www.volcreole.com Le forum de discussion des Dom-Tom ! Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion St Pierre et Miquelon, Mayotte, Polynésie, Wallis et Futuna, ...
Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 146 Messages: 13478 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 18 Aoû 2006 18:18 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
VACARME : En quoi Akiyo n’est-il pas un simple groupe mais un « mouvement culturel » qui lie politique et musique ?
Michel Halley :Akiyo est un courant de pensée, un mouvement idéologique avant tout, une envie de faire des choses. Au moment de la création, nous avons décidé d’avoir deux axes fondamentaux : sauvegarder le carnaval, avec ses costumes, sa musique, son esprit de dérision, tout ce qui fait le carnaval universel, et travailler dans un objectif d’affirmation de l’identité guadeloupéenne - c’est donc l’aspect politique. En faisant un carnaval particulier à la Guadeloupe et ne ressemblant pas aux autres carnavals du monde.
Quelle était la position d’Akiyo par rapport au nationalisme ?
Dans le mouvement culturel Akiyo, dès sa création, il y a toujours eu des gens qui faisaient de la politique. Akiyo a pris naissance, pas en même temps, mais en parallèle à la montée des courants nationalistes, de 1975-1976 jusqu’à 1985, grande période nationaliste en Guadeloupe. Dans l’association, certains étaient des militants politiques, notamment au sein du MPGI [Mouvement populaire pour une Guadeloupe indépendante]. Mais au niveau de l’association, on a toujours dit haut et fort qu’on donnerait notre opinion sur certains sujets, mais que nous ne serions jamais le bras culturel de qui que ce soit, ni MPGI ni UPLG [Union populaire de libération de la Guadeloupe]. On va faire du carnaval un lieu d’expression, un exutoire pour la jeunesse, on va dénoncer certaines choses, les excès par exemple de l’assimilation, parler de colonisation. On va tourner tout ça en dérision, mais on ne nous trouvera pas à manifester « vive l’indépendance ». Ce n’est pas le rôle d’Akiyo. Notre rôle est d’affirmer une identité au travers d’une expression culturelle. Cela rejoint évidemment la politique, mais nous ne sommes pas et ne serons jamais une organisation politique. Si je veux faire de la politique, je le ferai dans un parti, pas avec Akiyo.
Le travail politique d’Akiyo est surtout un travail de conscience sur nos valeurs par rapport à l’histoire de la Guadeloupe et les gens qui nous ont fait : les Africains, les Indiens, les Amérindiens, les Blancs aussi. Nous ne sommes évidemment pas racistes. On voit d’ailleurs mal comment on pourrait l’être, vu qu’une majorité de Guadeloupéens a des Blancs dans sa généalogie. Cela dit, il faut savoir se placer, il faut avoir quelque chose à proposer. Je ne pense pas que la Guadeloupe doive se limiter à faire du plagiat d’Haïtiens, d’Africains ou de Français, il faut que nous proposions des choses. C’est le travail d’Akiyo : mettre dans la tête des gens qu’ils ont l’intelligence et les capacités productrices pour se placer au niveau de n’importe quelle autre nation. Le discours contre lequel on lutte, et qu’on entend souvent au niveau culturel dans les DOM-TOM, c’est qu’en tant que métis de l’histoire, on a un petit peu de chaque culture, ce qui fait de nous des individus handicapés. Je vois les choses autrement : j’ai 100 % de chacun de ceux qui m’ont composé, autant de blanc que le Blanc a de lui-même, autant de noir que le Noir, d’indien que l’Indien, de caraïbe que le Caraïbe. J’ai tout ça dans mon corps, je suis censé unir tout ça et avoir autant de capacités que chacun, ce qui fait de moi une plus-value de l’histoire plutôt qu’un individu handicapé. C’est la conception d’Akiyo : il n’y a pas de dominance raciale, on est un tout, et c’est ce tout qui nous identifie par rapport au monde. Il y a aujourd’hui le problème de la dualité entre la créolité et la négritude. Moi, je suis créoliste. La négritude, c’est choisir un camp et s’amputer de quelque chose par ce choix.
Oui, mais ne peut-on pas dire avec Aimé Césaire qu’on se réclame plus facilement créole que nègre ?
C’est un rapport un peu maso par rapport à sa propre personne. Je suis un Créole, je ne suis pas un Nègre. J’ai du nègre en moi, mais comment veux-tu que je vive comme un Africain en Guadeloupe, ou aller en Afrique et m’implanter là en tant qu’ex-habitant ? Je dois m’assumer chez moi, et surtout trouver un discours, une écriture, une danse, une manière de faire pour que les autres voient que je fais aussi quelque chose. Si je dois jouer du tambour comme l’Africain toute ma vie, à quoi je sers ? Pourquoi je suis là ? Quelle est mon utilité ? Je dois faire quelque chose de mes deux mains sur mon tambour que l’Africain ne fait pas et qu’il va apprendre de moi. J’apprends de lui, mais il doit aussi apprendre de moi. Il faut qu’on ait quelque chose d’original à proposer. On doit être capable de produire des choses à apprendre aux autres, y compris aux Africains qui ont permis (si l’on peut dire) que l’on soit là. Il doit y avoir un échange, mais on ne doit être soumis à aucune culture. Si c’est ça la créolité, je suis en plein dedans.
Vous avez commencé en même temps que Kassav’, qui s’est aussi inspiré de rythmes de gwoka avant de devenir un groupe très populaire et même international.
Cela n’a jamais été notre problème ni de concurrencer Kassav’ ni de combattre le zouk. Notre problème est d’empêcher l’expression musicale guadeloupéenne de se figer, que ce soit dans les sept rythmes du gwoka, comme le veulent les puristes du gwoka, ou dans deux rythmes (le mendé et mas a Senjan) numérisés dans une boîte à rythme, comme c’est le cas avec le zouk. Sincèrement, je ne pense pas que le meilleur de la rythmique guadeloupéenne, martiniquaise ou guyanaise ait vécu, qu’elle soit limitée à trente ou quarante ans après la période esclavagiste et que depuis il n’y ait que des choses édulcorées qui ne puissent faire référence. Nous sommes un jeune peuple, de 450 ans grosso modo, plein de composantes ethniques, et nous sommes en formation : le meilleur de nous est à venir, il n’a pas été. On est là, maintenant, et c’est maintenant que l’on doit faire des choses.
Akiyo ne défend donc pas les traditions et la « musique traditionnelle » au sens habituel...
Musique « traditionnelle », « revenir à la tradition », c’est ce que les gens racontent ! Dans les discours un peu cultureux, on dramatise toujours pour justifier une action culturelle. Le drame en Guadeloupe n’est pas dans la pratique, qui reste vivace et a repris du poil de la bête depuis quinze ans. Le problème se trouve au niveau de la mémoire : des cassettes, des photos, des disques. Beaucoup de choses ont déjà disparu.
Il faut avoir en tête que les traditions guadeloupéennes ne remontent pas plus loin que la colonisation de la Guadeloupe. Les grandes îles de la Caraïbe comme Cuba, Haïti, ou Porto Rico ont bénéficié d’apports ethniques importants de l’Afrique et ont su garder des ethnies importantes d’Amérindiens, de Caraïbes, pour conserver les traditions. Je dis bien tradition, parce que tu retrouves des traditions africaines que tu trouves en Afrique, comme à Cuba avec les Yorubas. Eux ont gardé des traditions, mais nous, en Guadeloupe, dans les petites Caraïbes, notamment françaises, nous n’avons pas eu de gros apport d’une même ethnie. Nous étions éclatés : il y avait des gens du Congo, des Yorubas (Nigéria), des gens du Bénin, toutes sortes d’Africains, et donc il a fallu trouver un langage commun. Et ce langage commun n’est pas un aboutissement : ça continue avec notre génération et ça continuera après nous. Ça passe par Akiyo, ça passe par Carno [maître-tambour du gwoka], ça passe par le zouk, par tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas fini.
Posté le: 18 Aoû 2006 19:18 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
YoungHov a écrit:
t'étais obligé de nous mettre du texte en gras pour orienter ta pensée ou bien ... ?
avec toutes les conneries qu'on lit ces temps ci sur ce forum consacré au DOM-TOM ....les caractères gras ne sont pas de trop
en tous cas c'est un post très intéressant qui nous plonge dans notre réalité , dans notre identité profonde de guadeloupéens , de martiniquais , d'antillais ...et non dans un rêve tout éveillé de "mama africa ...paradis perdu et retrouvé" _________________ Il ne suffit pas de vouloir la vérité, il faut savoir où la chercher...Et la vérité n'est pas facile à trouver parcequ'elle sait où se cacher.
Genre: Homme Inscrit le: 18 Juin 2006 Sujets: 5 Messages: 148 Localisation: 93 - Seine-St-Denis
Posté le: 18 Aoû 2006 20:13 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
belboug a écrit:
YoungHov a écrit:
t'étais obligé de nous mettre du texte en gras pour orienter ta pensée ou bien ... ?
avec toutes les conneries qu'on lit ces temps ci sur ce forum consacré au DOM-TOM ....les caractères gras ne sont pas de trop
en tous cas c'est un post très intéressant qui nous plonge dans notre réalité , dans notre identité profonde de guadeloupéens , de martiniquais , d'antillais ...et non dans un rêve tout éveillé de "mama africa ...paradis perdu et retrouvé"
le texte mérité d'être cité en gras dans son ensemble
par contre ce qu'on retiendra c'est toujours cette même idée à renforcer :
notre culture est la meilleure, nou cé cent a la tè, la tè minm tro piti pounou, et nou pa africain pièce, nou pli blan ki blan , nou cé lé pli fo, nou pi wo ki américain la minm et blablabla, chuichuichui......et nou fier de sa....tchiiiiiiiiiiiiip
aussi tu te plains du nombres de conneries dites sur le forum (tu as quand même 4475 messages au compteur ), si ou pa konten ou ni ka filtré cé inscription la sa ké pli simp baw
cé soidisan an forum lib mé libèté la bien limité kan minm, certains sujets (attention je dis bien certains heureusement peu nombreux mais récurrents) ne sont que de la propagande pour satisfaire et complaire certains dans leur semblant de kréyolité.
Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 146 Messages: 13478 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 18 Aoû 2006 20:58 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Ce sujet s'inscrit dans la vague de questions identitaires sur les antillais qu'il y a en ce moment sur volcreole, je trouve dans les propos de monsieur Halley un point de vue interessant.
Le titre du sujet est "Akiyo et l'identité Guadeloupéenne".
La partie en gras est la partie correspondant precisemment au titre du sujet. le reste -tout aussi interessant- etant plus orienté vers la musique et l'histoire du groupe. _________________ "Sachant que tu n'es pas noir, qui es-tu ?"
Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 146 Messages: 13478 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 18 Aoû 2006 21:03 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Dragonball a écrit:
Créole n'était il pas un terme qui désignait avant les blanc née et vivant aux antilles ?
Je me demande bien comment ce terme a évolué pour finalement désigner les antillais dans leur enssemble.
C'est simple: le mot créole a fini par designer la langue née sur place. Avec la langue créole est apparue la culture creole.
Etre creole aujourd'hui c'est être de culture créole. _________________ "Sachant que tu n'es pas noir, qui es-tu ?"
Posté le: 18 Aoû 2006 21:08 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Jârvis a écrit:
Ce sujet s'inscrit dans la vague de questions identitaires sur les antillais qu'il y a en ce moment sur volcreole, je trouve dans les propos de monsieur Halley un point de vue interessant.
Le titre du sujet est "Akiyo et l'identité Guadeloupéenne".
La partie en gras est la partie correspondant precisemment au titre du sujet. le reste -tout aussi interessant- etant plus orienté vers la musique et l'histoire du groupe.
Michel halley adan akiyo toujou ? ou sèten ? _________________ "La grandeur de l'humanité, c'est sa diversité" C. T. 973
Genre: Homme Inscrit le: 28 Fév 2004 Sujets: 146 Messages: 13478 Localisation: Sur la route ...
Posté le: 18 Aoû 2006 21:10 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Matadò a écrit:
Jârvis a écrit:
Ce sujet s'inscrit dans la vague de questions identitaires sur les antillais qu'il y a en ce moment sur volcreole, je trouve dans les propos de monsieur Halley un point de vue interessant.
Le titre du sujet est "Akiyo et l'identité Guadeloupéenne".
La partie en gras est la partie correspondant precisemment au titre du sujet. le reste -tout aussi interessant- etant plus orienté vers la musique et l'histoire du groupe.
Michel halley adan akiyo toujou ? ou sèten ?
An pa konnèt. tèks la sa sòti an 97, donk dépi tan la sa dwèt té ni yonn dé chanjman. mé sa pa ka chanjé ayen a pertinans a sa misié ka di. _________________ "Sachant que tu n'es pas noir, qui es-tu ?"
Genre: Homme Inscrit le: 18 Juin 2006 Sujets: 5 Messages: 148 Localisation: 93 - Seine-St-Denis
Posté le: 18 Aoû 2006 21:36 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Jârvis a écrit:
Ce sujet s'inscrit dans la vague de questions identitaires sur les antillais qu'il y a en ce moment sur volcreole, je trouve dans les propos de monsieur Halley un point de vue interessant.
Le titre du sujet est "Akiyo et l'identité Guadeloupéenne".
La partie en gras est la partie correspondant precisemment au titre du sujet. le reste -tout aussi interessant- etant plus orienté vers la musique et l'histoire du groupe.
an dako èvè propo a micié, an komprann sa ou té vlé di, sé pousa an té poséw kestion la
Posté le: 20 Aoû 2006 15:21 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
Jârvis a écrit:
(...)
Sincèrement, je ne pense pas que le meilleur de la rythmique guadeloupéenne, martiniquaise ou guyanaise ait vécu, qu’elle soit limitée à trente ou quarante ans après la période esclavagiste et que depuis il n’y ait que des choses édulcorées qui ne puissent faire référence. Nous sommes un jeune peuple, de 450 ans grosso modo, plein de composantes ethniques, et nous sommes en formation : le meilleur de nous est à venir, il n’a pas été. On est là, maintenant, et c’est maintenant que l’on doit faire des choses.
[color=red]Akiyo ne défend donc pas les traditions et la « musique traditionnelle » au sens habituel...
Musique « traditionnelle », « revenir à la tradition », c’est ce que les gens racontent ! Dans les discours un peu cultureux, on dramatise toujours pour justifier une action culturelle. Le drame en Guadeloupe n’est pas dans la pratique, qui reste vivace et a repris du poil de la bête depuis quinze ans. Le problème se trouve au niveau de la mémoire : des cassettes, des photos, des disques. Beaucoup de choses ont déjà disparu.
Il faut avoir en tête que les traditions guadeloupéennes ne remontent pas plus loin que la colonisation de la Guadeloupe. Les grandes îles de la Caraïbe comme Cuba, Haïti, ou Porto Rico ont bénéficié d’apports ethniques importants de l’Afrique et ont su garder des ethnies importantes d’Amérindiens, de Caraïbes, pour conserver les traditions. Je dis bien tradition, parce que tu retrouves des traditions africaines que tu trouves en Afrique, comme à Cuba avec les Yorubas. Eux ont gardé des traditions, mais nous, en Guadeloupe, dans les petites Caraïbes, notamment françaises, nous n’avons pas eu de gros apport d’une même ethnie. Nous étions éclatés : il y avait des gens du Congo, des Yorubas (Nigéria), des gens du Bénin, toutes sortes d’Africains, et donc il a fallu trouver un langage commun. Et ce langage commun n’est pas un aboutissement : ça continue avec notre génération et ça continuera après nous. Ça passe par Akiyo, ça passe par Carno [maître-tambour du gwoka], ça passe par le zouk, par tout ce qu’on veut, mais ce n’est pas fini.
La suite ici: http://www.vacarme.eu.org/article894.html
Volcréole, selon la volonté de Timale, même s'il ne se réduit pas qu'aux Antilles, s'inscrit parfaitement dans cet esprit de développement.
Posté le: 20 Aoû 2006 16:05 Sujet du message: AKIYO et l'identité Guadeloupéenne.
YoungHov a écrit:
fos pou lé vré é ay (...) ba lé fo
Mais qu'est ce que ça vient faire là? Peux tu m'expliquer ce qui définit les vrais?
Et qu'appelle tu semblant de créolité?
Le point de vue de Monsieur Halley est fort interessant... Et je le rejoins sur pas mal de points. Merci Jârvis! _________________ Que celui qui n'a pas traversé ne se moque pas de celui qui s'est noyé...
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum