coeurbouliki Siège service 
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Posté le: 15 Fév 2005 00:48 Sujet du message: Laïcité : le paradoxe de la Moselle |
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En Moselle, les parents cochent sur le dossier scolaire "catholique", "protestant", "israélite", "sans religion"
LE MONDE | 14.02.05 | 14h02
Metz de notre envoyé spécial
Pour rien au monde les Messins ne renonceraient à leur "statut local", ce mélange curieux de droit français d'avant 1870 et de droit allemand. L'attachement à ce particularisme plonge ses racines dans la mémoire douloureuse de "l'annexion", cette période de près de cinquante ans - entre 1870 et 1918 - durant laquelle la Moselle et l'Alsace ont été allemandes. Pendant ce temps, dans la "France de l'intérieur", ou la "vieille France", comme on dit ici, la IIIe République adoptait les grandes lois de laïcité.
A Metz, le culte catholique est encore régi par le concordat de 1801, et les autres cultes par les "articles organiques" qui le complétaient. L'évêque, le grand rabbin et le président du consistoire protestant sont nommés en conseil des ministres. Tous les mois, les ministres du culte, au statut assimilé aux fonctionnaires, reçoivent leur traitement sur une feuille de paie à en-tête du ministère de l'intérieur. Un prêtre catholique commence sa carrière à 1 000 euros et la termine à 2 000. Les protestants et les juifs chargés de famille sont un peu mieux lotis.
Certes, le folklore a disparu. Les protestants ont été les premiers à abandonner les prières pour la République. Les catholiques chantent encore, pour les grandes occasions, le "Dominus salvam fac Respublicam" (Dieu sauve la République). Seuls les juifs ont maintenu les prières pour la France. Le Vendredi Saint et le lendemain de Noël sont fériés.
"DÉGRINGOLADE DU RELIGIEUX"
Avec 750 postes rémunérés par l'Etat, l'Eglise catholique se taille la part du lion. Avec la baisse du nombre de prêtres, une grande partie d'entre eux a été transférée à des laïcs. Dans l'enseignement, la loi Falloux s'applique, complétée et aménagée. Les cours de religion sont inscrits dans l'emploi du temps, pour les quatre "cultes reconnus": catholique, réformé (calviniste), luthérien et israélite.
Ces avantages n'ont pas enrayé le mouvement général de sécularisation. Le pourcentage d'élèves participant aux cours de religion s'est effondré depuis dix ans. Chez les catholiques, il est de 60 % dans le primaire, 42 % au collège, mais tombe à 1,5 % au lycée. L'Eglise met en cause les horaires, peu pratiques, souvent entre midi et 14 heures. Les responsables religieux expliquent aussi cette désaffection par l'indifférence, plus que par l'hostilité. Et puis, les enfants préfèrent souvent passer une heure en étude que de suivre un cours facultatif. "Avant, les parents inscrivaient les enfants d'office au cours de religion, en disant : "Ca ne peut pas te faire de mal", raconte le Père Jean-Marie Stock, vicaire général, chargé de l'enseignement religieux. Maintenant, dès l'entrée en sixième, ce sont les jeunes qui décident." Le pasteur Freddy Vanweddingen est alarmiste : "Nous constatons une dégringolade hallucinante du religieux en Moselle, comme en France de l'intérieur." Tout au plus, le Père Stock pense que le régime local a permis de maintenir "un terreau chrétien", plus culturel que pratiquant.
Quelques entorses à la laïcité sont tolérées. Malgré la loi interdisant les "signes ostensibles", les kippas sont sorties des cartables pendant le cours de religion israélite. Par ailleurs, les cours d'enseignement religieux n'ont pas fait disparaître le catéchisme. Entre la France concordataire et la France "de l'intérieur", la différence est en définitive "une question de culture", selon le Père Jean-Marie Stock. "Chez nous, la religion fait partie de l'appartenance sociale. Les parents qui inscrivent leur enfant à l'école doivent cocher une case sur le dossier : "catholique", "protestant", "israélite" ou "sans religion". Cela nous paraît normal. Pour ne pas assister au cours de religion, il faut demander une dispense."
Le grand rabbin de Metz, Bruno Fiszon, se félicite de la visibilité des religions dans l'espace public. "Je suis convié à toutes les cérémonies officielles, à côté de l'évêque et du pasteur. Qu'il s'agisse de l'installation du tribunal ou de l'accueil d'un général. Le grand rabbin fait partie des personnalités de la ville. Ce n'est pas seulement honorifique. Cette présence permet des contacts suivis et des relations excellentes avec tous les corps constitués. Elle désamorce les conflits."
La reconnaissance des cultes semble avoir une action apaisante sur la vie sociale. Le rabbin Fiszon estime que les actes antisémites ont été peu nombreux en Moselle. De manière unanime, les représentants religieux ne verraient aucun inconvénient à ce que l'islam intègre le système. Les élus de la ville mettent volontiers en avant la "tolérance" de Metz. "Ce système concordataire nous donne peut-être une plus grande ouverture d'esprit", avance Jacques Schaefer, adjoint au maire.
Xavier Ternisien _________________ "Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente."
(Aimé Césaire) |
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