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Gaëtan
Un gendarme est mort noyé, victime de la lutte contre les orpailleurs clandestins de Guyane
LE MONDE | 09.01.06 | 13h34 • Mis à jour le 09.01.06 | 13h34
CAYENNE CORRESPONDANT

u lieu-dit Saut Sabbat, dans l'ouest de la Guyane, samedi 7 janvier : deux sous-officiers de gendarmerie interceptent une pirogue chargée de fûts de carburant et de nourriture, qui remonte le fleuve Mana en direction de sites d'orpaillage clandestin. Une situation presque banale dans ce secteur, où des transporteurs illégaux s'alimentent à bas prix au Suriname voisin pour revendre, contre de l'or, leurs cargaisons sur les chantiers aurifères clandestins de Guyane.
L'adjudant Alain Claverie, commandant de la brigade de Mana, et un de ses collègues, chef du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie à Saint-Laurent, montent à bord pour ramener l'embarcation jusqu'à Mana, laissant le contrebandier à la barre. Mais à mi-chemin, selon la gendarmerie, le trafiquant fait chavirer "volontairement" la pirogue, se jette à l'eau et s'enfuit. L'adjudant Claverie est emporté par le courant.
Dimanche matin, son corps a été retrouvé, à 800 mètres en aval du lieu du chavirage, coincé sous des branches. Agé de 39 ans, père de deux enfants, il était en poste en Guyane depuis juillet 2005. Dimanche soir, le piroguier, "aperçu par des témoins", selon la gendarmerie, était toujours recherché.
Depuis quatre ans, le milieu de l'orpaillage clandestin est soumis aux opérations "Anaconda", qui visent à détruire les chantiers illégaux et à couper leurs voies de ravitaillement. En 2005, plus d'une centaine d'opérations ont entraîné des destructions d'environ 20 millions d'euros. "Il y a de fortes tensions, la lutte contre l'orpaillage illégal est dangereuse", reconnaît le colonel Bergot, commandant de la gendarmerie en Guyane.
UN SEUL PETIT HÉLICOPTÈRE
Le 28 novembre 2004, un hélicoptère de la gendarmerie a essuyé deux coups de feu alors qu'il survolait une pirogue chargée de fûts de gasoil, en route vers des sites illégaux. Une balle a traversé la portière de l'habitacle, entaillant la joue du mécanicien et terminant sa course dans le casque d'un gendarme. Deux autres fois, en 2004, des clandestins avaient fait feu à l'approche des gendarmes, à Mana et à Cacao, sans dommage pour les forces de l'ordre.
En août 2005, quatre hommes armés ont assassiné, à son domicile, Divino de Castro, un patron orpailleur d'origine brésilienne. Selon des proches du chef d'entreprise, il passait auprès de certains orpailleurs clandestins pour un informateur de la gendarmerie et avait reçu des menaces de mort. Le 19 novembre 2005, un riverain du fleuve Approuague, qui collaborait parfois avec la gendarmerie, a été retrouvé mort dans son embarcation. En décembre, un résident de la crique Gabaret, à Saint-Georges, un site de passage des embarcations de clandestins, a reçu des menaces de mort, de même que des gendarmes de la brigade.
"Il y a trois mois, nous avons appris que des orpailleurs illégaux de l'Approuague menaçaient de faire feu si les gendarmes venaient, ajoute le colonel Bergot. Quand on se rend sur ces secteurs-là, pour certaines opérations, les gendarmes s'équipent de gilets pare-balles plus lourds."
Depuis quelques mois, la stratégie des autorités a changé : moins d'opérations spectaculaires et médiatiques, souvent peu efficaces, davantage d'actions légères jouant sur l'effet de surprise. Dotée d'un seul petit hélicoptère, la gendarmerie manque de moyens aériens pour mener ces opérations. Promis en juillet 2003 par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, un hélicoptère bi-turbine de huit places est attendu... pour 2007.
Laurent Marot
Article paru dans l'édition du 10.01.06
Jodla 10/01/06 -
Les deuils de l'orpaillage
François Baroin et Léon Bertrand sont en Guyane, avec une délégation ministérielle (
voir programme) pour rendre hommage au gendarme Alain Claverie, mort en service.
Pour que les victimes de l'orpaillage ne soient pas inutiles, Nicolas Gros, le frère de Phlipppe Gros (photo) assassiné en novembre 2005, a tenté de nous faire comprendre, à partir du simple constat d'une détresse sans limite, pourquoi des hommes de bonne volonté peuvent s'engager de toutes leurs forces dans le combat contre l'orpaillage, sans même avoir reçu le mandat, les moyens, ou la formation nécessaires, dans une indifférence quasi incompréhensible.
Témoignage :
L'Approuague avait un goût d'essence