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Posté le: 19 Oct 2003 11:37 Sujet du message: Mortelle Jussieu ou La Fac de la Mort |
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Deux morts récentes relancent la polémique sur l'amiante à Jussieu
LE MONDE | 18.10.03 | 13h28
Neuf décès en tout seraient liés au minéral.
Le volcanologue Jean-Louis Cheminée est mort, mercredi 15 octobre à l'âge de 66 ans, des suites d'un mésothéliome, cancer lié à l'amiante (lire aussi page 17). Le 20 août, un autre scientifique éminent, le biologiste Charles Thibault, était décédé, à l'âge de 84 ans, d'une asbestose, une fibrose pulmonaire également spécifique à l'amiante.
Les deux chercheurs avaient en commun d'avoir passé de longues années sur le campus de Jussieu.
Les deux familles n'ont aucun doute sur les raisons des disparitions de leurs proches. "Mon frère est mort à cause de l'amiante de Jussieu", estime Véronique Rochais-Cheminée. "Mon père était suivi régulièrement pour avoir fréquenté le campus", explique Jean-Michel Thibault. La famille Cheminée réfute l'idée que le cancer de leur proche puisse être lié à l'usage de gants ou de combinaison en amiante lors de ses expéditions sur les volcans. "Ça ne peut être que secondaire", estime sa sœur.
Charles Thibault, pionnier français de la fécondation in vitro, a été titulaire de la chaire de physiologie de la reproduction à Paris-VI, de 1967 à 1976. Il a ensuite continué à fréquenter Jussieu comme professeur jusqu'à sa retraite, en 1988. Il dispensait ses cours et avait son bureau dans les sous-sols, sous la tour 32. Jean-Louis Cheminée, précurseur dans la surveillance des volcans, a séjourné pendant deux périodes à Jussieu, entre 1968 et 1978, puis entre 1979 et nos jours. Il avait ses bureaux également en sous-sol, entre les tours 24 et 25.
Les travaux de flocage du campus n'étaient pas achevés lorsque les deux hommes sont arrivés. "Il y avait une poussière terrible à l'époque", explique Moiffak Hassan, un chercheur qui fréquentait à l'époque les mêmes locaux. En 1975, des concentrations d'amiante équivalentes à 200 fibres par litre étaient mesurées.
Les deux chercheurs ont été déclarés tardivement comme victimes de maladies professionnelles. L'asbestose de Charles Thibault a été reconnue en mars 2002, alors que l'homme souffrait de problèmes respiratoires depuis deux ans. Jean-Louis Cheminée s'est vu reconnaître d'abord des plaques pleurales, en 2000, puis un mésothéliome en 2002. "Lorsque les informations ont commencé à circuler sur la présence d'amiante à Jussieu, Jean-Louis pensait que c'étaient des foutaises, se souvient Mme Rochais-Cheminée. Et puis il a commencé à prendre la chose au sérieux, avant même sa maladie. Il nous a dit : "j'étais un imbécile de ne pas y croire"." "Dans les années 1970, nous étions conscients qu'il y a avait des problèmes d'amiante dans ces locaux", se souvient M. Hassan.
Le comité antiamiante de Jussieu s'est saisi des nouveaux cas. Ils porteraient à 9 le nombre des décès. L'association affirme que 100 cas de maladies professionnelles liées à l'amiante, surtout des plaques pleurales, ont déjà été répertoriés. "Il est très difficile de donner des statistiques fiables, estime Michel Parigot, responsable du comité. Seuls les personnels font l'objet d'un suivi scientifique. Les étudiants n'y ont pas droit." Jussieu, qui regroupe Paris-VI et Paris-VII, accueille près de 40 000 étudiants.
Le délai avant la déclaration des mésothéliomes étant en moyenne de trente-cinq ans, M. Parigot redoute une accélération des cas dans les prochaines années. Il affirme que le bilan est plus lourd encore parmi les ouvriers qui ont effectué le flocage. "J'ai rencontré un ancien de ce chantier qui avait d'énormes problèmes respiratoires, explique-t-il. Il m'a dit que tous ses copains étaient morts d'asbestose."
Entrepris en 1996, les travaux de désamiantage du site ont pris du retard. Les prévisions officielles évoquent une fin de chantier en 2009, pour un coût avoisinant 700 millions d'euros. Pointant les retards accumulés, M. Parigot estime que cet échéancier "n'est pas réaliste". Une instruction judiciaire a été ouverte en 1996 sur le cas de Jussieu. Trois juges se sont succédé mais l'affaire semble depuis piétiner.
L'interdiction de l'amiante en France date de 1996, alors que cette mesure avait été prise dès 1970 aux Etats-Unis. "Il est scandaleux qu'on n'ait rien fait avant, estime Mme Rochais-Cheminée. Mon frère aurait aimé mourir sur les pentes d'un volcan, comme ses amis Katia et Maurice Kraft. Il serait allé au bout de lui-même. Là, c'est une mort stupide." Et la mère du volcanologue, Marguerite, d'expliquer : "Nous aimerions que sa mort serve à quelque chose et puisse enfin alerter sur ce qui se passe." Selon l'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva), 3 000 personnes meurent chaque année de maladies liées à ce minéral. _________________ http://www.lesnubians.com |
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