www.volcreole.com Le forum de discussion des Dom-Tom ! Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion St Pierre et Miquelon, Mayotte, Polynésie, Wallis et Futuna, ...
Genre: Femme Inscrit le: 20 Déc 2002 Sujets: 115 Messages: 11797 Localisation: 69e terrier près du cocotier...
Posté le: 14 Sep 2003 16:41 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Suite à un post sur zouker.com, je suis allée lire un article du site agorafrica... (sorry ppm si tu l'avais déjà posté)...
Je ne fais pas le copié/collé car c'est assez long, mais je dois dire que les citations de nos grands penseurs français m'ont choquées!
Un exemple :
Citation:
Voltaire
Il participe à la bestialisation du Noir . Ici ce n'est pas le « grand » Voltaire mais le « petit » Voltaire (nous rassurons le lecteur, il n'y a pas eu de dédoublement de la personnalité, le sujet est conscient dans les deux cas).
Voici ce que dit Voltaire :
« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils doivent point cette différence à leur climat, c'est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire. » [1]
Bref, pour Voltaire, les Noirs sont génétiquement moches et cons
Montesquieu
Dans le livre « De l'esprit des Lois » , Montesquieu montre ses insuffisances :
« Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre…Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains »
Bref, pour Montesquieu, la souffrance des esclaves est peu de chose.
Genre: Femme Inscrit le: 20 Déc 2002 Sujets: 115 Messages: 11797 Localisation: 69e terrier près du cocotier...
Posté le: 14 Sep 2003 16:49 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Hum... Disons que je savais que concernant l'esclavage, certaines personnalités que l'on glorifie pendant nos cours d'histoire n'étaient pas des Saints... Mais là les citations sont trop.... trop... hum !
Je comprends un peu plus maintenant pourquoi notre cher inspecteur a refusé les Humanités Créoles... Si l'on réforme le programme dans les DOM il faudrait aussi rétablir certaines vérités trop dures pour l'image!
Genre: Homme Inscrit le: 23 Aoû 2003 Sujets: 224 Messages: 687 Localisation: Paris
Posté le: 14 Sep 2003 16:58 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Lapine Killah a écrit:
Voici ce que dit Voltaire :
« Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils doivent point cette différence à leur climat, c'est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire. » [1]
Bref, pour Voltaire, les Noirs sont génétiquement moches et cons
Voltaire a aussi écrit ceci qui pourrait être réécrit de nos jours au sujet des inégalités en tre pays riches et pauvres.
"En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. "Eh, mon Dieu ! Lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ? - J'attends mon maître, Monsieur Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. - Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t'a traité ainsi ? - Oui, Monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois dans l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe.
Voltaire - Candide" _________________ "Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente."
Genre: Femme Inscrit le: 13 Oct 2002 Sujets: 34 Messages: 4291 Localisation: GWADA, sé pa la mwen fèt mé sé la mwen ka rété!
Posté le: 14 Sep 2003 17:00 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Je vous conseille de relire Montesquieu et "L'esprit des Lois" dans son intégralité!!!
Parceque cette phrase:
Citation:
"Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre…Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains "
est volontairement provocratrice! Montesquieu donne les raisons qui justifiaient l'esclavage pour ses contemporains pour ENSUITE les combattre!!
C'est de la provocation pure, ce n'est pas ce que LUI pensait!!!!
Mefiez vous des phrases ou des textes sortis de leur contexte _________________ C'est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son que tant de gens paraissent brillants avant d'avoir l'air con.
Genre: Femme Inscrit le: 20 Déc 2002 Sujets: 115 Messages: 11797 Localisation: 69e terrier près du cocotier...
Posté le: 14 Sep 2003 17:04 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Nina a écrit:
Je vous conseille de relire Montesquieu et "L'esprit des Lois" dans son intégralité!!!
Parceque cette phrase:
Citation:
"Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre…Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains "
est volontairement provocratrice! Montesquieu donne les raisons qui justifiaient l'esclavage pour ses contemporains pour ENSUITE les combattre!!
C'est de la provocation pure, ce n'est pas ce que LUI pensait!!!!
Mefiez vous des phrases ou des textes sortis de leur contexte
arf... merci de nuancer Nina... Peut être est ce le cas pour bon nombre de citations alors...
Je me souviens que l'on avait étudié "L'esprit des Lois" en cours, mais je n'avais rien vu au sujet de l'esclavage...
Posté le: 14 Sep 2003 17:06 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
je précise quand meme un point:
c que la citation de montesquieu etait une ironie en faveur du noir(je l'ai étudiée en cours en martinique et justement on étaient tous tombés dans le panneau on pensait qu'il l'avait dit dans le but de dénigrer les noirs.alors qu'il reprennait la pensée de ses contemporains afin de mieux la ridiculiser
Ceci dit , j'avoue que tous ces auteurs français faisaient preuve d'ambiguité sur ce plan là , parce que la plus part dénoncent l'esclavage mais profite du confort qu'il procure...Voltaire disposait d'esclaves alors que dans candideil dénonce l'esclavage.... _________________ Sexy,sleek, neat and ultra chic, black is back, as the essential color for fall...
Genre: Femme Inscrit le: 25 Juin 2003 Sujets: 68 Messages: 2092 Localisation: tout près de toi
Posté le: 14 Sep 2003 17:26 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
L'esprit des lois , j'ai eu ça comme sujet au BAC , j'avais déjà oublié que c'était Montesquieu .. j'ai été choquée quand on étudiait ça en cours ...
Le prof lisait ça à haute voix et à chaque phrase , toute la classe se retournait vers moi pour comparer le texte et mon apparence ... J'étais la seule Noire de la classe ...
Mais bon , la conclusion du prof était qu'à l'époque on jugeait toujours très mal ce qui nous faisait peur et surtout ce qu'on ne connaissait pas
Posté le: 14 Sep 2003 17:29 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
"Nègres et Juifs en France au XVIIIe siècle" de Pierre Pluchon, historien spécialisé dans l'histoire de la Caraibe. Ces citations y sont commentés impartialement et intelligemment.
Posté le: 14 Sep 2003 21:48 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Faut aussi se remttre dans le contexte de l'époque. Maintenant nous voyons ça avec d'autres yeux. C'est comme critiquer les collabo en tant de guerre, je ne dis pas de les comprendre, mais faut se remttre aussi dans le contexte!
Les libertés n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui ! _________________ Madinina c lov
Posté le: 15 Sep 2003 07:31 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
Nina a écrit:
Je vous conseille de relire Montesquieu et "L'esprit des Lois" dans son intégralité!!!
Parceque cette phrase:
Citation:
"Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre…Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains "
est volontairement provocratrice! Montesquieu donne les raisons qui justifiaient l'esclavage pour ses contemporains pour ENSUITE les combattre!!
C'est de la provocation pure, ce n'est pas ce que LUI pensait!!!!
Mefiez vous des phrases ou des textes sortis de leur contexte
Tu fais bien de le souligner...C'est comme ça qu'on peut tomber dans le panneau bêtement.
Posté le: 31 Juil 2005 13:35 Sujet du message: Nos enfants apprennent des insanités à l'école
j'ai lu un texte sur un site haitien qui explique en quoi le texte de montesquieu n'est pas du tout du second degré. En fait ce sont ls defenseurs des Lumières qui ont inventé cette théorie et ensuite elle est entree dans les " moeurs" et maintenant tout le monde y croit.
Depuis bien longtemps, courent les bruits les plus contradictoires sur le compte de Montesquieu, philosophe des Lumières, à qui la rumeur prêtait une détestation telle de la traite et de l'esclavage des Noirs qu'il dut utiliser un ton sarcastique pour le condamner fermement dans « De l'esprit des lois ». La pugnacité et l'assurance des disciples inconditionnels des Lumières se sont très vite attachées à présenter le fameux texte de Charles-Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu comme étant l'un des fleurons de la position officielle des philosophes des Lumières.
Voici donc le texte intégral tant évoqué du chapitre V - Livre XV de « De l'esprit des lois » (1) :
« Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir. Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux quileur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ? »
Et à cela rien ne résiste : une simple recherche sur votre moteur de recherche habituel avec la phrase « Montesquieu + de l'esclavage des nègres » donne une vision effrayante mais toutefois très précise du formatage de la pensée dans ce domaine. Mais que cherche t-il réellement à dire dans son texte et, plus généralement, dans de « De l'esprit des lois » ?
Le livre XV de « De l'esprit des lois » - qui est celui qui évoque le plus l'esclavage - commence à intriguer dès les premières lignes du sous-titre : « Comment les lois de l'esclavage ont du rapport avec la nature du climat ». Puis, au fil de la lecture, on semble reconnaître le Montesquieu tant encensé pour son courage intellectuel, son empathie et son abnégation, lorsqu'il affirme que l'esclavage « n'est utile ni au maître ni à l'esclave ; à celui-ci parce qu'il ne peut rien faire par vertu ; à celui-là, parce qu'il contracte avec les esclaves toutes sortes de mauvaises habitudes, qu'il s'accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales, qu'il devient fier prompt, dur, colère, voluptueux, cruel » . ( Livre XV, Chapitre I )
Mais l'on déchante au moment où l'on comprend la profondeur réelle du raisonnement qui vient juste après cette citation qui annonçait pourtant les meilleures intentions :
« Dans les pays despotiques, où l'on est déjà fous d'esclavage politique, l'esclavage civil est plus tolérable qu'ailleurs. Chacun y doit être assez content d'y avoir la subsistance et la vie. Ainsi la condition de l'esclave n'y est guère plus à charge que la condition de sujet.
Mais dans un gouvernement monarchique (...) il ne faut point d'esclaves. » ( XV, I )
Tout le réel de la pensée de Montesquieu se réduit en effet à cela : l'esclavage dans les pays « despotiques », quoiqu'il ne soit pas très moral, n'en demeure pas moins acceptable et compréhensible alors que rien ne le justifie dans les monarchies du nord. Il utilisera ainsi sa « théorie des climats » pour expliciter chacun de ces points de vue :
« Les peuples des pays chauds sont timides comme les vieillards le sont ; ceux des pays froids sont courageux comme le sont les jeunes gens.(...) nous sentons bien que les peuples du nord, transportés dans les pays du midi, n'y ont pas fait d'aussi belles actions que leurs compatriotes qui, combattant dans leur propre climat, y jouissent de tout leur courage.
(...)Vous trouverez dans les climats du nord des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du midi vous croirez vous éloigner de la morale même ; des passions plus vives multiplient les crimes (...) La chaleur du climat peut être si excessive que le corps y sera absolument sans force. Pour lors l'abattement passera à l'esprit même : aucune curiosité, aucune noble entreprise, aucun sentiment généreux ; les inclinations y seront toutes passives ; la paresse y sera le bonheur ». ( XIV, II )
En somme, plus on s'éloigne du nord et plus on s'écarte de l'humain parfait, de l'homme noble. On ne comprendra décidément rien de la soi-disant ironie tant que l'on n'aura pas saisi cette essentielle « théorie des climats ».
Dans cette théorie il est considéré que dans les pays chauds, le despotisme relèverait de l' inné, serait naturel et se conjuguerait ainsi très aisément à un « déterminisme climatique ».
De même, il garantit de manière tout aussi péremptoire que « les Indiens sont naturellement sans courage » et, qu'à leur propos ainsi qu'à tous ceux des climats chauds « une bonne éducation est plus nécessaire aux enfants, qu'à ceux dont l'esprit est dans la maturité ; de même les peuples de ces climats ont plus besoin d'un législateur sage, que les peuples du notre ». ( III, XIV )
A aucun moment du désormais célèbre « De l'esclavage des nègres » qui forme le chapitre V du Livre XV, Montesquieu ne prend position clairement contre l'esclavage des Noirs. Aucun. C'est une vue de l'esprit. Ce sont surtout les idéologues qui lui font dire et écrire ce qu'il n'a jamais ni dit ni écrit. Le philosophe se donne juste pour mission de se mettre au diapason d'un individu qui aurait le désir de convaincre un éventuel auditoire des raisons valables - selon ce personnage imaginaire - de réduire les Noirs en esclavage.
Dans le chapitre II du livre XVII titré « Différence des peuples par rapport au courage », il se contredit encore et toujours :
« Les peuples du nord de la Chine sont plus courageux que ceux du midi ; les peuples du midi de la Corée ne le sont pas tant que ceux du nord. Il ne faut pas être étonné que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque rendus toujours esclaves, et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres ».
Comment un philosophe qui explique ici explicitement qu'il n' y a guère de motif tenable qui justifie que l'on s' étonne du sort de servitude consacré aux peuples du midi, peut-il être comptable d'une prétendue ironie qui visait à dénoncer ce qu'il cautionnait tout au long de « De l'esprit des lois » ? A moins de justifier d'une versatilité supersonique en circuit fermé ( rappelons que le livre a été écrit sur plusieurs années et publié en 1748 ) on ne voit pas le bien-fondé d'une telle affirmation.
L'Afrique est bien évidemment accusée du crime de lèse-majesté : celui d'appartenir aux pays chauds puisqu'elle « est dans un climat pareil à celui du midi de l'Asie » ( XVII, VII ).
Ce passage est très intéressant car il permet une fois de plus de réfuter l'idée des défenseurs d'un Montesquieu anti-esclavagiste : quand on fait le rapprochement entre la fameuse « théorie des climats » et « De l'esclavage des nègres », on ne sent pas que l'un soit le diamétral opposé de l'autre. Certains passages se recoupent d'ailleurs tellement qu' il est presque impossible d'affirmer, catégorique, que pour connaître l'avis de Montesquieu il suffirait de procéder à une inversion symétrique de ce qu'il exprime.
Pis encore, en évaluant ce qu'il écrit au sujet des Asiatiques du midi, on peut se faire une idée objective de ce qu'il pense des Africains puisque sa « théorie des climats » observe des inaptitudes qui ont en propre d'appartenir aussi bien aux Africains qu'aux Asiatiques du midi. Or ce qu'il dit de ces Asiatiques est sans ambages et s'applique a fortiori aux Africains.
Le chapitre VI du livre XV - soit celui qui suit immédiatement celui consacré à « De l'esclavage des nègres » est intitulé « Véritable origine du droit de l'esclavage ». Y est défendu la thèse d'un droit juste de l'esclavage concernant ceux qui se mettent en servitude au profit des opposants qui « tyrannisent le gouvernement »...« C'est là, l'origine juste et conforme à la raison de ce droit de l'esclavage très doux que l'on retrouve dans quelques pays »
Si l'esclavage est contre nature c'est d'abord parce que, tout de même, les hommes naissent avant tout égaux. Montesquieu l'admet volontiers mais il subtilise constamment son avis, ce que la rumeur ne précise bien entendu jamais puisque ce n'est pas dans ses buts de permettre une lecture saine des écrivains des Lumières - au contraire. Pourtant, dans le chapitre suivant, le VII du livre XV nommé « Autre origine du droit de l'esclavage », ses positions sont clairement tranchées en faveur d'un autre droit de l'esclavage. Et là, c'est encore et toujours le bon moment pour le surgissement de sa « théorie des climats » :
« Il y a des pays où la chaleur énerve le corps et affaiblit si fort le courage, que les hommes ne sont portés à un devoir pénible que par crainte du châtiment : l'esclavage y choque donc moins la raison.
Aristote veut dire qu' il y a des esclaves par nature ; et ce qu'il dit ne le prouve guère. Je crois que, s' il y en a de tels, ce sont ceux dont je viens de parler. Mais, comme tous les hommes naissent égaux, il faut dire que l'esclavage est contre la nature, quoique, dans certains pays il soit fondé sur la raison naturelle ; et il faut bien distinguer ces pays d'avec ceux où les raisons naturelles même les rejettent, comme les pays d'Europe où il a été si heureusement aboli » .
Si les hommes naissent égaux, il n'en reste pas moins que la nature reprend des fragments résiduels de cette « égalité provisoire » pour les requalifier selon le climat. Ce qui, par conséquent, est valable pour les « pays chauds » ne l'est pas pour la France. Et si parmi ces hommes se trouvent des esclaves qui, par la force de leur environnement climatique, sont en servitude, rien ne devrait choquer outre mesure. Du climat qui se constitue en socle déterministe, s'établit naturellement une règle que même la morale émancipatrice des Lumières ne peut endiguer ou condamner.
N'est-ce pas assez clair lorsqu'il garantit : « Il faut donc borner la servitude naturelle à de certains pays particuliers de la terre. Dans tous les autres, il me semble que, quelque pénibles que soient les travaux que la société y exige, on peut tout faire avec des hommes libres » ( XV, VIII ) ?
Borner la servitude naturelle à certains lieux comme les colonies et les pays du midi, par exemple ! Montesquieu le dit bien [/b]« l' objet de ces colonies est de faire le commerce à de meilleures conditions qu'on ne le fait avec les peuples voisins »[/b] ( XXI, XXI ). Voilà exactement ce en quoi Montesquieu donne l'impression de croire. Le philosophe parle donc ( très peu ) des colonies françaises dans son oeuvre et, étrangement, ce n'est pas pour y dénoncer l'injustice mais plutôt pour louer leur grandeur :
« Les Carthaginois, pour rendre les Sardes et les Corses plus dépendants, leur avaient défendu, sous peine de la vie, de planter, de semer, et de faire rien de semblable ; ils leur envoyaient d'Afrique des vivres. Nous sommes parvenus au même point, sans faire des lois si dures. Nos colonies des îles Antilles sont admirables ; elles ont des objets de commerce que nous n'avons ni ne pouvons avoir ; elles manquent de ce qui fait l'objet du nôtre (...) La navigation d'Afrique devint nécessaire ; elle fournissait des hommes pour le travail des mines et des terres d'Amérique. L'Europe est parvenue à un si haut degré de puissance, que l'histoire n'a rien à comparer là-dessus (...) ». ( XXI, XXI )
Montesquieu connaît parfaitement le sort des Noirs en Amérique mais il le traite par le silence pour mieux célébrer la puissance de l'esprit de commerce. Il le dit lui-même : « les colonies sont admirables ». Il n'y demande pas l'abrogation de l'esclavage des Noirs qu'il sait être cruel, puisque lui-même vendait son vin outre-mer et était très bien installé dans les milieux marchands - donc négriers - de Bordeaux parmi lesquels il comptait beaucoup d'amis.
Il faut avoir lu « De l'esprit des lois » du livre X au livre XXI pour comprendre la portée de la pensée décrite ici. Malheureusement, peu de ceux qui se laissent mystifier par le procédé rhétorique de « De l'esclavage des nègres » en ont pris la peine. Ils se contentent de se plagier les uns et les autres sans ne jamais chercher plus loin que ce qu'enseigne le discours normatif.
Si le philosophe prend des postures volontairement brouillées pour défendre ses idées, en réalité il loue implicitement l'esclavage car celui-ci permet de consolider la grandeur du pays. Plutôt que d'être ironique, son texte se propose plus d'être l' « avocat du diable » qu'autre chose. Mais le fonds de pensée défendu dans l'ouvrage ne reflète absolument pas les positions humanistes qui lui sont universellement imputées.
Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure Aller à la page 1, 2, 3Suivante
Page 1 sur 3
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum