs.




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 #143 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 22 Jan 2005 07:12

Félix Longin (1), Voyage à la Guadeloupe, Le Mans, Monnoyer, 1848.

( …) Voici quelques fables que j'ai mises comme j'ai
pu en patois créole.

L'enfant et le serpent.

Ti moune té ka joué, outi gnon pié rose. Li
voir là sépent. Oh ! comme bête-là belle, dit li
moune-là qui té ka sauté contentement. Bête-là ka
dromi dans fleur-là ! mai li ka baillé ! li tini faim
don ! Faut mon bâ li vite pain à moin, épui confi-
tures à moin. Ti moune-là ka palé conne ça pâ ce
li pâ save çà çà iés gnon sépent. Li té ka couri
vitement pou li bâ li mangé. Quante sépent-là te
voir main à ti moune-là, vite li té quimbé li et
déchiré li épui dents à li qui tini v'lin.

Quante vou ka rende sévice à moune, c'est yo
qui ka faite vou mal après.

La cigale et la fourmi.

Cigale té chanté toute l'été, li trouvé li pauve
quante vent-là té vini. Pâ gnon ti mocho pain,
mouche épui vémicho. Li ka lé crié misère dans
case fourmi qui voisine. Li dit li : vou va prêté
quéque grains pour mon vive, jusqu'à bon temps
vini, mon sra rende vou avant récolte ; bon Dieu
puni moin si mon pâ bâ vou tout et zintérêt-là.
Fourmi pâ ka aimé prêter. C'est là plis péti faute
à li. Ça vou té ka faite quante temps té chaud, li
dit à emprunteuse-là ? mon té ka chanté pendant
nuite épui jour, ça pas ka faite vous peine. Vou té
ka chanté ! mon content. Eh ben ! mon dit vou,
dansé.

Le corbeau et le renard

Corbeau té monté su gnon zarbe ; li té ka quimbé
gnon fromage dans bec li. Rinarde-là que sentir-
là faite vini, li dit conne ça : hé, bon jour, mouché
du corbeau, que vou joli, que vous semblé moin
belle ! serment, si chanté à vou ka semblé plume
à vou, vou pli belle zozio dans bois-la. A mots-là
corbeau pâ ka senti li joie, et pou faite voir biau
voix à li, ka ouvré gnon grand bec et laissé tombé
proie à li. Rinarde quimbé li et dit li : vou qué
save, biau mouché que tout flatter ka vive à
dépends de cila ka couté li.

Leçon la vô ben gnon fromage, mon pâ trompé
vou. Corbeau tout sotte, jira gnon peu tard que
yo pâ ka lé trapé li enco.



(1) (...) Feu M. Longin, né à Caen en 1787,
bachelier ès lettres et professeur distingué,
s'embarqua au Havre, pour la Guadeloupe,
le 5 octobre 1816, alors que la France tres-
saillait encore des agitations amenées par la
chute de l''Empire.

Il y séjourna six ans.

Doué d'un esprit sérieux et délié, d'une
instruction forte et variée, il s'enquit
avec minutie des mœurs, des usages, de
l'histoire et des diverses industries et pro-
ductions du pays.

Là, tout était nouveau pour lui. Transplanté
brusquement du sol français, sol
libre où chacun est égal et vit paisiblement
sous l’égide de lois justes et applicables à
tous, M. Longin dut, sur cette terre d'escla-
vage et de durs labeurs que l'on nomme
Guadeloupe, éprouver d’étranges sensa-
tions, faire de pénibles comparaisons.

(…)
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 #144 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 25 Jan 2005 19:01

Paul Baudot, Oeuvres créoles, Traduction et
préface de M. Maurice Martin, 2e édition,
Basse-Terre, 1935, 230 p.

Fables

Les animaux nobles

Longtemps, dans temps jadis, quand toutes zanimaux
Té tini la parole, yo té fiès et fiscaux,
Assoliment tant con des mounes moin connaîte
Qui té vlé changé peau pou yo pas té paraître
Au clai ça yo té yé. Té tini à gogo
Qui té ka combiné pou papa, maman yo
Et bizaiël à yo té sòti dans grand race,
Pou té paraite nobe et monté dans grand place
Tant con bien dés béquets. Alos et pou los don,
Lapin, Macaque et Pan, Bouriquett et Dindon,
Mouton et Léopad té metté dans gazettes,
Yo té nobes, tout sels, dans mitan toutes bêtes.
Macaque té nommé-li : « Gros mouché li Baron » ;
Bouriquett signé : « Li Comte Aliboron » ;
Dindon coupé nom-li, gonflé con gnon gros coffe ;
Ente d et i là, li fou gnon l'apostrophe ;
Mouton nié papa li ; à Paris, li fouquant
Dans gnon bireau outi, pou gnon pougni l'agent,
Yo ka changé nom ou : moyen malpropre, ignobe
Li rotirier ka pouan pou li divini nobe.
Alos yo nommé-li : « Vicomte Moutonné. »
Pa blazon cètifié, soué disant li té né
D'un maman dont auquel qui té sòti dans fesse
A mouché Jipitè, hiche à gnon grand déesse,
Léopad pouan aussi : li dit li pa bâtad ;
Li chicaillé nom li et signé : « Le Opad »,
En soutinant fièment, firié, en côlè,
Cé con ça nom à li écrit dans ditionnè.
Sitôt chien tendé ça, li commencé japé ;
Li dit li nobe aussi, tite à li pas râpé ;
En donnant nom à li, avè gnon grand l'adresse
Li metté gnon gros « de », signe de la noblesse :
« De Chien ! » ça té joli ! ! ! Apoué ? et pouquoé pas ?
Est-ce que chaque jou, dans gnon semblabe cas,
Moune pas ka tombé tout aussi bien qui bète ?
Différence ? n'a point : Taupin vaut bien Maurette,
Quant à Gouti, li dit : « Moin, moin bien plis qui yo ;
« Noblesse à moin ka pouan dépi dans temps Colo.
« Pas tini dé con moin pou batte la conette,
« Et qui, apoué nom-li, tini li doit di mette
« Li nom à pays-là auti li habitant. »
Aussi li ka signé : « Gouti de Baillargent ».
Lambi, li fè autant ; li nobe pa patente.
Li dit et li signé : « Jean Lambi de Bouillante. »
Lapin, çu ti vanta, et Pan, idem dito,
Yo té metté gnon Li en douvant nom à yo :
« Li Lapin » et « Li Pan » ! ! ! ça té vouément caucasse,
Mé ça pas té nouveau ; yo té suive la trace
Là ou est-ce bien dés gens té passé douvant yo.
Fo avoué, més amis, yo toutes bien nigo ;
L'ambition fè yo tombé dans la folie.
Yo magnè pas savé la noblesse jolie
En ni quand cé la glouère et lés bels sentiments
Qui ka pôté nom ou dans dés grands vantements.
Talents sels ka datés pou monté dans grand place,
Et pas bisoin pon ça ou sôti dans grande race.
Napoléron pouimié, gnon pitit zofficié,
Avè cabèche à li, montré ça li té yé.
Mi, ente mounes et bêtes, auti la différence ?
Yo toutes cé ouan ouan, ici tant con la Fouance.
Dépi nous nés natifs, la vanité, l'ogueil,
Hélas ! ka touffé-nous jisque dans fond cècueil ;
Hélas ka fè nous oublié, con gnon rève
Que papa, maman-nous, cété Adam et Eve,
Désanoblis en plin d'in tigmate étènel
Qui coincé-yo dans li péché originel.
Apoué tout ça, faudra, nous à beau dit et fè,
Qui nous soué noblé ou non, nous tout allé en tè.

____________________________________________

Longtemps, au temps jadis, quand tous les animaux
Avaient la parole, ils étaient fiers et orgueilleux.
Absolument comme bien des gens que je connais
Qui voulaient changer de peau pour ne pas paraître
Au clair ce qu'ils étaient. Il y en avait beaucoup
Qui combinaient pour que leur papa, leur maman.
Leur bisaïeul sortissent de grand race,
Pour paraître noble et monter en grandes places
Comme bien des blancs. Alors et pour lors donc,
Lapin, Macaque et Paon, Bourriquet et Dindon,
Mouton et Léopard, avaient mis dans les gazettes
Qu'ils étaient seuls nobles, parmi toutes les bêtes.
Macaque s’était dénommé : « Gros Monsieur le Baron » ;
Bourriquet signa : Le Conte Aliboron »
Dindon scinda son nom, gonfla comme un gros coffre ;
Entre d et i, mit une apostrophe ;
Mouton renia son père ; à Paris, il foutut le camp
Dans un grand bureau où, pour beaucoup d'argent,
On change votre nom : moyen malpropre, ignoble
Que prend le roturier pour devenir noble.
Alors on le nomma : « Vicomte Moutonné. »
Par blason certifié, soit disant qu'il était né
D'une maman sortie des fesses
De Monsieur Jupiter, fils d'une grande déesse,
Léopard cria aussi : il dit qu'il n’était pas bâtard,
coupa son nom et signa : « Le Opard »,
En soutenant fièrement, furieux, en colère.
Que son nom était ainsi écrit dans le dictionnaire.
Dès que chien l'entendit, il commença à japper,
Il se dit noble aussi et son titre intact
En donnant son nom, avec une grande adresse
Il mit un gros « de », signe de la noblesse :
« De Chien ! » c’était beau ! ! ! Après ? pourquoi pas ?
Est-ce que chaque jour, dans un cas semblable,
Les gens ne tombent pas aussi bien que les bêtes ?
Différence ? Il n'y en a point : Taupin vaut bien Maurette.
Quant à l'Agouti, il dit : « Moi, je suis bien plus qu'eux ;
« Ma noblesse remonte au temps de Colo.
« Il n'y en a pas deux comme moi pour batire la cornette,
« Et qui, après son nom, ait le droit de mettre
« Le nom du pays qu'il habite. »
Aussi, il signe : « Agouti de Baillargent. »
Lambi en fit autant, le noble par patente,
Il dit et signa : « Jean Lambi de Bouillante. »
Lapin, ce petit vantard, et Paon, de même,
Avaient mis un « Le » devant leur nom :
« Le Lapin » et « Le Paon » ! ! ! c’était vraiment cocasse,
Mais ce n’était pas nouveau ; ils avaient suivi la trace
Où bien des gens avaient passé avant eux.
Il faut avouer, mes amis, qu'ils sont tous bien nigauds ;
L'ambition les a rendus fous.
Ils ne savent donc pas que la noblesse est jolie
Que lorsque c'est la gloire et les beaux sentiments
Qui portent votre nom aux grand honneurs.
Les talents seuls comptent pour entrer en grande place,
Et il n'est pas besoin, pour cela , de sortir de grande race,
Napoléon premier, un petit officier,
Avec sa tête, montra ce qu'il était.
Tenez, entre les gens et les bêtes, où est la différence ?
Tous sont les mêmes, ici comme en France.
Depuis notre naissance, la vanité, l'orgueil.
Hélas ! nous étouffent jusqu'au fond du cercueil ;
Hélas ! nous font oublier comme un rêve,
Que nos père et mère étaient Adam et Eve,
Désanoblis en plein par un stigmate éternel
Qui les jetta dans le péché originel.
Après tout cela, il faudra, nous aurons beau dire et faire,
Que nous soyons nobles ou non, aller tous en terre.
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 #145 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 26 Jan 2005 17:45

Un petit conte pour finir l'après midi. Pas spectaculaire mais une fois encore Lapin se montre toujours aussi roué.

Elsie Clews Parsons, Memoirs of the American Folklore Society,1936,
Folk-Lore of the Antilles. French and English, Tome 26, Part II.

Guadeloupe:

Informant : Diodore Collot of Grand Anse, Trois Rivières. Shopkeeper, aged 50.

Lapin té allé mandé bon Dieu l'espwit.

Variant 2.

Té tini Lapin, li allé 'mandé bon dieu l'espwit. Bon Dieu dit,
« Pou' moin ba ou l'espwit i faut vous porté caca à Zamba ba moin. »
I dit bon Dieu oui, et li partit. Mais li dit, « Comment qué fait avwé
caca à Zamba ? Ça difficile. » Li tiré plan à li. Huit jours apwès i
monté oti bon Dieu. Li porté caca à li même et li vini, li dit bon
Dieu, « Mi caca à Zamba ! » Bon Dieu dit, « Lapin ! Ça caca à
Zamba ? » I dit, « Oui, bon Dieu.» Bon Dieu réponni, « Si c'est
caca à Zamba, et ben Zamba qué voit ça moin qué fai i. » Lapin
dit, « bon Dieu, hun ! Deux hommes goumé, deux hommes forcé,
deux hommes caca. Alors moin baissé à tè, moin ramassé yune
(un caca), moin pas save si c'est caca Zamba moin poin. » Alors
bon Dieu dit, « Vous déja assé wé (savant). C'est ladans garenne
yo qué métté vous et c'est avé’ un calotte derrié' la tête yo qué
tué ou. »
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 #146 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 28 Jan 2005 20:01

Paul Baudot, Oeuvres créole,
Imprimerie du Gouvernement, Basse Terre, 2nd édition, 1935.

Tesk ékri apré 1850.

LES DEUX CAFIÉS

Gnon jou, dé pieds café contré dans grand chimin.
Malgré yo té parents, yo pas ba yo la main.
Gnone, tout jòne et sec, té né la Matinique ;
Sans feuille et rabougri, li té malade, étique.
Dans toute branche à li, gnon sèpent plein vinin
Té ka tôtillé-li dans dés virés san fin.
L'aute pied café-a té né la Guadiloupe ;
D'in joli zabouisseau li té tini la coupe !
Vè tant con gnon lèza, et di grains bien chagé,
Li té ka dit : « Guetté ! di ciel moin poutégè. »
Rouge con flamboyant, li té tini tète haute,
A fôce li té fiè pòté gnon bell récòte.

« Ah ! Ah ! vouément ! li dit : à l'aute cafié-là,
« Cé toué qui tout patout ka vanté toué con ça
« To ka founi café, toué tout sel, dans la Fouance,
« Quand to kallé, kallé toujou en décadence !
« Toutt vèmine et sèpents, et la rouille et pichons
« Vini zingoinné toué jisqu'au fin fond souchons !
« Ah ! to bien effronté prouclamé dans gazette
« Cé toué sel bon café qui ka batte cônette.
« Moin quimbé to jòdi ; voyons qui bon réponse
« To ké vini ba moin ? sacré pitite à ronce ! ! !
« Tandis to n'en pé plis, to toujou à l'empouint
« To ka senti la mò ; dimain to ké défint. »

L'aute cafié-là pouan : « Pas fâché toué con ça.
« Pou tout di vérité, à ça to ka dit là,
« Moin ké réponne toué : gnon bon la rinommée
« Vau bien mié cent fois que ceintu galonnée.
« Dans moune, cé con ça : chaquin ka fè gnon plan,
« Con zoua et con cana qui ka pouan plime à pan. »

Gnon conte en bon fouancé, cé gnon crac agréyabe.
Cilà moin ka conté positif, véritabe.
Moin ka cétifié-li pou sù et bien cètain,
Et pou mié pouvé-li, tini gnon bon témoin.

Gnon jou, mouché Roulin, toute moune connaîte,
A Paris té allé, pou fè gnon zemplette,
Et promné côp à li. Pou ça, li té pôté
Café de la Guadiloupe où li té ka rété.
Gnon machand parisien, flamban con zalimette,
Qui té ka vanté-li toute bitain connaîte,
Vini pou achité café, là ka Roulin.
Cila-là pouésenté, avè gnon l'ai malin.
Belle denrée à li. Au mot di Guadiloupe
Qui sôti bouche à li, machand-là, con gnon soupe,
Gonflé et fè gnon saut, en disant : « Ça pas bon !
« Cé mauvé qualité ; ça nouè tant con chabon !
« Café moin ka mandé, cé café Matinique. »

Mouché Roulin qui roué, qui pas ditout bourrique,
Réponne à machand-là li tini gnon gros lot
Bon café Matinique, au Rhave, dans dépôt.
Dé ou tois jous apoué, au pied li pouan la cousse
Pou li allé montré, dans gnon fiscale bousse,
Di même qualité gnon ti l'échantillon.
Aussitôt, machand-là, avè gnon fin lognon,
Apoué gnon vérifié, hélé : « Vouélà l'affè !
« Ah ! palé-moin di ça ! cé cilà ju pouéfè
Que tous lé zautes cafés. » Li dit ça, çu soto,
Sans douté-li gnon bouin cété idem dito.
En Fouance et dans Paris, tout patout dans boutique,
Yo ka fè passé pou café Matinique
(Qui pas dans moune encô) café Guadiloupien
Qui sel ka validé et qui tout patout plein.

______________________________________________________

Un jour, deux pieds de café se rencontrèrent sur le grand chemin.
Bien qu'ils furent parents, ils ne se donnèrent pas la main,
L'un, tout jaune et sec, était né à la Martinique ;
Sans feuilles et rabougri, il était malade, étique.
Dans toutes ses branches, un serpent plein de venin
S'entortillait dans les anneaux sans fin.
L'autre pied de café était né à la Guadeloupe ;
D'un bel arbrisseau, il avait la coupe !
Vert autant qu'un lézard et chargé de grains
Il disait : « Vois, du ciel je suis protégé. »
Rouge comme un flamboyant, il tenait la tête haute,
Tant il était fier de porter une belle récolte.

« Ah ! Ah ! vraiment, dit-il à l'autre cafier,
« C'est toi qui, partout, te vante ainsi
« De fournir du café, à toi seul, à toute la France,
« Quand tu t'en vas, t'en vas toujours en décadence !
« Toutes vermines et serpents, et la rouille et les pucerons
« Viennent te sucer jusqu'au fin fond de tes souches !
« Ah ! tu es bien effronté de proclamer dans la gazette
« Que tu es le seul bon café par dessus tous.
« Je te tiens aujourd'hui ; voyons quelle bonne réponse
« Tu me donneras ? sacrée petite ronce ! ! !
« Tandis que tu n'en peut plus, tu es toujours emprunté,
« Tu sens la mort ; demain tu seras défunt. »

L'autre cafier objecta : « Ne te fâches pas ainsi.
« Pour dire la vérité, à ce que tu dis,
« Je te répondrai : une bonne renommée
« Vaut mieux, cent fois, que ceinture galonnée.
« Dans le monde, c'est ainsi : chacun fait un plan,
« Comme l'oie et le canard qui prennent la plume du paon. »

Un conte, en bon français, est un mensonge agréable
Celui que je viens de conter est positif, véritable.
Je le certifie comme sûr et bien certain,
Et pour mieux le prouver, je cite un bon témoignage.
Un jour, M. Rollin, que tout le monde connaît,
Etait allé à Paris pour faire des emplettes,
Et se promener. Pour cela, il avait apporté
Du café de la Guadeloupe où il demeurait.
Un marchand parisien, flambant comme une allumette,
Qui se vantait de tout connaître,
Vint pour acheter du café chez M. Rollin.
Celui-ci présenta, avec un air malin,
Sa belle denrée. Au mot de Guadeloupe
Qui sortit de sa bouche, le marchand, comme une soupe
Gonfla et fit un saut, en disant : « Ce n'est pas bon !
« C'est de mauvaise qualité ; c'est noir comme du charbon !
Le café que je demande, c'est le café Martinique. »

M. Rollin qui est roué, qui n'est pas du tout une bourrique,
Répondit au marchand qu'il avait un gros lot
De bon café Martinique, au Havre, en dépôt.
Deux ou trois jours après, il s'en alla vite,
Pour aller montrer, dans une bourse bien pleine,
Un petit échantillon de même qualité.
Aussitôt, le marchand, avec un fin lorgnon,
Après vérification, cria : « Voilà l'affaire !
« Ah ! parlez-moi de cela ! c'est celui que je préfère
« A tous les autres cafés. » Il le dit, ce sot,
Sans se douter un brin que c’était le même café.
En France et à Paris, partout dans les boutiques,
On fait passer pour café Martinique
(Qui n'a pas encore vu le jour) le café Guadeloupéen
Qui seul est bon et qui se trouve partout.
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Koutcha
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 #147 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 01 Fév 2005 18:10

Paul Baudot, Oeuvres créoles, Traduction et
préface de M. Maurice Martin, 2e édition,
Basse-Terre, 1935, 230 p.

Les deux rats boulangers

Gnon jou dé mauvais ratts, insolents et goumants,
Té ka drivé chimin tout con dé viés manants.
Dans case, pou rentré, gnome té ka dit l'autre :
« Nous pas pouessés, mon fi. Guetté, douvant la pôte,
« Chien, chatt et pis bâton qui ka ménacé nous.
« La mô pa bon, mon chè ; simié rété dans tous.
« A souè, à l'angélis, nous ké gagné l'église ;
« Là, nous ké pé touvé gnon pitit fouiandise.
« Dévôtes aimé bonbons ; yo toujou plin bitins
« Dans sac, dans poche à yo. » Alos, nos dé malins,
Dans grand case à bon Dié, dibouidi, dibouidipe,
En cachette, couri taché fè gnon dipe.
Vini vouè-yo grigné ! Babine à yo troussé ;
Yo ka senti, yo ka quioulé, yo ka vancé ;
Tantôt cé en avant, tantôt cé en ayè.
Enfin, yo apèci gnon vié femme, en pouiè,
Qui té mette à ginoux ; cô-li té tout blotti.
Dans guèle à pôche à li , gnon bitin ka sôti ;
Cété.. qui ça ça yé ? Gnon conète rempli
Farine à boulanger, pou fè la bouilli,
Femme-là té gagné. Cé dé rompis coquins
Ralé, tout en doucè, conète-là dans coins.
Quand yo rouvè conète, yo vouè cété farine.
Yo dit « Mé coument donc mangé bitin si fine ? »
Plis gros ratt-la pouan : « A nous joué boulangé.
« Mé, pou çà, fo nous d'lau, et tini grand dangé
« Pou rissoti déhô chaché jis la fontaine. »
L'aute ratt-là pouan : « Ou ka pouan tropp la peine.
« Pissé, mon fi. — Hélas ! bisoin moin pa tini.
« — Qui çà ? blade à ou plein d'lau ; fôcé, ça ké vini.
« Pendant ou ké pissé lassi farine-là,
« Moin, moin kallé pétri pou fè pâte-là.
« Farine et pis pissa ka fè bon boulettes :
« A Paris, cé con ça yo ka fè galettes.
« Nou ké régalé-nous sans beaucoup di tintoin ;
« Nous ké pasé-nous d'lau : nous pas tini bisoin. »
Yo fè sitôt yo dit, à fôce goumandise ;
Yo vidé bitin-là lassi gnon banc l'église,
Yo té chaché pou ça, avè gnon bien grand soin,
Gnon banc qui té fouré tout au fond, dans gnon coin.
Lassi farin-là, gnone pouan quatre patte ;
L'aute, en bas, li paré pou manivoué la pâte.
Alos, pitit-là dit : « Cé bon position ;
« Allons, pissé, mon chè. — Hélas ! rétention,
« Gros-là réponne à ça : cé gnon bien grand souffouance
« Qui ka ba moin dans flanc tant con dés ti coup d'lance ;
« Maudit maladie-là ka bien chagriné moin !
« En vérité, zami, li ciel là pou témoin :
« Zéffôs à moin méchants : moin tini mal au vente.
« — Fôcé toujou, jouctant d'lau-là pouan la courante ;
« Chongé qui bon bitin nous kallé chiqué-là !
« Fôcé encô, mon fi ; voyé gnon bon coup là ! »
Et Ratt-là tant fôcé, li voyé gnon gros pête
Qui té si fô, si fô, yo sré dit gnon tempête.
Vent-la qui té venté, con gnon vent déchaîné,
Lassi farine-là, fè li toubillonné.
Farine ka volé, cété gnon fimée,
Tout con, dans les combats, yo ka vouè à l'amée.
Ces foutis ratts, tout blancs, con dé viés loup-garous,
Ka chaché tout patout, rentré dans tous les trous.
L'espoi à yo foulcamp, farine disparaîte.

Chanson pléré, souvent, ka remplacé la fête.
Ça qui rivé-yo là, qui ça qui sré douté ?
Pou navigué, fo vouè qui vent qui ka venté ;
Pas jamé pouatiqué métié ou pas connaîte
Si, con cé dé ratt-là, ou vlé rété bête.



Un jour, deux mauvais rats, insolents et gourmands,
Dérivaient les chemins tout comme deux vieux manants.
Dans un maison, pour rentrer, l'un disait à l'autre :
« Nous ne sommes pas pressés, mon fils. Voyez, devant la porte,
« Chien, chat et puis bâton qui nous menacent.
« La mort n'est pas bonne, mon cher ; il vaut mieux rester en trou.
« Ce soir, à l'angélus, nous gagnerons l’église ;
« Là, nous pourrons trouver une petite friandise.
« Les dévotes aiment les bonbons ; elles ont toujours beau-
« coup de choses
« Dans leur sac, dans leur poche. » Alors, nos deux malins,
Dans la grande case du bon Dieu, dibouidi, dibouidipe,
En cachette, coururent pour tâcher de faire une dupe.
Venez les voir grigner ! Leurs babines ont retroussées ;
Ils sentent, ils reculent, ils avancent ;
Tantôt c'est en avant, tantôt c'est en arrière.
Enfin, ils aperçoivent une vieille femme, en prière,
Qui s’était mise à genoux : son corps était tout blotti.
A l'entrée de sa poche, quelque chose sortait ;
C’était… qu'est ce que c’était ? Un cornet rempli
De farine de boulanger, pour faire de la bouillie,
Qu'elle avait achetée. Ces deux rompus coquins
Tirèrent, tout en douceur, le cornet dans un coin.
Quand ils l'ouvrirent, ils virent que c’était de la farine.
Ils dirent : « Mais comment donc manger une chose si fine ? »
Le plus gros rat dit : « Jouons au boulanger.
« Mais, pour cela, il nous faut de l'eau, et il y a grand danger
« Pour ressortir et en chercher jusqu’à la fontaine. »
L'autre rat reprit : Vous prenez trop de peine.
« Pissez mon fils. — Hélas ! je n'en ai pas besoin.
« — Quoi ! votre vessie est pleine d'eau ; forcez, ça viendra.
« Pendant que vous pisserez sur la farine,
« Moi, je pétrirai pour faire la pâte.
« Farine et urine font de bonnes boulettes :
« A Paris, c'est ainsi que l'on fait les galettes.
« Nous nous régalerons sans beaucoup de peine ;
« Nous nous passerons d'eau : nous n'en avons pas besoin. »
Sitôt dit sitôt fait, à force de gourmandise ;
Ils versèrent la farine sur un banc de l’église,
Qu'ils avaient cherché, pour cela, avec un bien grand soin,
Un banc qui était placé au fond, dans un coin.
Sur la farine, l'un se mit à quatre pattes ;
L'autre, en-dessous, était prêt à manœuvrer la pâte.
Alors le petit dit : « C'est une bonne position ;
« Allons, pissez, mon cher. — Hélas ! rétention,
« Répondit le gros : c'est une bien grande souffrance
« Qui me donne dans le flanc comme des petits coups de lance ;
« Cette maudite maladie me chagrine bien !
« En vérité, ami, le ciel m'est témoin :
« Mes efforts sont violents ; j'ai mal au ventre.
« — Forcez toujours, jusqu’à ce que l'eau soit courante ;
Songez quelle bonne chose nous allons manger !
Forcez encore, mon fils ; envoyez un bon coup ! »
Le rat força tant, qu'il envoya un gros pet
Qui était si fort, si fort, qu'on eut dit une tempête.
Le vent qui souffla, comme un vent déchaîné,
Sur la farine, la fit tourbillonner.
La farine vola comme une fumée,
Tout comme, dans les combats, on le voit à l'armée.
Ces foutus rats, tout blancs, comme deux vieux loups-garous,
Cherchaient partout à rentrer dans des trous.
Tout espoir avait fichu le camp, la farine ayant disparu.

Chansons de pleurs, souvent, remplacent la fête.
De ce qui leur est arrivé, qui s'en serait douté ?
Pour naviguer, il faut voir d'où vient le vent ;
Ne jamais pratiquer un métier que l'on ne connaît pas
Si, comme ces rats, on ne veut pas rester bête.

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 #148 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 03 Fév 2005 17:58

Paul Baudot, Oeuvres créoles,
Traduction et préface de M. Maurice Martin,
2e édition, Basse-Terre, 1935,

Fondoc charbonnier

Gnon jou, pauve Fondoc, chabonnié patenté,
Dans ti canot à li, en ville té monté
Pou vende chabon à li. Arrivé au rivage,
Gnon moune qui té là, dans gnon méchant langage,
Dit-li bouitalement : Ou en contradition !
« Paré-ou pou plaidé : chabon à ou pas bon.
« L'an passé, cé con ça ou fè gnon même faute.
« — Cé pas moin, li dit li ; sans doute cé gnon aute.
« — Alos, cé papa-ou ? Moin pa tini papa ;
« Hélas, tini longtemps li tombé au trépa !
« — Cé donc pitite à ou ? — Moin impuisant, bouahagne. (39)
« Yo pas jamé trouvé, dans case à moin, gnon pagne.
« Moin pa tini zenfants : cé gnon consolation,
« Ka yo pé ké tombé dans la tribilation.
« La vie trop pas bon ; li plis qui misérabe.
« Vive ! Ça dégoûtant ; li néant pouéférabe.
« — Ça pa ka gadé moin ! moin ké di ou, moin fouanc,
« Ou en contradition ; chabon à ou pas blanc.
« Cé gnon malpropouité qui nouè tant con l'enque,
« Sans valè, mal éteinne, rouyé con gnon vié l'anque.
« Moin là ka veillé-ou, tenté, mouché Fondoc.
« Malgré l'espouit à ou, moin ka fou-ou au bloc ».

La jistice kallé quèfois en pouétentaine :
Cé gnon bitin qui voué. Mi gnon prève cètaine :
Pas tini bien longtemps, gnon chef bien passionné,
Té metté en pouatique et li té ôdonné
Sans prève et sans raison, pou touvé gnon coupable,
Toutt moyen pou li bon ; di toutt, li bien capabe ;
Li pas dit tout soucié fouappé gnon zinnocent.
Pouvi li fouappé fô, l'espouit à li content.

Dans moune, cé con ça dans zaffè à jistice
Souvent gnon plat pays, cé gnon grand pouécipice,
Pou gnon bon décision, fo bien gadé, bien vouè,
Pou pas pouan nouè pou blanc, pas plis qui blanc pou nouè.

Traduction

Un jour, pauvre Fondoc, charbonnier patenté,
Dans son petit canot, monta en ville
Pour vendre son charbon. Arrivé au rivage,
Quelqu'un qui s'y tenait, dans un méchant langage,
Lui dit brutalement : « Vous êtes en contravention !
« Préparez-vous à plaider : votre charbon n'est pas bon.
« L'an dernier, c'est ainsi que vous avez fait la même faute.
« — Ce n'est pas moi, lui dit-il ; sans doute c'est un autre.
« — Alors, c'est votre père ? Moi, je n'ai pas de papa ;
« Hélas, il ya logntemps qu'il est trépssé !
« — C'est donc votre enfant ? Je suis impuissant, stérile.
« On n'a jamais trouvé chez moi, un pagne.
« Je n'ai pas d'enfants : c'est une consolation,
« Car ils ne tomberont pas dans le dévergondage.
« La vie est trop mauvaise : elle est plus que misérable.
« Vivre ! c'est dégoûtant ; le néant est préférable.
« — Cela ne me regarde pas ! je vous dirai, je suis franc :
« Vous êtes en contravention : votre charbon n'est pas blanc.
« C'est une malproprété qui est noire comme de l'encre,
« Sans valeur, mal éteinte, rouillée comme une vieille ancre.
« Je vous surveillais, vous entendez, Monsieur Fondoc
« Malgré votre esprit, je vous fous au bloc. »

La justice bat quelquefois la prétentaine :
C'est une chose bien vraie. Voici une preuve certaine :
Il n'y a pas bien longtemps, un chef bien passionné
Avait mis en pratique et avait ordonné
Que, sans preuve et sans raison, pour découvrir un coupable,
Tous moyens pour lui étaient bons ; qu'il était capable de tout ;
Qu'il se souciait peu de frapper un innocent.
Pourvu qu'il frappait fort, son esprit était content.

Dans le monde, c'est ainsi pour les affaires de justice.
Souvent un plat pays est un grand pécipice.
Pour prendre une bonne décision, il faut bien regarder, bien voir,
Pour ne pas confondre noir et blanc, pas plus que blanc et noir.
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 #149 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 09 Fév 2005 09:40

(39) Bouhagne. Mot d'origine française : « Bréhaigne»
Se dit des animaux et même des femmes stériles, soit par nature, soit par ac-
cident. Les mulets sont considérés comme bouhagnes.
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 #150 Langue locale:   Sujet du message: Sa moun ékri an Kréyol antan lontan. XIII An Kont Gwadloup   Posté le: 09 Fév 2005 09:56

Paul Baudot, Oeuvres créoles,
Traduction et préface de M. Maurice Martin,
2e édition, Basse-Terre, 1935,

COMPÈ MACAQUE ET COMPÈ CODAINE (40)

MACAQUE

Mé, compè, coument non ou rangé compte à ou
Pou monté en lai-là sans ou cassé li cou ?
Ou qui té ka pouri dans fin fond ravinage,
Vouéla qui, tout à coup, ou haut tout con nouage !
Chelché et Péïnon, cé dé grands piblicains, (41)
Tombé dans zacacias, et ou dans bels chimins !
Dans tous ces bouzins-là, yo dé resté fidèles.
Espliqué-moin coument ou monté gands zéchelles.
Mé moin qui té, con ou, poumié municipau,
Moin ka maché ni-tête,et ou dans bel chapeau ;
Ou tini bels souliers, et moin, fouan démocrate,
Moin pa tini dans pied pas même un savatte !
Ou là ka carré-ou, en douvant, à côté,
Et moin, moin pas savé qui bois moin doué monté.
Ou fè gnon mauvé coup ; làdans tini quéchose
Qui pas ka senti bon ; ou pas monté sans cause.

CODAINE

L'agent, l'agent, mon fi, cé ça qui tenté moin.
Cé pou trapé l'agent moin pavini si loin.
La vèti sans li sou, cé belle couyonnade ;
D'lau clè et pis l'honnè, cé fouti limonnade !
M'en fou charivari, m'en fou coup pied dans quiou,
Pouvi moin trapé place, pouvi moin trapé sou !
Tout con laitt et citron et l'huile carapate,
Moin ka touné ; astè moin pou Louis Bonapate ;
Avant, cété Marat, Robespiè et Danton.
Jòdi moin nouè con l'enque ; dimain, blanc con coton ;
Tantôt moin vète, moin rouge ; tantôt moin blé, moin jaune.
Moin pou la Répiblique et moin pou la couronne.
Pou quimbé la fôtine, moin pé vende papa,
Moin pé vende maman, pays et cœtéra ;
Moin couyonné milate, et moin couyonné nègue,
Et moin couyonné blanc ; moin doux, moin con vinègue :
Cé sulon les zaffès. Moin con défint Garé :
Moin ka ri si fo ri ; si fo, moin ka pléré.
Qaund moin vé pas guetté, moin ka touné la tête ;
Suivant vent ka venté, moin la tant con girouette.
Pou ête con moin yé, y fo moin souè con ça.
Moin fouti, pou l'agent, mangé gnon plate caca.
Quand moin té zavocat, moin té ka fè diette.
Moucha : plis bon métié pou rempli zassiette.
Moin lévé, moin monté, moin tombé con balon,
Mé pou ça moin rampé tant con colimaçon.
Moin coincé pouésident, tant moin fè la grimace ;
Moin fende guèle à li pou li ba moin bon place.
Chelchè et Péïnon, cé dé foutis couyons.
Gnonne, dans Saint-Matin, salé tant con jambons ;
L'aute, pli sotte encô, c.h.i.é pou la Belgique
Avè gnon habit blé li caré en boutique.
Moin jige, jòdi-là ; pouan gade à ou, Macaque.
Qui souè tô ou raison, moin ka fou ou dans saque.

MACAQUE

Moin pas té jamé couè, Codaine, ou té con ça.
Ou mérité cent fois yo fou ou cabouya.
Condouite à ou trop laide ; yo ké fou ou sentence.
Ou trahi lés dé camps ; pouan gade la potence !
Yo kallé tranglé-ou, bougue de zanimal !
Yo kallé plimé-ou, ou kallé fini mal ! ! !
Et bien ! allé, maché, rivé la Basse-Tè,
Yo ké fou-ou gnon chauff, ou ké rentré dans tè.

CODAINE

Rivé moin ké rivé, yo ké fè moin bien bo.
Yo toutt plein di mousse, mé bien pé di chodo…
Mi, moune Basse-Tè, yo là pou la parade ;
Moin kalé gonflé-yo ; yo ké pété con blade.
Quand moin kalé palé, yo ké ba moin la main.
Moin kalé fè yo toutt baisé folbec à moin.
Quand moin ké dit aux blancs : « Moin rivini pou zottes »,
Cé pou li coup yo ké ba moin gragues et ribottes.
Yo méchants ? Mi guettez, moin tini dans la main
Gnon lance à dé tranchants qui faite con cœu moin.

*
**

Macaque té bien dit voué ; yo fou mouché codaine
Gnon zingoinnage au vif ; li manqué pède haleine.
Lambis, cônes et soufflettes, chaudrons là ka Lanzac,
Missié souffri tou ça ; li pas selment dit hac.
Si li sòti déhô, yo ka crié : « Aux ames ! »
Pou li allé pissé, fo li dé, tois gendames.
Li pas tini ripos ; popilace apoué li,
Assoliment tant con foufou dans quiou gligli.
Yo fou missé gnon voum : cété tant con tonnè,
Jouctant yo pouan ça pou trembliment di tè.
Yo baré-li chimin ; li trapé la vavite :
Li voyé toutt allé. Hélas ! li té ka pite.
Dépi temps là, Codaine, dans lé chimins couvouis,
Ka navigué la nouite, caché dans li mépouis.

*
**

Mi : pitit zistouè-la ka baye bon l'indice ;
Li pé opposé-ou tombé dans pouécipice ;
Codaine monté haut, mé li foucant bien bas.
Ça li gagné à ça ? A pouésent li bien gras !
Simié li té rété picoté fond campagne,
Pitôt, dans li mépoui, gimpé lassi montangne.
Grand place et grand trésô pas ka fè li bonhè
Sans la vêti, l'honè et sans la paix di kè.

TRADUCTION

Mais, compère, comment vous êtes-vous arrangé
Pour monter si haut sans vous casser le cou ?
Vous qui pourrissiez au fond des ravins,
Voilà que, tout à coup, vous êtes haut comme un nuage !
Schœlcher et Perrinon, ces deux grands républicains,
Sont tombés dans les acacias, et vous dans les beaux chemins !
Dans tous ces démêlés, les deux sont restés fidèles.
Expliquez-moi comme vous êtes montés sur les grands échelons.
Mais moi qui étais, comme vous, premier municipal,
Je marche nu-tête, et vous avez un beau chapeau ;
Vous avez de beaux souliers, et moi, franc démocrate,
Je n'ai même pas des savates aux pieds.
Vous êtes là à vous carrer, par devant, à coté,
Et moi, je ne sais dans quel arbre je dois monter.
Vous avez fait un mauvais coup ; là-dessous il y a quelque chose
Qui ne sent pas bon ; vous n'êtes pas monté sans cause.

L'argent, l'argent, mon fils, c'est ce qui m'a tenté.
C'est pour avoir de l'argent que je suis parvenu si loin.
La vertu sans le sou, c'est une belle couyonnade ;
De l'eau claire et l'honneur, c'est de la foutue limonade !
Je me fous des charivaris, je me fous des coups de pieds au cul,
Pourvu que j'aie une place, que je gagne des sous !
Tout comme lait et citron et l'huile de ricin,
Je tourne ; à cette heure, je suis pour Louis Bonaparte ;
Avant, c'étaient Marat, Robespierre et Danton.
Aujourd'hui je suis noir comme l'encre ; demain, je serai blanc
comme coton.
Tantôt je suis vert, rouge ; tantôt bleu, jaune.
Je suis pour la République et pour la couronne.
Pour saisir la Fortune, je puis vendre mon père,
Je puis vendre ma mère, le pays, etc. ;
J'ai couyonné les mulâtres, et j'ai couyonné les nègres,
Et j'ai couyonné les blancs ; je suis doux, ou sur comme le vinaigre :
C'est selon les affaires. Je suis comme défunt Garé :
Je ris s'il faut rire ; s'il le faut, je pleure.
Quand je ne veux pas voir, je tourne la tête ;
Suivant le direction du vent, je fais la girouette.
Pour être comme je suis, il faut que je sois ainsi.
Je suis capable, pour de l'argent, de manger un plat de caca.
Quand j'étais avocat, je faisais diète.
Mouchard est le meilleur métier pour remplir l'assiette ;
Je me suis élevé, j'ai monté, je suis tombé comme un ballon,
Mais, pour cela, j'ai rampé comme le colimaçon.
J'ai pressé le président, tant j'ai fait la grimace :
je lui ai fendu la gueule pour obtenir la bonne place.
Schœlcher et Perrinon sont de foutus couyons
L'un, à Saint-Martin, s'est fait saler comme un jambon ;
L'autre, plus sot encore, s'enfuit en Belgique ;
Avec un habit bleu qu'il vola dans une boutique.
Je suis juge aujourd'hui ; prenez garde à vous, Macaque.
A tort ou à raison, je vous foutrai en sac.


Je n'aurais jamais cru, Codaine, que vous fussiez ainsi,
Vous méritez cent fois qu'on vous fiche la cravate.
Votre conduite est trop vilaine, on vous condamnera.
Vous avez trahi les deux camps ; prenez garde à la potence !
On va vous étrangler, bougre d'animal !
On va vous plumer, vous finirez mal !
Eh bien ! allez, marchez, arrivez à la Basse-Terre,
On vous foutra une chauffe que vous rentrerez en terre.

Dès que j'arriverai, on m'embrassera.
Ils sont tous pleins de mousse, mais ont peu de chodeau…
Tenez, les gens de Basse-Terre, ils sont là pour la parade ;
Je vais les gonfler : ils crèveront comme un ballon.
Quand je parlerai, ils me donneront la main.
Je les ferai tous b.a.i.s.e.r mon derrière.
Quand je dirai aux blancs : « Je suis revenu pour vous »,
C'est pour le coup qu'ils m'offriront punchs et ribottes.
Sont-ils méchants ? Mais voyez, j'ai dans la main
Une lance à deux tranchants que j'ai faite comme mon cœur.


Macaque avait dit vrai, on infligea à Monsieur Codaine
Un charivari au vif ; il faillit perdre haleine.
Lambis, cernes, sifflets, chaudrons de chez Lanzerac,
Monsieur souffrit tout cela ; il ne dit pas seulement un mot.
S'il sortait, on cria : « Aux armes »
Pour aller pisser, il lui fallait deux ou trois gendarmes.
Il n'avait pas de repos ; la populace était après lui,
Absolument comme le colibri au derrière du gligli.
On lui foutit un charivari : c'était comme le tonnerre,
Au point que l'on crût à un tremblement de terre.
On lui barra le chemin ; il eut la diarrhée ;
Il lâcha tout. Hélas ! il puait.
Depuis lors, Codaine, dans les chemins couverts,
Marche la nuit, couvert par le mépris.

Tenez : cette petite histoire donne une bonne morale ;
Elle peut vous empêcher de tomber dans le précipice.
Codaine monta haut, mais il tomba bien bas.
Qu'a-t-il gagné ? Maintenant il est bien gras !
Il valait mieux pour lui rester à picorer au fond de la campagne
Plutôt que, dans le mépris, grimper sur la montagne.
Grande place et grand trésor ne font pas le bonheur
Sans la vertu, l'honneur et la paix du cœur.


(40) Compè Codaine. Compère le Dindon ou Coq D'Inde. Ce
sobriquet désignait, à l’époque, un haut magistrat qui avait été violemment
pris à partie par la population en raison des fonctions politiques qu'il
venait d'exercer.

(41) Le 5 mars 1848, le Gouvernement provisoire avait décrété la
représentation coloniale et la convocation d'une Assemblée constituante
élue au suffrage universel. Il était attribué trois représentants titulaires
et deux suppléants à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion, un
titulaire et un suppléant à la Guyane, au Sénégal et à l'Inde. Pour la
première fois, les nouveaux citoyens étaient appelés à manifester leur
préférence. Les militaires et marins inscrits sur les lites électorales
étaient admis à voter dans la commune où ils se trouvaient au moment
des élections.
Elle eurent lieu le 22 août 1948 et donnèrent les résultats suivants :
Schœlcher, 16.038 voix ; Perrinon, 16.232 ; Dain (Charles), avocat à la
Basse-Terre, 10.996. C'étaient les titulaires. Les suppléants furent : Wallon,
secrétaire de la commission d'émancipation, et Louisy Mathieu, nouvel
affranchi, tonnelier à la Pointe-à-Pitre. C'est le premier homme noir qui
entra au Parlement français. En effet, Schœlcher, élu à la fois à la Marti-
nique et à la Guadeloupe ayant opté pour la première de ces colonies,
Louisy Mathieu fut nommé titulaire.
La loi électorale du 15 mars 1849 ordonna de nouvelles élections pour
la constitution d'une assemblée législative. Elle ne prévit que deux repré-
sentants pour la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et un seul pour
chacune des colonies de la Guyane, du Sénégal et de l'Algérie. Les
suppléants étaient supprimés.
La consultation eut lieu le 24 juin. Schœlcher réunit 14.098 suffrages et
Perrinon 14.093.
Ces élections ayant été annulées par l'Assemblée législative , il fut pro-
cédé à de nouvelles le 18 janvier 1850. Schœlcher obtint 15.461 voix et
Perrinon 15.166.
Survint le coup d'état du 2 décembre qui modifia la constitution des
colonies et un décret du 2 février 1852 supprima le Suffrage universel et
la représentation coloniale.
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