salamandre Enregistrement
Genre: Homme Inscrit le: 23 Fév 2006 Sujets: 3 Messages: 5 Localisation: 59 - Nord
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Posté le: 25 Fév 2006 11:36 Sujet du message: ma bio de Prince |
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avec un p'tit extrait ça le fait mieux quand même :
"Les shows sont dévastateurs, vraiment très impressionnants, davantage axés sur le light-show et l’habillage maintenance – le pourpre notamment règne en maître, en trombes de lumière déversées par une armada de techniciens obéissant au doigt et à l’œil aux ordres extrêmement méticuleux (maniaques) de Prince, c’est une pluie pourpre avant l’heure qui arrose la scène et la fait baigner dans un déluge onirique réellement impressionnant.
Mais le plus impressionnant reste bien sûr Prince, qui au centre de cette féerie de sons et de lumières montre qu’un performer de génie n’est jamais réellement écrasé par sa machinerie, et qu’au contraire il en ressort grandi (sans jeu de mot) s’il sait prendre à son compte la conduite du show, la possession totale de la scène et l’amour du public, cette étrangeté qui mêle la curiosité et la convoitise, l’admiration et la répulsion ensemble. Le Prince de 1982 ouvre des portes connues, mais de manière imprévue. Il s’est créé un son, a peaufiné un style et édicté une ligne de conduite, qu’il n’aura de cesse quelques années plus tard de déconstruire et de remettre en cause, point par point, inlassablement, avec une terrible et bouleversante lucidité sur soi cachant mal sa très grande – puisqu’il faut bien l’appeler comme ça – schizophrénie artistique.
Qu’il ondule des hanches en donnant de grands coups de reins dans le vide (Elvis) ou grimace en massacrant sa pédale wah-wah (Jimi) avec sa très belle botte en plastique rose, se torde par terre comme pris de convulsions (Iggy), trépigne et enchaîne les grands écarts (James) ou susurre « Do me baby » seul au piano, avec son visage bleu foncé dans le halo des projecteurs, sa toute petite moustache presque inexistante, ce petit mec hyper doué est un kaléidoscope rock : on dirait tous les mythes de l’histoire du rock’n’roll réunis en un seul.
Mais ce qu’il joue... Une dispersion de dons. Ce gars-là construit à l’intérieur du show même une musique autre que celle gravée sur disque, partant des mêmes morceaux il leur fait subir une métamorphose en direct, et même s’il en respecte fidèlement la tonalité et le tempo, ce qui lui arrive aussi, c’est à la fois pareil et complètement différent, d’un coup. Il érige une montagne sonore (sonique) de petits cubes de toutes les couleurs qui jaillissent comme des quartz taillés dans le son, en cours de route parfois il bazarde tout ça en le déstructurant bien à sa manière de faiseur volage, laisse sa guitare choir dans un coin et passe au Steinway pour ébaucher un thème, qu’il abandonnera peut-être à son tour, si l’envie lui en prend, trente secondes plus tard. Ou ces changements brutaux de tessiture, du falsetto évaporé à ce vibrato poignant qu’il utilise, en ces temps reculés, trop peu encore. Ces cubes sonores, ils pètent dans l’air moite et pourpre qui l’entoure comme la roche qu’on fait sauter d’une carrière. Ce qu’il fabrique là est presque – n’ayons pas peur des superlatifs – irréel : c’est une musique au-delà du Funk et du rock, qui allierait le swing du jazz au cognement lourd du Metal, le groove bondissant du disco mais repris à la source du Rhythm and Blues noir basique, qu’il rehausse d’un zeste de pop à la Beatles – et encore, cette comparaison est elle aussi insuffisante, puisque si de la pop blanche il prend ce psychédélisme à petites touches impressionnistes, c’est sans se laisser absorber jamais. C’est plus comme un trait de peinture incisif mais qui se contente de nimber sa musique d’un fin voile, sans la phagocyter ou la dénaturer. C’est une musique qui bouillonne et pourtant obéit à sa mesure propre, les délires et les improvisations peuvent compter sur des grilles harmoniques bien précises elles aussi, il y a un je ne sais quoi d’algébrique dans le tempo installé par le groupe de Prince tandis que celui-ci vocalise, éructe un hurlement ou fait partir en vrille sa Telecaster d’une série de triples croches énervées : je veux dire par là qu’il y a alliance parfaite de l’ordre et du désordre, ce en quoi cette musique – pour user d’une parabole facile – est une chose à côté de laquelle certaines autres font bal musette (les passages en live en couvrent de ridicule plus d’un)…" |
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