coeurbouliki Siège service 
Genre: Homme Inscrit le: 23 Aoû 2003 Sujets: 224 Messages: 713 Localisation: Paris
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Posté le: 05 Oct 2003 21:31 Sujet du message: Un autre métis célèbre !!! |
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On a parlé récemment d'Alexandre Dumas et des ses origines haïtiennes. En Russie c'est carrément un monument de la littérature russe qui avait des origines africaines...
Voici de longs extraits de l'introduction de "Pouchkine et le monde noir" de Dieudonné Gnammankou. www.gnammankou.com/introduction.htm
Né en Russie le 06 juin 1799 dans une famille de la noblesse russe, Alexandre Pouchkine était aussi l'arrière petit-fils d'un Africain célèbre dans l'histoire militaire et technique russe, Abraham Petrovitch Hanibal (1696-1781). De fait, bien que Russe, Pouchkine avait une partie de ses racines en Afrique noire.
Pouchkine aimait l'Afrique : il a rêvé d'Afrique, chanté l'Afrique, revendiqué l'Afrique comme sa seconde patrie; il a voulu se rendre en Afrique ne fut-ce que dans son imagination. L'Afrique était sienne : <<Mon Afrique>>, <<mon sang africain>>; je suis <<de par ma mère d'origine africaine>> , <<Sous le ciel de mon Afrique>>, <<La nature de mon Afrique>>, <<la lointaine Afrique>>, aimait-il à dire souvent.
Il s'est aussi perçu comme un Noir, un Nègre puisque ses contemporains le voyaient ainsi. <<Descendant de Nègres>>, <<Mon arrière grand-père...était un Nègre>>, Le <<grand-père [de ma mère] était un Nègre>>, <<Mes frères nègres>>, <<Mon vieux nègre de grand'oncle>>, écrivait-il. Il se dessinait avec des traits négroïdes.
Et puis il aimait la liberté. Il voulait la liberté pour les Noirs d'Amérique, pour les Grecs sous le joug ottoman et pour les serfs de Russie. Il était opposé au pouvoir autocratique. Il luttait pour la liberté d'opinion.
Le Figaro Littéraire (1951) rapporte : "En 1937, lorsque à Paris, était commémoré le centième anniversaire de la mort de Pouchkine, les étudiants noirs de la Sorbonne ont participé à la célébration de la mémoire du poète en invoquant le sang africain qui coulait dans ses veines. A cette occasion, le grand historien russe, professeur Milioukov, disait que les Russes ne pouvaient refuser aux Noirs de célébrer la mémoire de Pouchkine car <<l'hérédité noire de Pouchkine est incontestable>>".
En 1926, le célèbre écrivain soviétique Maïakovski de retour d'Amérique interpella les consciences de son époque : <<Pourquoi les Nègres ne devraient-ils pas considérer Pouchkine comme leur écrivain? Pouchkine se serait de nos jours vu refuser l'accès à tout salon "correct" de New York. Parce qu'il avait les cheveux bouclés et du bleu sous les ongles comme les Nègres...>>
La définition sociale du Noir en vigueur en Amérique à l'époque de Pouchkine et bien plus tard permettait de classer le poète russe parmi les Nègres. C'est pourquoi, il n'y a pas lieu de feindre l'étonnement ou de s'offusquer lorsque certains Américains, par exemple, considèrent Pouchkine comme un Noir.
D'ailleurs, quoique né dans une Russie où les Noirs et leurs descendants n'étaient pas socialement discriminés -ce qui n'est pas un moindre mérite pour les Russes de cette époque- il n'en demeure pas moins que Pouchkine fut victime des préjugés défavorables aux Noirs. Toute sa vie, - de multiples témoignages le confirment -, Pouchkine a souffert de l'eurocentrisme européen qui prétendait que la beauté était un monopole des Blancs. Il était considéré comme laid par ses contemporains du fait de ses traits africains. Puisque les canons eurocentriques prédominants excluaient chez les Africains la notion de beauté, le jeune Pouchkine intériorisa ces préjugés défavorables aux Noirs.
Comme on le traitait de singe, il s'attribuait un profil simiesque dans ses autoportraits non pour ressembler à son bisaïeul puisqu'il n'avait probablement jamais vu le portrait d'Hanibal mais pour se conformer au profil dit négroïde tel qu'il fut imposé par la "science naturaliste européenne". Ainsi l'autoportrait pouchkinien considéré comme le plus expressif de ses traits africains négroïdes n'est autre que la reproduction pure et simple du <<type nègre>> aux traits simiesques tel que représenté dans le livre de J.J.Virey, Histoire naturelle du genre humain(1820).
Comme le souligne Boukalov (1991) dans la plus importante étude jamais consacrée à l'africanité de Pouchkine: "... le rapport que Pouchkine entretient avec son origine "africaine" et le regard de la "populace mondaine" qui considère le poète comme un représentant exotique de la "race nègre" nous semblent importants non en soi mais en ce que cette dramatique situation a influencé l'univers spirituel de Pouchkine...Il est évidemment impossible de comprendre véritablement [l'intérêt de Pouchkine pour le thème africain présent dans son oeuvre] et de l'expliquer si on ne prend pas en compte le moment psychologique le plus fort -celui de ses origines- qui a influencé la conscience de Pouchkine et de son entourage... Les sujets africains sont présents dans l'oeuvre du poète à toutes les étapes : des vers écrits au lycée à la poésie écrite à l'âge mûr".
Fondateur de la littérature russe moderne, Pouchkine est donc à l'origine du thème africain dans la littérature russe. Un thème qui sera repris par une multitude de poètes russes du XIXe siècle et du début de ce siècle. Ainsi Boris Kornilov, un siècle après Pouchkine, se servira de la formule pouchkinienne Mon Afrique pour intituler un grand poème dédié fraternellement à l'Afrique. La négritude de Pouchkine est devenue après sa mort un thème permanent de la poésie russe contemporaine : Tioutchev, Kuchelbecker, V. Benedictov, Ya. Polonski, Maikovski, Viazemski, B. Kornilov, K. Balmont, M. Kouzmin, B. Pasternak, A. Akhmatova, M. Tsvetaeva, V. Vassilenko, E. Bagritski, V. Nabokov, P. Antokolski, O. Kolytchev, O. Suleymenov, B. Akhmadoulina, L. Ozerov, J. Patterson...ont tous écrit un ou plusieurs poèmes sur Pouchkine "l'Africain, le Noir, le Nègre, le Mulâtre". _________________ "Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente."
(Aimé Césaire) |
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