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Posté le: 24 Mai 2005 10:15 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
La ville du vin peine à assumer son passé de deuxième port négrier de France.
Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Par Michaël HAJDENBERG
mardi 24 mai 2005 (Liberation - 06:00)
Bordeaux correspondance
lors que le 10 mai pourrait devenir officiellement en 2006 la Journée nationale de la mémoire de l'esclavage, Bordeaux continue de se désintéresser de son histoire. Quelques associations, de rares historiens ont beau se démener, la municipalité temporise, réfléchit. Près de cent quatre-vingt-dix ans après l'interdiction de la traite des Noirs, le mémorial tant attendu n'est toujours pas construit.
Projet. Vendredi dernier, pourtant, un comité de parrainage, présidé par l'écrivain Patrick Chamoiseau, a présenté à la presse un projet de mémorial. Parmi la trentaine de personnalités du comité figurent notamment Alain Rousset, le président (PS) du conseil régional, et Noël Mamère, le maire (Verts) de Bègles. Une architecte a proposé un lieu sur les quais. Déjà, le 10 mai, Karfa Diallo, président de l'association Diverscités et principale cheville ouvrière de ce projet, avait plaidé cette cause devant le maire (UMP) de Bordeaux, Hughes Martin, en lui remettant un cahier de doléances et une pétition.
Le combat ne date pas d'hier. Les revendications apparaissent au milieu des années 90, avec la parution en 1995 du livre de l'historien Eric Saugera, Bordeaux port négrier. L'ouvrage de référence dénombre plus de 500 expéditions négrières en partance de Bordeaux entre 1729 et 1826 (date du dernier convoi pratiqué dans l'illégalité) ayant conduit à la déportation d'environ 150 000 Africains. C'est certes beaucoup moins que Nantes (environ 450 000 Africains sont passés par le port de Loire-Atlantique), mais cela suffit à faire de la capitale de la Gironde le deuxième port négrier de France.
«Pourtant, avant que je commence mon travail, en 1985, rien n'avait été fait, s'étonne Eric Saugera. Je n'ai trouvé en tout et pour tout qu'un mémoire de maîtrise sur cette question.» L'historienne Hélène Sarrazin raconte : «Quand il a écrit son livre, on s'est demandé, au musée de l'Aquitaine : mais de quoi il se mêle celui-là ? Et d'où vient-il avec ce nom ?» De Nantes, et c'est tout sauf un hasard. «Car, pour un Bordelais, écrire sur le sujet, c'était le meilleur moyen de se griller avec la haute société de la ville», explique Eric Saugera.
Nantes a assumé son passé en 1992. L'Assemblée nationale a reconnu la traite et l'esclavage comme des crimes contre l'humanité en 2001. Mais Bordeaux ne bouge toujours pas. Depuis 1995, deux livres seulement ont été écrits sur le sujet, et une thèse, par une... Australienne.
«Somnolence». Les intellectuels noirs de la ville parlent de «refoulement». Mar Fall, un sociologue venu du Sénégal il y a trente et un ans, évoque une «culpabilité enfouie». Raphaël Lucas, lui aussi universitaire, d'un «lieu d'amnésie et de somnolence». Pour couvrir ce silence, Karfa Diallo, étudiant en droit d'origine berbéro-sénégalaise, a donc créé Diverscités. Depuis neuf ans, l'association organise une marche du souvenir chaque année, avec plus ou moins de réussite. Elle a aussi demandé à la mairie de débaptiser les rues portant les noms de familles ayant participé de près ou de loin à la traite des Noirs avant de se raviser et d'exiger la pose d'une plaque explicative aux côtés des plaques d'origine, de façon à ne pas effacer le passé. L'association s'insurge par ailleurs «des mascarons avec des têtes de négroïdes sur certaines façades de la ville». Un type d'action qui ne fait pas l'unanimité, même parmi les militants de la mémoire. Eric Saugera estime ainsi que cela ne sert à rien de vouloir «stigmatiser des noms, des familles, trop souvent dans l'à-peu-près historique. Jusqu'en 1815, la traite était légale. On ne peut pas juger aujourd'hui tous ceux qui y ont participé de près ou de loin».
Rumeurs. Pour que Bordeaux apprenne à se souvenir, un mémorial paraît donc la solution la plus adaptée. D'autant que le manque de connaissances alimente les rumeurs. Une légende assure que des descendants d'esclaves habiteraient encore Bordeaux. Une autre qu'ils étaient entassés sous la place de la Bourse. Pour éviter ces approximations, le saxophoniste de jazz Jean-Jacques Quesada a monté plusieurs projets avec son association Soho Music. Il intervient notamment dans les établissements scolaires et mêle l'art, l'histoire, la sociologie ou la philosophie. Il a réussi à monter l'an dernier un débat en visioconférence entre des lycéens de Bordeaux, de la Martinique, du Gabon et de New York. Mais l'association manque de financements et «la mairie traîne un peu les pieds». Un désintérêt d'autant plus regrettable que, selon Mar Fall, «le degré de connaissance des élèves est souvent proche de zéro».
Alors pourquoi tant de réticences ? La réponse est unanime : «Question d'image.» La ville du vin ne doit pas ternir sa réputation. Contrairement à une idée reçue, parmi les rares familles de descendants, beaucoup semblent prêtes à ouvrir leurs archives, ou l'ont même déjà fait. «Mais les autorités ont peur que cela puisse braquer Bordelais et population immigrées», estime Raphaël Lucas. «Il y a des fantasmes sur les demandes d'éventuelles réparations, qui ne sont pourtant pas du tout à l'ordre du jour», pense Karfa Diallo. «Ils ne veulent pas rouvrir de vieilles plaies. C'est la même chose qu'avec Papon», ajoute Raphaël Lucas.
«Signaux forts. L'anthropologue Christine Chivallon replace le cas de Bordeaux dans un contexte national : «On fait comme si abolition et République allaient de pair, comme si la traite relevait de l'Ancien Régime. L'orientation générale du récit républicain vise donc à confirmer la vision sociale d'une égalité conquise et acquise.»
A la mairie, on estime avoir déjà donné des «signaux forts» au cours des dernières années : une salle du musée de l'Aquitaine est à présent consacrée à la question. Une rue a été baptisée du nom de Victor Schoelcher (ministre français à l'origine de l'abolition) et un square Toussaint-Louverture (révolutionnaire haïtien ayant mené à la libération des esclaves) sera bientôt inauguré. Les deux hommes ne bénéficiaient jusqu'à très récemment que de noms d'impasse. Mais, au goût des associations, cela reste encore bien peu. Hugues Martin affirme sans sourciller que «la meilleure chose à faire, c'est d'accueillir avec humanité les populations africaines». Il met aussi en avant le conseil à l'intégration des étrangers mis en place par la ville, «comme si cela avait un quelconque rapport», s'étonne Mar Fall. Il réfléchit certes à un mémorial, et dit attendre les propositions de Jacques Toubon, chargé par le gouvernement de réfléchir à la question. Pour Hugues Martin, ce mémorial sera consacré à l'histoire du port de Bordeaux, «depuis les constructions maritimes jusqu'aux bassins à flots. Et, à côté de ces heures glorieuses, il pourrait y avoir un endroit, pourquoi pas, sur les heures plus sombres». Et d'ajouter : «Nous avons la conscience tranquille et nous n'avons de leçons à recevoir de personne. Nous n'allons donc pas nous précipiter et prendre le temps d'y réfléchir.»
Genre: Femme Inscrit le: 11 Fév 2004 Sujets: 14 Messages: 8997 Localisation: quelque part de bien
Posté le: 24 Mai 2005 10:43 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Ce serait une bonne idée je trouve. _________________ Dès ma première enfance,une flèche de la douleur s'est plantée dans mon coeur. Tant qu'elle y reste je suis ironique - si on l'arrache, je meurs.
Genre: Homme Inscrit le: 20 Oct 2003 Sujets: 55 Messages: 1211 Localisation: Utopia aka Madyana
Posté le: 24 Mai 2005 12:35 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
entre juppé et son histoire foireuse de tramway et toutes les casseroles que traine bordeaux avec ses collabo.....on peut toujours attendre qu'ils clarifient la situation
c'est comme de demander a Lyon de se justifier sur la présence de revisionnistes dans son université _________________ Free your mind and your ass will follow
PROUD MEMBER OF THE ORGANICSOULCREW.com
Genre: Homme Inscrit le: 13 Jan 2005 Sujets: 16 Messages: 313 Localisation: Chez le Coiffeur
Posté le: 24 Mai 2005 19:05 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
J'ais lu ça dans "La traite des Noirs en 30 questions"
Citation:
Après les discussions et les cadeaux d’usage, leur roi, Pepel, donne son accord et la traite peut commencer
Mis à part le vin, Ils font pousser de l'herbes à Bordeaux ?? _________________ L'île appelle l'archipel et l'archipel appelle le continent. Aimé Césaire Histoire & science
Genre: Femme Inscrit le: 17 Mar 2005 Sujets: 38 Messages: 9587 Localisation: Par là
Posté le: 26 Mai 2005 16:22 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
dorlis a écrit:
entre juppé et son histoire foireuse de tramway et toutes les casseroles que traine bordeaux avec ses collabo.....on peut toujours attendre qu'ils clarifient la situation
c'est comme de demander a Lyon de se justifier sur la présence de revisionnistes dans son université
Qu'est ce que t'as contre le tram??? Il est super, en plus c'est climatisé!!! C'est vraiment qu'avec les travaux c'était horrible mais là c'est réel pour déscendre en ville!
Qu'il est beau le tram (quand il est pas en panne)!!!! _________________ Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres
Genre: Femme Inscrit le: 11 Fév 2004 Sujets: 14 Messages: 8997 Localisation: quelque part de bien
Posté le: 27 Mai 2005 07:47 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Miss_Kitty a écrit:
dorlis a écrit:
entre juppé et son histoire foireuse de tramway et toutes les casseroles que traine bordeaux avec ses collabo.....on peut toujours attendre qu'ils clarifient la situation
c'est comme de demander a Lyon de se justifier sur la présence de revisionnistes dans son université
Qu'est ce que t'as contre le tram??? Il est super, en plus c'est climatisé!!! C'est vraiment qu'avec les travaux c'était horrible mais là c'est réel pour déscendre en ville!
Qu'il est beau le tram (quand il est pas en panne)!!!!
C'est clair qu'il en jette notre tram ...quand il est pas en panne , blindé de monde et que l'on a un grand trajet a faire ... j'en ai l'eau à la bouche rien que d'y penser _________________ Dès ma première enfance,une flèche de la douleur s'est plantée dans mon coeur. Tant qu'elle y reste je suis ironique - si on l'arrache, je meurs.
Posté le: 27 Mai 2005 09:52 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Coucou à tous !!
Alors là, je ne pouvais pas passer à côté de ce post !
Il est vrai que Bordeaux est sourde lorsqu'il s'agit de reconnaître l'esclavage qui en a fait sa richesse...
Mais avez vous entendu parler d'un africain étudiant en thèse de philo qui veut créer un mémorial de l'esclavage à Bordeaux ? (désolé, je ne me rappelle plus exactement de son nom)
C'est passé sur France 3 Aquitaine il y a environ trois semaines ?
Moi je dis : soutenons son initiative !!
Mama _________________ "Tout a une fin,
sauf la banane qui en a deux !!"
Proverbe africain
Genre: Femme Inscrit le: 23 Mar 2005 Sujets: 40 Messages: 1372 Localisation: back from the MIA/91
Posté le: 31 Mai 2005 01:10 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
ils peuvent dire ce qu ils veulent les faits sont la
de meme que les tetes de "negres" sculptees sur les facades de certaines maisons bourgeoises d ancien negriers
il serait plus intelligent d assumer en creant un memorial _________________ www.picturetrail.com/twista_s_artwork/
Posté le: 31 Mai 2005 01:22 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Miss_Kitty a écrit:
dorlis a écrit:
entre juppé et son histoire foireuse de tramway et toutes les casseroles que traine bordeaux avec ses collabo.....on peut toujours attendre qu'ils clarifient la situation
c'est comme de demander a Lyon de se justifier sur la présence de revisionnistes dans son université
Qu'est ce que t'as contre le tram??? Il est super, en plus c'est climatisé!!! C'est vraiment qu'avec les travaux c'était horrible mais là c'est réel pour déscendre en ville!
Qu'il est beau le tram (quand il est pas en panne)!!!!
Genre: Homme Inscrit le: 08 Mar 2004 Sujets: 4 Messages: 542 Localisation: Au Bord de L'Eau
Posté le: 31 Mai 2005 09:01 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Ya un systeme qui doit lui permettre de sarreter des ke kelkun se jette dessous.. Mais a savoir si sa fonctionne aucune idée. _________________ Rien de grand dans le monde ne s'est accomplit sans passion
"L'Homme est un loup pour l'Homme ("Lupus est homo homini")
Genre: Femme Inscrit le: 19 Avr 2005 Sujets: 8 Messages: 252 Localisation: Under the sky
Posté le: 31 Mai 2005 20:33 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
Demander aux Bordelais d'assumer leur (sombre) participation à la traite négrière... Hum, hum.
Je suis d'accord avec tous les posts précédents: le devoir de mémoire s'impose.
Là ou je comprends la temporisation de la mairie de Bordeaux (je dis comprends dans le sens m'explique et pas justifie), c'est qu'il me semble que la France entretient un rapport de complaisance avec son histoire. Elle se rappelle (et se glorifie) de ce qui lui fait honneur (ce qu'on comprendre), genre, son rôle d'éclaireur de l'Europe pendant les Lumières, son combat pour l'égalité avec la révolution. En revanche sur la colabo, la guerre d'algérie, ou encore l'esclavage les torts sont vite oubliés ou minimisés. C'est vrai par contre qu'il ne faut pas arriver au niveau des allemands qui font tellement bien leur devoir de mémoire sur la soah que c'en est presque de l'auto-flagellation.
Mais pour l'instant avec l'allemagne (sur le point de la soah), les français se posent toujours en tant que donneurs de leçon que de preneurs d'exemple.
Bon bref, temporiser, oublier, laisser les cadavres dans le placard... C'est un sport qui se pratique encore très bien en France.
C'est pourquoi je trouve que toutes louables qu'elle soit, les tentatives de mettre la ville de Bordeaux devant son passé demanderont beaucoup de temps.
Posté le: 01 Juin 2005 10:17 Sujet du message: Esclavage : Bordeaux refuse de noircir son image
C'est vrai qu'il faudra du temps Mabuya.
Après je pense que c'est une question de tournure: aborder le problème de l'esclavage à travers l'architecture de la ville et le nom des rues est une bonne approche qui, si elle est ressentie positivement est susceptible de marcher.
Cela fait partie de l'histoire de la ville, elle a laissé des traces dans le paysage.
Sans en être fiers, les descendants de colons peuvent très bien relater des faits de leur histoire familiale à titre d'exemple...Les descendants d'esclavagistes ne sont là que pour constater des faits passés, et ils n'ont pas à être accusés de quoi que ce soit.
Le travail de mémoire passe aussi par cette acceptation. On ne doit pas accuser, on doit juste relater sans condamner...
c'est toute l'ambiguité de cette reconnaissance...
Mama _________________ "Tout a une fin,
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Proverbe africain
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