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Une contrefaçon du livre de Sylvia Serbin

 Accueil » Forum » Actualités de Volcréole » Rubrique Actualités: Une contrefaçon du livre de Sylvia Serbin La date/heure actuelle est 08 Déc 2019 21:29 
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   Article posté par Anton le 20 Juin 2007 à 18:30  S'abonner au Flux Rss Actualités: Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Myspace Partager cet article sur Del.icio.us Partager cet article sur Google bookmarks Partager cet article sur Netvibes Partager cet article sur Viadeo Partager cet article sur Linkedin    

Une contrefaçon du livre de Sylvia Serbin Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire, publiée en Allemagne
Grioo a rencontré l’auteure, scandalisée de ne pouvoir faire respecter ses droits
Par Redaction Grioo.com

« Cet ouvrage subit décidément une étrange destinée. Alors qu’il n’a fait l’objet d’aucune promotion et médiatisation nationale, il a suscité dès sa sortie un grand intérêt, en partie grâce au bouche-à-oreille. Mais curieusement, plus le public le réclamait, plus des dysfonctionnements inexpliqués venaient en restreindre la diffusion. Et puis voilà que paraît sur le marché allemand une traduction dont j’ai découvert la sortie par hasard, sur Internet.

Intitulée Königinnen Afrikas, elle a été réalisée par les éditions Peter Hammer Verlag que je ne connais pas du tout, puisqu’ils ont traité directement avec Sépia, mon éditeur français. Mais lorsque j’ai pu prendre connaissance du texte de cet ouvrage après publication, je suis tombée sur une scandaleuse contrefaçon de Reines d’Afrique ! Dès l’introduction, des pans entiers de l’original ont été supprimés et plusieurs portraits réécrits en falsifiant complètement mes idées.

Cet éditeur s’est octroyé le droit de dénaturer non seulement mon texte mais aussi l’iconographie et la bibliographie, où des sources dont j’ignore le contenu ont été rajoutées. Quant au style, il est carrément affligeant ! Alors que j’avais privilégié une certaine qualité d’écriture, ils ont usé d’une rédaction infantile, souvent confuse et truffée de contrevérités et de réinterprétations grotesques, sans aucun respect de ma démarche scientifique. Bref, ils ont osé utiliser mon nom pour lancer une production suspecte, gravement préjudiciable à ma réputation d’auteur et d’historienne ».


Pouvez-vous nous en dire plus ?

Des dates, des faits, des noms de gens ont été changés, des hypothèses et allégations complètement farfelues sont venues effacer ce patient travail de synthèse historique basé sur de longues années de recherches qui m’ont coûté un important effort financier. Comme si on voulait décrédibiliser ma contribution. Je vais vous donner un exemple de ce qu’ils ont fait de mon texte sur Nandi, la mère de Chaka, tuée par son fils selon la thèse de Thomas Mofolo sur laquelle je me suis appuyée.

C’est un des premiers auteurs Sud-africains noirs à avoir recueilli des traditions orales sur l’histoire de son pays dès avant la Première guerre mondiale, et dont j’ai voulu valoriser l’apport. La version allemande fait sauter plusieurs paragraphes décrivant la situation des communautés noires spoliées de leurs terres par l’expansion hollando-britannique en Afrique du Sud, ainsi que la narration de la mort de Nandi et les remplace par cette phrase : « Chaka n’a pas tué Nandi. Elle serait morte de la dysenterie. Au moment de sa mort, Chaka se trouvait, ce que prouvent les sources écrites, en compagnie d’un Anglais, à la chasse aux éléphants ».

Autre exemple, à propos du texte sur Néfertiti, amputé de toute la partie historique sur l’Egypte ancienne et presque entièrement réécrit pour laisser place à de ridicules descriptions de bas reliefs, du style : « Néfertiti, qui guide le cheval, offre ses lèvres à Akhenaton pour un baiser. Sur ces illustrations, la reine porte de longs vêtements légers ou transparents qui laissent apparaître son corps et son exceptionnelle beauté. La joie de vivre, la sensualité et l’émotion qui parlent dans ces images laissent entrevoir, d’un côté la réalité de la vie du temps à Amarna, et d’un autre côté aussi honore et loue le dieu Aton pour sa création et sa grandeur sous les rayons desquels tout se trouve.»


L'éditeur allemand voulait supprimer les portraits de résistantes à l'esclavage comme la mulâtresse Solitude ou Harriet Tubman au motif que ça "n'intéresserait pas" le public allemand

Sylvia Serbin

Ou encore cette stupéfiante légende sous la photo d’un tabouret (?) : « Siège posé sur une figurine Luba/Kongo...Les chefs politiques africains avaient coutume d’utiliser des esclaves pour s’asseoir comme sur une chaise, ce qui rappelle la réception de la reine Zingha chez le gouverneur portugais d’Angola ».

Voilà ce qu’ils ont fait de mon livre et dans la majorité des chapitres c’est de la même veine ! Je ne pouvais pas imaginer qu’on puisse émasculer si grossièrement le texte d’un ouvrage à l’insu de son auteur, pour en travestir le contenu

Comment en est-on arrivé là ?

Je n’en sais rien. Je ne pouvais même pas imaginer qu’on puisse ainsi émasculer un texte original sans consulter l’auteur. J’ai été maintenue totalement à l’écart de cette opération, à tel point que je me demande quelles sont les motivations réelles de ces gens qui se sont acharnés à travestir ma pensée. Pourtant, début août 2006, j’avais pris soin d’adresser une lettre recommandée à mon éditeur pour lui préciser que je tenais à faire vérifier la conformité de la traduction avec la version originale avant l’édition du livre.

Une précaution que j’avais dû prendre après avoir eu copie d’un mail en anglais de l’éditeur allemand, annonçant à Sépia son intention de ne pas garder dans sa version les portraits de résistantes à l’esclavage, à savoir la Mulâtresse Solitude et Harriet Tubman, au motif que « ça n’intéresserait pas le public allemand ». Il n’évoquait même pas la possibilité d’en aviser l’auteur ! Bien entendu je m’y suis opposée en objectant que mon livre se voulait une contribution sur le passé des peuples noirs, et non un produit de consommation modifiable à l’envi, selon les goûts ou les couleurs de tel public. Après ça, plus de nouvelles.

Puis fin octobre, je découvre avec étonnement mon nom sur un site allemand. En suivant le lien je tombe sur des annonces dans la presse et chez des opérateurs de vente en ligne, sur la parution de ce Königinnen Afrikas (avec une couverture différente) pour le 15 novembre. Quelques jours plus tard, au détour d’une communication téléphonique sur un autre sujet, l’assistante de Sépia me demande si j’ai reçu le manuscrit allemand. Je lui réponds que non et ajoute avoir appris la parution imminente du livre sur Internet et que visiblement tout ça s’est fait sans moi. Une semaine plus tard, le 13 novembre, soit deux jours avant la sortie présumée du livre, je reçois de Sépia une épreuve de la traduction. J’ai seulement pu constater que les deux chapitres menacés y figuraient finalement et ai découvert avec surprise une bonne dizaine d’illustrations sans rapport avec mes textes. Mais j’ai pensé que Sépia avait dû les autoriser, puisque pendant toute la phase de traduction personne ne s’était soucié de m’approcher pour quoi que ce soit. Et puis, compte tenu des difficultés habituelles à entrer en communication avec mon éditeur, ma priorité était surtout de me faire une idée du texte.

Ne parlant pas l’allemand et n’ayant pas les moyens de recourir à un traducteur professionnel, il m’a fallu chercher quelqu’un pour m’éclairer sur ce contenu. Une jeune étudiante de mon entourage a commencé à s’y atteler. Mais ce qu’elle trouvait était si différent de l’original qu’elle craignait de se tromper, ne maîtrisant pas parfaitement cette langue. Entre temps, une dizaine de jours après que j’aie reçu le manuscrit, une autre assistante de Sépia m’appelle pour me demander si je l’ai lu. Je lui réponds qu’en si peu de temps il n’a pas été possible de le faire traduire. Puis elle me demande si j’ai des remarques à formuler. Je m’en étonne et lui répond qu’à aucun moment on ne m’a posé cette question et qu’apparemment le livre semble être déjà sur le marché.

Elle me demande alors de faire une lettre disant que je suis d’accord avec la traduction. Ce que je refuse, arguant que je n’ai reçu aucun courrier sollicitant mon avis. En janvier, un ami m’achète le livre en Allemagne, car évidemment, jusqu’aujourd’hui, personne de chez Sépia ne m’a informée de sa sortie. Ce qui laisse supposer que si je n’avais pas eu l’information via Internet, je n’en aurais rien su ! Enfin je trouve une enseignante allemande, bilingue, qui accepte de m’aider. Vous savez, la première fois que nous nous sommes rencontrées pour faire le point sur la traduction, elle était visiblement choquée et m’a dit, presque les larmes aux yeux : « J’ai lu votre livre, il est magnifique. Et ce que j’ai découvert là, Madame, ce n’est pas une traduction, c’est du sabotage. Je ne comprends pas pourquoi ils ont détruit ainsi votre travail ».


N’aviez-vous pas un recours quelconque pour demander réparation ?

J’ai remis l’affaire entre les mains d’un avocat et nous avons entrepris une action en référé pour que soit suspendue la vente en Allemagne. A ce que j’ai su, le titre – dont j’ignore le nombre d’exemplaires, a attiré beaucoup de lecteurs. Je me suis donc retournée contre mon éditeur afin qu’il contraigne son partenaire à stopper la vente, puisque d’après le contrat nous liant pour Reines d’Afrique, Sépia est « responsable du contrôle des cessions de droits et de la garantie du droit moral de l’auteur ». De plus, le contrat - en anglais - qu’il a signé avec son partenaire allemand – et dont j’ai eu copie après plusieurs réclamations-, stipule bien qu’aucune modification ne peut intervenir dans la traduction sans accord de l’auteur.

Autre précision, c’est encore par hasard que j’ai appris en avril 2005 lors d’un Salon, par un Allemand oeuvrant dans l’édition dans son pays, que Sépia avait cédé les droits de traduction de Reines d’Afrique à un éditeur de chez eux. J’ai attendu longtemps d’en être informée par mon éditeur. Et c’est presque un an après, alors que je lui avais adressé une lettre pour des problèmes de droits d’auteurs et de diffusion du livre, dans laquelle j’indiquais également avoir eu connaissance d’une transaction avec l’Allemagne datant de plusieurs mois, que celui-ci m’a enfin annoncé par retour de courrier en février 2006, qu’il venait juste de recevoir (!) une proposition d’un éditeur allemand. Ce qui expliquerait peut-être leur réticence à m’adresser une copie du contrat, dont je n’ai reçu que fin juillet un exemplaire non daté, et où mon nom n’est même pas mentionné en tant qu’auteur. Dernier détail, lors de la signature du contrat allemand, un à-valoir devait être versé à Sépia, dont la moitié (500 euros) était censée me revenir. J’attends toujours.

J’espère qu’on ne considère pas qu’il puisse y avoir des auteurs de seconde zone n’ayant pas droit aux mêmes protections et à la même loi que les autres



Où en est votre action ?

C’est un peu ce qui motive ma déception. A notre grande surprise, le tribunal -compétent selon le lieu de résidence de mon éditeur français-, bien que constatant la contrefaçon, a déchargé Sépia de toute responsabilité estimant que la traduction n’était pas de leur fait. Il a également jugé que, ne connaissant pas la loi allemande, il ne pouvait statuer sur un référé dans ce pays. Nous allons donc poursuivre l’action sur le fond et je m’efforce de garder confiance, espérant qu’il se trouvera bien quelqu’un pour s’étonner de telles dérives.

Car on aurait pu attendre de mon éditeur qu’il cherche à préserver l’intégrité de l’œuvre qui lui a été confiée, en demandant par exemple réparation à son partenaire. Mais il se réfugie derrière le fait qu’un manuscrit m’a été adressé en novembre, en restant muet sur la date de publication en Allemagne, qui, en outre, n’apparaît pas dans le livre. Or mon action fait justement suite à la découverte d’une contrefaçon ! Bref un mépris et une désinvolture insultants, et le tiroir caisse plutôt que le droit moral.

Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Je suis en colère. C’est comme si on devait se laisser déposséder sans avoir le droit de réagir. Je ne crois pas que des pratiques aussi douteuses soient tolérées dans le monde de l’édition. Mais on peut tomber sur des officines qui font miroiter des niches d’expression pour des sujets ou des auteurs généralement dédaignés par les grandes maisons, pour malheureusement se faire gruger ensuite si le titre marche bien. J’espère cependant qu’on ne considère pas comme établi qu’il puisse y avoir des auteurs de seconde zone n’ayant pas droit aux mêmes protections et à la même loi que les autres.


Tout ce que je souhaite, c’est qu’on mette fin à cette escroquerie morale et financière que constitue le détournement abusif de mon livre. Je n’ai pas aimé l’opacité qui a entouré cette affaire et réclame de ce fait une rupture des contrats avec Sépia et son partenaire allemand. Ils doivent me rendre mon travail et cesser d’utiliser des artifices pour en saper la notoriété. Le plus surprenant est que Sépia a toujours refusé de s’intéresser à une diffusion anglophone de Reines d’Afrique, dont la traduction m’était pourtant vivement réclamée en Grande Bretagne et par des universitaires Afro-américains.

Je voudrais donc profiter de cette tribune pour lancer un appel à tous ceux qui ont aimé Reines d’Afrique, et en particulier aux grioonautes vivant en Allemagne et en Suisse, afin qu’ils relaient cette information au maximum et disent partout que ces gens ont récupéré mon nom et le titre de mon œuvre à leur profit pour d’obscures raisons. Il faut qu’on sache que mon Reines d’Afrique n’a rien à voir avec les inepties diffusées par cette soi-disant traduction qui continue de se vendre tranquillement au risque de me fermer un lectorat de qualité dans l’espace germanophone.

Tags Une, Contrefacon, Du, Livre, De, Sylvia, Serbin

 
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